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Québec-Chili: portrait comparé de deux pôles du ski

27 octobre 2017 | Chronique, par Rodo Af et Sylvain Audet
Photo Mont Orford

Alors que le printemps s’installe fermement en Amérique du Sud, l’automne s’étire sur les pentes du Québec. Les saisons, de plus en plus décalées, provoquent bien des grincements de dents pour les gestionnaires des stations de ski d’ici et d’ailleurs. Les québécois les plus mordus sont nombreux à aller explorer les pentes du Chili chaque été, afin de prolonger ou devancer le plaisir de la glisse. Si vous faites partie des skieurs curieux qui envisagent un séjour de ski dans ce pays, voici un portrait comparé, permettant de voir un peu mieux en quoi ces deux mondes sont si identiques et différents à la fois.

La géographie

Tout d’abord, comparer les montagnes du Chili avec celles du Québec, c’est comparer des montagnes de plus de 700m de dénivelé skiable (à plus de 1 500m d’attitude) avec 300m de dénivelé pour nos stations d’ici. Si nous voulions comparer des pommes avec des pommes, il faudrait plutôt comparer les montagnes chiliennes avec des grandes destinations de ski de l’Ouest canadien; cette similitude est logique puisque le ski au Chili s’effectue dans des monts de la Cordillère des Andes, qui fait partie de « l’épine dorsale occidentale », comprenant entre autres les Rocheuses.

Au Chili, les montagnes sont divisées en deux blocs aux conditions diverses. Un premier groupe de stations se situe dans la grande région métropolitaine, autour de Santiago, capitale du pays et plus grosse agglomération urbaine (7 millions d’habitants 2010). Cette zone dispose d’un climat froid et assez sec, les chutes de neige sont peu fréquentes, mais peuvent être en imposante quantité. On y skie sur un terrain montagneux assez escarpé, découvert de toute végétation puisque les domaines skiables s’élèvent à une altitude importante (plus de 3 000 mètres). Une grande partie de la clientèle est journalière en provenance de Santiago.

Un second groupe de stations de ski, situées dans une zone à partir de 400 kilomètres au sud de Santiago, sont des stations présentes sur les flancs des nombreux volcans de la région. On y skie à des altitudes plus basses, dans un environnement volcanique très dépaysant, avec souvent une partie de sous-bois d’araucarias. Du fait des volcans, on trouve de nombreux thermes dans les environs. La météo est plus humide et très changeante. Les précipitations peuvent être très abondantes pendant plusieurs jours, et les températures ne sont pas très froides.

Ces particularités géographiques font donc une grande différence avec le Québec, pour lequel la proximité des skieurs et planchistes par rapport aux montagnes est bien plus marquée. Au Québec, pour la plupart des amateurs de glisse, il y a une ou plusieurs stations à moins de 60 minutes de route; ce qui n’est pas le cas au Chili car pour certaines stations il est question d’un déplacement de plusieurs heures ou en avion. Chez nous, cette proximité explique également pourquoi plus de 80 % des skieurs et planchistes des stations d’ici sont des Québécois. Au Chili, il est plutôt question d’une proportion de 40% de skieurs étrangers contre 60% « locaux ».

Pour ce qui est de l’étendue du domaine skiable, il n’y a pas de données fiables disponibles en ce qui concerne la superficie tant au Chili qu’ici. La notion de piste existe très peu au Chili compte tenu de l’absence de végétation dans la plupart des stations de ski, à quelques exceptions de sous-bois d’araucarias.

Un peu plus de statistiques

Selon les chiffres de l’ACESKI (Asociación de Centros de Ski de Chile), en 2016, un million de skieurs/journée ont skié les pentes chiliennes, dont 250 000 brésiliens. Tel qu’indiqué précédemment, 60% des skieurs enregistrés proviennent du Chili. Les autres nationalités accueillies dans les domaines skiables du pays sont des argentins (100 000), et ensuite pour les 5% d’autres visiteurs principalement des USA et Canada et un petit peu d’Europe.

