VOS SPORTS:
Publication partenaire

Série «La valeur du ski»: Déboulonnons quelques mythes

4 novembre 2013 | Éditorial, par Geneviève Larivière
Montage Geneviève Larivière

«Le ski alpin, c’est un sport de riches!» C’était peut-être plus près de la vérité il y a 20 ans. C’est peut-être vrai encore aujourd’hui, si vous êtes de ceux dont les choix de consommation sont basés sur la performance, le luxe, l’esthétisme et l’image en général. Mais, outre cette couche superficielle et non-obligatoire… le ski alpin est un sport accessible et abordable. Bam. J’vous l’dis, hein?

D’abord, il est nécessaire de séparer et d’identifier clairement les dépenses reliées à la pratique du sport. Grossièrement, les coûts peuvent être divisés comme suit: équipement (et entretien), apprentissage (ou perfectionnement), droit d’accès, alimentation, transport.

L’équipement:
Qu’il soit question de vélo (de montagne ou de route), de kayak (mer ou rivière), de camping, d’escalade, de chasse, de golf ou de tout autre sport nécessitant l’acquisition de matériel disons «complexe» (par opposition à une paire de chaussures de course ou de raquettes), les frais sont similaires. Si on additionne la valeur de l’équipement complet nécessaire à la pratique de ces sports, pour un adulte, pour chaque niveau de gamme (tout le monde connait le fameux good-better-best), l’investissement est le même: on peut s’en tirer à 500$ comme on peut péter le 2000$. J’oserais même dire que pour un niveau de qualité équivalent, un kayak de mer et un vélo de route coûtent beaucoup plus cher qu’une paire de skis… Concernant l’entretien, un bon ajustement sur un vélo vaut le même prix qu’un cirage + aiguisage. Si vous le faites vous-même, c’est encore moins cher…

L’apprentissage:
Bien que certains des sports sus-nommés ne fassent pas l’objet d’une formation accréditée, entendons-nous sur une chose: vous devrez vous faire initier. Certains de ces sports sont soumis à des règlementations, normes de sécurités et procédures que vous devez absolument connaitre, pour le bien de votre sécurité et de l’activité… Les coûts relatifs à l’initiation, à l’apprentissage ou au perfectionnement sont tout aussi variés que pour le ski alpin. On peut débuter sans cours, comme on peut décider de suivre une série de 10 leçons/sorties accompagnées… encore une fois, kif-kif. Un cours d’Iniski? En moyenne 65$. Et ça inclut la location de l’équipement. Une sortie en kayak de mer pour initiation? 60$ pour une heure. Incluant l’embarcation (et la pagaie, oui, bande de malins). Un atelier de golf? 80$ pour 45 minutes, sans les balles de pratique. Après une petite tournée Google, à vue de pif: pour une très grande quantité de cours, d’initiations, d’accréditations et autres formations, le tarif horaire est comparable et inclut de l’équipement. Bien entendu, un cours privé sera toujours plus cher qu’un cours de groupe… peu importe la discipline.

Droits d’accès:
On paye pour un sentier de vélo de montagne, pour l’accès à un parc national ou provincial, pour un gymnase, une pourvoirie, un terrain de golf, une paroi d’escalade, une piste de ski… qu’il s’agisse d’un tarif journalier ou d’un abonnement annuel, si on pratique le sport sur une base régulière, en famille ou en solo, les coûts sont présents. Ces coûts sont bien entendu directement proportionnels aux infrastructures et services accessibles. Je vous entends déjà vous emballer à propos de l’inégalité des coûts, retenez votre souffle, j’y reviens dans deux paragraphes…

Transport:
Bien peu d’entre nous peuvent se targuer d’avoir comme voisin un parc national ou une station de ski. Il faut donc s’y rendre: covoiturage, autobus, roulotte… tout le monde dépense des pétro-dollars pour pratiquer une activité physique et sportive. La consommation d’essence ne peut donc pas être reliée spécifiquement au ski alpin ou aux autres sports car elle est trop ancrée dans nos dépenses quotidiennes et dans nos choix de vie…

L’alimentation:
Je me répète: c’est encore une question de choix… on peut rouler en voiture sous-compacte et apporter notre lunch. On peut rouler en Hummer, et acheter les repas de toute la famille au chalet de ski. On peut rouler en hybride et se balader avec un panier de légumes bio, de l’hummus et des sandwiches au pain d’épeautre. On peut rouler en voiture allemande et adopter une diète sans lactose ni gluten. Tout est dans les choix.

Note, à propos des droits d’accès: ceux qui ont retenu leur souffle jusqu’ici peuvent respirer (et sont franchement plus doués que moi sur l’apnée). Je vous devine:
«AHAH!! C’est plus cher une journée de ski qu’une journée de vélo de montagne ou dans un parc national! Je le savais! C’est pour les riches!!» … C’est là la beauté de la chose: si vous comparez chaque dépense, oui, vous verrez des inégalités. Vous avez payé 2000$ pour un kayak de mer, 1000$ pour un vélo de montagne, 1000$ pour un ensemble de golf, 700$ pour une paire de skis… mais votre abonnement de saison de ski alpin vaut 500$, vous faites du vélo pour 100$ pendant l’été, du golf pour 500$, et vous faites du kayak sur un cours d’eau gratuitement… En tout et pour tout: le kayak est plus cher, pas le ski!

