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« Two pin or not to pin »? Voilà la question!

2 septembre 2016 | Chronique, par Jean-Philippe Desrochers
Photo Pascal Anctil

Faire le saut en hors-piste semble être à la mode par les temps qui courent. Plusieurs se lancent dans l’aventure à la quête de belles lignes vierges, de nouveaux défis, de solitude ou encore pour simplement admirer les paysages hivernaux que nous offre dame nature. Peu importe la raison, pour y goûter, il vous faut un équipement adapté à vos ambitions et surtout à votre style de ski.

Pour ma part, le ski hors-piste est une évasion de la civilisation, un lieu de recueillement et de splendeur. Il m’offre aussi une façon ludique de maintenir la forme. Mais l’ultime récompense est l’euphorie que me procure la descente, la sécrétion d’endorphine y est quasi instantanée ce qui me pousse à rire et à crier d’une façon parfois incontrôlée. En ligne de pente, je me perçois comme un skieur agressif, un bouledogue sur skis, je prends plaisir à dominer la montagne et je ne veux faire aucun compromis à cet égard en terme d’équipement. Vous vous reconnaissez peut-être en tout ou en partie dans ce style? Alors quand viendra le temps de choisir entre une fixation de haute route  »freeride » ou une fixation haute route de type « tech » (à 2 pins), les quelques lignes qui suivent ainsi que la vidéo vous seront certainement utiles.

En fonction de mon style de ski, le choix d’un équipement robuste m’apparaît primordial. Cela fait déjà 20 ans que je fais du ski de randonnée et j’ai toujours résisté à l’idée de me fier à une fixation qui ne tient qu’à deux pins de métal fixées au bout des bottes. Mais quel concept ridicule pour le skieur agressif! Ne tenir qu’à deux petites tiges métalliques quand tu files à vive allure en sous-bois ou quand tu t’engages dans un couloir glacé relevait du non-sens pour moi. Pourquoi prendre ce risque alors que les Markers Baron ou Dukes font le travail autant en piste qu’en hors-piste? Bien sur, il y a une panoplie de fixation  »freeride » qui sont aussi performantes en piste que les fixations alpines régulières, mais il y a aussi un prix à payer en hors-piste; leur poids à la montée, le confort en mode marche diminué et les transitions un peu plus ardues. Certes, la fixation tech a définitivement l’avantage d’être plus légère, plus confortable et facile en transition, mais tient-elle vraiment la route à la descente pour un skieur sans compromis?

Le test ultime

L’automne dernier, j’ai décidé de faire le saut vers la fixation tech et je dois vous avouer ma très grande peur. Je ne fais aucunement confiance à ces deux petites pins pour tenir mes 190lbs rattachées à mes skis. Pour relever le défi, je choisis de faire confiance à 30 ans d’expérience et d’innovation en hors-piste, soit la fixation Look HM12 conçue par une marque de référence en hors-piste: Dynafit. La Look HM12 est en réalité une Dynafit TLT Radical FT 2.0 avec une valeur DIN de 5 à 12. Ce n’est pas la plus robuste de cette gamme si l’on compare à la Beast qui est plus lourde et offre un DIN allant jusqu’à 16 mais les 30 ans d’expérience de la Radical l’emporte sur les nouveautés comme la Beast et la Marker Kingpin, un nouveau concurrent dans le marché des robustes. Si ces pins tiennent le coup, je serai peut-être vendu et vous aussi.

Je fais installer le tout sur des Rossignols Soul 7 chez SkiTown Brossard en compagnie du représentant Dynafit. Jusque là, le set-up est parfait. Le technicien et moi convenons de mettre le DIN à 7, pas trop agressif et étant de toute façon un bon skieur, bien centré sur ses skis, je sais que je ne ferai jamais déclencher les fixations à moins d’une bonne fouille. Je quitte avec la confiance que le travail est bien fait mais avec certaines appréhensions tout de même pour la descente. Je me dis que pour bien évaluer ces fixations, elles doivent être éprouvées dans toutes sortes de conditions… et quoi de plus difficile que les conditions variables du nord-est de l’Amérique, je vous le demande!

Première sortie
Excité d’essayer ce nouveau matériel, je me retrouve à Saint-Sauveur  sur des conditions damées de printemps un 19 novembre. Je mets quelques temps à me familiariser avec le système: piner, dépiner, mode touring… somme toute, une fois les manœuvres connues, les transitions se font de façon plus fluide. Dès les premiers virages, je les sens solide, pas de ballottement ni de flottement. Hum! Je me laisse tenter par des virages à plus haute vitesse en carving sur de la neige de printemps et wow! Belles sensations, je n’ai pas l’impression d’avoir des claquettes aux pieds. Un peu de court rayon en terrain abrupte, même constat. La confiance monte en moi mais je ne suis pas encore convaincu. Il me faut les essayer sur du béton armé! C’est là le vrai test, en carving sur béton à vive allure avec des skis larges qui leur en donnent pour leur argent en force de torsion. Si ces pins résistent à ce test, elles m’auront conquis.

