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Made in Québec: entrevue avec le réalisateur LC Pilon

17 novembre 2016 | Entretien, par Félix LeBlanc

Dans une industrie qui est en train de complètement muter, le ski de freeride plus particulièrement le street skiing vit des moments difficiles tout particulièrement depuis l’annonce que le IF3 n’aura pas d’édition montréalaise cette année. Tout comme les irréductibles gaulois, des bandes de skieurs amateurs arpentent tout de même les rues des villes et villages au Québec, à la recherche des meilleurs spots où faire des tricks parfois complètement déraisonnables mais toujours pour les mêmes raison : le plaisir de skier et avoir les  meilleures shots possibles. J’ai rencontré Louis-Charles Pilon, bon ami et fondateur de Not So Local, une petite boîte de production amateure avec de grandes ambitions, qui a notamment remporté un prix prestigieux l’an dernier lors du IF3 pour son film Dead End.

Jeune réalisateur de film de ski et cinéaste à temps plein, Louis-Charles Pilon nous présente son tout dernier opus intitulé Badlands. Sa boîte de production Not So Local est une des rares productions amateures québécoises de calibre professionnel à encore faire des films de ski 100% québécois, ayant comme seul moteur la pure passion du ski (sous toutes ses formes). Couronné l’an dernier lors du prestigieux gala IF3 l’an dernier pour Dead End, son nouveau bébé saura assurément impressionner tous les skieurs de par la qualité de la production et du ski qu’on y retrouve. Son nom est à retenir, on n’a pas fini d’en entendre parler! Voici le contenu de notre entretien!

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1. Depuis combien de temps t’es tu mis à shooter et comment tout a commencé?

«J’ai commencé à shooter il y a pas mal longtemps, ça fait 8 ans de ça je te dirais en fait et c’était à Sutton avec le vieux cellulaire de mon père. On filmait du ski, des petits 360 sur des jumps, des niaiseries et puis finalement j’ai décidé d’acheter une caméra au Canadian Tire, pas rien de bien excitant, une caméra de m**de en fait et on a commencé à faire des vidéos un peu plus développés. Je faisais ça avec mon frère et mon cousin et on s’appelait le X-treme Team. C’était vraiment juste pour le fun, sans se soucier vraiment des angles ou de si ça allait bien sortir ou non. On se cassait pas la tête mais on faisait ça pour les mêmes raisons qu’aujourd’hui; c’est vraiment strictement pour la passion du sport. Faut jamais oublier d’où on vient.”

2. Travailles-tu dans le domaine du cinéma en dehors du ski?

“Oui j’en fais beaucoup, du corpo, des projets de connaissances ou vraiment n’importe quoi, n’importe qui qui est intéressé à faire un projet ça m’intéresse aussi. Je me suis lancé là-dedans temps plein l’été passé et jusqu’à présent tout va vraiment très bien! Pas mal de jobs de montage cours et malgré que j’essaie de me départager du ski un peu pour faire autre chose c’est dure parce que j’aime tout simplement trop ça (rire)”montage-badlands

3. Quels sont les principaux défis qu’un réalisateur de film de ski québécois se voit faire face et comment es-tu parvenu à les surmonter?

“C’est vraiment la neige j’te dirais. On a connu des hivers de m**de dans les dernières années et on peut rien vraiment faire contre ça mais c’est aussi au niveau de la motivation que c’est pas toujours facile. Tout le monde de l’équipe va à l’école, ont d’autres obligations et un travail, c’est dur à gérer mais quand ça marche et que tout le monde peut se synchroniser c’est vraiment là que la magie se produit. Autrement, ça peut vraiment tout foutre en l’air nos plans. Un autre point ça serait le financement j’te dirais, mais honnêtement suffit d’être un minimum créatif pour tirer le maximum de ses ressources et on mise vraiment là-dessus.”

4. Ton tournage le plus difficile? (Conditions météo, bris mécanique, actes de dieu, etc.)

“J’te dirais que mon tournage le plus difficile était probablement pas en ski, je t’apprendrai rien en te disant que chaque tournage a ses difficultés et ses défis; l’important c’est de savoir s’adapter. Une fois que tu connais ton équipement et ton équipe c’est super facile, suffit de savoir garder son sang froid et de pouvoir regarder la situation du dessus pour s’adapter en conséquence. J’ai fait partie de tournages de 4-5 jours à filmer 18-20 heures par jour sans arrêt, mais bien que ça soit très éprouvant physiquement et mentalement c’est tellement l’fun et gratifiant que c’est la passion qui l’emporte. Je changerais ça pour rien au monde.”

