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Le charme dans la simplicité d’Antuco (Chili)

12 octobre 2017 | Chronique, par Pierre Pinsonnault
Skieur: Pierre Pinsonnault / Photo: Sergio Manzano Carrasco

Lorsqu’on le regarde de loin, c’est-à-dire du Québec, le centre de ski Antuco, au Chili, ne semble pas présenter un grand attrait. Et pourtant, avec ses 500 mètres de dénivelé, son vaste terrain de jeu et son côté rustique, cette station sait surprendre, ravir et offrir du très bon ski. Pour le skieur occidental, c’est une occasion de vivre une immersion inoubliable dans l’histoire et la culture du ski dans le sud chilien. Arrêt dans le temps.

Nous partons tôt de la ville de Los Angeles, dans la région du Bio-Bio, afin d’arriver au centre de ski pour l’ouverture. Je suis avec deux amis chiliens, soit Julio Alberto Decap et Sergio Manzano Carrasco, respectivement patrouilleur et moniteur de planche à neige à Antuco. Alors que nous sortons de la ville, le décor change assez rapidement; les champs de la vallée laissent place au contrefort des Andes à mesure que nous approchons du village d’Antuco, dernier bastion de civilisation avant de s’enfoncer dans la quasi impénétrable cordillère qui fait office de frontière entre le Chili et l’Argentine.

Photos: Pierre Pinsonnault (sauf lorsque mentionné)

La route devient plus escarpée une fois que nous franchissons le poste de la CONAF, à l’entrée du parc national Laguna del Laja, où se trouve le volcan Antuco et, à ses pieds, le centre de ski du même nom.

La pluie qui nous accompagne depuis le début du périple se transforme en neige humide à mesure que nous prenons de l’altitude. À l’approche du stationnement, la route enneigée donne du fil à retordre aux véhicules à traction simple et à leurs occupants, qui n’ont pas jugé bon mettre les chaînes à neige. C’est avec un certain plaisir que je deviens spectateur de ce charme qui rend l’Amérique latine si sympathique.

Le charme qui m’habite provient aussi de l’endroit où je me trouve. Passer une journée à Antuco, c’est faire un arrêt dans le temps; c’est découvrir l’histoire et la culture du Chili profond. L’expérience est indéniablement d’une classe à part.

Victime du réchauffement climatique

Aujourd’hui, en ce 15 août 2017, il s’agit de la troisième fois que je tente de skier cette station de ski. Les deux tentatives précédentes, en 2014 et en 2016, s’étaient avérées infructueuses en raison du manque de neige à basse altitude. En 2016, j’ai tout de même fait l’ascension du volcan Antuco (à ce sujet, voir le texte Gravir et skier les volcans du Chili), mais j’avais dû monter et descendre la majorité du dénivelé du centre de ski en bottes.

Il reste que pour les skieurs qui ne font pas d’alpinisme, le manque de neige à répétition sur les pistes d’Antuco cause une certaine tristesse, du fait qu’il révèle les effets du réchauffement du climat. Au Québec, on peine à en voir l’impact direct sur nos montagnes puisque l’hiver, malgré des épisodes de pluie plus fréquents, permet encore la pratique du ski sans grande crainte. Mais il ne faut pas se leurrer: ce qui se passe dans les Andes finira par nous rattraper.

À plusieurs égards, les Andes montrent les signes d’un réchauffement irréversible et, conséquemment, la perte du plaisir lié aux sports d’hiver chez les populations d’Amérique du Sud. Qu’on pense, par exemple, au centre de ski du glacier de Chacaltaya, en Bolivie, qui est fermée depuis 2009 à cause de l’absence de neige; même chose du côté du glacier de Pasturori, au Pérou, qui a tellement régressé qu’il est désormais délaissé par les Péruviens qui, jusqu’en 2014, allaient y pratiquer les sports de glisse.

