Si comme moi, en visitant le site internet d’une station de ski du Québec, vous vous êtes déjà demandé «Mais… comment s’y prennent-ils pour évaluer l’enneigement et les précipitations sur la montagne ?» vous avez sûrement entendu plusieurs réponses, certaines plus farfelues, d’autres plus réalistes… Fatigué d’entendre des histoires à dresser les cheveux sur la tête, j’ai cherché à avoir des réponses -des vraies. 

Ces temps-ci particulièrement, lorsque les précipitations sont rares, la comptabilisation des chutes de neige devient cruciale pour l’industrie du ski. Certains chiffres sont contestés, d’autres soufflés… bref, entre les ragots, les légendes urbaines et les faussetés, il faut savoir départager le réel de l’imaginaire. Par exemple, à ma dernière visite au Mont-Sainte-Anne, alors que les conditions étaient à leur meilleur après une chute de neige mineure, j’ai entendu des commentaires sur les précipitations de la veille à chacune des remontées. Le weekend en question, la station du Mont-Sainte-Anne affichait un beau 7cm tombé pendant la nuit et la neige continuait de tomber.  La même nuit, le Massif de Charlevoix recevait un 20cm de neige et là aussi la neige continuait de tomber. Les deux stations sont proches géographiquement mais affectées de différente façon par la météo tant par la proximité du fleuve pour l’une et l’alignement nordique des pistes de l’autre… c’est ce qui explique la différence de chutes de neige entre ces deux montagnes !

Ainsi, pour contribuer à stopper l’hémorragie de mauvais commentaires, j’ai décidé de faire la lumière sur la méthode et le sérieux du calcul des précipitations. D’emblée, je disposais de quelques informations quant aux méthodes car dans le passé on m’avait fait visiter la station de prélèvement du Massif de Charlevoix, alors située tout près de l’arrivée du télésiège de la Grande Pointe. Depuis le temps, celle-ci a déménagé mais les techniques demeurent et sont très similaires d’une station à l’autre.

Du côté du Mont Sainte-Anne/Stoneham, la coordonnatrice aux communications et conditions de neige, Karine Larochelle, m’indique que « Tout d’abord, il est important de savoir que nos données recueillies sont envoyées quotidiennement à Environnement Canada, donc ce sont bien des données scientifiques et celles-ci se retrouvent dans leurs bases de données. Nous répondons bien sûr à leurs exigences. Les données sont recueillies à un endroit plat et qui n’est pas exposé au vents, donc bien sûr pas directement dans les pistes. » Karine ajoute ensuite que c’est la patrouille de la station qui effectue ces tâches, mesurant principalement trois choses :
– La neige tombée durant les 24 dernières heures (en hauteur)
– La quantité d’eau correspondante à cette tombée de neige. Cette quantité d’eau permet de mesurer la densité de cette neige.
– La neige au sol à l’endroit correspondant aux exigences d’Environnement Canada.
Bien évidemment, cette mesure ne correspond pas au total accumulé depuis le début de la saison car elle serait trop variable à cause de la fonte ou de l’écrasement.

Elle précise d’ailleurs qu’il est important de faire la distinction entre la mesure de neige au sol et la base de neige, qui n’est pas la même chose. La base de neige est une donnée qui est prise à même les pistes et qui est variable d’un endroit à l’autre, puisque certaines pistes sont enneigées artificiellement et d’autres sont recouvertes de neige naturelle. « C’est pourquoi nous calculons la base moyenne, qui se trouve à être l’épaisseur (à divers endroits) versus la superficie du domaine skiable (pistes ouvertes). En ce moment par exemple, nous avons environ 45cm de base dans nos pistes.»

Plus au sud, au Mont Sutton dans les Cantons de l’Est, la méthode est tout aussi rigoureuse: tous les matins, à la même heure, la même personne prend la mesure de la neige tombée, au même endroit. Jocelyne Trudeau, responsable des conditions de neige pour la montagne, comptabilise les flocons depuis plusieurs décennies à l’aide d’un pied de roi (outil de mesure apparenté au mètre pliant). Les précipitations sont mesurées dans un endroit à l’abri du vent, puis les mêmes algorithmes sont utilisés pour calculer la densité de la neige et l’épaisseur du couvert neigeux. Ces chiffres se retrouvent bien évidemment sur le site internet de la station, puis sur le site de l’ASSQ (Association des Stations de Ski du Québec). «Il n’y a pas de secret ! Il faut bien mesurer, pour donner la bonne information, sans tromperie», ajoute Jocelyne.

Fait très peu connu, plusieurs stations météorologiques d’Environnement Canada sont situées à proximité (voire sur le terrain) de stations de ski du Québec… rendant impossible les véritables mensonges de part et d’autre !

Sous un autre angle de vue: René Godbout, Responsable des conditions de ski à l’ASSQ m’a confirmé que la responsabilité des mesures de neige incombe à chaque station. Ce sont elles-mêmes qui mesurent et rapportent leurs résultats sur leur propre site et celui de l’ASSQ. « Le vrai juge, c’est le client: lorsque la station exagère dans ses mesures, c’est elle la première perdante» commente M. Godbout.

Toujours à l’ASSQ, le Directeur des affaires publiques Alexis Boyer-Lafontaine m’a expliqué que pour l’essentiel, l’ASSQ met à la disposition de ses membres (les stations) une plate-forme et différents moyens pour diffuser les conditions de neige de l’ensemble des stations. « Ce système n’est pas parfait» dit-il, «mais ils essaient sans cesse de l’améliorer et les commentaires des skieurs ou des passionnés sont toujours utiles pour eux».

Les stations ont depuis toujours la responsabilité de diffuser leurs conditions de ski et de transmettre au public les informations les plus précises, transparentes et complètes à ce sujet. À l’occasion, l’ASSQ pourra émettre des avis ou des recommandations mais ils ne l’ont pas fait au cours des dernières années concernant les façons possibles de mesurer les précipitations. Ils tiennent pour acquis que les stations disposent des outils nécessaires pour bien faire le travail à ce niveau.

Maintenant, si vous demandez au responsable d’une station s’il fait confiance aux résultats d’une station voisine, on vous répondra que d’emblée, on croit aux chiffres de tout le monde. Cependant, tout un chacun est bien convaincu que la compétition se fait sur le résultat réel… Pour l’avoir vécu, parfois une station va recevoir sensiblement plus de neige que l’autre et souvent les chutes de neige vont être différentes d’une piste à l’autre. Le versant-nord du Mont-Sainte-Anne reçoit souvent plus de neige que le reste de la montagne ! Imaginez alors comment différentes les précipitations peuvent êtres à une vingtaine de kilomètres à la ronde, entre la ville de Québec et le Massif de Charlevoix…

Le sérieux des réponses des stations de ski témoigne du sérieux avec lequel celles-ci agissent afin d’informer le plus justement les utilisateurs. Comme les deux responsables de l’ASSQ le mentionnaient, les stations auraient tout à perdre. Ceci dit, advenant le cas où vous ne seriez pas d’accord avec les résultats affichés par la station, il est important de le signaler ! Une critique constructive aide tout le monde à évoluer…