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Le défi des skieurs piétons

13 janvier 2017 | Éditorial, par Geneviève Larivière
Photo Ski Saint-Bruno

Tout le monde se souviendra d’avoir lu cette nouvelle de décembre 2016, qui faisait état d’une amende salée donnée à un vilain délinquant qui transportait ses skis de fond en métro à l’heure de pointe. 102$ et beaucoup de battage médiatique plus tard, ledit contrevenant rebelle s’est retrouvé doté d’un ensemble de skis et bâtons neufs, gracieuseté de Fischer et Swix: #skietonmetro est devenu le mot-clic à la mode pendant quelques heures. Mathieu Simard représente, un peu malgré lui, le visage du gars plein de gros bon sens qui utilise les transports en commun, fait du sport, et se fait punir à cause d’un règlement. Le règlement en soi est plus ou moins questionnable, on comprend qu’il s’agit d’assurer la sécurité des utilisateurs, et cette interdiction de transporter des skis en métro ne vise que les heures de pointe. Ce qui mérite réflexion est la latitude dans l’application du règlement: est-ce bien pertinent de pénaliser un utilisateur qui opte pour un comportement responsable, au moment le plus opportun?

Comme bien des gens, j’ai ressenti une légère frustration en lisant cette nouvelle. Pas outrée par le règlement, non, mais bien par le fait que l’application ait été suivie au pied de la lettre, sans égard au portrait global. Lors d’une journée de tempête, je me sens personnellement plus en sécurité dans le métro (ou sur les pistes de ski!) que dans les rues de la ville! Et je ne dois pas être la seule… Bien sûr, il y a probablement eu excès, abus et incidents pour que le règlement existe. Mais comme cette histoire tourne en rond et qu’il y a peu de chances que le tout change… portons notre regard sur un sujet connexe: l’accessibilité des stations de ski par transport en commun.

Il y a quelques années, un membre de notre équipe a fait le pari de se rendre dans quelques stations de ski en explorant les moyens de transport collectifs. La raison du défi était simple: il ne possédait pas de voiture et a simplement utilisé son ingéniosité -et ses pieds. Conclusion: bien peu de stations de ski en opération sont réellement accessibles! En fait, jusqu’à très récemment, il n’existait aucun transport collectif qui puisse emmener des skieursde la grande région métropolitaine jusqu’au pied des pentes de ski. La pionnière à en faire l’annonce est Ski Saint-Bruno, qui a travaillé très fort pour créer un pont entre les réseaux de transport des environs et les maires des différentes villes sillonnées par les services de transport collectif.

Bien entendu, à ce moment, vous êtes en train de vous remémorer que vous avez utilisé des services du genre « Ski-Bus » alors que vous étiez encore étudiant, sans voiture… Sachez que très peu de ces services sont encore en fonction! Le parc automobile du Québec ne cesse de croitre (environ 5 millions de véhicules de promenade sont immatriculés) et le mouvement démographique ainsi que le vieillissement de la population ont fait en sorte que la clientèle skieuse est, en grande majorité, propriétaire d’au moins une voiture par foyer. Les belles initiatives de transport organisé par autobus jusqu’aux stations existent encore mais les fréquences sont moins grandes et le coût élevé est souvent un frein, tant du côté de l’utilisateur que de l’exploitant. Ce type de système est probablement voué à disparaitre à moyen terme…

Je reviens à Ski Saint-Bruno: d’une part, je trouve formidable qu’une station qu’on peut qualifier d’urbaine réussisse à développer un projet d’accessibilité par transport collectif; d’autre part, je trouve déplorable qu’aucune autre station à proximité d’une grande agglomération ne l’ait fait (voire tenté de le faire). Même Le Relais à Québec n’est pas accessible par bus… pour l’instant, le seul circuit d’autobus du RTC qui s’approche (#34) ne dépasse pas la rue Champéry. Même en descendant là, un skieur devrait parcourir sur le Boulevard du Lac environ 1,6km en bottes de ski, avec tout son attirail. Mont Cascades: aucun autobus à proximité (malgré le grand bassin de la région d’Ottawa). Sommet Saint-Sauveur: niet. Mont Orford: nope. En étirant un peu l’élastique, on peut dire que le Centre de Plein-Air de Lévis et le Mont Bellevue (Sherbrooke) sont desservis, ayant un arrêt d’autobus à quelques centaines de mètres de la base. Si on se tourne vers Saguenay, la société de transport de la ville dessert les Monts Fortin et Bélu. La population de l’endroit est choyée! (Appel à tous: si votre municipalité dispose d’un transport collectif qui permet d’accéder à votre station de ski préférée, svp l’indiquer dans les commentaires! Ça me fera plus que plaisir d’en apprendre!)

Votre réflexe à ce stade-ci de la lecture (bravo, vous êtes presque à la fin!) est de me parler des services de covoiturage (Ski Covoiturage, Amigo Express). Après un bref sondage dans mon entourage et une vérification sur les sites, le problème est la demande très grande et l’offre minime, voire nulle: les sites répertorient en moyenne cinq recherches de transport pour une offre! Malgré la flexibilité des demandeurs, bien peu trouvent un chauffeur à temps. Conclusion: on est pas sorti de la ville!

Voici quelques statistiques:

  • Le nombre de voiture par 1000 habitants sur l’Ile de Montréal est, à quelques volants près, le même que dans le Grand Nord (437 en 2014). Moyenne provinciale: 652 au même moment (chiffres tirés d’une étude économique de Desjardins).
  • Le poids démographique de la grande région montréalaise est indéniable: environ 2 millions sur l’ile, 4 millions si on compte toute la région métropolitaine, soit grossièrement près de la moitié de la population totale de la province.
  • Le nombre de stations de ski dans un rayon de 80km du centre-ville de Montréal: 8. Dans un rayon de 100km, ajoutez-en 6.

Pour résumer, disons simplement que la région la plus densément peuplée ET comptant le plus grand nombre de stations de ski à proximité est celle qui compte le moins de véhicules par habitant.

En parallèle, depuis environ cinq ans, l’Association des Stations de Ski du Québec (ASSQ) fait état d’une diminution de la fréquentation de sa jeune clientèle: les 12-18 ans sont en perte de vitesse et les milléniaux sont presque portés disparus. Me voyez-vous venir? Les milléniaux sont régulièrement confrontés à des choix budgétaires, tandis que les plus jeunes sont encore dépendants de leurs parents pour leurs déplacements. Mon humble conclusion est que malgré les initiatives (fort louables!) axées sur le développement et l’entretien de la clientèle par le biais des programmes d’apprentissage et de rétention, aucun moyen réel n’est mis en place afin de favoriser l’accès physique aux lieux, exception faite de Ski Saint-Bruno. Et comme la montagne ne vient pas à Mahomet… Mahomet doit (pouvoir) aller à la montagne.

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Geneviève Larivière
Diplômée en communications et en géographie (Université Laval), Geneviève est avant tout photographe. Sa facilité pour la rédaction de textes l'a menée directement au photojournalisme. Sur les pistes de ski, elle conjugue ses passions pour la photo et les sports de glisse, toujours en quête du cliché du jour.