Crans-Montana est l’une des grandes stations de ski du Valais, en Suisse. Elle fait partie du réseau Epic Pass, ce qui permet aux détenteurs du pass de profiter des pistes de la station pendant la saison. Perchée à environ 1500 mètres d’altitude sur un vaste plateau ensoleillé, elle domine la vallée du Rhône située près de 1000 mètres plus bas. En voiture, il faut gravir une route spectaculaire depuis la plaine pour rejoindre la station, et déjà les panoramas sur les Alpes annoncent la couleur.

Aujourd’hui, une situation météo particulière accompagne ma journée de ski. Un vent venu du sud transporte des poussières de sable du Sahara qui voilent légèrement le ciel. La lumière est diffuse, presque irréelle. Les conditions de glisse n’en sont aucunement affectées, mais certaines photos donnent l’impression d’être sur une autre planète.

Les poussières de sable du Sahara voilent le ciel.

Le domaine skiable est accessible par trois principaux points d’entrée : Crans, Montana et Barzettes. Chacun possède sa télécabine qui permet de rejoindre le véritable front de neige un peu plus haut sur la montagne. Si vous logez en ville, un réseau efficace d’autobus circule sur la rue principale et relie facilement ces différents accès. On n’est donc jamais très loin d’une remontée mécanique.

Bus pour se déplacer dans la ville de Crans-Montana, d’un secteur à l’autre, d’un hôtel à une remontée.

Nous sommes au début mars. Grâce à l’altitude du village, il reste encore assez de neige pour skier jusqu’aux trois points d’accès (ski out). Ces longues descentes vers la station sont généralement réservées à la toute fin de la journée.

Départ depuis Montana

Je me stationne à Crans, dans un stationnement souterrain accessible directement depuis la rue principale, juste derrière l’office du tourisme. Un escalier mécanique permet aux skieurs de monter quelques mètres vers le départ de la télécabine Arnouva. Le trajet en télécabine est très court : à peine 200 mètres de dénivelé plus tard, on arrive sur le front de neige.

L’ambiance est animée. Les écoles de ski rassemblent leurs groupes, les débutants s’exercent sur la pente école, les familles terminent leurs préparatifs et les skieurs ajustent leurs bottes. Il y a même des promeneurs venus simplement profiter de l’animation et du soleil.

Front de neige à Arnouva.

L’itinéraire du jour me fera visiter les plus hauts sommets du domaine et certaines de ses pistes les plus impressionnantes. Direction d’abord le sommet de Bella Lui à 2543 mètres, puis le glacier de la Plaine Morte à près de 3000 mètres, avant de terminer par l’exploration du secteur plus sauvage d’Aminona.

Le cœur du domaine : Cry d’Er

Depuis Arnouva (1719 m), je prends le télésiège six places qui mène au Cry d’Er à 2256 mètres. C’est l’un des véritables carrefours du domaine skiable. Plusieurs remontées convergent ici et c’est le point de départ de nombreuses descentes vers différents secteurs.

La topographie du Cry d’Er est particulière : les remontées n’arrivent pas toutes exactement à la même altitude. Selon la direction que l’on souhaite prendre, il faut parfois descendre en ski légèrement avant de remonter en télésiège un peu plus haut pour basculer vers un autre versant.

Le lieu appelé Cry d’Er.

Pour atteindre Bella Lui, je descends donc une courte section afin de prendre le télésiège Nationale Express qui me remonte quelques mètres plus haut. De là, une petite piste, la 8a, permet de rejoindre facilement le télésiège Bella Lui. C’est l’une des rares pistes du secteur qui n’est pas orientée plein sud. La neige y est impeccable : parfaitement damée, rapide, idéale pour se mettre en jambes.

Pendant la montée du télésiège Bella Lui, le regard se porte naturellement vers la gauche. La vue sur la vallée qui sépare Crans-Montana du domaine skiable d’Anzère est spectaculaire. À vol d’oiseau, les deux stations ne sont séparées que d’environ 2500 mètres. D’ailleurs, j’irai skier à Anzère quelques jours plus tard.

Télésiège Bella Lui, marquant la limite ouest de la station. Ce télésiège est visible depuis la station voisine d’Anzère.
Vue de la station voisine d’Anzère. On y remarque la ligne de télésiège dans la forêt correspondant au secteur appelé Les Rousses.

Le décor lunaire de Bella Lui

À l’arrivée du télésiège Bella Lui, l’ambiance change complètement. Le paysage devient presque lunaire. En ce début de matinée, je suis parmi les premiers skieurs à atteindre ce sommet, ce qui accentue encore cette sensation d’isolement.

Départ au sommet du télésiège Bella Lui.

Mon objectif est clair : la piste noire 11, Col du Pochet. Pour y accéder, il faut d’abord descendre légèrement afin de rejoindre la remontée terrestre Zabona. Quelques minutes plus tard, me voilà au départ de la piste.

