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Val-d’Irène présente sa zone blanche

11 novembre 2013 | Reportage, par Christophe Deschamps
Photos Courtoisie Val-d'Irène

Il y a quelques semaines, Val-d’Irène en Gaspésie annonçait la création d’un nouveau versant pour le ski. En partenariat avec la Coop Accès Chic-Chocs, ce nouveau secteur sera destiné à devenir le berceau du ski hors-piste au Québec.

C’est bien connu des skieurs de la place, skier sous la boule météo est toute une expérience en soi. Nommé « Zone Blanche » et orienté franc sud, ce versant se présente comme étant un mélange des actuels versants Nord et Sud. Offrant 180 mètres de dénivelé et débutant par une section assez abrupte, c’est un total de 7 pistes (au terme de la 2e phase) principalement en sous-bois qui seront proposées aux skieurs et planchistes recherchant une poudreuse à l’infinie et un cadre naturel unique.

Depuis la mi-octobre, une dizaine de bucherons s’affairent à la tâche pour tenter de livrer au moins trois pistes pour cette saison. Les quatre pistes restantes seront achevées pour l’été 2014. Cependant, le projet aura été difficile à mettre en place et a bien failli ne pas être offert à temps pour 2013-2014. En effet, le Ministère des Ressources Naturelles a tardé à délivrer des permis à cause de la présence d’un oiseau sauvage qui classait le secteur en zone protégée (il s’agirait de la grive de Bicknell). Il aura fallu plusieurs semaines de négociations et la visite d’un biologiste pour prouver que l’oiseau sauvage ne sera pas gêné par la présence d’un autre animal dans son environnement; le cri du Yahou d’Amérique du Nord pourra donc résonner dans la Zone Blanche. La suite des démarches consistait à obtenir les droits d’exploitation, faire créer les pistes et tracés par un ingénieur forestier ainsi que travailler sur le côté écologique et la régénération des sols.

Le concept prend la forme d’un projet pilote qui sera étalé sur 2 ans. Pour bien comprendre le défi que représente l’établissement d’un tel projet, il faut se placer dans le contexte particulier de l’exploitation du hors-piste au Québec. On connaît le secteur hors-piste du Massif avec le Mont Liguori, dont le développement avait été rendu possible principalement grâce au fait que la montagne s’auto-assure légalement, ce qui n’est pas le cas de la grosse majorité des stations de ski du Québec. Bien sûr, qui dit hors-piste, dit « gestion des risques ». Afin d’ouvrir un secteur de ski comme celui-là, Théophile Cartier, directeur général de Val-d’Irène, a longuement négocié avec les assureurs de même qu’avec le Ministère de l’Éducation, des Loisirs et des Sports (MELS) par le biais de l’Association des Stations de Ski du Québec (ASSQ).

La Zone Blanche sera donc un secteur hors-piste sauvage, non patrouillé mais avec services. D’un point de vue sécurité, un protocole complet a été créé pour l’occasion avec le soutien du patrouilleur en chef de la station, François Truchon. Offrant ses services en tant qu’enseignant en cours sur les avalanches, celui-ci est bien connu du milieu pour avoir développé le volet sur la prévention. Il y aura donc un tout nouveau code de signalisation qui n’aura rien à voir avec ce que l’on connaît en montagne. Les skieurs et planchistes devront s’y aventurer par équipe de 3 minimum. Il faudra être joignable par cellulaire en cas d’urgence et s’inscrire au chalet de ski avant d’entreprendre les 15 à 20 minutes de marche nécessaires pour rallier les abords du secteur hors-piste à partir de la base de la station (un accès sera également possible à partir de la mi-station). Enfin, les visiteurs de la Zone Blanche devront être équipés du matériel de sécurité requis pour les situations d’urgence en terrain d’avalanche (pelle, sonde, arva).

Ouvert 7 jours sur 7 en accès libre, le coût pour y skier sera d’une valeur symbolique et très minime. Il ne sera pas possible d’accéder directement à ce secteur du haut de la montagne principale desservie par la remontée quadruple et les visiteurs ne devront compter que sur leurs jambes afin de pouvoir profiter de toute cette neige. L’ajout d’un tel secteur hors-piste permettra à la station de Val-d’Irène d’augmenter l’accessibilité de ses services, passant de 70 jours de disponibilité à plus de 120 jours, puisque les visiteurs du secteur hors-piste le parcourront sur une période encore plus étendue que la saison alpine régulière. C’est donc près de 60 jours supplémentaires qui s’ajoutent à l’offre de service (incluant de l’hébergement dans les plus récents chalets) à Val-d’Irène.

Pour les saisons futures, la direction de Val-d’Irène s’attend à ce que le secteur soit entretenu grâce aux utilisateurs par l’entremise de journées de défrichage organisées et planifiées annuellement. À la façon communautaire, ce secteur hors-piste pourra évoluer avec le temps comme il se fait déjà dans certaines stations de ski du Québec. Après tout, quand on peut skier è moindre frais, pourquoi ne pas donner un coup de main pour développer un meilleur terrain saison après saison?

Le financement de la phase 1 de cette aventure s’élèvera au total à près de 40 000$. De ce montant, la station a pu compter sur un prix de 10 000$ obtenu lors du concours des Dragons du Ski organisé lors du congrès de l’Association des Stations de Ski du Québec en juin dernier. Coup de cœur du public et des dragons, Val-d’Irène et Coop Accès Chic-Chocs l’ont emporté haut la main contre Ski Bromont et Le Massif de Charlevoix.

Le ski hors-piste compte de plus en plus d’adeptes au Québec. La Gaspésie est une région où il est bon de s’évader lorsque l’on cherche la tranquillité et la neige, tant en quantité qu’en qualité. Dans les prochaines années, le succès de ce projet pourrait bien donner des idées à d’autres stations de ski à la recherche de solutions de développement à faible coût. Après tout, le ski hors-piste reste une belle aventure à découvrir et il deviendra de plus en plus accessible grâce à de telles initiatives.

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Christophe Deschamps