Qui d’entre nous n’a pas déjà rêvé de posséder sa propre station de glisse pour y aménager des pistes hors de l’ordinaire et ensuite y inviter tous ses amis? Et pourquoi pas une auberge aussi pour les y accueillir après une longue journée sur les pentes? Et bien, c’est exactement ce que Guillaume Molaison a réalisé en compagnie de sa conjointe Éloïse Bourdon à Murdochville et au mont York!

Pour ceux qui ne connaissent pas Murdochville, c’est une ancienne ville minière bâtie dans une vallée formée par quatre montagnes : les monts Miller (une station de ski ouverte), Porphyre, Copper et Needle. Située à environ une heure de Gaspé en s’enfonçant dans les terres, la vallée de Murdochville est campée à 550 mètres d’altitude et se trouve à la limite Est de la réserve faunique des Chic-Chocs, donc pas surprenant d’y trouver des sommets d’entre 875 mètres (Miller) et 950 mètres (Needle). Inutile de vous dire que les vents sont souvent costauds ici, le plus grand parc d’éoliennes au Canada en faisant amplement foi.

Et qui dit vent, dit neige. De la neige vous dites? Nieve en espagnol – posez la question aux quelques 600 âmes qui habitent toujours ici et on vous en dira long… Avez-vous déjà vécu une tempête de neige de 100 à 120 cm? Une tempête qui dure 3 jours et vous laisse 30 à 40 nouveaux centimètres à TOUS les matins? À Murdochville, c’est chose courante et on peut compter en voir de pareilles trois à cinq fois par hiver, la chute annuelle moyenne oscillant autour de 600 cm!

Arrivé à Murdochville en 2008 pour être guide de rafting avec Griffon Aventures, Guillaume s’aperçoit rapidement qu’il existe un besoin criant d’hébergement touristique abordable pour desservir la région des Chics-Chocs. Il fait l’acquisition d’une énorme bâtisse qui était à l’origine divisée en quatre logements, abat les divisions et ouvre sur-le-champ l’Auberge Chic-Chac qui viendra s’inscrire dans sa démarche visant à transmettre sa passion pour le plein air aux jeunes, passion que lui avait auparavant transmise son père, grand adepte de plein air.

Au début, Guillaume ne visait qu’à offrir de l’hébergement, mais s’implique néanmoins dans l’organisation de la station locale, le mont Miller. Ayant une vision différente de celle de l’administration, il se retire et passe au plan B….

Dès la deuxième année, ce natif de Gaspé enclenche le plan B,  s’équipe de quelques motoneiges pour amener ses clients skieurs et planchistes faire des descentes sur le mont Porphyre au nord de la ville et décide alors de commencer à y aménager des pistes de ski. C’est ainsi que naît la Coop d’accès Chic-Chocs. Avec son complice et ingénieur en foresterie Bruno Béliveau, la Coop obtient des subventions lui permettant de continuer à tailler des pistes sur un versant complet du mont Porphyre pendant près de trois ans.

Pendant ce temps, les visiteurs commencent à affluer à l’auberge et grâce aux motoneiges, découvrent toutes les possibilités qu’offre la vallée de Murdochville. La réputation du Chic-Chac continue à se développer de bouche en oreille et chaque année le nombre de visiteurs s’accroît.

En 2010, à sa troisième année d’exploitation, le Chic-Chac acquiert le vieux presbytère pour accroître son nombre de chambres, y installer un bureau et disposer d’un atelier. 2010 marque aussi le début des travaux sur une nouvelle montagne située à 5 km de Murdochville, le mont York, et l’achat de plusieurs nouvelles motoneiges pour mieux vous y conduire. À l’abri des vents directs intenses, mais profitant du chargement de neige attribuable aux vents, cette montagne orientée vers l’est offre souvent des conditions de neige incroyables qui permettent de profiter à fond du terrain très escarpé et de son dénivelé qui atteint 375 mètres à son plus haut point.

Ici c’est le paradis de l’inclinaison et des virages profonds! Un endroit où l’on ouvre la machine pour descendre à tombeau ouvert, hurlant de plaisir dans de nombreux couloirs remplis de poudreuse, de corniches et de saillies de terrain à sauter.

En 2011, c’est l’arrivée du 1er Cat Ski ou si vous préférez un BR-250 muni d’une cabine arrière logeant 12 passagers. Maintenant, on se rend au mont York en tout confort, assis bien au chaud, à l’abri des vents locaux, le tout avec une petite musique de fond. Le nec plus ultra quoi! Le second BR arrivera l’année suivante pour doubler la capacité de glisseurs sur le terrain.

Et pendant tout ce temps, Guillaume poursuit son développement du mont York, une nouvelle piste n’attendant pas l’autre, cherchant toujours des moyens de bonifier l’offre sur le terrain. En 2012, c’est le coup de génie : pourquoi ne pas bâtir des plateformes un peu partout dans les pistes et ainsi permettre aux skieurs de les utiliser comme tremplins pour des figures aériennes? Les premières plateformes remportent un succès fou tout au long de l’hiver et l’été suivant, en 2013, l’équipe du Chac se dépasse en bâtissant près d’une douzaine de nouvelles plateformes dans une nouvelle piste des plus à pic, créant une sorte d’escalier géant communément appelé « pillow line » à l’Ouest. Ayant eu la chance de les visiter cet été, je peux vous assurer que les plus téméraires y trouveront du terrain comme nulle part ailleurs à l’Est de l’Amérique du Nord.

Et si tous ces petits plats neigeux ne suffisent pas à vous convaincre de venir visiter le Chic-Chac et Murdochville, peut-être que le chef du Chac le pourra. En poste depuis deux ans, Simon Dubois, chef et ardent planchiste, déploie toute sa maîtrise culinaire dans ce patelin tranquille et ses créations sont accueillies avec entrain par tous. C’est la petite touche finale à l’expérience Chic-Chac, l’endroit où vous pouvez festoyer en groupe, faire du cat-ski, partir explorer l’arrière-pays local en peaux de phoque ou en raquettes et même jouer une partie de billard ou de quilles sans avoir besoin de votre voiture!

Un détour qui en vaut largement le coup!