Jamais vous n’auriez pensé que ces trois énoncés auraient pu être insérés dans une même phrase. Et bien, dans cette chronique, on y retrouve tout ça. À l’automne, quand vient le temps de réserver un séjour de ski de randonnée en montagne, je pense toujours à Vertigo Aventures. Est-ce que l’on y retourne ? Ou on tente la chance d’essayer quelque chose de nouveau ? Plusieurs connaissent déjà Vertigo et savent comme moi que le domaine skiable du Mont Blanc dans la réserve faunique de Matane est immense, que les probabilités de skier de la poudreuse vierge sont quasi 100% et que l’expérience de ski de montagne y est unique et complète ? Bref, difficile de choisir autre chose quand tu sais que tu auras du bonbon de grande qualité ! À mon premier coup de fil, je tombe sur François Roy, le fondateur de Vertigo qui me dit : «Hey ! Jean-Philippe, je travaille actuellement sur un projet pilote en collaboration avec la SEPAQ pour explorer un nouveau secteur dans le Parc National de la Gaspésie, Vertigo évaluerait le potentiel d’exploitation du ski hors-piste et avec ce nouveau territoire, on pourrait pratiquement garantir la poudreuse vierge. Si le tout se concrétise et que la SEPAQ nous octroie les autorisations requises, ça te tenterais tu de venir?» À ma grande stupéfaction, je réplique sans réfléchir : «Euh ! Tu me niaises là ! C’est sûr que ça me tente.»

C’est donc comme ça que j’ai confirmé mon séjour avec Vertigo, sans date précise, sans la moindre certitude d’obtenir les autorisations, sans trop d’attentes non plus car on ne savait pas ce que l’on allait trouver dans ce nouveau territoire vierge d’empreinte humaine. Puis, boum ! Tout s’est confirmé pour la fin de semaine du 25 au 27 mars. L’aventure et l’exploration nous attendent et je suis accompagné de trois guides dont François, Benjamin Gagnon et Bernard Blais-Morin en plus d’un membre du CA de Vertigo, Luc Bernier, un vétéran du ski hors-piste en Gaspésie. En quelques mots, je vous résume notre séjour d’exploration dans ce magnifique parc et je vous fais découvrir des endroits où personne n’a jamais chaussé les skis. Puisqu’il s’agît d’un projet pilote à l’étude, des zones d’exploration ont été bien ciblées afin de ne pas nuire à la quiétude des caribous et ne seront pas dévoilées dans cet article jusqu’à ce que l’entente de service soit officialisée entre la SEPAQ et Vertigo.

Jour 1 – Le Mont Roch

À 9h00, je rencontre la gang de Vertigo dans le stationnement et je sens tout de suite la fébrilité des guides, l’excitation de découvrir un nouveau terrain de jeu est palpable. L’ouverture de nouveaux secteurs dans le Parc de la Gaspésie apporteraient non seulement de la poudreuse vierge à l’infini aux skieurs hors-piste, mais aussi une diversité stimulante pour les guides de Vertigo. Quand ça fait plusieurs années que tu guides au même endroit, j’imagine qu’un peu de variété ajoute du piquant sur tes palettes. Évidemment, les droits d’accès et les nuits en refuge sur le territoire de la SEPAQ emmèneraient de l’eau au moulin ce qui n’est pas banal non plus.

Aujourd’hui, l’approche aux montagnes skiables se fait en motoneige sur plusieurs kilomètres et le plan est de faire une entrée-sortie du parc depuis le stationnement Rochu pour ensuite coucher dans l’un des refuges de la SEPAQ en passant par une autre entrée que j’ai nommé  »La Saumonée ».  Grosse journée en perspective!

