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Combien devrait-on payer pour une journée de ski?

23 octobre 2013 | Éditorial, par Geneviève Larivière
Photo Geneviève Larivière

Cet éditorial est le premier d’une série sur «La valeur du ski», qui abordera les coûts rattachés à la pratique du sport, la valeur réelle du produit consommé, et quelques mythes à déboulonner pour changer la perception globale des sports de glisse. Bonne lecture :)

Combien devrait-on payer pour une journée de ski?

La question est fort épineuse, souvent posée à demi-mot, généralement déguisée en commentaire: «C’est cher!». Cher pourquoi? D’abord, qu’est-ce que c’est, «cher»? C’est un jugement de la part du consommateur, qui en veut toujours plus pour son argent. C’est légitime, là n’est pas la question. Mais «cher», c’est aussi relatif.

Cher, c’est une vague idée qu’on a d’un prix qui dépasse ce qu’on était prêt à investir. L’essence, chère quand on la paie plus que 1,50$ le litre. Pourtant, on la trouvait déjà chère à 1,00$ le litre! Et quand on va en Europe, le même litre d’essence, après conversion avec le taux de change en vigueur, se vend plus du double d’ici! Alors là, c’est vraiment cher! Puis, quand on traverse chez nos voisins anglophones (ontariens ou étazuniens): «Oh, pas chère, l’essence, ici!» (Notez que je ne parle pas de la valeur des taxes, mais seulement du prix global payé.)

Cher, c’est ce qu’on ne veut pas payer. On veut un prix «juste». Mais «juste», c’est relatif aussi! La justesse d’un prix, c’est ce qu’on trouve raisonnable de payer pour le produit ou le service qu’on achète. Il est là le vrai questionnement… comment sait-on si un prix est juste?

Dans le monde du ski alpin, vous devinerez que bien des facteurs font varier la facture. Il y a bien entendu les dépenses relatives au coût d’exploitation d’une station de ski. Je ne vous apprendrai rien en affirmant qu’un gestionnaire fait face aux mêmes défis qu’une famille. Cela dit, l’objectif ultime d’une famille est (ou devrait être) l’épargne, qu’on peut remplacer par «profit» ou «rentabilité» dans un contexte commercial.

Comment établir le prix «juste» du billet journalier? C’est simple… sans l’être. Prenons d’abord les multiples dépenses:
– Consommation d’électricité (du télésiège au garage en passant par le chalet, les canons à neige et l’éclairage)
– Coût du terrain, des infrastructures et des bâtiments (pour autant que ces sommes ne sont pas entièrement payées)
– Coût des taxes et impôts fonciers
– Coût de renouvellement minimal et entretien des matériaux et infrastructures
– Coût des véhicules de fonction (motoneige, quad, camion, dameuse, tracteur…) et des frais associés à ces véhicules (carburant, assurances, immatriculation lorsque requis, entretien)
– Dépenses « administratives » (télécommunications, appareils électroniques, téléphones, papeterie, marketing, promotion, etc.)
– Coût de l’ameublement (tout ce qui n’est pas coulé dans le béton: frigos, casiers, tabourets, machines à tuner les skis, tapis, affiches de signalisation diverses…)
– Coût d’une flotte d’équipement de ski/snowboard (et accessoires) pour location
– Coût des permis et licences nécessaires à l’exploitation d’une boutique, d’un bar, d’une cafétéria…
– Et pour finir… la masse salariale (les employés, quoi!) et le coût de leur formation, si approprié.

J’en oublie, c’est certain! Mais comme vous voyez, la liste est déjà longue, et ne touche aucunement au volet « hébergement » que plusieurs stations de ski du Québec offrent en plus. Et maintenant, la liste des revenus:

– Les droits d’accès aux infrastructures sus-nommées, pour une période donnée (journée, fin de semaine, semaine, année).

Maintenant, pas besoin d’être comptable ou économiste pour deviner qu’il faut un nombre minimum de client, à un montant minimum, pour «rentrer dans son argent». Notez que je n’aborde pas non plus la période de temps pour laquelle on peut parler de rentabilité: 6 mois? 12 mois? 5 ans?

