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La plage ou la montagne?

26 octobre 2015 | Chronique, par Pierre Pinsonnault
Illustration Yohann Morin

D’emblée, on pourrait penser que le dilemme ne se pose même pas pour un skieur, tant l’hiver se fait attendre depuis les derniers mois. Pourtant, ils seront nombreux encore cette année à migrer vers le Sud pour une ou deux semaines, en quête de soleil grâce à des forfaits soi-disant bon marché, au lieu d’encourager une industrie locale créatrice d’emplois et de richesse collective. Mais qu’ont donc les Québécois à s’exiler dans les pays «à rabais»?

Évidemment, le portefeuille parle pour plusieurs. C’est un truisme de dire qu’un voyage tout inclus à Cuba ou en République Dominicaine coûte moins cher pour une famille moyenne (par exemple, deux adultes avec deux enfants de 5 et 9 ans) qu’une fin de semaine de ski à Tremblant. Comparons d’ailleurs, pour s’en donner une idée, les prix pour cette famille moyenne qui doit choisir entre se prélasser sur une plage au Sud ou skier dans la belle province entre le 27 décembre 2012 et le 3 janvier 2013.

À Varadero, à Cuba, il en coûtera 4150$ durant cette période pour vivre dans un tout inclus quatre étoiles (bouffe, boisson, loisirs…), avion et transferts compris. Évidemment, les prix fluctuent et il est possible de trouver moins cher, alors on aura compris qu’il s’agit ici d’une estimation.

À Tremblant, durant la même semaine, il en coutera à notre petite famille environ 4400$ pour skier (notons que l’enfant de cinq ans ski gratuitement) et dormir (déjeuner compris seulement) dans une chambre d’hôtel quatre étoiles équipée d’une cuisine, ce qui diminuera les coûts de repas (environ 60$ pour le dîner et 150$ pour le souper par jour, soit environ 1500$ de bouffe pour la semaine). Mais comme on ne veut pas cuisiner, quel sera le total avec le dodo, le ski et les repas? Près de 6000$.

D’accord, Tremblant constitue au Québec le paroxysme de l’opulence, avec son casino ainsi que ses restaurants, condos et hôtels haut de gamme. Alors, descendons dans l’opulence (mais pas dans la qualité du ski) et transportons-nous, par exemple, à la montagne de L’Anse-Saint-Jean. Il devient intéressant de constater que le prix de la semaine de ski au Mont Édouard devient compétitif avec le tout inclus dans le Sud.

En effet, au Mont Édouard, durant la même semaine, il en coutera à notre petite famille approximativement 2000$ pour skier (l’enfant de cinq ans ski gratuitement ici aussi) et dormir dans l’équivalent d’une chambre d’hôtel trois étoiles équipée d’une cuisine. Comme à L’Anse Saint-Jean on peut s’en tirer à moindre coût pour les repas comparativement à Tremblant, disons que notre petite famille investira environ 40$ pour le dîner et 100$ pour le souper par jour, soit environ 1000$ pour la semaine. Total avec le dodo, le ski et les repas? Près de 3000$, soit la moitié du prix de Tremblant et même moins cher que des vacances à Varadero.

Inévitablement, il faut aborder la question de la qualité du produit, ou à tout le moins la qualité de ce qu’on trouve sur le produit : la neige. Alors que dans le Sud, il fait toujours beau (ou presque), au Québec on n’est jamais certain de ce que la température nous réserve : peu de neige, froid et pluie sont devenus des aléas presque inévitables du temps des Fêtes… Bref, skier au Québec durant la période des Fêtes constitue vraisemblablement un risque avec lequel on doit jongler.

Consommer local

Alors, aller ou ne pas aller dans le Sud? L’objectif de cet article n’est pas de répondre à la question, mais plutôt d’apporter une réflexion sur nos choix. Il s’agit donc ici de faire prendre conscience à la population de skieurs qui se reconnaissent dans ce texte qu’il n’en coûte pas nécessairement plus cher de prendre ses vacances au Québec et surtout qu’il existe, dans diverses régions québécoises, des alternatives aux gros resorts coûteux comme Tremblant, le Mont Sainte-Anne et le Massif de Charlevoix.

Pour ma part, je suis de ceux qui croient que le consommateur détient le pouvoir d’investir dans les produits régionaux, comme l’industrie du ski, pour en soutenir le développement et la pérennité. Consommer localement constitue un enrichissement pour la collectivité, cela va de soi.

En effet, pourquoi dépenser son argent dans les pays «à rabais» lorsqu’on peut encourager des entreprises locales, en plus de choisir de vivre en harmonie avec notre climat? Vous me direz : besoin de soleil, de contrer la déprime, de faire le plein d’énergie, de n’avoir rien à penser… Mais nos ancêtres n’y allaient pas, dans le Sud; ils s’appropriaient l’hiver, savaient l’apprécier et en tiraient profit pour s’amuser et se détendre…

Et puis, si skier au Québec durant la période des Fêtes constitue un risque, il faut aussi considérer que tout risque se calcule. Il s’agit seulement de lire les reportages sur ZoneSki pour choisir une montagne, certes plus éloignée, mais où bon an mal an la neige aura neigé (le Valinouët, le Mont Édouard, le Mont Grand-Fonds, le Mont Comi, Val d’Irène, par exemple) et où il est possible de faire plusieurs autres activités hivernales. 

Bref, ce ne sont pas les options qui manquent pour profiter de l’hiver québécois et il y a toujours moyen de trouver de belles conditions pour qui les cherche. Pourquoi, alors, ne pas troquer la plage pour la montagne?

Cet article a été originalement publié le 4 janvier 2013 mais les réflexions qui sont exposées sont toujours d’actualité! 

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Pierre Pinsonnault
Son intérêt pour la nature et le grand air se décline en deux principales activités : le ski alpin (sa grande passion) et la randonnée en montagne. Rédacteur professionnel dans la vie de tous les jours, et prenant un malin plaisir à photographier les paysages d’hiver et les skieurs lorsqu'il pratique son sport de prédilection, Pierre aime écrire sur le ski et partager ses expériences, photos à l’appui.