Deuxième sortie
Whiteface en décembre après un cycle de chaleur et regel. Un défi de taille pour ces minuscules embranchements. Je débute la journée dans la gondole qui nous mène au sommet de Little Whiteface afin d’accéder à la piste Excelsior. La base de la montagne est au dessus de zéro avec des conditions printanières mais l’altitude fait son œuvre et les conditions au sommet sont damées carrément durci et glacé par le regel. Je me lance en carving, difficile de contrôler la vitesse dans ces conditions mais les Soul 7 mordent bien. Et tout à coup sans avertissement, un de mes talons lâche me retrouvant en mode télémark l’instant d’un virage! Je réussis à m’arrêter avec le talon libre. Ouf! Échappé belle. Mais là par contre, ce que je craignais le plus refait surface;  »la chienne me pogne » comme on dit en bon québécois! C’est que j’aurais pu me casser la gueule!

Je renfile la talonnière, vérifie la solidité puis je tente de me convaincre que j’étais mal centré dans un de mes virages. Le temps de me ressaisir, je continue d’attaquer cette pente durcie avec tout de même une arrière pensée un peu catastrophique (les arbres sont plus gros et me font mal à les regarder, les changements de terrain sont des falaises qui n’attendent que moi, les imperfections dans la piste deviennent des trappes à souris). Ce n’est pas une bonne chose de skier avec ce genre de confiance. Bon! Ta gueule la souris pis reprends tes esprits de champion! Cette fois, je file encore à vive allure en mettant mes distractions de côté puis paf, beding, bedang! Sans que je m’en rende compte, j’avais fais le grand écart à pleine vitesse, perdu mes bâtons, puis mis plus de 20m à m’arrêter avec un ski en moins. Humilié par cette débarque et la frousse aux fesses, je termine la descente comme un chien battu et me dirige vers le kiosque de Dynafit (heureux hasard) en bas de piste. Le représentant vérifie le tout, l’installation est parfaite me dit-il, il ne reste qu’à resserrer le DIN. Il monte le DIN à 10 et me dit: «Essaye ça!» avec le sourire.  Je le regarde en répondant:  »Ouin OK! » Pas trop confiance, mais je me dois de poursuivre le test et pousser les limites de ces fixations jusqu’au bout.

Je remonte et décide d’attaquer la Essex, une piste noire remplie de bosses glacées. Tiens toi! Tu veux tester ma petite souris de m*rde, et bien on va tester pour de vrai! Les bosses sont dures, mon corps en prend un coup et les pins résistent… impressionnant. Puis de retour sur le damé durci glacé en carving, je leur donne toute la pression possible et ils résistent encore. Oh là! La confiance revient, je suis prêt pour le reste; les bosse molles, les sauts, la poudreuse, la croûte, le damé durci sans glace, les sous-bois etc.

La renaissance
C’est exactement ce que j’ai fais tout au long de la saison pour éprouver ces fixations et confronter mes peurs, soit skier toutes les conditions que l’on retrouve au Québec. Depuis l’ajustement du DIN à 10, plus jamais les fixations n’ont déclenché sans raison. Je skie maintenant en pleine confiance avec ces Look HM12 et j’ai retrouvé ma personnalité de bouledogue à la descente sans aucune arrière pensée. Ces fixations peuvent tout faire ou presque, soyez sans crainte elles vous supporteront jusqu’au nirvana du ski! Je dis bien  »ou presque  » car si vous êtes du genre à skier davantage en station et à faire un peu de sidecountry ou encore sauter des falaises de 20 pieds et plus alors là j’aurai peut-être certaines réserves.

Le montage vidéo qui suit représente assez bien ma saison de ski 2016 avec ces fixations et les conditions variables que l’on peut retrouver dans le nord-est de l’Amérique. Si vous n’êtes pas convaincu que les fixations tech feront le travail après ce vidéo, vous êtes probablement destiné à garder les poids lourds dans les pieds!

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Jean-Philippe Desrochers
Avec plus de 40 ans de ski derrière la cravate dont 20 ans de compétition, 12 ans de coaching et 20 ans d'expérience dans le backcountry, on peut dire qu'il a plus d'un truc dans son sac à dos. Kinésiologue de formation, il partage sa passion pour le ski et vous fera sortir de votre divan pour profiter des magnifiques terrains hors-piste du Québec et de la Nouvelle-Angleterre.