Contrairement à la majorité des pistes de Crans-Montana, larges et largement exposées plein sud, Col du Pochet se situe dans un secteur plus encaissé et moins ensoleillé. Résultat : la neige y conserve souvent un caractère beaucoup plus hivernal, particulièrement en début de journée. La piste serpente dans un relief marqué, entre ravins naturels et formations qui rappellent de petits canyons. Le décor est plus sauvage, et l’on se sent rapidement loin de l’animation des autres secteurs de la station.

La piste Col du Pochet.
La piste Col du Pochet.

La descente est magnifique. Les virages s’enchaînent dans un terrain varié où la pente alterne entre passages soutenus et sections légèrement plus roulantes. Cette diversité de relief exige de rester attentif et d’adapter constamment son ski.

Classée piste noire, Col du Pochet mérite pleinement sa réputation. Pour les bons skieurs, c’est une descente particulièrement gratifiante, qui permet de tracer de belles courbes dans un environnement spectaculaire.

La piste mène naturellement vers le bas du secteur Cabane de Bois, un point de transition idéal pour rejoindre ensuite le funitel de la Plaine Morte et poursuivre la journée vers l’une des descentes emblématiques de la station : la longue piste de la Kandahar.

Le spectaculaire funitel de la Plaine Morte

Deux remontées successives permettent ensuite d’atteindre le point culminant du domaine : d’abord le télésiège Cabane de Bois, puis le funitel de la Plaine Morte.

Le funitel est impressionnant. La cabine survole à très haute altitude toute la partie la plus sauvage du domaine skiable. Même pour un simple visiteur sans skis, l’expérience est spectaculaire.

Au loin, le funitel de la Plaine Morte, surplombant un secteur très sauvage, paysage quasi lunaire.

Sous les câbles, il n’y a ni pistes ni skieurs : seulement des vallées immaculées et des étendues alpines intactes. Suspendu entre ciel et terre, on quitte peu à peu l’agitation de la station pour entrer dans le rythme silencieux de la haute montagne.

Le glacier de la Plaine Morte

Dès que l’on sort de la station du funitel au sommet, à 2927 mètres, il faut absolument prendre le temps d’observer le glacier de la Plaine Morte. L’ambiance est saisissante. L’air semble plus léger. Ici, il n’y a pas de falaises abruptes ou de pics vertigineux, seulement une immensité blanche qui s’étend à perte de vue.

La Plaine Morte est une vallée invisible, entièrement recouverte de glace. Isolée, perchée entre les cantons du Valais et de Berne, elle forme un immense plateau glaciaire unique dans les Alpes. Les glaciologues parlent d’un « glacier plateau » : une gigantesque masse de glace qui remplit toute la vallée, comme une pyramide inversée.

Le glacier de la Plaine Morte sur lequel un papillon a été dessiné par le passage des dameuses (pour la piste de ski de fond)

La mythique Kandahar

Depuis ce sommet, une seule véritable descente s’offre aux skieurs : la célèbre piste Kandahar. Huit kilomètres de ski spectaculaire. Une piste noire, mais accessible aussi aux skieurs de niveau intermédiaire. La descente est longue, variée et magnifique.

Une semaine avant ma visite, des avalanches ont été déclenchées dans le secteur. À certains endroits, elles ont même traversé la piste d’un côté à l’autre. Une avalanche ne transporte pas seulement de la neige, mais aussi des roches. Même si les dameuses ont parfaitement remis la piste en état, on aperçoit encore de petites pierres ici et là, témoins silencieux de la puissance de la montagne.

La piste Kandahar.
La piste Kandahar et la zone qui avait été coupée par une avalanche récente.
Une autre avalanche avait récemment envahi la piste Kandahar.
Les reliques de l’avalanche dans la piste Kandahar.

Le secteur d’Aminona

Vers la fin de la Kandahar, je bifurque vers le secteur d’Aminona, situé à l’extrémité est du domaine skiable.

Direction secteur Aminona.

Deux télésièges desservent cette partie de la station. Mes pistes favorites ici sont les pistes 22 et 24 : La Tsa et La Dahu. Deux grandes pistes larges et faciles, parfaites pour terminer la matinée en douceur avec de longues courbes.

Pause lunch à La Vache Noire

Pour le lunch, je recommande vivement le restaurant La Vache Noire, situé à l’arrivée du télésiège de la Tsa à environ 2400 mètres d’altitude. Sa terrasse plein sud permet de profiter du soleil et d’une vue magnifique sur les Alpes valaisannes.

Juste à côté de cet endroit, un immense terrain hors-piste s’ouvre aux skieurs expérimentés, le Vallon de la Tièche. Mais contrairement à certaines stations où tout se dévoile facilement sous vos pieds, le relief ici est complexe. Pour explorer ces pentes en toute sécurité, mieux vaut être accompagné d’un guide qui connaît parfaitement le secteur. Il est également possible d’accéder au Vallon de la Tièche par un passage situé dans la partie supérieure de la piste Kandahar. Encore une fois, soyez accompagnés d’un guide et assurez-vous de disposer de tout l’équipement de sécurité approprié.

