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Les coulisses d’un snowpark

15 mars 2011 | Reportage, par David Maurer
Photo Geneviève Larivière

On en voit dans pratiquement tous les centres de ski mais ils représentent un très faible pourcentage du domaine skiable. Certains sont conçus de façon ingénieuse, créative et sécuritaire, d’autres sont lamentablement ratés, mal pensés et parfois même dangereux. Créer un snowpark de qualité n’est donc pas une tâche simple qu’on accomplit sans réflexion. Flairant un manque d’expertise de certaines stations, des passionnés se lancent même en affaires comme consultants et concepteurs de snowparks. Voyons un peu les côtés conception, création, entretien et sécurité qui font du snowpark un art… presque scientifique.

Un parc à neige de qualité commence d’abord par une bonne idée, une vision globale du concepteur. Comment fait-on pour pondre un snowpark virtuellement dans sa tête? Afin d’éclaircir nos interrogations, nous avons rencontré René Caza, créateur du SnowPrk de Bromont, ainsi que du parc à neige du Mont Orford. René possède une expertise longue de plus d’une dizaine d’années et détient une vision fort particulière des parcs à neige. Son travail est méticuleux et apprécié, tant des stations que de la clientèle !

Chaque créateur de parc à neige possède sa propre technique mais René nous dévoile une partie de la sienne. Actif même en été, le processus créationnel est long et regorge de détails. D’abord, René a recours à l’arpentage de la pente durant l’été pour se donner une idée technique de la piste et l’aider à imaginer les emplacements idéaux pour les sauts, tandis que les autres modules comme les rails peuvent plus facilement être incorporés dans la piste. Ensuite, selon le terrain qu’offre la piste, on déterminera la hauteur de chaque saut, l’angle de décollage, la longueur du plateau à survoler, la longueur ainsi que l’angle de la pente d’atterrissage, tous des critères auxquels le concepteur doit déterminer d’avance. Rien ne doit être laissé au hasard.

Est-il nécessaire d’avoir un diplôme en physique pour concevoir un bon snowpark ? Fort utile, certes, mais non-nécessaire ! L’expérience sur le terrain est l’atout essentiel pour créer un parc à neige amusant, fluide et sécuritaire. De plus, l’ASSQ (Association des Stations de Ski du Québec) a innové en publiant le «Guide des bonnes pratiques dans l’aménagement et l’exploitation des parcs à neige». Ce guide est destiné aux stations qui exploitent un snowpark et cherche principalement à donner des recommandations à suivre lors de la création du snowpark. Il n’établit pas de lois, de normes ou de calculs scientifiques, mais définit plutôt quelles sont les bonnes pratiques à suivre pour créer et entretenir un snowpark. L’ASSQ donne également des formations pratiques en montagne. Interrogé à ce sujet, Claude Péloquin, PDG de l’ASSQ, mentionne fièrement que son association a grandement innové et fait progresser le monde des parcs à neige par la définition de la taille des sauts et modules que l’on retrouve sur un panneau près de chaque module, soit petit (P), moyen (M), grand (G) ou extra large (XL), une pratique qui se standardise tranquillement à travers la belle province.

Outre la conception, il y a la facette de l’entretien qu’on ne peut négliger: c’est le travail des park rangers, des passionnés du parc à neige qui y œuvrent généralement contre salaire. Les park rangerspeuvent apporter des idées lors de la conception de modules mais leur mandat est principalement de faire l’entretien des modules et faire de la prévention. Ils feront des descentes dans le snowpark tôt le matin et tout au long de la journée pour s’assurer de la sécurité de chaque obstacle, apporter des correctifs lorsque nécessaire, ainsi que s’assurer que le port du casque obligatoire est respecté.

Les park rangers effectuent l’entretien mineur ainsi que les tâches et retouches qui ne peuvent être faites à la machine, tandis que l’entretien principal du parc passera bien sûr par la machinerie de damage de la station -une tâche fort complexe pour la plupart des conducteurs ! Pendant l’étape de création du snowpark, il faut s’assurer de bien comprendre les besoins du concepteur du parc pour pousser des quantités industrielles de neige aux bons endroits et créer des sauts et modules qui répondent à la vision du concepteur, tout en essayant de minimiser les coûts d’opération. Sachant que les coûts de fabrication de neige et de machinerie peuvent facilement excéder les 200 000$ par année uniquement pour le parc à neige (toute station confondue), on a intérêt à bien planifier et exécuter correctement les opérations du premier coup.  De plus, lors de l’entretien journalier, il faut bien maîtriser sa machinerie pour damer le terrain avec soin sans détruire les angles d’attaque des sauts et modules sculptés avec précision.

Et la sécurité ? Plusieurs stations ont maintenant des snowparks à accès restreint qui nécessitent une park pass pour y accéder; cette passe est obligatoire lorsque les parcs possèdent des modules de taille XL. Les utilisateurs doivent donc signer une décharge et payer les frais nécessaires pour se procurer cet abonnement, disponible en sus de l’abonnement de saison. L’objectif principal de cette passe est de restreindre l’accès au parc à un public non-averti, qui pourraient ignorer le code de conduite approprié dans ce type de piste ou croire à tort qu’il s’agit d’une piste comme une autre. En contrôlant et limitant l’accès au snowpark, celui-ci devient automatiquement plus sécuritaire et les bonnes conditions se préservent plus longtemps avec un achalandage moindre.

Bien sûr, la station retire également des avantages à instaurer la park pass. On pense à une rentrée d’argent additionnelle que l’on peut réinvestir dans le parc en entretien, en nouveaux modules ou ailleurs en station. Les park pass électroniques qui fonctionnent avec la technologie RFID permettent aussi d’accumuler des données pour fin de statistiques, chaque passage à l’entrée du parc à neige étant enregistré. Pour François Senécal, directeur de l’exploitation à SkiBromont, le plus gros avantage est sans contredit le contrôle que la guérite offre: il n’y a pas meilleure sécurité que la prévention ! Lapark pass permet donc d’encadrer les modules de taille extra-large en plus de diminuer le taux d’accidents dans le parc en conscientisant les utilisateurs à propos des risques associés à constamment s’envoyer en l’air (!). D’après les chiffres de l’ASSQ, on remarque effectivement une baisse significative du taux d’accidents dans les snowparks où l’implantation de la park pass a été faite.

Alors pourquoi créer des snowparks avec des modules XL si c’est coûteux et potentiellement dangereux ? François Senécal est formel: c’est une question de notoriété ! Les beaux snowparksattirent une clientèle jeune et assoiffée d’adrénaline qui viendra profiter de la montagne avec d’autres amis et parents, ce qui augmentera en bout de ligne l’achalandage de la station. Cette clientèle spécifique est une partie de la relève future des centres de ski. Avec la démographie vieillissante du Québec, il est important d’assurer la pérennité des centres de ski en captivant et surtout en conservant cette clientèle jeune et fringante qui développera la piqûre de la glisse à sa façon et se payera des billets de ski ou des passes de saison dans les années futures avec leurs amis et familles.  On peut alors s’interroger si l’avenir et la survie des stations de ski au Québec sont liés en partie à la création et l’entretien desnowparks de qualité qui donnent le goût aux jeunes de revenir jour après jour…

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À PROPOS DE L'AUTEUR

David Maurer
Actif depuis plusieurs années dans le monde du ski au Québec, David est propulsé par une énergie infaillible (exception faite des matins sans poudreuse). Toujours prêt à aider ses semblables, David partage ses connaissances à tout va! Vous le verrez peut-être devant une caméra, en train d'expliquer comment atterrir en bas d'un rocher sans se casser la margoulette!