Charles Désourdy, Président-directeur général de Bromont, nous a confirmé que la neige fabriquée est arrivée en 1968 sur le Mont Soleil, un versant sud-ouest exposé au vent; puis en 1980 sur le Mont Brome. un versant Nord où il était moins criant d’en produire. Depuis l’époque où seules trois pistes étaient enneigées, l’équipement et la situation de la station ont bien évolué. Aujourd’hui, l’objectif est de recouvrir les pistes de 60 cm à 1 mètre de neige dès le début de la saison. Pourquoi cette épaisseur? Afin de s’assurer de traverser les redoux en minimisant leur impact. La fabrication de neige assure des conditions de ski optimales et permet de conserver plusieurs pistes ouvertes. 

Pour les skieurs qui connaissent la station, une piste plus abrupte comme la Coupe du Monde va nécessiter 50% plus d’épaisseur qu’une piste plus douce comme la Brome. Depuis les débuts de l’enneigement mécanique, la texture de la neige fabriquée s’est beaucoup améliorée grâce au fait qu’on la produit en faible densité. Cette procédure rend sa composition plus légère et douce à skier, contrairement à l’époque où tous utilisaient une neige de forte densité beaucoup plus compacte. De plus, on tente de rendre sa production moins énergivore en utilisant moins d’air comprimé afin de la pulvériser et le projeter dans les airs. 

Parlons des canons à neige: les plus anciens sont les canons bi-fluides. Ils fonctionnent en y faisant converger à la fois de l’eau et une bonne quantité d’air comprimé. Ils sont plutôt courts et énergivores. Leur présence est de plus en plus rare car ils sont remplacés par d’autres types de canons efficaces. Afin d’optimiser cette efficacité,  il faut augmenter ce que l’on appelle le «Hang Time» ou le temps de suspension des gouttelettes d’eau dans les airs. Plus le contact avec l’air froid sera long, mieux elles pourront cristalliser avant de retomber et avoir pour résultat une neige sèche et légère, avec le moins d’air comprimé possible. Le canon avec ventilateur intégré permet d’y arriver. C’est la force des hélices qui va projeter les fines particules  d’eau et permettre d’allonger ce temps de suspension, sans compter que les divers petits jets répartis sur le pourtour du canon permettent de réduire au minimum leur taille. Par contre, ce type de canon est plus coûteux et amène la formation de gros tas de neige qui sont plus long à étendre afin d’avoir une surface de glisse agréable.

Il y a aussi le canon HKD ou sur perche. Les lettres HKD viennent du nom de son inventeur, Herman K. Dupré. Ce dernier opérait une station de ski de taille moyenne en Pennsylvanie et comme il disposait de très peu de nuits afin d’enneiger, il a été dans l’obligation de créer un canon qui lui permettait de souffler de la neige dans des conditions qui sont limites. Le canon sur perche est alors né: c’est sa hauteur qui permet d’allonger le «Hang-Time», les particules d’eau retombant de la perche ont le temps de cristalliser avant de toucher le sol. La température de production va varier selon le taux d’humidité présent dans l’air: plus celui-ci est bas, plus la température de production pourra être élevée. Par exemple, il est possible de produire de la neige jusqu’à -5°C avec 80% d’humidité et jusqu’à -3°C avec 40% d’humidité. Passé outre cette limite, la neige produire sera trop humide.

En matière d’équipement, afin de répondre aux besoins de la clientèle et de couvrir rapidement un vaste domaine skiable, Bromont possède 900 canons fixes secondés de 150 canons portatifs. Une telle quantité de canons permet de le confirmer comme un géant de la production de neige. En ce qui concerne la période de test, la station est sur le qui-vive dès le 1er novembre et va produire de la neige au moment où il y a une fenêtre de froid de 3 heures minimum. Cette période est importante afin de procéder au rodage et faire certains ajustements. La période de production intensive va débuter à la mi-décembre; ce premier «shoot» va permettre de couvrir rapidement l’ensemble du domaine skiable. Au cours des mois de janvier et février, la station va procéder au second «shoot» qui va permettre d’accumuler des réserves jusqu’au ski de printemps. Il va sans dire que ce ne sont pas toutes les stations qui ont les moyens financiers de procéder à une seconde période de production. 

Au fil des ans, Bromont aura eu l’occasion de développer des technologies plus poussées, afin d’optimiser la fabrication de neige. Dans un premier temps, une eau plus froide va geler plus rapidement: c’est la raison pour laquelle un système de refroidissement d’eau a été prévu.  Une partie de l’eau est pompée dans le fond de la rivière Yamaska, où elle est plus froide. Quant à l’eau des deux réservoirs, elle sera brassée, afin de faire remonter l’eau plus froide se trouvant au fond. De plus, des compresseurs sont localisés un peu partout sur la station, ces derniers permettant un refroidissement de l’eau immédiatement à la sortie aux canons. De plus, pour des raisons pratiques et esthétiques, l’ensemble du réseau de tuyaux est sous terrain. Avec de telles dispositions, il suffit de 48 heures afin de recouvrir une piste et de l’ouvrir aux skieurs… À noter que 90 % du vaste domaine skiable de Bromont est enneigé mécaniquement! Faites le calcul…