Bien qu’il soit encore beaucoup trop tôt pour avoir un portrait fiable de la saison de ski à venir au Québec (même en temps normal!), on peut se créer quelques scénarios, d’une part concernant les opérations en lien avec les protocoles sanitaires, et d’autre part, en lien avec les dépenses de la clientèle, qui constitueront les revenus des stations. Voici ce que l’on sait, ce que l’on devine, ce que l’on ignore, et les scénarios envisageables. À partir de maintenant, même l’almanach des fermiers est aussi fiable que les autres prédictions sur la COVID-19!

Ce que l’on sait

Nous l’avons vu tout au long de l’été, le monde du tourisme estival a entonné sa sérénade pour attirer les touristes locaux en annonçant forfaits, rabais et autres incitatifs pour stimuler la consommation des produits touristiques de la Belle Province. Ceci dit, les comportements des consommateurs peuvent être situés dans deux catégories: « déconfinement prudent » et « vacances à gogo ». Les attraits touristiques du Québec ont été, et resteront pour encore plusieurs mois, la seule option pour sortir de chez-soi; l’idée de traverser quelque frontière aérienne ou terrestre n’étant pas forcément dans les plans des vacanciers. On pourrait croire que les stations de ski profiteront de cette « manne » mais en réalité, il faut plutôt utiliser la lorgnette de l’optimiste prudent…

Vélo de montagne et piscine de Purell

Toutes les stations de ski offrant du vélo de montagne ou des activités aquatiques ont dû présenter en vitesse en mai/juin un plan sanitaire aux autorités de la santé publique. Ces stations ont une légère longueur d’avance sur les autres, qui n’ont pas d’activités estivales: les têtes qui ont planché sur les protocoles (de la rédaction à la révision) sont déjà rompues à l’exercice qui est attendu pour la saison hivernale. On sait maintenant un peu plus ce qui doit être précisé, ce sur quoi les décideurs de la santé publique souhaitent mettre l’accent, et on sait aussi que le port du masque dans les espaces publics intérieurs est là pour rester. 

Ce que l’on devine

Certains seraient tentés de comparer les protocoles sanitaires mis en place pour les activités estivales à ceux qui seront instaurés pour l’hiver… la comparaison sera à moitié fiable. Plusieurs raisons: d’abord, l’habillement des protagonistes sera totalement différent. C’est une vérité de La Palisse que d’affirmer que les gestes barrière devront être adaptés aux gants, foulards, cache-cous et autres mitaines que tout un chacun utilise pour essuyer la goutte-au-nez de l’activité hivernale extérieure. Ensuite, pour les skieurs qui possèdent leur propre équipement, tout cela peut bien sembler du pareil au même, mais il en va autrement pour les stations qui continueront d’offrir la location de matériel. De plus, restreindre l’accès à des blocs sanitaires/toilettes en été demeure moins problématique mais à -20°C on pourra en reparler…

Les stations doivent donc travailler à produire un protocole sanitaire relié à chaque phase potentielle du déconfinement, allant de la plus restrictive à la plus permissive. Les enjeux sont: le nombre de personnes (clients et personnel) dans les chalets, l’utilisation des salles communes (cafétéria, toilettes), le nombre de personnes en station, la fréquentation des remontées mécaniques, l’organisation des cours de glisse, de la location, le volet alimentaire (oui, ça inclut le bar!)… bref, rien ne doit être laissé au hasard et le travail de préparation doit être fait en double, triple ou quadruple selon les différents critères.

Ce que l’on ignore

Quelles seront les modalités d’accès dans les stations de ski? Comment celles-ci choisiront-elles de gérer l’affluence et d’assurer l’équilibre entre les détenteurs d’abonnements saisonniers et les skieurs occasionnels? Quel sera le délai entre le moment de l’achat d’un billet de ski et la réelle glisse en piste? Les clients qui ont fréquenté un parc aquatique ou fait du vélo de montagne durant l’été l’ont vécu: réservations en ligne, longues files d’attente, billets vendus trop rapidement, atteinte du maximum de la foule permise… il faudra prévoir d’avance pour planifier une sortie.

L’un des plus grands défis dans l’industrie du ski sera de continuer à opérer dans un contexte encore plus restrictif alors que le tourisme hivernal vivait déjà dans une situation relativement précaire, entre les aléas de la météo et la pénurie de main d’oeuvre. Même si plusieurs contribuables ont malheureusement perdu leur emploi et se retrouvent « disponibles », ils ne sont pas nécessairement à proximité d’une station de ski qui elle, aura un besoin criant d’employés. Comment faire pour « pairer » une station à un travailleur privé d’emploi? Plusieurs décisions cascaderont sur le pouvoir économique des stations de ski et des consommateurs.