5. Avec le festival IF3 qui a décidé de se repositionner et de ne pas avoir d’événement unique cet année, quel avenir entrevois-tu pour l’industrie du film de ski au Québec et même au Canada? Est-ce quelque chose qui t’a affecté?

“C’est sure que sans le IF3, ça limite le potentiel pour des productions amateures qui étaient uniquement motivées à filmer pour avoir la chance d’y gagner un prix. Pour le futur j’ai l’impression qu’on va voir moins de films amateurs qui vont sortir, peut-être 2-3 grosses productions professionnelles qui vont se partager l’argent restant des commanditaires dans l’industrie mais j’ai vraiment le feeling qu’on va voir de plus en plus de mini-séries sur internet, des plus petites productions. Pas le genre de films qui sortent habituellement en novembre-décembre et que le monde achetaient en VHS pour les écouter 10 000 millions de fois. On est loin de ce temps là. Donc oui c’est sur que la fin du IF3 a eu un impact sur le freeski. De notre côté on va plus miser sur de petites productions que de longs films cette année. Les grosses productions représentent énormément de travail pour lequel on ne reçoit juste pas assez de reconnaissance et les cotes d’écoute ne cessent de baisser. On a appris dernièrement que le IF3 sera de retour l’an prochain et c’est certain que Not So Local y sera présent, j’peux juste pas te confirmer que ce sera sous la forme d’un film.”

6. D’ailleurs tu avais gagné un prix au IF3 l’an dernier!

“Oui! On a gagné le prix Best Editing (Meilleur montage). Ce fut vraiment très gratifiant pour moi étant donné que j’ai passé la majeure partie de mon été à monter tout ça, d’autant plus que c’était un énorme projet que j’aurais peut-être fait différemment avec du recul mais je regrette absolument rien. Le trophée est encore accroché dans mon salon et je compte bien le garder toute ma vie car j’en suis extrêmement fier. Ça a été un bel effort de groupe pour un projet monumental mais tout le temps en a valu la peine parce que c’est nous qui sommes partis gagnants! On a aussi été nominés dans la catégorie Meilleur film amateur mais on n’a pas gagné.”

7. Cette récompense t’a-t-elle ouvert des portes ou facilité le tournage de ton dernier film? (Tu peux dire aussi : «Elle m’a confirmé que ce que je faisais était bon et crinqué à faire mon dernier film!»)

« Pour Badlands, je crois que oui le prix qu’on a gagné au IF3 pour Dead End nous a vraiment donné la motivation de continuer. Sans cette reconnaissance notre plus récent film n’aurait jamais existé. On avait comme objectif de remporter les 3 prix dans la catégorie “amateur” cette année et j’te mentirai pas on a vraiment manqué de pas finir le film à cause de ça (manque de motivation) mais on a tout de même persévéré et j’en suis vraiment fier. Ça a été un travail d’équipe et c’est à force de persévérer qu’on a pu mener le projet à bout.”

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Bonus : D’où vient le nom Not so Local?

“C’était justement l’hiver que j’étais à Whistler, peu longtemps après m’être détruit le genou. J’étais chez nous, à veille de virer fou et j’ai commencé à mettre ensemble les séquences filmées plus tôt cette saison, pour faire la promotion d’une nouvelle “production” de ski et c’est comme ça qu’une gang de québécois partis à Whistler a tenté de devenir des locals à Whistler mais que finalement ça n’a pas marché. Avec du recul je trouve ça quand même très comique que c’est une blessure qui m’a mené à faire ce que je fais aujourd’hui et à vivre ma passion.”

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Félix LeBlanc
Félix est un passionné du ski, de la technologie et de l'art visuel. Curieux de nature, il se garde bien informé sur tout ce qui touche de près ou de loin ses passions et tout comme Ron Fournier, adore "donner son deux cents" à ses lecteurs. Chasseur de tempêtes pour tracer les plus beaux sous-bois de la province, sa maxime dans la vie est celle-ci : "Ta pire journée de ski est toujours meilleure qu'une journée ordinaire au travail".