La descente secrète vers le Hameau de Colombire

Pour ma part, je choisis une option plus tranquille. Je redescends la large piste bleue près du télésiège de la Tsa avant de bifurquer dans la piste 23, appelée Aminona.

Le décor change immédiatement. Cette petite piste étroite, à peine la largeur d’une dameuse, serpente doucement dans les pâturages et entre dans la forêt. L’ambiance est paisible. Peu de skieurs s’aventurent jusqu’ici. Après quelques virages tranquilles, on atteint le Hameau de Colombire, à 1850 mètres.

Les mayens du Hameau de Colombire

Au cœur des alpages de Crans-Montana, ce petit hameau permet de découvrir la montagne d’autrefois. On y trouve des mayens traditionnels transformés en hébergement et en musée. Le mayen, c’est cette bâtisse typique du Valais qui servait autrefois de logis aux bergers qui emmenaient leur troupeau passer l’été à l’alpage. Au hameau, il  y a aussi un restaurant mettant en valeur la cuisine valaisanne. Ce lieu est véritablement authentique, chargé d’histoire… et, aussi surprenant que cela puisse paraître, accessible directement à skis.

Pause au petit restaurant « Relais de Colombire » au Hameau du même nom.

La descente se poursuit ensuite sur un chemin forestier étroit, emprunté par des véhicules l’été. On traverse des clairières, des ponts et même un passage longeant le célèbre bisse du Tsittoret. Un bisse est un ancien canal d’irrigation traditionnel du Valais, conçu pour acheminer l’eau des montagnes jusqu’aux champs et villages en contrebas.

La descente se poursuit, une fois passé le Hameau de Colombire.

Ici, l’ambiance ressemble davantage à une promenade qu’à une piste de ski. On croise des marcheurs, des raquetteurs, parfois des skieurs de fond, souvent accompagnés de leur chien. C’est un moment parfait pour ralentir et profiter du paysage.

Le bisse du Tsittoret traverse et longe la piste pendant une bonne partie du trajet du retour.
Vue du bisse, qui sera complètement nettoyé à la fonte de neige, pour permettre un plus gros début.

Retour vers la station

Cette longue descente se termine directement aux télécabines du secteur Barzettes. Il suffit ensuite de remonter pour revenir vers Arnouva et Montana et terminer la journée là où elle avait commencé.

Au terme de cette journée, j’aurai survolé et exploré sommairement environ les deux tiers du domaine skiable de Crans-Montana. Il reste encore de nombreuses pistes à découvrir, notamment du côté du secteur de Crans. Mais pour une première visite, cet itinéraire offre sans doute l’un des meilleurs aperçus de la diversité et de la grandeur de ce domaine alpin. Et surtout, il donne envie d’y revenir.

Mes coups de coeur:

  • Crans-Montana n’est pas seulement une station de ski : c’est une véritable ville avec une population locale qui y vit toute l’année, ce qui lui confère une authenticité et un charme que l’on ne retrouve pas toujours dans les stations plus touristiques ou artificielles. 
  • Ma visite au sommet de la Plaine Morte fut saisissante : ce glacier emblématique, perché à près de 3 000 mètres, est malheureusement en recul constant et pourrait disparaître avant la fin de ce siècle. Les observations scientifiques indiquent qu’il perd plusieurs mètres d’épaisseur chaque année, certains scénarios le prévoyant disparu dès 2080 si le réchauffement se poursuit.
  • La piste Col du Pochet est sans doute ma préférée à Crans-Montana. Moins connue que la célèbre Kandahar, où la majorité des skieurs se dirigent rapidement, elle offre une descente plus sauvage qui serpente entre ravins et reliefs naturels, avec une neige souvent plus froide et d’excellentes conditions de ski tôt le matin.
  • Le secteur d’Aminona et le Hameau de Colombire sont un véritable coup de coeur : un coin de nature presque oublié du reste des skieurs, où l’on retrouve calme et authenticité loin de l’agitation du domaine principal. Il est rare de trouver un secteur aussi naturel à la fois accessible par remontée mécanique et permettant de revenir facilement vers une autre remontée après une longue et magnifique descente.
  • Un autre coup de cœur potentiel, que je n’ai pas encore eu l’occasion de tester, est le funiculaire Sierre-Montana. Je suis sûr que beaucoup de visiteurs l’apprécieraient : il permet de se connecter directement depuis le centre-ville de Sierre (tout près de la gare Sierre) jusqu’au plateau de Crans-Montana, tout en offrant des panoramas spectaculaires le long de ses 4,2 km de trajet.
Les lettres « Crans-Montana » que vous trouverez sur un surplomb dans la piste Pas du Loup.
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David Lemieux
Skieur autodidacte depuis le début des années 80, il slalome les stations en solo, entre amis ou en famille en quête de pur plaisir. Amateur de premières traces, il est habituellement sur les pistes de bonne heure pour savourer les meilleures descentes de la journée : "Rien ne sert de courir; il faut partir à point!"