Une autre inconnue demeure: quelle sera la réaction de la clientèle? Le volume de skieurs en mesure de s’offrir les sports de glisse est-il représentatif des touristes de cet été? Les clients sauront-ils s’adapter, et revoir leurs attentes? Verrons-nous une grande compréhension en réponse à la grande séduction, ou au contraire une intolérance crasse et un niveau d’exigence inatteignable? Les stations feront toujours tout en leur pouvoir (temporel, énergétique et financier) pour satisfaire la clientèle mais celle-ci devra clairement y mettre du sien pour assurer une saison de ski. Si le client est roi parce qu’il amène des deniers dans les coffres, il est aussi responsable de la survie ou de la fermeture d’une entreprise (et de la perte des emplois reliés!) s’il ne respecte pas les différentes réglementations en vigueur, qu’il s’agisse du port du masque, du casque ou du prix du billet exigé.

Les files d’attente auront une apparence différente pour la prochaine saison… cette file a été prise en photo lors de la première saison d’opération de la télécabine du Massif de Charlevoix en 2011. Photo G. Larivière

Les scénarios envisagés

Calqués sur les stations en opération dans l’hémisphère sud et basés sur les diverses expériences vécues au cours de l’été, les différents scénarios que les stations sont à évaluer varient, mais ont tous un point commun évident: diminuer l’obligation de proximité physique entre les skieurs et/ou le personnel en favorisant les gestes barrière.

Réservations et achats en ligne, limitation du nombre de skieurs en montagne, distanciation sociale dans les remontées mécaniques, diminution de l’offre de services afin de maintenir un minimum sans créer une hémorragie financière, création de zones tarifaires distinctes entre les accès montagne seulement ou chalet + montagne, installation d’infrastructures temporaires permettant d’agrandir les zones de service aux skieurs… les idées se multiplient dans les directions des stations mais tout ça a un coût. Les dollars se font encore attendre, qu’il s’agisse d’aide financière gouvernementale ou d’achats d’abonnements en prévente: le climat incertain rend les préparatifs encore plus laborieux.

Les stations de ski de la province doivent travailler d’arrache-pied et les nouvelles se font rares, ce qui peut paraitre étrange alors que normalement, à pareille date, les annonces des nouveautés pleuvent comme les pommes dans Rougemont. Les informations sont tout de même acheminées au compte-gouttes par certaines stations. Cette attente est partiellement due au temps d’approbation requis par la santé publique, qui a reçu une première version du plan sanitaire sectoriel en juillet. Une fois ce plan approuvé, chaque station aura la responsabilité de produire un plan sanitaire propre à ses infrastructures et son environnement. Dans un communiqué de presse envoyé le 27 août, l’Association des Stations de ski du Québec indiquait que pour l’ensemble de ses membres, les préparatifs en vue de la saison prochaine sont bien entamés, tout en demeurant plutôt vague sur les différents détails qui seront dévoilés dans les semaines à venir.

Bon nombre des stations de ski ayant déjà mis en vente leurs abonnements affichent des garanties-ski: à l’achat d’un abonnement, si pour une raison quelconque le ski n’est pas possible (tant en cas de force majeure que pour une décision personnelle de l’acheteur), l’abonnement est valide la saison suivante. Ainsi, pas de perte financière pour l’acheteur ni le vendeur, peu importe la raison de l’annulation de la saison. Une bonne solution pour faire face au manque de liquidité du moment…

La pensée ZoneSki

Une chose est certaine: il y aura du ski en 2020-21! Certains ont déjà fait le choix de soutenir leur station de proximité par l’achat d’un abonnement de saison en fin de saison 2019-20 ou dans les derniers jours, d’autres attendent prudemment de voir les protocoles mis en place afin de décider du type de consommation qu’ils feront pour les sports de glisse. Chacun choisira son ski dans la limite de sa zone de confort afin d’assurer une activité agréable pour tous. C’est le plus important: que le plaisir du ski ne se perde pas… la pratique de la discipline évoluera, mais elle ne disparaitra pas. Les stations sont aussi impatientes que les skieurs que tout ça soit chose du passé mais d’ici là, nous avons tous un rôle à jouer, et nous avons besoin de patience, d’énergie, et d’optimisme!

Un skieur a dessiné un coeur dans le frimas d’une balustrade. Soyons patients! Photo G. Larivière