Si on compare avec le Canada, pour la saison 2015/2016, il est question de 16,5 millions de visites (240 stations). Le Québec comptait pour cette même saison pour 5,2 millions de visites (75 stations). Cette différence peut principalement  s’expliquer par le climat: il neige très peu souvent à Santiago – température moyenne lors de l’hiver chilien 4°C à 8°C, et la culture des sports extérieurs en hiver (le ski et le hockey pour le Canada). Par contre le Chili enregistre un taux de journées ensoleillé très important sur les domaines skiables: 60% de journées ensoleillés pour la saison 2016!

Un autre élément qui différencie les stations du Québec et du Chili est le modèle de gestion. Au Chili, la majorité des stations est propriété privée à 100%. Dans les exemples de concessions publiques, l’état octroie le terrain, mais tous les investissements et la gestion sont privés. La propriété des stations au Québec est relativement unique car, contrairement au Chili nous retrouvons des stations qui sont possédées et opérées par des municipalités (11), d’autres par des organismes sans but lucratif – incluant des coopératives – (38) et d’autres par des entreprises – grandes et petites (26). Précisons que certaines stations québécoises sont propriétés de municipalités via des organismes sans but lucratif. Nous retrouvons des situations similaires par rapport au type de propriété ailleurs au Canada. Mentionnons en passant qu’il existe des clubs de ski privés (comme des clubs de golf) (8) en Ontario comme il en existe dans l’État de New York (1) et l’Ouest américain.

Les défis du futur

Le défi que rencontrent les stations québécoises actuellement est le vieillissement. Le vieillissement des équipements tant au niveau des remontées mécaniques que des systèmes d’enneigement (des systèmes énergivores et moins performants) et des infrastructures d’accueil (chalet principal). Beaucoup de ces équipements datent de la fin des années ‘80 lors du Programme Canada-Québec destiné aux stations de ski québécoises. D’autre part, il ne faut pas oublier le vieillissement de la population; même si le nombre de skieurs et de planchistes demeure stable, le nombre de sorties lui tend à diminuer.

Du côté chilien, les stations font face au même défi que nous concernant les chutes de neige. Il y a une dizaine d’années, les stations ont investi massivement en équipement de production de neige mais seulement dans les zones des bases des stations, puisqu’à ce moment, personne ne croyait qu’il pourrait être utile, voire nécessaire, de fabriquer de la neige plus en altitude pour stabiliser une couche de neige et conserver un domaine skiable plus vaste, plus longtemps. Certaines stations ne sont pas encore équipées de canons à neige, ce qui constituera une obligation d’investissement dans les prochaines années.

Les remontées mécaniques constituent également une large part d’investissements, passés, présents et à venir: la grande majorité des projets d’installation ou changement de remontées mécaniques impliquent des transactions pour des équipements de seconde main, souvent provenant de l’Europe. Il faut savoir que le Chili, contrairement au Québec, n’a pas de norme gouvernementale concernant le transport câblé de passagers; cependant, l’ACESKI s’est doté d’un guide visant à identifier les bonnes pratiques et normes à suivre, inspirées de plusieurs pays, dont le Canada. (Suivez ce lien pour en lire davantage sur les remontées mécaniques au Chili sur le site de Remontées-Mécaniques.net!)

Si ce bref portrait comparé vous a donné l’envie d’aller découvrir le Chili, visitez notre section Amérique du Sud pour lire sur des récits de voyages et des conseils pour planifier votre séjour!

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Sylvain Audet
Consultant et enseignant en récréotourisme, Sylvain est un skieur qui analyse tout des stations qu'il visite, du dessin des pistes jusqu'à l'orientation du chalet en passant par le choix des matériaux et le service offert. Sa passion pour le développement des entreprises touristiques l'a poussé à entreprendre un doctorat... entre deux descentes en ski!