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Il était une fois: les réseaux d’évaluateurs

15 septembre 2010 | Chronique, par Christophe Deschamps
Photo Geneviève Larivière

Par le passé (années 1980-1990), chaque média, chroniqueur ou journaliste qui souhaitait informer la population des conditions de neige devait avoir des ententes avec chaque station de la province. Avec le temps, le ski est devenu un sport très populaire et le nombre de journalistes et chroniqueurs de ski s’est multiplié. Un beau jour, ce fut tellement compliqué de savoir qui apportait quoi comme visibilité que l’industrie du ski, via leur nouvelle Association des Stations de Ski du Québec (ASSQ) a décidé de mettre un frein à cette pratique: c’est à ce moment que les réseaux d’évaluateurs officiels sont nés au Québec.

La mission de ces réseaux est fort simple : en échange des accréditations qui tiennent la forme d’une passe provinciale, chaque évaluateur et son réseau a le mandat de faire parler des conditions de neige dans les différents médias québécois. Depuis plusieurs années, chaque jour de l’hiver, environ 230 évaluateurs sillonnent la province afin de glaner les informations et les mettre à jour.

En quoi consiste une évaluation ?

L’évaluateur est avant tout un passionné de ski. Son appartenance à un réseau lui offre des bénéfice -tels skier à moindre frais- mais en échange, il doit faire un travail de précision qui permettra à des milliers de Québécois de connaître l’état des pentes dans les stations de ski de la province. Pour ce faire, chaque évaluateur peut choisir sa montagne, à condition bien entendu de respecter les quotas dictés par chaque réseau; le but de ces quotas étant d’éviter une sur-exposition de certaines montagnes et de rester objectif dans les médias.

Une fois en montagne, l’évaluateur doit skier une piste de chaque calibre et en décrire les conditions de neige selon des critères bien définis. De plus, dès cette saison (2010/2011), ces patrouilleurs des neiges devront faire quelques prévisions simples et apporter plus de sentiments à leurs rapports.

Chaque réseau fonctionne de manière différente et s’est doté de règles propres à ses objectifs particuliers. Certains réseaux sont plus scientifiques sur l’état de la neige, d’autres recherchent plutôt une connexion avec la population en transmettant un «feeling» de la montagne. Le tout compose un complexe écosystème dans lequel il y en a pour tous les goûts et tous les calibres de ski. Les évaluations sont communiqués au public via tous les types de médias: la télévision va rejoindre une clientèle moyenne qui ne recherche pas de détail dans les évaluations, tandis que le Web a l’avantage d’offrir plus de détails pour les plus exigeants.

Annuellement, l’industrie du ski du Québec, représentée par son association (ASSQ), vote un nombre précis d’accréditations, offertes aux réseaux d’évaluateurs. Le vote est basé sur la performance de chaque réseau lors de la saison précédente, ainsi que sur la visibilité qu’ils offrent aux montagnes dans les médias de la province.

Alors, qui sont-ils ?

En 2010, il existe 4 réseaux d’évaluateurs officiels au Québec.

Il est 9h du matin et vous vous réveillez avec une chronique sur les conditions de neige à CKOI FM, puis vous allumez votre télévision sur Météo Média, qui donne également des conditions de neige ! Ici, c’est Mario Daniel de SkiMédia qui vous offre toute son expertise météo avec un réseau de 50 évaluateurs. Depuis 18 ans déjà, les évaluateurs de SkiMédia rapportent de quoi informer un gros bassin de population sur les expériences en montagne. D’ailleurs, vous le verrez cet hiver sur le forum de ZoneSki.com pour vous aider à y voir plus blanc.

Ensuite, le matin à TVA Montréal, c’est dans Salut, Bonjour ! que vous entendrez souvent des chroniques de ski. Collaborant également avec la station de radio Rythme FM, le Réseau Sport Activité est le plus grand réseau d’évaluateurs au Québec (110 membres). Pour RSA, les conditions de neige sont scientifiquement évaluées et une cote d’évaluation globale des conditions d’enneigement est ensuite calculée,  cette cote étant la marque de commerce du réseau. Toutes les informations des diverses stations de ski du Québec se retrouvent également sur le site du Réseau sur SportActivites.com et sur différents réseaux sociaux.