Vous conviendrez donc avec moi que la notion de «sport de riche» est beaucoup plus rattachée à l’image qu’aux dépenses réelles… car on peut faire du kayak de mer avec un bateau en fibre de carbone de 18 pieds, transporté par un Lexus 4X4, en sirotant un vin d’importation privée (un Pomerol idéalement), tout en se demandant quelle destination des Antilles nous irait bien pour notre prochain séjour en kayak… de même qu’on peut avoir un kayak en composite, fixé sur un vieux CR-V, et faire des sorties dans un rayon de 100km de chez soi et siroter une bière locale -ce qui est parfaitement possible en ski alpin aussi!

Les plus finauds d’entre vous auront remarqué que dans les exemples donnés ci-haut, je ne m’attarde qu’au volet RÉCRÉATIF d’un sport… l’idée est de comparer des pommes avec des pommes, sans mélanger l’aspect «compétition», qui existe pour la plupart des disciplines, et qui implique généralement des coûts franchement supérieurs. Là oui, on pourrait commencer à parler de «sport de riche»… mais la nuance est importante: ce n’est pas le sport qui coûte cher, c’est le niveau d’intensité et de sérieux qu’on y met!

Autre «petite» nuance: dans tous les sports donnés en exemple, je n’ai pas parlé de sports d’équipe, seulement de sports individuels. Je n’ai pas non plus parlé des sports motorisés. Vous voulez des sports de riches?? Le camping en caravane/roulotte, le wakeboard, le motocross, le sea-doo, la motoneige… mettez un moteur à essence dans votre loisir et vos coûts décupleront*. Au minimum. (*Du verbe «décupler», signifiant «devenir dix fois supérieur à».)

Maintenant, si je résume, pour vous donner des arguments pour convaincre votre blonde (ou votre chum): le ski alpin ne coûte pas plus cher que les autres sports de la même «catégorie». Il est même plus abordable grâce à:

  • La diversité des produits offerts par les stations de ski: abonnements de jour, semaine, soir, fin de semaine, etc.
  • La proximité desdites stations de ski: 76 stations au Québec… versus 23 Parcs du réseau de la SEPAQ, dont trois qui sont SUPER (ahem) accessibles: Pingualuit, Kuururjuak et Anticosti; 15 réserves fauniques, et trois parcs nationaux
  • Le large éventail de marques et de niveau de qualité du matériel accessible en achat ou en location (et là-dessus on ne parle même pas de la possibilité de revendre du matériel usagé ou de le transférer «au plus jeune»)
  • La possibilité de pratiquer le sport en famille, en groupe, en couple: on partage les dépenses!

En terminant… comme je disais: tout est une question de choix. Demandez-vous combien vous investissez pour votre passion pour les modèles réduits de train, pour votre amour du septième art, pour votre incommensurable attrait pour les musées, pour votre affection particulière pour les restaurants à sushis haut de gamme, pour votre téléphone intelligent («contrat de 3 ans, pas-cher-pas-cher»), pour toutes ces chaînes câblées que vous ne regardez pas tant que ça au final, pour votre cinéma-maison dernier cri (avec 3D et lunettes), pour satisfaire l’oenophile que vous êtes (mais vous râlez contre la SAQ et ses profits)(avec raison d’ailleurs mais c’est un autre débat), pour ce traditionnel café-croissant de Première Moisson avant d’arriver au bureau tous les matins…

Dans les produits et biens de consommation énumérés dans le paragraphe précédent, la très grande majorité des entreprises (exception faite des arts) font des profits dépassant les 100% du coût de production. La statistique est inversée pour l’industrie du ski alpin: les stations sont «rentables»… mais le prix que vous payez est franchement plus juste pour une journée de ski que pour un billet de cinéma un vendredi soir. Vous ne trouvez pas que le cinéma est un loisir de riches?

(La suite, à lire: «Les tarifs sous la loupe»)

(NDLR: Il s’en trouvera toujours pour me contredire ou m’amener d’autres arguments… l’idée de ce texte n’est pas d’en faire une étude scientifique mais de démontrer par des informations accessibles au grand public que les mythes entourant le ski alpin n’ont pas raison d’être!)

Partagez cet article sur vos réseaux sociaux !

À PROPOS DE L'AUTEUR

Geneviève Larivière
Diplômée en communications et en géographie (Université Laval), Geneviève est avant tout photographe. Sa facilité pour la rédaction de textes l'a menée directement au photojournalisme. Sur les pistes de ski, elle conjugue ses passions pour la photo et les sports de glisse, toujours en quête du cliché du jour.