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Le ski Hok, une drôle de bestiole à dompter

25 janvier 2016 | Chronique, par Geneviève Larivière
Photos C. Deschamps et G. Larivière

Qu’arrive-t-il si on croise une paire de raquettes avec une paire de skis hors-piste? Ça donne des snowblades équipés de peaux d’ascension intégrées dans la base, qu’on peut utiliser en bottes d’hiver! Cet hybride de la glisse est une création américano-québécoise dont l’inspiration  provient directement d’une zone montagneuse d’Asie, l’Altaï. Voici la petite histoire et le récit de l’essai du ski Hok.

L’origine

En 2005, l’américain Nils Larsen a entrepris un voyage dont est né un documentaire portant sur la région de l’Altaï, un massif montagneux touchant quatre pays: la Russie, la Mongolie, le Kazakhstan et la Chine. Les peuples habitant ces montagnes ont une longue tradition de déplacement en hors-piste à l’aide de courts skis, suffisamment larges pour porter un homme lourdement chargé, équipés de peaux bien plus velues que nos peaux d’ascension en nylon/mohair. Nils Larsen, fasciné par ces skis dont l’invention date de bien plus longtemps que les techniques dites modernes provenant de la Scandinavie, fonde Altaï Skis en 2009, en compagnie de François Sylvain.

Ces deux passionnés de la glisse et du hors-piste perfectionnent donc le ski Hok, un produit court, léger, dont la surface de contact est munie d’une mince peau d’ascension intégrée. Les fixations rappellent celles des raquettes: deux sangles à cliquet (ratchet) maintiennent la botte en place sur une plaque équipée d’un pivot avant, ce qui libère le talon pour faciliter la marche, comme en raquette… sauf que le but est de glisser. On est donc à l’endroit exact où se croisent la marche en raquettes et le télémark. Car oui, la technique de glisse à employer avec les skis Hok est le virage télémark: une génuflexion à gauche, puis une à droite, et on recommence!

L’essai

Dès le départ, tout est déstabilisant. On enfile des bottes d’hiver souples normales (les planchistes ont une longueur d’avance: ils peuvent utiliser leurs bottes!) et on les insère dans les fixations à cliquet. Un premier constat: mieux vaut attacher les skis sur un terrain plat car la première perte d’équilibre arrive vite! Deuxième constat: comme c’est léger! Les adeptes de la glisse minimaliste apprécient le faible poids de cet équipement. Troisième constat: toutes les notions de glisse, de mise à carre et de chasse-neige doivent absolument être oubliées, sans quoi la frustration arrive avant le plaisir!

Les premiers mètres sont parcourus en mode « survie »: le groupe de cobayes s’élance en poussant des cris d’oies égarées. Les premières chutes font rigoler et le processus de deuil personnel est entamé. D’abord, le déni: voyons donc, je vais y arriver, ça va être facile, je suis une télémarkeuse. Et c’est l’échec… Non, ça ne réagit pas comme des télémarks. Bien qu’ils soient équipés de carres, les skis Hok se comportent comme des raquettes qui glissent et doivent rester le plus possible à plat dans la neige. Qui plus est, mes bottes d’hiver, qui flottent un peu dans les fixations, ne transmettent pas du tout mes commandes à l’animal que j’essaie de dompter. 2e étape du deuil: colère!

La troisième étape du deuil, la négociation, survient quand on s’entête à procéder de la mauvaise manière, en espérant un résultat différent. Et bien entendu, arrive la quatrième étape, la dépression: les pattes en canard ou les skis croisés, les fesses dans la neige, on a deux choix: soit on rentre pour rendre les skis au plus vite, soit on se résigne et on essaie « pour vrai »!

C’est donc l’acceptation, moment où on décide de laisser notre orgueil et nos connaissances de côté. On se met dans la bonne posture, on décide que ça ne change plus rien si on tombe même devant les caméras, et au diable la classe et la grâce. Et… ça finit par fonctionner! Le truc, c’est de « marcher » dans chaque pas en descendant. Puisque le terrain de prédilection pour le ski Hok est en pente douce, couvert d’une petite neige folle, la vitesse n’est jamais bien grande et le freinage rarement problématique.

Les plus grands fervents de ski Hok auront tendance à les équiper de fixations de ski de fond « 3-pin » pour un meilleur maintien et une meilleure connexion entre le skieur et le ski. En y pensant bien, le poids est similaire et le contrôle doit être franchement meilleur! Cela dit, ce type de « moyen de transport » semble idéal pour des randonnées en terrain boisé, plutôt dégagé, autant pour monter que descendre des pentes douces. La clé sera de chasser la neige poudreuse et d’éviter les plaques durcies ou glacées, sur lesquelles les skis Hok réagissent aussi mal qu’un orignal sur une patinoire: on s’y étale de tout notre long!

Vous êtes curieux d’essayer de maitriser le ski Hok? Plusieurs endroits dans la grande région de Québec permettent l’essai et la location: la Station touristique Duchesnay, le Parc régional du Massif du Sud et la Forêt Montmorency. Grande région de Montréal: le centre de ski de fond et raquette de l’Estérel. Ailleurs au Québec: le Parc national des Monts-Valins (Saguenay-Lac-St-Jean) et l’Auberge de Montagne des Chic-Chocs (Gaspésie). Allez-y en groupe, emmenez des non-skieurs avec vous, et amusez-vous!

 

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Geneviève Larivière
Diplômée en communications et en géographie (Université Laval), Geneviève est avant tout photographe. Sa facilité pour la rédaction de textes l'a menée directement au photojournalisme. Sur les pistes de ski, elle conjugue ses passions pour la photo et les sports de glisse, toujours en quête du cliché du jour.