VOS SPORTS:
Publication partenaire

Mais où s’en va le freeski ?

30 décembre 2010 | Reportage, par David Maurer
Photo Geneviève Larivière

Certains disent qu’il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va.  D’autres ajouteront que ça dépend du sujet, mais si l’on s’attarde au freeski, le développement de ce sport dans la dernière décennie laisse place à un futur prometteur et très excitant. Que l’on pense aux innovations technologiques dans l’équipement de ski, l’évolution du terrain skié par les pros de l’industrie ou même les compétitions de ski nouveau genre, ces métamorphoses garantissent une scène du freeski impressionnante dans le futur. 

D’abord, depuis 1998, on assiste à la popularisation des skis à doubles spatules («twin tip»), un type de ski que toutes les grandes compagnies de ski offrent de nos jours. Mais à travers ces années, les skis spécialisés pour la poudreuse ont également gagné en notoriété. Beaucoup plus larges que les skis traditionnels, les « fat skis » permettent une meilleure flottaison dans la neige molle et une stabilité accrue, donnant ainsi une meilleure plateforme pour les atterrissages en poudreuse. Mais de plus, on voit maintenant des fat skis qui ont une cambrure inversée ou même les lignes de cote inversées. Je vous entends d’ici: «C’est quoi ça ?»

Les lignes de cote inversées (sidecut inversé) indiquent que le ski est relativement mince à la spatule et au talon, et plus large sous le pied. Bref, tout le contraire du ski parabolique traditionnel. Ce concept aide à mieux supporter le poids du skieur au-dessus de la neige et amener une sensation de « surf », et surtout à amoindrir l’effort nécessaire pour effectuer les virages dans la poudreuse. Plus besoin d’alléger son poids pour sortir le ski de la neige pour initier le virage. Au lieu d’engager le virage avec la spatule du ski, cette technologie permet de contrôler le ski à partir de son centre et donc de pouvoir varier les rayons de virages à notre guise ayant un point de pivot central. Cette conception est excellente en poudreuse mais très peu efficace sur le terrain damé, raison pour laquelle on en voit peu dans les centres de ski du Québec.
ski_cambrurePar contre, l’idée de la cambrure inversée commence à faire des ravages avec toutes les compagnies. Un ski de carving ou tout-terrain possède une cambrure traditionnelle, c’est-à-dire que si on met le ski à plat sur le sol, les points de contacts au sol sont à la spatule et au talon du ski, avec le milieu du ski surélevé. Ceci amène une excellente tenue de carres dans les virages et du contrôle sur terrain damé, ainsi que du rebond entre les virages. Au contraire, un ski à cambrure inversé mis sur le sol aura la spatule et le talon surélevé et un contact au sol au milieu du ski un peu devant et derrière la botte. On entend souvent parler de « rocker« , c’est le terme pour indiquer que la spatule du ski est relevée. Quels sont les avantages de réinventer la géométrie du ski? On pense à une meilleure flottaison en poudreuse avec les spatules voulant naturellement sortir de la neige, un pivot plus facile puisque la spatule a moins de contact avec la neige, donc une initiation du virage facilitée. Le rocker peut être de différente longueur et hauteur d’un ski à l’autre; plus il sera haut et long, plus le ski sera spécialisé pour la poudreuse. Et pourquoi la cambrure inversée au talon? Pour faciliter les virages en évitant que le talon accroche dans la neige, pour que le talon s’enfonce plus sous la neige molle faisant mieux sortir la spatule de la neige, et aussi pour pouvoir atterrir et skier à reculons dans la poudreuse.

Outre la technologie, la forte créativité et la recherche de l’originalité ont amené nos athlètes à pratiquer leur sport différemment ces dernières années. Dans les parcs à neige, on voit des grabs innovateurs,  des nouvelles rotations, des skieurs qui utilisent leurs mains pour s’appuyer sur la neige ou un objet au moment de s’élancer dans les airs (hand drag, hand plant), bref,  le goût du jour ne cesse constamment d’innover dans les façons de s’amuser et d’exprimer son talent. Mais il y a déjà longtemps que le parc à neige n’est plus le seul terrain de jeu; on retrouve aussi les freeskieurs en zone urbaine ainsi qu’enbackcountry.

Le côté urbain est loin d’être accessible ou même attrayant à essayer pour la majorité des skieurs, mais il est impressionnant de constater l’évolution des lieux et des prouesses des athlètes dans ce contexte marginal lors de la dernière décennie. Avec du talent et de l’imagination, des endroits inusités comme le stade olympique ou le centre ville de Québec deviennent des endroits rêvés pour laisser aller ses fantaisies et poser ses skis sur une clôture, un mur d’édifice, une rampe d’acier ou de béton, une glissoire dans un parc, bref, n’importe quoi qui n’est pas conçu pour être skié! Ce type de ski souvent très dangereux et extrêmement technique est vu par plusieurs comme une forme d’art et ne cesse de surprendre par son côté exotique.

Avec l’accessibilité grandissante du terrain en backcountry et l’équipement pour y aller qui est mieux que jamais, il n’est pas surprenant de voir de plus en plus d’athlètes s’attarder à cette facette de leur sport. Certains quittent même la scène compétitive pour s’y concentrer pleinement. La quête du défi et de la poudreuse amène ces athlètes dans des endroits dangereux comportant du terrain technique, abrupt, accidenté et surtout rempli de neige vierge. Le but ultime est d’agrémenter les descentes avec des éléments de freestyle. Il y a aussi les sauts construits à la main en backcountry dont les lieux de conception et les formes sont presque terrifiants!

Cette tendance grandissante de skieurs freestyle qui migrent vers le backcountry se reflète également au niveau de la scène de compétition. En effet, des compétitions hybrides de freeski émergent depuis quelques années. On peut penser entre autre au « Red Bull Cold Rush« , au « Whistler back 9 » ou au « Red bull Linecatcher« . Ce sont des événements qui rassemblent le freeride et le freestyle pour offrir un spectacle inégalé. Pour résumer grossièrement sans prendre chaque événement un à un, les participants ont à choisir leur ligne pour dévaler des pentes abruptes remplies d’obstacles naturels et/ou faits à la main, sauter pour épater la galerie, skier le plus rapidement possible et bien sur, avec un style impeccable. On recherche donc des skieurs versatiles, multidimensionnels et surtout, remplis de talent. On peut s’attendre à voir émerger d’autres événements hybrides uniques lors des prochaines saisons.

En somme, la nouvelle révolution du freeski est encore jeune, mais si le passé est garant du futur, l’imagination des concepteurs manufacturiers et la créativité des athlètes continueront certainement de nous épater en originalité dans l’avenir.

Partagez cet article sur vos réseaux sociaux !

À PROPOS DE L'AUTEUR

David Maurer
Actif depuis plusieurs années dans le monde du ski au Québec, David est propulsé par une énergie infaillible (exception faite des matins sans poudreuse). Toujours prêt à aider ses semblables, David partage ses connaissances à tout va! Vous le verrez peut-être devant une caméra, en train d'expliquer comment atterrir en bas d'un rocher sans se casser la margoulette!