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Saluer plutôt que saborder

10 mars 2014 | Éditorial, par Geneviève Larivière
Photo Geneviève Larivière

Depuis le temps que je travaille en trempant dans l’industrie du ski, je suis souvent confrontée à des situations qui me déplaisent grandement. J’aimerais en aborder deux ici aujourd’hui. J’entends déjà le CLIC! hargneux de votre souris sur l’onglet de votre navigateur: « Ça y est! Elle chiale encore dans son édito! » Voyez ça comme du chialage si vous voulez, moi je vois plutôt ça comme une recherche d’éclaircissements…

Situation 1: un nouvel arrivant (groupe ou individu) dans une place existante, bourré d’initiatives et d’idées, cherchant simplement à améliorer par sa vision et son ouverture.

Situation 2: un nouvel arrivant (groupe ou individu) dans une place vierge, bourré d’initiatives et d’idées, doté d’un plan d’affaires viable, cherchant à développer, grâce à sa vision et ses connaissances.

Je vous en prie, pariez sur les chances de succès des deux situations?

On frôle le 0°Kelvin. (-273°C, c’est frette.)

Je cherche à comprendre… j’ai bien sûr un peu analysé, voici ce que je constate. S’il vous plait… si je suis dans l’erreur… dites-le moi. Je ne demande qu’à voir le positif!

Constats:

1) Toute forme de changement est bien souvent fort mal venue. Gardons les recettes habituelles, conservons les acquis, restons sur nos positions, misons sur nos points forts, ignorons les défauts, et surtout, ne dérangeons pas l’ordre établi et enraciné, en place depuis bien longtemps déjà. Si ça marche, pourquoi changer?

Justement, si ça marche… est-ce que ça ne pourrait pas marcher encore mieux?
Pourquoi seulement conserver et maintenir, au lieu d’améliorer?
Pourquoi ne pas chercher à corriger les défauts plutôt que de les masquer?
Pourquoi cette si grande peur du changement? Tout entrepreneur vous le dira, on n’accède pas au succès sans prendre quelques risques. Je n’aime pas les phrases à l’emporte-pièce, mais pour moi, une attitude de repli ne peut qu’amener de l’étouffement… surtout dans une industrie où on doit être orienté vers le client, les nouvelles tendances et le développement.

2) Les gens avec des idées et des initiatives sont souvent mis de côté. Voir le point 1) pour l’explication.

Les gens avec les idées et les initiatives sont souvent nouvellement arrivés, sans connaissance globale du contexte dans lequel ils débarquent. Il ne faut pas pour autant les mettre de côté, voire ignorer leur expérience déjà acquise par le passé, sous prétexte que « on l’a déjà essayé ça n’a pas fonctionné » ou encore « voyons donc on n’a jamais fait ça comme ça, ça ne marchera pas ». Ce n’est pas parce qu’une idée n’était pas viable il y a dix ans qu’elle est encore vouée à l’échec maintenant… les choses évoluent, malgré la crainte du changement. De plus, nul besoin d’une maitrise en psychologie pour comprendre qu’une personne mise de côté perd l’envie de s’impliquer, de même que le sentiment d’appartenance qui l’avait au départ motivé à lancer ses idées… La solution? Intégrer ces gens, en prenant la peine de leur donner plus d’information pour faciliter leur compréhension du milieu, sans pour autant être condescendant.

3) Il existe une phobie de l’engagement social. Si c’est social, c’est pauvre, si c’est pauvre, ça ne mène à rien, si ça ne mène à rien, on perd notre temps. Donc, si c’est social, on perd notre temps.

C’est un débat ultra politique… mais les touristes autant que les clients réguliers en font les frais. Et vous savez quoi? La plupart s’en balance! Le ski alpin est un loisir. Un sport qu’on pratique pour en tirer du plaisir. Recentrer ses priorités relève du gros bon sens… je n’ai pas la prétention de l’inventer.

4) La présence d’un désir de revanche individuelle et rancunière. « Si j’ai échoué, y’a pas de raison que quelqu’un d’autre réussisse. »

Oui, ça se voit, partout, dans tous les domaines. Pas seulement dans le milieu du ski alpin. Mais c’est tellement déplorable que je ne peux pas passer à côté de ce comportement humain qui contribue à l’échec de bien des idées/initiatives. Pour ce point, je ne vois qu’une bonne tape derrière la tête! Mais bon, je n’ai pas les bras assez longs…

5) L’inexorable mépris ou la jalousie du succès: toujours trouver une cause « pas propre » qui expliquerait la réussite d’une entreprise ou d’un projet.

Il a donné une enveloppe brune avec une carte de la SAQ dedans, elle a profité de ses contacts, il a fait des menaces, elle a couché avec untel… Être incapable de simplement admirer et reconnaitre le succès de quelqu’un, pour moi, c’est un signe de fermeture d’esprit. Là non plus je n’invente rien, et là aussi la tape derrière la caboche pourrait aider, mais on m’indique dans l’oreillette que mon avocat ne peut rien pour moi sur celle-là…

6) Le non-sens et l’aberration d’une foule de formulaires et conditions à remplir pour réussir à obtenir des micro-subventions ou des prêts-au-taux-à-peine-avantageux.

Ça aussi, c’est politique, me direz-vous. Mais est-ce que j’ai VRAIMENT besoin de vous dire que la politique, dans une démocratie, est (à tout le moins partiellement) décidée et votée par le peuple?

Bien sûr, il existera toujours, dans toutes les sphères, des petites exceptions qui confirmeront ces règles (mes constats). Dans chaque ville, quartier, village, région, il existe un petit exemple de succès, qui s’est battu, contre vents et marées, et qui a réussi, à force d’entêtement et de nerfs et de reins assez solides. Quelqu’un, quelque chose, que personne n’a réussi à avoir « à l’usure ». Sauf le temps.

J’aimerais bien que ce temps s’arrête… histoire de faire un peu justice aux travailleurs acharnés, et de leur permettre de profiter de leur succès. Mais le temps filera. C’est à l’humain de décider de ce qu’il en fait: saluer, ou saborder.

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Geneviève Larivière
Diplômée en communications et en géographie (Université Laval), Geneviève est avant tout photographe. Sa facilité pour la rédaction de textes l'a menée directement au photojournalisme. Sur les pistes de ski, elle conjugue ses passions pour la photo et les sports de glisse, toujours en quête du cliché du jour.