Pour ceux qui ont plus l’habitude des journaux papier, vous n’avez probablement jamais pu passer à côté des chroniques de Guy Thibaudeau. Le réseau MRG date de 1968, c’est le plus vieux réseau d’évaluateurs au Québec et le premier à avoir donné aux médias des informations sur les stations. Aujourd’hui, Guy écrit sur Cyberpresse et donne des entrevues dans plusieurs stations de radio; il couvre non-seulement le ski mais aussi une foule d’autres activités de plein-air. Au réseau MRG, c’est environ 50 membres qui rapportent des informations.

Pour finir avec le quatrième réseau, il s’agit d’un petit nouveau : ZoneSkiMédia. Depuis l’arrivée du forum il y a de cela 8 ans, l’équipe de ZoneSki.com s’est démarquée par son utilisation des nouveaux médias mais surtout par une évaluation plus « sociale » des sports de glisse. Le réseau d’évaluateurs compte depuis 2 ans maintenant 20 évaluateurs qui sont équipés de caméras vidéo et d’appareils photo dans le but de réaliser des reportages destinés uniquement au Web. De par sa façon de rejoindre une population plus jeune, qui délaisse peu à peu les médias traditionnels, ZoneSki.com représente un peu un « test » pour l’industrie du ski : le grand virage technologique est bien présent !

Le temps passe et les choses changent ?

Bien que tout cela sonne correctement en théorie, la pratique commence à montrer des signes de faiblesse. L’industrie du ski se fragilise depuis quelques années: des stations ferment, les clients changent leurs habitudes, la relève est en déclin… Autant de mauvaises nouvelles qui s’ajoutent souvent aux facteurs météorologiques. L’industrie se questionne de plus en plus sur son programme d’évaluateurs, elle devient plus exigeante envers ses réseaux qui doivent aussi s’adapter à une crise bien réelle, tant en montagne qu’envers leurs propres médias. Très souvent, on reproche aux réseaux de pas suivre les évolutions médiatiques qu’apportent l’Internet et les réseaux sociaux, entre autres en ne publiant pas les rapports de sortie en ligne.

Dans les faits…

Comme me disait en entrevue Mario Daniel de SkiMédia, le plus gros défi d’un réseau évaluateur est de s’adapter aux nouveaux médias: Internet, réseaux sociaux, blogs et communautés nécessitent une approche très particulière et souvent coûteuse, ce qui constitue un os pour les réseaux d’évaluateurs qui généralement disposent de fonds très limités.  De plus, les clients dans les stations sont de plus en plus exigeants, les conditions climatiques changent rapidement ! Aujourd’hui, on va de plus en plus rechercher un sentiment de plaisir en montagne qu’une simple qualité de neige sinon, on dit un peu trop souvent la même chose.

La population veut de plus en plus de l’information « personnalisée » car c’est à ce type d’information qu’elle s’habitue peu à peu. Aujourd’hui, ce que l’on vend au public et ce qui fait lever la population, c’est le plaisir que l’on peut avoir à skier dans nos montagnes. Néanmoins, pour faire passer un tel message, il faut souvent faire preuve de créativité dans les réseaux, ce qui est certes plus facile sur Internet que sur un plateau de télé. Le Réseau Sport Activité a bien compris l’enjeu mais selon Paul Ethier, co-directeur de RSA, le défi ne se situe pas que du côté des réseaux, mais aussi chez les stations de ski qui, avec le temps, ont du mal à voir changer la façon de faire des évaluateurs.

Dans tout cela, c’est l’industrie du ski toute entière (par l’ASSQ) qui devra, tôt ou tard, se pencher sur la question et trancher. Chose loin d’être simple car bien que cette industrie soit dotée d’une association, beaucoup de stations ont encore une vision trop individualiste et devront commencer par mieux s’unir pour créer un modèle de communication viable, conjointement avec la clientèle et les réseaux.

Mais au fond, quand on pense que cette industrie bénéficie d’une visibilité médiatique en échange de simples accréditations, alors que la majorité des entreprises du Québec doivent payer ce temps d’antenne à prix d’or, est-ce réaliste de penser qu’on pourra un jour faire évoluer des réseaux qui ont pour ainsi dire très peu d’éléments de financement ? La créativité a quand même un prix…

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Christophe Deschamps