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Un joyau sous des tonnes de neige: Mont-Édouard -8 mars 2017

Un écrin rempli de neige pour ce joyau du Saguenay

Mon ami s’appelait Bertrand Beaumont. En fait, il s’appelle encore Bertrand Beaumont. Sauf que plus personne ne l’appelle; il est décédé il y a 2 ans. Sale cancer. Bert est né à La Baie, au Saguenay. On s’est connus sur le fleuve, en kayak. Ensemble on a rêvé et planifié une descente du Saguenay jusqu’aux Escoumins, sur le fleuve. Je l’ai faite sans lui cette expé. Jo, Syl et moi avons quand même dispersé les cendres de Bert au large des Bergeronnes, parmi les bélugas.

Coudonc, la nécrologie! On peut-tu parler de ski, dites-vous. J’y arrive. Bertrand me parlait souvent du Mont-Édouard, à L’Anse St-Jean. Grand passionné de ski lui aussi, il voulait qu’on y aille ensemble. Ses tumeurs ont métastasé plus vite que notre projet de virée au Royaume du Saguenay. Mais là, je me rattrape. Avec MJ, nous faisons une tournée de trois stations dans ce fabuleux coin de pays: Valinouet, Grand-Fonds et Mont-Édouard. Je comprends instantanément l’engouement de Bert pour sa station chouchou! 

Au réveil ce matin, il fait 2 degrés. Il pleut/neige à plein ciel. Moche. Nous nous rendons malgré tout à la station. La première descente n’est vraiment pas amusante. Nous sommes détrempés et déçus. La neige colle sous nos skis et nous empêche d’avancer normalement. Pause thé forcée dès 9:30. La montagne, ce qu’on en voit en tout cas, au travers du brouillard, est phénoménale! J’aimerais tant pouvoir glisser à ma guise…

MJ décide de mettre fin à sa journée. Moi, je veux honorer la mémoire de Bert. Je retourne sur les pistes à 10:30. La pluie/neige a cessé. C’est une nouvelle vie qui m’attend! Ça glisse fort bien maintenant et l’ampleur de la montagne est enfin révélée. Je retourne chercher MJ. Elle se rhabille et revient sur les pistes. Le bonheur à deux est plus complet!

Ce joyau de station est d’une beauté inouïe! J’y trouve un véritable cadre alpin digne des grandes stations de l’ouest. En plus petit, bien sûr. Mais tout est là: les conifères qui ploient sous la neige, la brume paresseuse qui traîne entre les vallées lointaines, des pistes ouvertes, sinueuses et larges, des sous-bois longs, de la neige en quantité impressionnante et ce caractère unique des stations de haute montagne qui se suffisent à elles-mêmes. Aucune prétention n’est perceptible. L’aventure se pratique ici à poumons ouverts et à virages serrés. Plusieurs des pistes ont une inclinaison forte. Elles inspirent le respect; on les affronte tout en sachant que sans engagement on n’est pas sortis du bois! Le domaine skiable est étendu, vaste. Les pistes sont espacées, créant une sensation de plénitude et de grandeur.

La passerelle de bois qui nous permet de traverser vers le secteur Nord-Est est unique en son genre. Elle donne accès à du terrain boisé au creux d’une vallée. Ailleurs, pour ceux et celles qui recherchent les poussées d’adrénaline Le mur vous attend. Elle est bien nommée, celle-là! Une des premières choses qui me frappent en voyant la station est le tracé des pistes. En effet, il est clair que celles-ci ont été créées par des skieurs. On n’a pas cherché à faciliter le parcours des BR. Au contraire, les pistes suivent un tracé qui encourage l’exploration de ses capacités personnelles. Le terrain comporte du relief; celui-ci est mis à profit pour agrémenter l’expérience alpine. De même, il arrive dans plusieurs pistes que l’on skie en dehors de la ligne de pente. C’est toujours déroutant!

Par-delà la station, trois secteurs de ski de haute-route sont accessibles, moyennant enregistrement et paiement des droits d’accès. Trois autres secteurs sont en développement. Les conditions de neige ne se prêtent pas aux descentes dans l’arrière-pays, aujourd’hui.

Il n’y a que deux remontées pour l’accès aux 32 pistes. L’une se rend jusqu’au sommet; l’autre s’arrête à mi-station. La longue remontée est lente; son tapis roulant au départ cache une surprise désagréable: la chaise va vous frapper les mollets et/ou le derrière avec force. Soyez prévenu! Pour le privilège de dévaler ce terrain magique aux 450 mètres de dénivelé, ce coup de pied au c… en vaut la peine!

Nous résidons au Gîte de la montagne urbaine, à l’Anse St-Jean, à seulement 15 minutes de la station. Dominique et Richard nous réservent un accueil chaleureux et charmant. L’aménagement est soigné et moderne. Le tout pour une bouchée de pain! La gentillesse des hôtes nous touche. Le petit déjeuner est copieux et servi tôt. C’est sûr que ce B+B est devenu notre camp de base pour nos prochaines visites. Merci à vous deux!

La température au-dessus de zéro, le soleil de l’après-midi et l’absence totale de foule concourent à faire de cette journée de glisse un coup de coeur pour nous. Je classe le Mont-Édouard au premier rang de mes stations préférées au Québec! J’ai l’impression qu’on parle peu du Mont-Édouard. Il faut corriger le tir au plus vite! Oui c’est vrai que de Montréal ou de Québec la station semble un peu en retrait des grands axes routiers. Pourtant, ce n’est pas loin voyager pour une si grandiose et spectaculaire expérience de glisse. De plus, le village qui en est l’hôte, l’Anse St-Jean, est d’un charme fou. La vue sur le fjord est à couper le souffle. Quelques artisans ont leur boutique ouverte même au coeur de l’hiver.

Un seul mot pour le regretté Bert: Merci! Si j’avais découvert le Mont Édouard plus tôt, j’aurais conservé une pincée des cendres de mon ami pour les disperser aux quatre vents à partir du sommet. Ma virée au Mont Édouard est une révélation doublée d’un coup de foudre; mon départ, une peine d’amour.

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Patrick Teasdale
Patrick Teasdale aime beaucoup jouer dehors. Télémarkeur depuis longtemps, il explore maintenant les possibilités du ski de randonnée alpine. Il troque volontiers sa pagaie groenlandaise ou ses skis pour une tasse d'excellent thé vert japonais. Un brin poète et idéaliste, il ne demande qu'à être émerveillé par une trouée de lumière, un chant d'oiseau ou une lame de neige. Il aime soigner ses chroniques et ses photos.