Les acronymes de la vie courante nous sont parfaitement connus: GAFA, USB, CH, MTL, etc. Cependant, il est de ces assemblages de lettres qui demeurent cryptiques. C’était pour moi le cas de iF3 quand on m’a proposé de m’y envoyer en mission pour ZoneSki. Puisque la mission venait de mon éditrice et que le mot “Festival” précède les trois lettres et numéro inconnus de moi, je me suis dis que ça serait sûrement bon. En effet, ça l’a été!

C’est avec beaucoup de plaisir que je me suis régalé de scènes de planchistes qui écorchent tout ce qui est vertical, préférablement en ville. De plus, j’ai vite découvert que j’étais le seul à ne pas connaître ce festival… J’apprends que le festival ne se résume pas qu’au grand écran. En effet, le volet Télévision en direct offre le visionnement en ligne gratuit de plusieurs séquences et entrevues mettant en vedette les gars et les filles qui virevoltent, valsent et trépignent sur leurs skis ou planches. Parlant de filles, elles sont très présentes dans l’auditoire, mais presque totalement absentes des films que j’ai vus.

Derrière l’acronyme

Le nom iF3 désigne un festival international de films de freeski, incluant le snowboard. Le passage du festival à Montréal (au National et au Bar TRH) en est à sa 15e édition. Cette année, 110 films ont été soumis au jury. Montréal n’est qu’un des lieux de présentation. S’y ajoutent nombre de villes: Whistler, Ottawa, Trois-Rivières, Chamonix, etc. S’étirant sur plusieurs jours, la projection à Montréal regroupe les films d’une même catégorie. Ainsi, j’assiste à la projection de films de snowboards, essentiellement de style urban. Béton, escaliers, cours d’école, clochers d’église, murs verticaux et autres accotements autoroutiers sont autant de structures et de terrain à avaler pour les planchistes. Du moment qu’il y a de la neige… ne serait-ce qu’un tout petit peu… quitte à la pelleter soi-même!

L’animateur de la soirée est à l’aise dans son élément. Ses commentaires sont pertinents et brefs. Le tout, sans prétention.

J’y passe une soirée agréable: tympans sollicités fortement, yeux remplis de blanc et de gris (tsé, la ville), corps shaké par les subwoofers de la salle du National. En prime, à moi seul je fais monter la moyenne d’âge du public présent ce soir. Une belle crowd hipster de 30 ans ma cadette s’entasse devant le bar à l’entracte. Les films de ski seront projetés à un autre moment et dans une autre salle, il faut donc choisir savamment les horaires.

Bien que les films présentés soient abondamment soutenus et présentés par des grandes marques, on n’est pas dans l’évènement ski/snowboard traditionnel de style Warren Miller des années 90. Il s’agit ici des tendances cinéma actuelles en matière de sports de glisse. On y découvre les skieurs et planchistes qui deviendront les grands noms de leur sport, en marge du courant mainstream. Alors, quand on voit à l’écran un gars qui porte des vêtements de couleur fluo, on n’est pas dans les 80’s; c’est la nouvelle vague rétro qui est à l’oeuvre sous les fringues décolorées de leurs mononcles boomers!

Par ailleurs, je salue la pertinente présence de l’organisation POW Canada (Protect our winters) dédiée à la protection de l’environnement dans le cadre des sports de glisse. Je ne peux m’empêcher de noter l’ironie de cette participation dans un contexte où les films mettent en vedette des accès à l’arrière pays à coup de motoneiges puissantes et d’hélicoptères. Il s’agit là d’une raison de plus de supporter POW. Le site web est unilingue anglais.

Au menu ce soir-là

Présentée dans une salle au caractère suranné avec ses lourdes tentures en velours rouge et de la moquette usée qui en a vu d’autre, la partie du festival à laquelle j’assiste se déroule exactement là où elle devrait être. Le National est en plein coeur du Village, sur la rue Ontario. Des devantures de commerce sont sales ou négligées. De nombreux commerces ne paient pas de mine ou sont carrément abandonnés. Il n’y a pas plus urbain, avec ce côté trash qui fait corps avec l’esprit des films présentés; pas de luxe, pas de vêtements chics ni de beaux monsieurs venus en grosse bagnole. La petite salle du National est chaleureuse, avec son cachet donnant l’impression d’être venu passer la soirée dans le salon feutré, mais ô combien antique, de grand-mère Aurore.

Dans un quartier qui fait souvent “trash”, la salle du National est en fait l’endroit parfait pour cette représentation.

Voici un sommaire des films que je visionne ce soir. La présence d’athlètes féminines y est tout à fait marginale, à ma grande surprise et à mon grand regret.

Fabola est une petite production québécoise entre amis, par Multiplayers Collective. Les planchistes s’en donnent à coeur joie dans un contexte urbain où aucune structure n’est épargnée. Aucun banc de parc ou rampe de parvis d’église n’ont été maltraités durant le tournage. Film sympathique et typique de ce genre. La créativité des planchistes pour se donner des défis en milieu urbain est impressionnante!

Fabola, il fait beau là!

Fixin. Ce film de Craig McMorris met en scène des performances urbaines dans le même style que celles vues dans Fabola. Cependant, la production provient de l’ouest et inclus de longues séquences en hors piste. Le contraste entre les plans urbains et le big mountain est sidérant! Je trouve les scènes de hors piste beaucoup plus stimulantes et moins répétitives. En hors piste, tous les accès semblent être faits à partir de véhicules motorisés, sur la neige et dans les airs.

Fleeting Time. La bande annonce du film de Ben Ferguson et Homestead Creative donne envie de retourner le voir! Présentant de la planche à neige en backcountry dans l’ouest, ce film possède sa personnalité propre avec une composante artistique affirmée: ralentis, effets miroir, musique parfois éthérée, séquences d’horloge en feu sur fond de sommets enneigés… Les big air, sick lines et la vitesse folle des protagonistes feront légende. Malgré une toute discrète mise en garde dans le générique d’ouverture, les planchistes fréquentent abondamment du terrain avalancheux. Ils déclenchent même plusieurs grosses avalanches. Il s’agit d’un film impressionnant et envoûtant; la musique, quand elle n’est pas celle d’un monastère bouddhiste, possède assez de basses pour arrêter un Pacemaker! Encore une fois, hélicoptères et motoneiges sont au service des athlètes qui accèdent à l’arrière pays.

Des séquences parfois hallucinantes, parfois répétitives. Au final, une belle soirée!

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Patrick Teasdale aime beaucoup jouer dehors. Télémarkeur depuis longtemps, il explore maintenant les possibilités du ski de randonnée alpine. Il troque volontiers sa pagaie groenlandaise ou ses skis pour une tasse d'excellent thé vert japonais. Un brin poète et idéaliste, il ne demande qu'à être émerveillé par une trouée de lumière, un chant d'oiseau ou une lame de neige. Il aime soigner ses chroniques et ses photos.