Arrivé à la base du Mont Rochu, nous entamons notre première ascension dans une forêt tout de même assez dense ce qui me questionne quant au terrain skiable. Toutefois, François nous rassure en spécifiant que ce n’est que le ski-out qui est dense, le reste du terrain devrait être beau. On lui fait confiance et nous suivons sa trace dans une poudreuse vierge. Fait étonnant, il n’a pas neigé de grosse quantité depuis les deux dernières semaines, au centre de découverte du Gîte du Mont Albert où l’on y retrouvait qu’à peine une trace et ici, c’est un 15 à 20cm de neige que l’on retrouve sur les versants nord.

Puis, tel que François l’avait prédit, ça s’ouvre dans les boisés, nos pupilles se dilatent devant ce miracle de la nature. Vive les orignaux qui broutent tout sur leur passage nous laissant le champ libre à l’expression de nos désirs les plus profonds. À ce moment même, la citation de la journée émerge de la bouche d’un des guides : «Nous serons les premiers humains à skier cette montagne».

Au sommet, François observe le paysage et salive à l’idée de skier ce terrain vierge qu’il nous fait découvrir. Il est un explorateur dans l’âme, un coureur des bois infatigable, son regard est perçant tel un renard rusé en quête de sa prochaine proie, une ligne vierge d’empreinte humaine dans ce cas-ci.

Les cuves du Mont Albert sud au loin

La poudreuse est magnifique sur du terrain ouvert en haut et abrupte plus bas, les experts seront comblés!

Nous enfilons quelques descentes sur environ 450m de dénivelé et quittons le Mont Roch comblés de bonheur. La journée est loin d’être terminée, un souper à la microbrasserie du Malbord à Saint-Anne-des-Monts suivie d’une montée en motoneige jusqu’à notre refuge en pleine noirceur nous attends. Quel contraste! Ski de montagne exceptionnel, souper en bord de mer et motoneige nocturne.

Jour 2 – Le Mont Panache

Au petit matin, après une nuit douillette au refuge, on se prépare pour une grosse journée d’aventure sur la montagne du Panache. Au loin, elle nous montre timidement ses courbes et ses ouvertures comme si elle ne voulait pas nous dévoiler tous ses secrets. Elle se laisse désirer comme on dit!

L’approche débute dans une forêt assez dense en bordure d’un lac ce qui nous laisse perplexe quant à la qualité de la glisse. Mais en seulement quelques minutes de montée, la forêt s’ouvre sous nos yeux éblouis, on peut s’imaginer glisser à travers les ouvertures et les courbes naturelles de la montagne. C’est à ce moment même que François prend une pause, se retourne vers le groupe et nous dit : «Nous serons les premiers humains à orgasmer ici !»

Je n’avais pas trop d’idée à savoir ce qu’était un orgasme sur neige, mais j’avais l’impression que j’étais pour le découvrir bien assez vite. Dans une autre chronique, je vous expliquerez peut-être ce phénomène orgasmique, en attendant voici quelques images de la journée, question de vous rincer l’œil.

Jour 3 – La face cachée

À notre dernière journée, nous explorons une montagne encore une fois jamais skiée dont les pentes nous semblent de niveau intermédiaire-avancé, parfait pour terminer notre séjour. À la montée, la forêt demeure dense cette fois-ci avec quelques ouvertures, mais rien pour nous faire saliver. Après tout, deux jours d’exploration sur du terrain exceptionnel, on ne peut pas s’attendre à toujours gagner la loterie. Toute fois, notre coureur des bois a plus d’un truc dans son sac, il nous sort un lapin et nous ouvre la porte à du sous-bois intermédiaire aménagé par nos amis les orignaux.

C’est ainsi que nous terminons notre séjour, sur une vraie mine d’or, de l’or blanc comme on l’aime et un séjour bien au delà de nos espérances pour la fin d’un mois Mars. Dans les prochaines semaines, Vertigo Aventures et le directeur du Parc National de la Gaspésie se mettront à table pour discuter de ces découvertes et du potentiel d’exploitation du ski hors-piste. Espérons que leurs entretiens mèneront vers l’ouverture des montagnes Gaspésiennes.

Pour tout savoir sur la Coopérative de Vertigo Aventures:  http://vertigo-aventures.com/fr/