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Cet éternel dilemme…

4 février 2012 | Éditorial, par Geneviève Larivière
Photo Christophe Deschamps

Oui, je vis dans un éternel dilemme –et non, je ne parle pas de l’imbécillité des pomiculteurs, mais bien de la réflexion des skieurs, en l’occurrence.

J’ai une conscience. Sociale, amicale, professionnelle… j’ai aussi une conscience « de skieur ». Cette conscience a très souvent la lourde tâche de tenter de trouver l’équilibre entre « Skier chez nous » et « Le plaisir de skier ». Les psychanalystes parmi vous ont déjà l’image du Ça, du Moi et du Surmoi; on en est effectivement pas très loin puisque le plaisir du ski est souvent comparé à d’autres plaisirs du corps…

Or, mon dilemme est quotidien : je tergiverse, je gamberge, j’hésite, je me questionne, je doute, j’oscille, je patauge… bref, l’interrogation est constante. Skier au Québec, oui, mais à quel prix? Le plaisir que je retire de skier dans ma province est-il égal au plaisir que je retire de skier des conditions que je préfère, mais qui sont difficilement trouvables en cette période hivernalo-apocalyptique? J’entends tout de suite les fervents adeptes du pur terroir se lever en vitesse de leur chaise, le poing brandi bien haut: Il y a du plaisir à se faire au Québec!!!

Oui, oui, oui, on se calme… rangez vos fourches et vos torches. Vous là-bas, éteignez d’abord, le feu c’est dangereux, votre maman vous l’a déjà dit en plus.

Mettons tout de suite quelque chose au clair : je fais de mon mieux pour promouvoir le ski au Québec. Eloge des stations modestes/régionales, déplacements routiers minimes, bref, je prône la consommation locale (et je ne parle pas que des légumes!), le tout pour encourager l’industrie du ski de ma province. Ça, c’est ma conscience de skieuse, qui a à cœur la santé des sports de glisse et des infrastructures qui y sont reliées : je fais ma part pour mon ski québécois. Mon plaisir, c’est de savoir que je contribue (modestement, certes) à ramener des skieurs sur leurs skis, dans nos stations. Un peu à la manière d’un citoyen qui fait son tri sélectif, qui coupe l’eau du robinet en se brossant les dents ou qui achète un produit local, je fais mon devoir de skieuse.

Ceci étant dit, passons à l’affirmation suivante : la skieuse que je suis cherche bien sûr à améliorer son niveau, découvrir des endroits, expérimenter les divers produits qui s’offrent sur le marché de la glisse alpine. Je suis curieuse, j’aime la nouveauté, et j’aime voyager. Avec le temps, j’ai développé une aversion pour la glace bleue, les pentes-pas-assez-pentues, le bowling et l’attente aux remontées mécaniques. Inversement, ces aversions ont fait naître mon goût, mon intérêt et ma capacité à skier dans les sous-bois, dans la neige poudreuse, sur du velours cordé intact, dans les terrains moins accessibles… et aux heures de faible achalandage. Je ne suis pas une skieuse extrême! Mais je crois pouvoir affirmer que je suis (malheureusement) plus difficile à satisfaire que le skieur récréatif en ce qui concerne les conditions de ski.

Résumons simplement : j’aime skier au Québec, dans les conditions que j’aime.

Constatons plattement : cette année, je n’ai pas souvent accès aux conditions que j’aime au Québec.

Déduisons savamment : si je veux avoir du plaisir en ski, je dois faire preuve d’ingéniosité!

Or, si je dis que je me planifie un voyage à Whistler, je me fais balancer des cailloux sur la tronche de tous les côtés : les uns sont jaloux; les autres me hurlent de trouver mon plaisir là où je peux dans les limites géographiques de ma province, au nom de la sauvegarde du patrimoine du skieur du Québec.

(Digression facultative, le lecteur pressé est invité à jouer à saute-mouton jusqu’au prochain paragraphe)

Dites, avez-vous des scrupules dans votre voiture japonaise, à manger votre hamburger américain, pendant que vous textez sur votre téléphone chinois, vêtus de vos plus beaux habits indiens? Probablement que non, puisque si vous avez fait tous ces choix de manière responsable, vous avez sélectionné les produits qui répondaient le mieux à vos critères et à vos besoins. Vous devriez avoir honte! Achetez local, mangez local, buvez local, portez local, écoutez local, skiez local, ignorez tout le reste! C’est garanti, vous vous sentirez beaucoup mieux, votre âme sera purifiée de tous les démons de la tentation extérieure!! Satan habite ailleurs qu’au Québec, dormez, citoyens!

Bon, pardonnez-moi, je m’emporte dans la pièce. Mettons Ça sur la faute de l’âge, des hormones, de la Lune, de l’âge du chauffeur d’autobus et du réchauffement climatique, cette saveur du mois qui perdure.

(Il est là, le prochain paragraphe)

Voilà donc, exposé en pixels, mon dilemme de skieuse. Tel le Mini Wheat qui se demande si on l’aime pour son côté givré ou pour son côté nutritif, je cherche à comprendre : doit-on effrontément ignorer les plaisirs du ski hors-Québec et se mettre des œillères en fleur de lys pour ne voir que le plus pur produit québécois? Ou existe-t-il un comportement de consommation qui, sans nuire aux dollars de la glisse hivernale québécoise, pourrait quand même accorder le bénéfice du sautage de clôture territoriale? (Moutons, clôture…)

Vous savez ce qui me ferait plaisir? Deux choses.
D’abord, que chacun d’entre nous, à notre manière, on fasse notre part, dans la limite de nos capacités, pour entretenir et améliorer la santé de l’industrie du ski du Québec.
Ensuite, que chacun d’entre nous reconnaisse que notre liberté s’arrête là où celle de l’autre commence. Laissons skier les gens là où bon leur semble (dans les limites du domaine skiable, eh! Respectez la signalisation!), sans alourdir leurs épaules d’une culpabilité qui ne les conscientiserait qu’à peine.

Si ces deux situations cohabitaient, mon Ça, mon Moi et mon Surmoi pourraient prendre leur retraite! Et moi, je pourrais aller skier où je veux, alliant plaisir de la glisse hivernale et plaisir de la conscience de skieur.

Chouette idée, non?
On commence demain?

(Un jour, je parlerai de la procrastination.)

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Geneviève Larivière
Diplômée en communications et en géographie (Université Laval), Geneviève est avant tout photographe. Sa facilité pour la rédaction de textes l'a menée directement au photojournalisme. Sur les pistes de ski, elle conjugue ses passions pour la photo et les sports de glisse, toujours en quête du cliché du jour.