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Indécrottable optimisme?

21 février 2012 | Éditorial, par Geneviève Larivière
Photo Geneviève Larivière

Ou regrettable “autruchisme”? Comme dans “action de faire l’autruche”, oui.

Image attachée

(Ah bon?!? On demande à voir…)

Ecoutons un peu autour de nous. Exclusion faite de ceux qui détestent l’hiver, vous entendrez majoritairement deux discours, relativement opposés :

– Mais quel hiver de m****! Faibles précipitations, manque de neige, froid polaire ou pluie… j’ai 4 journées de ski dans les jambes, c’est déprimant! :angry:

– Mais non! Cesse de râler, il faut profiter de l’hiver autrement! Tu as déjà essayé la raquette? Le ski de fond? Le camping d’hiver? L’hiver c’est beau quand même, il faut sortir, garder le sourire! As-tu bien aiguisé tes skis, au moins? Tu connais le proverbe, « une mauvaise journée en ski… » :lol: :rolleyes: :) B)

Gageons que la première phrase a été prononcée par un amant du ski alpin qui habite au sud du Fleuve Saint-Laurent (mais pas en Gaspésie!); et que la deuxième a été prononcée par quelqu’un qui se voile un peu la face sur les conditions de neige…

D’abord, une réalité : cet hiver, le « nord » (pas celui du plan de l’autre) vit une saison respectable, avec son lot de désagréments mais somme toute, pas trop de quoi se plaindre, si on compare au « sud » (pas celui des snowbirds), qui jusqu’à maintenant a vu fondre la presque totalité des chutes solides… sans compter que celles-ci se font rares. La période de disette dure depuis maintenant plus de 7 jours dans les Cantons et malgré les prévisions positives des prochains jours, il y a fort à parier que les chutes ne seront pas suffisantes pour qu’on sorte les skis fat… Or, nul besoin de s’étaler dans un cours de 45 heures à 3 crédits universitaires pour analyser la population du Québec : le poids démographique des skieurs déséquilibre la province et penche vers le 514 et son 450 péri-insulaire. Conclusion? Il faut habiter dans le 819 ou dans le 418 pour aimer l’hiver cette année!

En clair, si vous entendez un skieur pester contre l’hiver qu’on a, c’est qu’il habite là où vous savez, et qu’il skie par proximité. Inversement, si vous entendez un skieur satisfait de son hiver, c’est qu’il habite ailleurs, ou qu’il a la possibilité de se déplacer. Puisque la montagne ne vient pas à Mahomet, Mahomet doit aller à la montagne… et dites-vous que comme les skieurs, Mahomet rêve de la téléportation!

Vous croyez que ça nous réjouit, de râler? Pas du tout! Nous sommes des passionnés. Nous aimons le ski, nous aimons les montagnes, nous aimons la neige, nous aimons l’air frais, l’exercice… mais soyons réalistes : la morosité de novembre, elle frappe en février! Marmotte ou pas, notre hiver, il semblerait bien qu’on devra se résigner à le repousser aux calendes grecques –ou ailleurs, puisque cette nationalité semble poser problème par les temps qui courent.

Tiens, c’est ça : on a un hiver grec. On se fait plein d’espoirs, on regarde les cartes, on analyse, on calcule, on se dit qu’on a une chance, on essaie de se soutenir le moral, on se croise les doigts de main et de pieds, on se ronge les ongles pour les plus souples… et puis rien. Ou si peu, tant est qu’au final, la déception est palpable. Et parlant de marmotte, elles-mêmes sont confuses, j’en ai vu une au bord de la route ce matin. Quand on pense que ces animaux hibernent, « normalement »…

Demander à un skieur d’aimer l’hiver qu’on a en ce moment, c’est comme demander à un diabétique nouvellement diagnostiqué d’aimer de l’aspartame et le Coke Diète. Demander à un skieur de rester positif et motivé en regardant la pluie tomber en plein mois de février, c’est comme demander à un conducteur fautif de remercier l’agent qui lui remet son constat d’infraction! Demander à un skieur de rester enthousiaste à propos du ski cette année, c’est lui demander de jouer à l’autruche, la tête dans la neige –et s’il ne choisit pas bien, attention au damé durci!

Les skieurs ne veulent pas d’un prix de consolation, ils ne veulent pas d’un succédané d’hiver, ils ne veulent pas d’une quasi-saison! Ils veulent du plaisir à glisser, une météo favorable, de la neige à profusion, des joues rougies par l’air de dehors, des cuisses sollicitées par des descentes exigeantes… pas d’une attente interminable pour une saison qui va se finir sans même avoir commencé!

Ce qui agace profondément dans tout ça, c’est l’absence de contrôle. C’est la faute à Pas-de-Chance, la faute à la météo, c’t’encore la faute à El Nino (chantait l’autre)… Il y a de cela quelques années, les Russes ont réussi à faire éclater des nuages pour provoquer des précipitations… mais semblait-il que ce processus impliquait quelques isotopes radioactifs. Rangez vos compteurs Geiger… personnellement, même si je suis en manque de poudre, j’aimerais mieux qu’il pleuve en Afrique avant qu’il neige ici.

Je relativise, je rationnalise… N’empêche, au final, la situation reste la même: on est en panne sèche d’eau cristallisée, tout le monde pleure, mais personne ne se l’avoue. Vous voulez le comble? Ceux qui souffrent le plus des frasques de Mère Nature sont ceux qui voudraient que les skieurs restent positifs… Comment ils disent, déjà, en France? Ah oui: faut pas pousser mémé dans les orties!

La pensée magique, c’est une forme de censure.

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Geneviève Larivière
Diplômée en communications et en géographie (Université Laval), Geneviève est avant tout photographe. Sa facilité pour la rédaction de textes l'a menée directement au photojournalisme. Sur les pistes de ski, elle conjugue ses passions pour la photo et les sports de glisse, toujours en quête du cliché du jour.