Bien attaché à son fauteuil, le gaillard dévale seul la piste. Au bout de ses bras, d’étranges bâtons courts se terminent avec de très petits skis, les stabilos. Il va vite. L’angulation de son corps et de son fauteuil en témoignent. Sur son visage bronzé, le regard et le sourire ne trompent pas: ce gars-là s’amuse comme un petit fou! Totalement autonome aujourd’hui, il a fait ses débuts avec un pilote-instructeur. Sa vie d’avant, avec jambes fonctionnelles, ne lui manque pas un brin. Bienvenue dans l’univers du ski adapté!

Pour l’aventure et pour le fun

La Fondation des sports adaptés permet à chaque année à des centaines de Québécois de pratiquer leur sport favori, défiant ainsi ce que plusieurs seraient tentés d’appeler “des limites”. Les personnes à mobilité réduite ont rejeté les adjectifs réducteurs qui les qualifiaient il n’y a pas si longtemps encore. En effet, elles sont nombreuses à sortir de chez-elles en quête d’aventure, de défi ou tout simplement pour avoir du fun. Et qu’on se le dise, l’hiver n’est pas plus une barrière pour elles qu’il ne l’est pour l’ensemble des skieurs. Cet hiver, la FSA devrait être 100% opérationnelle avec quelques mesures sanitaires, en vertu des règles de la santé publique. Point de départ pour toutes les activités adaptées, la FSA proposera des activités hivernales à Owl’s Head, bien entendu, ainsi qu’à Bromont Montagne d’Expériences, Mont Orford, Stoneham, au Massif du Sud et au Relais. Par ailleurs, l’unité mobile de ski adapté est active dans une multitude d’autres stations. Que vous souhaitiez devenir participant, bénévole ou donateur, vous trouverez plus de détails directement dans la section Hiver du site de la FSA: https://www.sportsadaptes.ca/hiver.

Le bébé a grandi

En entrevue, son directeur général, Steve Charbonneau, partage sa vision: “Je rêve du jour où chaque station de ski aura les installations requises afin que tous puissent y faire du ski sans complication et de manière aussi naturelle et spontanée que tous les autres skieurs”. La FSA est présente dans plusieurs stations du Québec, principalement en Estrie. La base de la Fondation est Owl’s Head. C’est d’ailleurs là qu’elle est née, sous l’impulsion de Peter M. Treacy, en 1995. Quand Monsieur Treacy a cherché à passer le flambeau, sa route a croisé celle de Steve Charbonneau, ancien footballeur professionnel. Depuis, la croissance, l’omniprésence et le dynamisme de la FSA ont été décuplés. Son PDG a élargi l’offre de services afin de proposer des activités adaptées en toute saison et sous de multiples formes: ski nautique, équitation, escalade, camps pour soldats blessés, activités scolaires, cyclisme, ski nordique, kayak, etc. À en croire Steve Charbonneau, cette liste est destinée à s’élargir encore davantage, car le but est de donner du bonheur au plus grand nombre possible. D’ailleurs, à la Fondation, le mot “bonheur” revient souvent dans les conversations!

Don d’argent, don de soi

Les donateurs et les bénévoles sont le moteur de la FSA. Les deux composantes s’unissent afin d’offrir des services et du soutien aux participants. Parlons d’abord des plus de 225 bénévoles: leurs motivations sont variées, mais elles se rejoignent toutes sous le visage du don de soi. En effet, il faut du coeur pour accompagner et encadrer les personnes à mobilité réduite. Les bénévoles n’en manquent pas! Plusieurs racontent comment procurer du bonheur aux autres leur fait d’abord du bien à eux-mêmes. Par exemple, pour le ski adapté, les pilotes-instructeurs de fauteuil adapté suivent une formation qui vise à amener les participants à prendre leur envol en vue d’une autonomie croissante à skis. Et les donateurs, alors? Pour faire simple, rappelons que l’argent est le “nerf de la guerre”. Qu’ils soient corporatifs ou privés, qu’ils soient dans les 6 chiffres ou dans les simples chiffres, les dons permettent à la Fondation d’opérer avec un budget annuel avoisinant les 500 000$. Le DG Charbonneau se fait un point d’honneur d’être facilement accessible pour tous les donateurs, bénévoles et quiconque a des questions au sujet de la Fondation. Lors d’événements de levée de fonds, Steve Charbonneau prend un grand plaisir à rencontrer tous les participants. Dans ses propres mots: “La fondation est une fabrique de sourires!”

Témoignage d’un “ex” devenu bénévole

Alain Côté est un ex-soldat. Et un ex-bénéficiaire d’un programme de ski adapté pour soldats. Blessé au combat, son retour à la vie civile ne s’est pas fait sans heurts. Il a trouvé un sens profond à sa vie sans uniforme en s’impliquant avec la Fondation des sports adaptés. En entrevue, Alain raconte avec émotion comment son rôle de pilote (leader, dans le jargon de la Fondation) de chaise à ski adapté lui a permis de redonner au suivant. Pour lui, la FSA est “une usine à bonheur. C’est comme aller à Disney!”

Il a découvert qu’il aimait rendre les gens heureux, les faire sourire. La valorisation qui en découle lui fait le plus grand bien. Sa famille l’a remarqué. Se sentir utile et important lui fait du bien. De son propre aveu, accompagner les skieurs à mobilité réduite est une situation win-win. Alain en retire autant (ou plus?) que les participants: “La Fondation est une chaîne. Chaque maillon compte”. L’ancien militaire de carrière retrouve cette dimension qu’il a cultivée durant toutes ses années de mission: rendre service. “Ça me nourrit”, dit-il.

Le plus dur pour Alain en tant que pilote de chaise adaptée? Contrôler son excès d’empathie et ralentir son rythme d’ancien soldat. Il était viscéral pour lui de chercher à faire le plus possible pour les participants. Il a appris que c’est le contraire qu’il doit mettre de l’avant: laisser le participant faire ses propres erreurs, faire ses choix, découvrir ses possibilités afin de pouvoir éventuellement voler (skier) de ses propres ailes. Le rythme militaire n’a qu’une seule cadence: vite, très vite. Alain a découvert les vertus thérapeutiques et relationnelles de la lenteur. Apprendre à prendre son temps l’a aidé à s’ancrer dans le moment présent. “L’adrénaline fait place au bonheur”, philosophe-t-il. Alain continuera son implication au sein de la FSA aussi longtemps qu’il le pourra. Il résume ainsi son travail avec la Fondation: “Je suis devenu une meilleure personne”. 

Et toi, ami skieur?

On ne peut pas rester insensible à la mission de la Fondation des sports adaptés. Considérant qu’il n’en coûte environ que 80$ par jour à un participant pour dévaler les pistes avec pilote et chaise adaptée, chacun peut considérer la possibilité de contribuer à la cause. Que ce soit à titre de bénévole ou de donateur, la Fondation a besoin de vous: il n’y a pas de petit don -de soi ou d’argent, que des bonnes actions!

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