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Qui a piqué la cloche du Mont Alta?

3 septembre 2013 | Éditorial, par Geneviève Larivière
Photo Geneviève Larivière

Non mais… on jase, là… qui est assez tordu pour vouloir s’emparer d’une cloche de cette taille? Tu veux faire quoi avec ça? Tu as une vache assez grosse pour lui mettre au cou? Tu voulais te refondre une batterie de cuisine à l’ancienne?

Franchement.

En réalité, au-delà du larcin (le mot est faible) que la disparition de la cloche représente, pour moi, il y a un contexte et un message: j’y vois du mépris, un manque plus que flagrant de respect, une étourderie que même un déficit de l’attention diagnostiqué ne pourrait pas excuser, le tout coiffé d’un sans-gêne qui dépasse les bornes et l’entendement. En clair: c’est dégueulasse. On va appeler un chat « un chat ».

Car le Mont Alta n’en est pas à ses premières cicatrices. Depuis plusieurs années, les vols (et le vandalisme) totalisent quelques centaines de milliers de dollars. Feux allumés sur la plateforme du débarcadère du télésiège, disparition du cuivre de la presque totalité des fils électriques présents sur le territoire de la station, carreaux de vitre cassés (quand ce n’est pas carrément le cadre de porte ou de fenêtre arraché), subtilisation d’ameublement, de matériaux, d’outils, chaises et autres éléments du télésiège vandalisés… il ne se passe pas une semaine sans que la station ne reçoive de visiteurs mal intentionnés. Ouverte ou fermée, hiver comme été. Y’a pas d’heure pour les pilleurs.

Malgré le titre de mon éditorial, je ne cherche pas le coupable. (Non, pour la cloche, je lui souhaite seulement un bon retour de gong, ça devrait le sonner…) Je cherche plutôt ce qui peut le (les) motiver.

Voler pour l’adrénaline, tu fais ça à 11 ans pour trois tablettes de chocolat au dépanneur, pour voir si t’es capable sans te faire prendre. Voler pour faire du mal à quelqu’un d’autre, tu fais ça quand t’as assez de maturité pour ressentir un besoin de vengeance, mais pas assez de jugeotte pour te retenir. Voler quelqu’un d’autre pour t’enrichir toi-même, tu fais ça quand t’es un narcissique égoïste (pléonasme) qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez de Pinocchio. Voler pour le simple fait de voler, tu fais ça quand t’as pas de vie, pas d’ambition, pas de considération pour le genre humain ni pour son oeuvre. C’est pas de la kleptomanie, t’es parfaitement conscient de ce que tu fais. Et c’est ça le plus dérangeant.

Qui vole un oeuf, vole un boeuf

Il y a fort à parier que les brigands du dimanche (et autres jours de la semaine) qui ont arraché la cloche du Mont Alta n’en étaient pas à leurs premiers méfaits sur le terrain de la station. Ils ont dû commencer par des plus petits trucs, qui se voient moins, qui se cachent mieux. Derrière les buissons. Autour de la cabane du chien des proprios, qu’ils ont sans doute tenté d’empoisonner (le chien, pas la famille Lingat). Autour de la maison, dans les pistes, le long de la ligne du télésiège, au sommet… partout où il y avait quelque chose à massacrer/chaparder (oh! le joli mot!). Puis, l’idée est arrivée: «Heille, Man, on prend la cloche!» Bravo, sans-génie. T’as réussi ton coup.

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(La cloche était en place en mars 2012, photos Filip Bertrand)

Cette cloche-là, comme toutes les cloches dans une station de ski, c’est un emblême. Oswald l’avait reçue en cadeau, elle avait plus de 150 ans. Maintenant, y’a une cabane dépouillée de son clocher. Dépouillée de son symbole. Y’a une station qui se fait dénuder. Y’a une famille de skieurs-propriétaires qui regarde tout le monde d’un air un peu suspicieux en faisant le plein au dépanneur du village.

C’est négatif, dit comme ça, n’est-ce pas?

Je vous l’accorde. Y’a pas que du mauvais dans la vie. Mais là où y’a de l’homme, y’a de l’hommerie. Et le jour où les paroles de Raymond Lévesque se rapprocheront de la réalité, peut-être qu’on cessera d’être témoins de l’absurde et quotidienne idiotie du genre humain. Mais le jour où les hommes vivront d’amour, les banques cesseront d’être rentables. Je sais, ça, c’est pas dans la chanson…

(Voilà, fin du ton moralisateur maternel, vous pouvez décrisper cette ridule qui s’installait dans votre front.)

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Geneviève Larivière
Diplômée en communications et en géographie (Université Laval), Geneviève est avant tout photographe. Sa facilité pour la rédaction de textes l'a menée directement au photojournalisme. Sur les pistes de ski, elle conjugue ses passions pour la photo et les sports de glisse, toujours en quête du cliché du jour.