Le centre de ski Antuco est en voie de devenir un autre symbole des effets du réchauffement climatique. Étant situé à basse altitude – sa base est à 1400 mètres – l’augmentation même minime de la température fait en sorte que la neige tombe en pluie, rendant impossible l’ouverture des remontées mécaniques. Et mes amis Julio et Sergio sont catégoriques: ils voient, impuissants, leur centre de ski fermé de plus en plus régulièrement à cause du manque de neige. Une observation qui m’est confirmée par des «vieux» locaux qui, eux aussi, voient diminuer, d’année en année, la possibilité de pratiquer le sport qu’ils aiment tant.

Un hiver 2017 «comme dans le bon vieux temps»

Heureusement, tout n’est pas que noir pour la communauté de skieurs d’Antuco; certaines années apportent encore leur lot de blancheur. C’est le cas de l’hiver austral 2017 qui, dans le sud du Chili, est particulièrement froid et neigeux. D’ailleurs, lors de mon passage, le contraste est marquant par rapport à 2014 et 2016: cette année, il est possible de skier la station!

La photo ci-dessus donne un aperçu de la station de ski, qui est composée de deux pomas débrayables. La section du bas, d’environ 100 mètres de dénivelé, est dédiée à l’apprentissage du ski; plus haut, le terrain oscille entre intermédiaire et avancé, avec un vaste sidecountry qui peut ravir les skieurs gourmands de poudreuse.

Si notre journée débute sous la neige et dans les nuages, avec une visibilité quasi-nulle, la température s’améliore assez rapidement pour finalement laisser apparaître le soleil et le ciel bleu… Et, par le fait même, révéler la splendeur de l’endroit.

Antuco est en effet un endroit d’une beauté absolue, pure. L’impressionnant volcan au pied duquel se trouve la station de ski, à quoi s’ajoute la vue sur la Laguna del Laja, un lac de montagne formé par une coulée de lave à la suite d’une éruption, valent amplement le coup d’œil.

Julio, patrouilleur à Antuco (aujourd’hui en civil), profite de la poudreuse avec le volcan à l’arrière-plan.

Lors de mon passage, les conditions de glisse sont superbes. Ici, sur une piste damée:

Le chroniqueur s’amuse! Photo: Sergio Manzano Carrasco

La neige tombe depuis plusieurs jours, le vent a compacté la surface et une belle couche de poudreuse recouvre le terrain, dont la grande majorité n’est pas damé. Il va sans dire que nous enlignons les descentes jusqu’à la fermeture de la station, à 17h00.

Sergio, moniteur de planche à Antuco, descend dans la poudreuse du «sidecountry».

Julio et Sergio sont heureux de me faire enfin découvrir leur station; cet endroit où ils ont appris à faire de la planche à neige et où, aujourd’hui, ils travaillent par passion en complément de leur emploi à temps plein.

Antuco est un centre de ski comme on en trouve plusieurs au Québec. C’est une petite station régionale peu onéreuse, dédiée à initier la population aux sports de glisse, mais où l’on rencontre aussi d’excellents skieurs. Ce n’est pas un endroit extravagant; l’atmosphère est d’une simplicité pittoresque, à des années lumières des stations plus pimpantes et luxueuses de la région de Santiago, comme Portillo ou Valle Nevado.

Comme quoi, parfois, le charme se trouve aussi dans les choses simples…

Pour plus d’informations: centro de esqui Antuco

http://www.skiantuco.cl/

https://www.facebook.com/skiantucochile/

 

 

À PROPOS DE L'AUTEUR

Pierre Pinsonnault

Son intérêt pour la nature et le grand air se décline en deux principales activités : le ski alpin (sa grande passion) et la randonnée en montagne. Rédacteur professionnel dans la vie de tous les jours, et prenant un malin plaisir à photographier les paysages d’hiver et les skieurs lorsqu'il pratique son sport de prédilection, Pierre aime écrire sur le ski et partager ses expériences, photos à l’appui.

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