Fermetures de stations, crise d’identité, récession, climat capricieux, il ne faut pas se le cacher : l’industrie québécoise du ski est en grande difficulté. Conséquence imparable, plusieurs organismes gravitant autour de l’industrie écopent: faillites, restructurations, ventes de feu; la survie a un prix ! C’est en ayant à l’esprit ces difficultés que nous avons visité l’usine de Doppelmayr et, détrompez-vous, ce n’est pas le travail qui y manque.

Profil d’entreprise

De manière amusante, l’élément du hall d’entrée qui fait office de banc d’attente est en fait un siège de remontée mécanique: prometteur. Comme introduction à notre visite, nous rencontrons monsieur André Lamoureux, président de Doppelmayr CTEC. Il nous apprend entre autres que les origines de Doppelmayr remontent à la fin du 19e siècle, plus précisément en 1892, en Autriche. À l’époque, il n’était pas question de fabrication de remontées mécaniques mais plutôt de machine à presser des poires… Aujourd’hui, avec plus de 7 000 employés œuvrant à travers le monde, Doppelmayr est le plus grand fabricant de transport par câble. Parmi ses installations, réparties sur 33 pays, l’usine de St-Jérôme n’est rien de moins que la deuxième plus importante du groupe. À l’inverse de la croyance populaire, Doppelmayr n’est pas seulement un fabriquant de télésiège : le constructeur est le spécialiste du transport par câbles et manufacture aussi bien des télésièges que des funiculaires, des ascenseurs ou des navettes aériennes. D’ailleurs, l’entreprise compte plus de 14 000 réalisations réparties dans 88 pays.

Adaptation et développement

Chaque télésiège est unique, que ce soit de part son type, sa capacité d’embarquement, le terrain ou sa longueur. Ainsi, chaque installation en devenir pose ses défis. C’est pourquoi Doppelmayr offre un service de personnification de ses produits, dit clef en main.

Certes, il y a des modèles de base : une télécabine restera une télécabine, tout comme un double fixe restera un double fixe. Par exemple, une station d’élévation moyenne présentant un profil de terrain typique de station régionale (ex : Mont-Avalanche, Val-d’Irène, etc.) n’aura que très peu de défis technologiques à franchir. Un peu comme une voiture de production, plus abordable tout en demeurant très performante. À l’inverse, la nouvelle télécabine du Massif de Charlevoix à elle seule comporte un impressionnant nombre de caractéristiques qui ont été développées par les ingénieurs de l’usine de St-Jérôme, ce qui implique des mois, voire des années de travail. C’est l’équivalent d’une voiture « custom ». Du même coup, ces technologies acquises pourront être ré-appliquées lors de nouveaux projets, permettant de toujours repousser les limites du possible.

L’aventure jéromienne

À l’époque de la construction de l’usine (1976), la demande en télésièges au Québec était criante, d’où le choix pour l’entreprise de s’établir dans les Laurentides, en lien direct avec la concentration de stations de ski dans les environs de la ville. De plus, monsieur Doppelmayr lui-même a toujours eu un faible pour le Québec -il possède d’ailleurs des actifs dans la station de Val St-Côme…

Spécialisée dans la confection de télésièges débrayables, l’usine jérômienne exporte ses produits partout en Amérique, de l’Alaska à la Terre de Feu. Elle partage ce territoire avec l’autre usine de la compagnie située à Salt Lake City; on y fabrique les télésièges fixes.

Au cœur de l’usine

Avant de sortir de l’usine en tant que pièce d’une future installation de Doppelmayr, la plaque de métal brut, venue tout droit d’Europe, doit passer par sept étapes essentielles.
1. Sablage
La plaque de métal est passée sous un très puissant jet de sable dans le but d’enlever toute impureté de la surface, telle la rouille, pour donner un fini parfait.

2. Découpe
Au chalumeau ou au plasma (selon l’épaisseur du métal) on taille la plaque pour obtenir des morceaux de la dimension désirée.

3. Assemblage
Les pièces sont ensuite assemblées les une aux autres pour s’assurer qu’elles ont la bonne forme avant le soudage définitif.

4. Soudage
C’est l’étape pendant laquelle les morceaux clés de la remontée prennent forme. Le rythme de production effréné de l’usine est maintenu grâce à la très grande équipe de soudeurs-monteurs.

5. Peinture-polissage-galvanisage
Étape finale de la chaîne: on affine la pièce selon son rôle visé – à titre d’exemple, une pièce destinée à subir de la friction sera polie et non peinte.

6. Usinage
Il est primordial de s’assurer d’une grande précision, domaine où l’équipe d’usinage de Doppelmayr est experte, ainsi que leur machine automatisée. Toutes les pièces assemblées passent une série de tests afin d’en contrôler la qualité.

7. Montage
Tels des blocs Lego, les différentes pièces sont finalement montées pour s’assurer de leur parfaite compatibilité. Ensuite, elles seront envoyées telles quelles en station ou, si l’élément est trop volumineux, démonté et expédiés par multiples chargements.

À noter également la présence de deux autres départements qui, bien qu’ils soient tout aussi essentiels, n’appartiennent pas directement à la ligne de production des pièces. Tout d’abord, l’ingénierie est en charge de la conception du télésiège, ce qui implique entre autres la création des plans techniques de chacune des quelques milliers de pièces qui composent une installation. Enfin, le contrôle de la qualité inspecte une pièce produite de chaque lot pour s’assurer de sa conformité du produit selon les normes et les plans établis par le service d’ingénierie par des essais non destructifs et par une inspection visuelle à l’aide de la lumière dite ”blacklight”.

Mot de la fin
Il est impressionnant de penser que Doppelmayr cumule plus de 100 années d’ingénierie et que toute cette science est mise à profit pour l’industrie du ski. Remonter des pentes rapidement et en toute sécurité est la première préoccupation du skieur et Doppelmayr en fait un point d’honneur. Chaque billet de ski acheté justifie un peu les heures de soudure et de montage… sans quoi, Doppelmayr presserait peut-être encore des poires !

Voir notre documentaire: