C’est la dernière descente et j’ai déjà le coeur gros avant même d’arriver au pied de la piste. Ce n’est pas de ma faute; je tiens ça de ma mère. Pas le ski, la nostalgie. J’ai quitté le Gîte du Mont Albert à 6h30 ce matin; il est maintenant 16h00. Pourtant, j’ai l’impression que cette mémorable aventure de ski en milieu alpin au Chic-Chac n’a duré que dix minutes. Cependant, à en juger par la fatigue ressentie dans mon corps l’aventure a bel et bien duré toute une journée. Et quelle journée!

Mon nouvel ami Ontarien est rayonnant. Il est tombé en amour avec la Gaspésie! Mont Porphyre, secteur Les Dalton.

Une vision, mille actions

Il faut remonter à 2008 pour réaliser à quel point le Chic-Chac est devenu une entreprise d’aventure en montagne qui n’a rien à envier à d’autres destinations du genre. À l’époque, Murdochville vivotait suite à la fermeture de la mine de cuivre. Sa renaissance est due en grande partie au succès et au dynamisme du Chic-Chac. Guillaume Molaison et Éloïse Bourdon possèdent une vision très éclairée de l’expérience qu’ils veulent que leurs invités aient lors de chaque visite au Chic-Chac. Les mille actions qu’ils ont entreprises depuis leurs débuts témoignent de leur capacité à mettre en oeuvre ce que leurs têtes conçoivent. Pour notre plus grand bonheur et au grand dam de nos cuisses!

Les installations sont à point et confortables, en plus d’avoir de la gueule. Des chambres privées, des maisons et l’ancien presbytère sont autant de lieux de résidence lors d’un séjour. Jusqu’à l’église qui est devenue leur quartier général: restaurant, bar, salle commune et lieu festif de danse et de spectacle. L’après-ski est le prolongement naturel d’une journée de glisse dans le royaume du Chic-Chac! Les différents forfaits de séjour sont en mesure de satisfaire tous les visiteurs. On peut aussi choisir de n’y passer qu’une journée et résider ailleurs. De plus, qu’on ne soucie pas de la “bouffe”; au Chic-Chac, on mange comme des rois! 

L’église devenue resto, le Quartier Général. Amen! Photo Chic-Chac

Cependant, au-delà du lieu physique qu’est le Chic-Chac c’est l’expérience globale qui marque l’imaginaire, qui constitue les souvenirs qu’on se tricote pour nos vieux jours. Que l’on fasse nos montées en peaux, en catski ou en hélicoptère, les descentes qui en résultent viennent d’un autre monde. Celui des beaux et inoubliables virages blancs et silencieux au coeur d’îlots de conifères centenaires, et parfois malingres. Du plateau sommital, l’absence d’arbres laisse libre cours au traçage des virages au gré de nos fantaisies. À mesure de notre progression vers l’aval de la pente, les sapins se resserrent et grossissent, notre souffle s’accélère et nos cris de joie s’intensifient. Toutes ces sensations grâce à une vision matérialisée à travers mille actions! Et une équipe du tonnerre!

Un forfait héli-ski est disponible. Photo Chic-Chac

Le Mont Porphyre

Le Chic-Chac déploie son domaine skiable sur quatre montagnes: les monts York, Porphyre, Lyall (territoire de la Réserve faunique des Chic-Chocs) et Miller (station de ski). Pour ma troisième visite en 7 ans, je me défonce sur le Porphyre. Du haut de ses 860 mètres, et avec 330 mètres de dénivelé, ce sommet est le plus accessible des trois domaines sauvages du Chic-Chac. Du quartier général au sommet, le cat me brasse pendant seulement 20 minutes avant que j’enfile mes skis dans le vigoureux vent d’ouest.

Notre super guide, Claudie (en planche à neige, à gauche) prodigue des instructions de sécurité avant d’entamer la deuxième partie de la Molo.

Le profil du domaine skiable annonce le party de glisse qui s’apprête à débuter: 2 champs de poudreuse majeurs, 2 plateformes aménagées,12 sous-bois, 3 sentiers d’ascension et 7 mètres de neige annuellement. En catski, on peut s’attendre à s’offrir entre 6 et 10 descentes dans la journée. Parfois, en prime, la dernière descente se fait sur le Mont Miller dans la gloire du soleil couchant. Le mont York, plus loin, offre du terrain plus avancé que le Porphyre. Cependant, qu’on ne se méprenne pas: le Porphyre est déjà un domaine fort respectable en terme de dénivelé et de niveau de difficulté. Aujourd’hui, une photographe professionnelle nous accompagne afin d’immortaliser nos efforts, nos faces grimaçantes et nos sourires panoramiques. Alexandra Lévesque se joint régulièrement à des groupes de skieurs au Chic-Chac; ainsi plus besoin de se geler les doigts pour opérer le Kodak!

