VOS SPORTS:
Publication partenaire

Gray Rocks

Gray Rocks a été bien plus qu’une station de ski, elle a été une institution dans les Laurentides, et ce de 1905 à 2009. Les clients venaient souvent de loin et y restaient une semaine ou plus.

En 1905, George et Lucile Wheeler ont transformé leur maison à St. Jovite en pension ouverte à l’année et qui a rapidement été connue sous le nom de Gray Rocks Inn. On offrait aux clients la possibilité de faire de nombreuses activités, dont la natation, l’équitation, la pêche et la chasse. C’est en 1920 que le ski alpin a débuté sur le Pain de Sucre, une montagne située près de l’auberge. Il faudra cependant attendre 1934 avant que soit installé la première remontée mécanique, un rope-tow.

1938 est une autre date très importante dans l’histoire de Gray Rocks, car c’est l’année de la création de l’école de ski ‘Snow Eagle Ski School’. Cette école de ski a toujours eu une très haute réputation, et c’est une des raisons que la station a eu du succès pendant autant d’années. La majorité des nombreuses épinglettes qui ont été produites l’ont été pour l’école de ski. La première épinglette est ma plus ancienne de cette station, et c’est ma seule sur laquelle l’aigle regarde à droite. On peut y lire Gray Rocks Inn, St. Jovite, qui aujourd’hui est annexée à la ville de Tremblant. La dernière épinglette a été achetée à la station la fin de semaine de fermeture, soit celle du 28 et 29 mars 2009.

Ces photos des années 1950 proviennent du site Internet de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Elles illustrent la popularité de cette station de ski ainsi que de son école.

Voici la carte des pistes lors de la dernière saison d’opération. Celle-ci indique 5 remontées mécaniques, 21 pistes, et une bonne diversité de pistes autant faciles que difficiles. Même si le dénivelé n’était que de 190 mètres, on avait du plaisir à skier à cette station. La fabrication de neige, commencée en 1963, a permis à la station d’offrir du ski tard au printemps.

J’ai skié 20 fois cette station entre 1974 et 2009. Je suis venu surtout en fin de saison, car dans les années 1970 et 1980, c’était la meilleure station dans la région de Montréal pour le ski de printemps. Tous les amateurs de ski de printemps y venaient, la station étant normalement ouverte tard en avril, et même parfois en mai. Et quand je dis ouverte, je veux dire avec la majorité des pistes de disponibles et avec de belles conditions. Durant cette période de temps, il y avait tellement de demande certaines journées de printemps, que pour garder le ski agréable, on limitait le nombre de billets vendus. C’était prendre un risque que d’arriver à la station à 10 h. Je ne connais aucune autre station au Québec à avoir fait cela.

Au début des années 1980, j’ai eu la bonne idée de profiter d’une journée de printemps pour faire quelques photos. Ce n’était pas facile de faire des photos l’hiver, car la pellicule risquait de briser au froid. Ces 4 photos sont de mon partenaire de ski avec qui j’ai skié un très grand nombre de stations. Même s’il était alors au début de la quarantaine et avec des skis de plus de 200 cm, il skiait encore de façon dynamique. On peut voir sur la dernière photo que s’il y avait beaucoup de neige sur les pistes, il n’y en avait plus en dehors de celles-ci.

Moi au contraire, j’aimais descendre de façon plus fluide. Les skis étant plus longs, les bosses n’étaient pas aussi serrées qu’aujourd’hui.

L’atmosphère au printemps à Gray Rocks était extraordinaire, il n’y avait pas de cellulaires, et l’on pouvait se reposer l’esprit et ne penser qu’au ski. La première photo montre le sommet de la montagne et la paille qu’on y mettait pour conserver la neige plus longtemps. La deuxième photo montre un skieur en pleine action dans une des pistes à bosses. La troisième photo montre une skieuse que je ne connaissais pas, mais qui clairement, n’avait aucune objection à ce que je prenne une photo d’elle.

Lorsqu’à l’hiver 2009, j’ai appris la fermeture de la station, je me suis fait un point d’honneur d’y skier une dernière fois. Je suis venu 2 fois, dont le samedi 28 mars, car il faisait beau et chaud. Guy Thibaudeau, journaliste sportif très connu, avait organisé au chalet Lucile Wheeler une rencontre informelle pour souligner la fermeture de Gray Rocks. Lucile Wheeler, petite fille des fondateurs, et première Canadienne à remporter une médaille Olympique en ski alpin, a aussi pris la parole.

La première photo a été faite au sommet de la station, endroit duquel il était facile de skier les différentes pistes. Au centre, il y avait une grande carte des pistes. La dernière photo montre le chalet Lucille Wheeler, situé à mi-montagne, et ouvert en 1990. On pouvait stationner à cet endroit, et avoir un accès direct aux pistes. Avant, on devait stationner au bas des pistes de l’autre côté de la route.

Sur la première photo, on peut voir le lac Ouimet, au bord duquel était situé l’hôtel de Gray Rocks, et au loin Tremblant. Sur l’avant-dernière photo, on constate que la chaise double B n’est plus en opération, et qu’il n’y a que les pylônes. Sur cette photo et la suivante, il y a Patrick en action, un skieur encore plus nostalgique que moi, car il a aussi skié le dimanche malgré la pluie.

En novembre 2014, un feu probablement d’origine criminelle a détruit l’hôtel. Ce qui est triste, c’est qu’il y avait encore beaucoup des souvenirs dans l’hôtel, comme j’avais été surpris de constater dans un reportage d’une station de TV pas si longtemps que cela avant cet incendie.

Les dernières nouvelles concernant Gray Rocks datent de la fin de 2018. Un promoteur immobilier a annoncé vouloir transformer l’endroit en un centre de villégiature de niveau mondial. Il n’y a pas pour le moment de plans spécifiques ni de sources de financement connues.

Cet article fait partie de la section sur les stations de ski du Québec qui sont aujourd’hui fermées. Comme la grande difficulté d’un tel travail est de trouver des photos et de l’information sur ces stations, si vous détenez des perles concernant une station oubliée ou fermée et que vous souhaitez les partager avec l’auteur, vous êtes invité à communiquer avec lui par courriel afin de lui permettre d’ajouter de l’information à un dossier existant, ou d’inclure une autre station à cette section à l’adresse suivante: stations.fermees.qc@gmail.com

À PROPOS DE L'AUTEUR

Jacques Poulin
Skieur depuis plus de 50 ans, il a toujours aimé découvrir de nouvelles stations, ayant skié dans plus de 100 stations au Québec, dans l’Ouest canadien et en Nouvelle-Angleterre. Aujourd’hui, il préfère descendre en ligne de pente les pistes damées, mais il ne dira pas non à un peu de poudreuse!