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Éditorial: Lettre que j’aurais aimé ne pas avoir à écrire

22 novembre 2015 | Éditorial, par Geneviève Larivière
Photo Christophe Deschamps

Cher Gestionnaire de page Facebook de TVA nouvelles,

On ne se connait pas. Du moins, je l’espère. Je me permets quand même de t’adresser ces quelques mots, à toi, qui adresse quotidiennement des mots à plus de 600 000 personnes. C’est gros, quand même! Ça ne te fait pas peur? Prendre la parole devant un aussi vaste auditoire, y’a de quoi avoir le vertige et perdre le contrôle de ses patins! Quoi qu’il en soit, j’ignore si ce dont je vais te parler a été provoqué par un court-circuit de tes neurones, ou si ça figure dans la liste de tâches que tu dois accomplir, mais je ne peux passer sous silence cette boutade que tu as lancée candidement samedi le 21 novembre vers 10h00. Voici, en capture d’écran:

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(Les plus curieux peuvent accéder directement à la publication en suivant ce lien.)

En bonne communicatrice que je crois être, je vais adopter la méthode sandwich. Un point positif, un point négatif, un point positif.

Donc, premier point positif, je te félicite pour la qualité du français dont tu fais preuve la majorité du temps. Ce qui me porte à croire que tu partages peut-être ce travail, et peut-être quelque-uns de tes collègues ont-ils moins de rigueur que toi, mais bref, un morceau de robot pour le fait que mes yeux ne saignent pas trop lorsque je tombe malencontreusement sur la page que tu animes.

En revanche, je ne puis qu’être outrée du commentaire suivant, purement gratuit, d’un mauvais choix éditorial, que je cite: « Mauvaise nouvelle… La neige s’amène cette fin de semaine et elle fera une entrée remarquée! »

Ahem.

Comme je disais dans mon introduction, on ne se connait pas. En tout cas, c’est flagrant que tu ne me connais pas. Mais cette phrase me donne franchement envie d’extrapoler sur ta personnalité: tu dois être un de ces grincheux à qui la vue de flocons fait péter des plombages, qui voudrait faire disparaitre l’hiver, qui célèbre le réchauffement climatique, qui magasine des voyages dans le sud de novembre à avril, qui râle dès qu’il faut faire sortir le chien à plus froid que 10°C, qui pose ses décorations de Noël le 1er novembre pour ne pas avoir à le faire quand il aura neigé/gelé, qui appelle la neige « marde blanche »… et tu n’es certainement pas un skieur. Facebook ne me suggèrera probablement jamais qu’on soit amis -et c’est tant mieux!

Ah, je saute aux conclusions?

Excuse-moi alors. C’est donc un ordre de ton patron? Que tu suis bêtement? En ce qui me concerne, tu devrais quand même avoir la latitude d’user d’un peu de discernement dans l’accomplissement de tes tâches quotidiennes, ce qui me porte à te susurrer tendrement à l’oreille d’aller porter ton CV ailleurs, histoire de chercher un travail un brin plus stimulant. Cela dit, s’il s’agit d’une ligne directrice imposée par ton employeur, permets-moi de prendre trois grandes inspirations-expirations.

Ce n’est certes pas la première fois que je constate la discutable qualité d’un commentaire éditorial provenant de cette source de « nouvelles », mais… il n’est même pas question de politique, de vedettariat, de sensationnalisme, de corruption, d’immigration, de meurtre, de sexe, d’homophobie, ou de quelque chien écrasé que ce soit. Ton commentaire, qu’il soit le tien ou celui de ton patron, s’attaque à une chose parfaitement impuissante, et ô combien indéfendable: la météo. Qui plus est, la météo caractéristique d’un endroit où on vit, et à laquelle on s’adapte quotidiennement, tant bien que mal. Et tu as le front d’enfourner dans la gorge de ton lectorat à coups d’entonnoir que c’est une mauvaise nouvelle.

J’en ai une pour toi, une mauvaise nouvelle.

C’est un mauvais commentaire, tu as fait un mauvais travail.

C’est à cause de commentaires comme le tien que les gens n’ont pas envie de sortir l’hiver. C’est à cause de commentaires comme le tien que la morosité saisonnière et le dédain de la neige envahissent les chaumières des villes et villages. C’est à cause de commentaires comme le tien que les gens s’enfoncent dans le négativisme et le pessimisme hivernal. C’est à cause de commentaires comme le tien, et comme ceux de tous les météorologues/animateurs de radio/télé qui toussent et grognent dès qu’il est question de gel au sol ou de précipitations solides qu’on a collectivement appris à désaimer l’hiver.

Et pour ça, pas-merci. Je vais m’arrêter là parce que je suis plutôt intarissable quand il s’agit de taper sur ceux qui tapent sur l’hiver.

nouvelle2Je termine cependant mon sandwich avec le dernier point positif: j’espère que la flopée de réponses que ta publication a générée t’a remis à ta place. Je suis heureuse de constater qu’il y a plus d’une centaine de personnes qui a pris la peine de répondre que t’étais à côté de la plaque, que c’était une bonne nouvelle, et que t’aurais mieux fait de garder ton commentaire pour toi. Merci à tous ces gens, qui ont encore un bon sens critique.

J’espère que tu en tireras un léger enseignement… j’ai cette indécrottable naiveté qui me permet encore de me coucher le soir en espérant un monde meilleur pour le lendemain. Un monde meilleur dans lequel les gestionnaires de page Facebook et tous ceux qui ont la possibilité de prendre la parole en public se responsabilisent un tantinet et apprennent à faire la différence entre « Poser une question qui provoque un débat intelligent » et « Faire un commentaire gratuit, déplacé, négatif et inutile ». Mais j’ai aussi un côté sceptique, qui me fait t’imaginer regarder des vidéos de chats entre deux publications, sans te poser la moindre question. Fais en sorte que j’aie tort, s’il te plait.

Ah pis… Aime donc ton hiver. Il n’en reste pas pour très longtemps, y parait.

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Geneviève Larivière
Diplômée en communications et en géographie (Université Laval), Geneviève est avant tout photographe. Sa facilité pour la rédaction de textes l'a menée directement au photojournalisme. Sur les pistes de ski, elle conjugue ses passions pour la photo et les sports de glisse, toujours en quête du cliché du jour.