Voilà donc avec quoi tout administrateur de station de ski jongle. La longue liste des dépenses, versus la courte liste des revenus. Ici, peut-être que certains d’entre vous serez, comme moi, tentés faire l’exercice: tout balancer les chiffres dans un chiffrier (entendu qu’on les ait, bien sûr), faire quelques tableaux croisés de multiplications, de divisions, de soustractions, d’additions… et bingo! On a le prix qu’un billet de ski devrait coûter, pour une journée, pour un adulte, pour la station concernée. Le prix «juste».

Là où le bat blesse: les dépenses sont majoritairement fixes. Il y a les dépenses uniques (acquisition) et les dépenses récurrentes (entretien, renouvellement). Mais globalement, on ne peut s’en tirer en-deçà d’un certain minimum, même en amortissant le tout sur une période plus ou moins longue. Les revenus, quant à eux, sont grandement variables. Encore une fois, observation et déduction sont des capacités de base qui nous permettent à tous d’imaginer les causes de cette variation:

  • Météo (il faut de la neige, qu’elle soit naturelle ou fabriquée!)
  • Contexte économique global (récession?)
  • Situation démographique (station de ski à proximité d’une petite ou grosse municipalité?)
  • Accessibilité (plutôt 1h de route, ou 4h de route?)
  • Qualité/variété des produits/services offerts (est-ce que ça répond à la demande?)
  • Durée d’opération (plutôt novembre-mai, ou janvier-mars?)
  • Que sais-je encore?

Un bon administrateur saura bien entendu adapter ses tarifs en fonction de tout ceci, et bien plus! Par exemple:

  • Capacité d’accueil (taille du chalet? du stationnement? nombre de remontées mécaniques? nombre de pistes? nombre d’employés disponibles?)
  • Proximité avec la «compétition»
  • … et la fameuse «réputation»

Je sais que vous attendez ce mot depuis le début de votre lecture. Car c’est la première réponse que vous avez donnée, à voix haute ou dans votre tête, à la question que j’ai posée au tout début de mon texte: « Combien devrait-on payer pour une journée de ski? » « Bien, ça dépend où! » C’est un truisme que d’affirmer que la notion de « payer cher » est intimement liée au produit que l’on consomme; ici, le produit est synonyme d’endroit géographique.

Maintenant… on est d’accord: un billet de ski dans tout petit centre doté d’à peine 6 pistes, d’une seule remontée et d’un microscopique chalet vaudra forcément moins cher qu’un billet donnant accès à un dénivelé de 400m sur 30 pistes… D’où l’importance de vendre un billet de ski à la bonne valeur (d’une part), et d’accepter cette valeur en tant que consommateur (d’autre part)!

Vous commencez à me connaitre… allons plus loin que le simple prix du billet. Car économiquement, socialement, une station de ski, c’est bien plus qu’un billet journalier. J’ai déjà fait l’apologie des stations de ski dites «régionales» ou «de moindre taille», je ne reviendrai donc pas sur ces propos. Ceci dit, en payant pour un billet de ski, voici ce qu’un skieur achète réellement:

  • Un droit d’accès aux infrastructures nécessaires à la pratique d’un sport/loisir qu’on a choisi de plein gré
  • Une occasion de bouger (dehors en plus)
  • Une activité en famille, en couple, entre amis, en solo, peu importe!
  • Un environnement où vous êtes libres de vos actions, mais qui vous encadre en offrant des services de premiers soins en cas de besoin
  • Une contribution, même minime, à l’économie locale et à l’industrie du ski alpin
  • … et plein d’autres choses!

Donc, combien devrait-on payer pour une journée de ski?

(La suite: «Déboulonnons quelques mythes».)

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Geneviève Larivière
Diplômée en communications et en géographie (Université Laval), Geneviève est avant tout photographe. Sa facilité pour la rédaction de textes l'a menée directement au photojournalisme. Sur les pistes de ski, elle conjugue ses passions pour la photo et les sports de glisse, toujours en quête du cliché du jour.