Je fais de mon mieux dans la Imric. Photo Alexandra Lévesque Photographe
Le Mont Porphyre. Je ne sais pas pour vous, mais moi je salive à cette vue. Photo Chic-Chac
La dernière tempête remonte à 5 jours. Pourtant, grâce à l’accès limité au domaine et aux vents constants, nous skions encore dans un bonheur de neige ultra légère qui va de de 1 à 2 pieds de profondeur!

Man, quelle journée!

La rencontre avec les guides se fait à 8h15. Claudie, notre guide émérite, et son assistant, Félix, nous accueillent chaleureusement. Rien qu’à voir, on voit bien: ces deux-là mangent du ski et de la planche pour déjeuner, pour dîner… et pour souper! Leur passion communicative et leur professionnalisme dissipent toute crainte. Les consignes de sécurité sont énoncées clairement. Nous prenons alors possession des sondes, pelles et DVA (détecteurs de victimes d’avalanche). À 9h00, on finit de zipper une petite laine et on décolle. Au sein de notre groupe, la fébrilité est palpable. 

Le départ du quartier général. “Let’s go Man, dépêche!”

Dans le cat on jase en haussant le volume, histoire de se faire entendre par-dessus le vacarme de la machine. La cabine en entier brasse et secoue. Vingt minutes plus tard, la porte arrière s’ouvre sur un monde de vent, de neige et d’aventure. L’horizon est vaste, en contre-bas, les arbustes sont chétifs et solitaires. Au loin, le fleuve St-Laurent miroite au soleil. On fait la première descente dans la Molo, une piste bien nommée. Avec un départ dans une zone nue, nous rattrapons la ligne des arbres rapidement. Moins de vent, plus de neige, des sapins à hauteur de genou. Bien que nous soyons en terrain 100% naturel, le domaine skiable est constitué de pistes définies. Dans chacune d’elles, les possibilités de parcours sont innombrables. On trouve facilement de la poudreuse vierge, des passages étroits entre les conifères rabougris ou dans les bosses molles. L’inspiration est au rendez-vous: moi, je descends ici, alors que mon camarade passe là. Claudie ouvre le groupe à chaque descente, Félix ferme la cohorte endiablée; entre les deux, sécurité et célébration neigeuse! Claudie fait de trois à quatre rassemblements en descente, juste avant un changement de terrain ou d’environnement afin que l’on sache à quoi s’attendre. Cependant, aucun spoiling: elle ne divulgue pas les meilleurs spots et moments à venir, juste les écueils à éviter.

Super Claudie, la guide qu’on veut comme amie!
Félix, le guide en télémark qu’on veut aussi comme ami!

Une visite au Chic-Chac est une célébration de la glisse en toute sécurité et dans un environnement alpin digne des destinations les plus excitantes. Le défi et l’aventure font toujours partie du séjour, tout comme l’est la satisfaction de skier des pistes parfois folles, mais toujours invitantes. Tout ça grâce à une équipe passionnée et lumineuse. 

Photo Chic-Chac

Nul besoin d’être un pro: tout skieur ou planchiste de niveau intermédiaire (ayant certes le désir de se mesurer à soi-même) peut faire un séjour au Chic-Chac. La demande est forte; réserver d’avance est conseillé. En passant, il est suggéré d’honorer le travail des guides et de tous les membres de l’équipe avec un pourboire à la hauteur de 10% de la valeur du forfait retenu. Les pourboires sont partagés entre tous ceux qui concourent à faire de notre séjour un évènement mémorable et sécuritaire. Je supporte vivement cette suggestion.

Des pentes soutenues, de la neige abondante et une bonne dose d’engagement.
Au sommet, l’hiver est rigoureux. Les virages, larges et inspirants.
La dernière descente, au Mont Miller, face au soleil couchant. Un émerveillement!

Je tiens à remercier le Chic-Chac pour son accueil et sa collaboration lors de cette mémorable journée!

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Patrick Teasdale aime beaucoup jouer dehors. Télémarkeur depuis longtemps, il explore maintenant les possibilités du ski de randonnée alpine. Il troque volontiers sa pagaie groenlandaise ou ses skis pour une tasse d'excellent thé vert japonais. Un brin poète et idéaliste, il ne demande qu'à être émerveillé par une trouée de lumière, un chant d'oiseau ou une lame de neige. Il aime soigner ses chroniques et ses photos.