Caché dans l’emprise des lacs et montagnes environnants, le Mont Avalanche est l’un des secrets les mieux gardés des Laurentides. Étrangement, la petite demi-heure de route à parcourir après avoir quitté l’autoroute 15 semble rebuter les skieurs… c’est la preuve que les absents ont tort!

En route vers la montagne, le sentiment d’isolement nous enveloppe juste après avoir quitté Morin Heights, que l’on traverse comme un petit voyage dans le temps, en revenant avant les secteurs commerciaux populaires et les rues bordées de véhicules luxueux. La forêt nous accompagne dans les lacets de la route 329 jusqu’au bord du lac Saint-Joseph, où on bifurque vers la station de ski. Une fois au sommet de la montagne, le panorama se développe lorsqu’on fait face au chalet en bas des pistes, et à partir de la piste juste à droite, l’Avalanche.

On accumule les descentes comme on savoure notre dessert préféré: pas besoin d’avoir faim pour l’apprécier! D’un côté à l’autre de la montagne, l’impression est la même; on descend plus longtemps qu’on monte, grâce au temps élastique qui s’étire à chaque virage. Il m’aura fallu bien peu de conversations dans le télésiège pour prendre le pouls de la clientèle présente, qui hésitait entre crier à pleins poumons son amour de l’endroit, ou chuchoter à quel point c’était formidable, mais qu’il ne fallait pas le dire trop fort… 

Qu’il s’agisse de votre première ou de votre centième visite au Mont Avalanche, vous savez que vous y retrouverez l’essence du ski. On peut compter sur un chalet offrant les services auxquels on s’attend, sans flafla ni fanfare. Un télésiège qui amène les skieurs au sommet, rapidement, sans couinement. Des pistes bien entretenues, réparties sur une montagne qui vaut bien plus que le chiffre qui la caractérise. Des employés souriants, contents d’être là, simplement. 

Au risque de répéter la métaphore alimentaire, skier au Mont Avalanche, c’est comme avaler un bol de soupe poulet et nouilles ou la lasagne familiale: c’est réconfortant, on s’y attache instantanément, et on revient sans gêne pour un deuxième service. À l’image de ces plats classiques, on sait ce qu’on retrouvera en montagne: des pistes familiales, où la marmaille peut suivre un moniteur qui trace des S bien ronds et disciplinés. Des sous-bois, où le plaisir rencontre le défi sans créer d’inquiétude pour les parents qui ont laissé le p’tit gars s’y faufiler. Des pistes bien inclinées, où les membres de l’équipe de compétition s’élancent en respectant le « Hop! Hop! » parfaitement rythmé de leur entraineur. 

Le petit groupe s’affaire à suivre les S tracés dans la Bordée.
Quel bonheur de se sentir “délinquant” lorsqu’on coupe à travers les arbres, ne serait-ce que sur quelques mètres!
Les sous-bois A et B se voisinent: le A est tout indiqué pour les débutants, tandis que le B offre beaucoup plus de défi.

Dans ce monde où pour beaucoup de gens, tout va trop vite, on aime tomber sur ces petites failles de l’espace-temps, comme le Mont Avalanche. C’est sans doute son imperfection qui le rend si parfait aux yeux de ceux qui l’apprécient tant. Mais vous ne l’aurez pas entendu ni lu par ici… c’est un secret…