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Manque de main d’oeuvre: dans l’industrie du ski aussi!

24 décembre 2018 | Chronique, par Geneviève Larivière
Photos Geneviève Larivière

Si les stations de ski écrivaient au Père Noël, la première demande serait de la neige… et une absence de pluie! Cependant, même à cette date, une autre requête ferait surface pour régler un problème qui donne autant de fil à retordre qu’une pluie qui ruine toute la production de neige. Plus insidieux et aussi difficilement chiffrable qu’un centimètre de flocons au vent, il n’est pas associé à des facteurs naturels, mais bien humains: le manque de main d’oeuvre dans les stations de ski de notre province. L’envers de la médaille du faible taux de chômage qui fait la fierté de nos gouvernements est une situation bien réelle, relativement inconnue grand public.

Généralisé dans l’industrie

« Nous avons près d’une quarantaine de postes à combler! » s’exclamait la directrice marketing du Mont SUTTON, Nadya Baron. C’était au début du mois de novembre. Le portrait aujourd’hui est à peine plus encourageant: après avoir réussi à embaucher une dizaine de nouveaux employés et pris quelques décisions stratégiques, c’est tout de même encore près d’une vingtaine de postes vacants. Même son de cloche chez les stations des Sommets, à Ski Saint-Bruno, au Mont Sainte-Anne et Stoneham, à Gleason, à Tremblant, bref, le message est clair: il est minuit moins une et les stations de ski, qui peinent déjà à produire la neige pour satisfaire les skieurs pour la période des Fêtes, font face à une pénurie de personnel qui donne des maux de têtes à tous les directeurs.

La situation est critique chez les plus grandes stations et même si leurs consoeurs de taille moyenne et petite semblent moins affectées par la pénurie, le défi d’embaucher demeure présent. Alors que traditionnellement, les postes étaient comblés dans les dernières semaines d’octobre, plusieurs sont encore vacants à l’approche des Fêtes. À la mi-décembre, Pierre Dussault, directeur général nouvellement en poste au Mont Grand-Fonds, indiquait que le recrutement se passait bien, mais lentement: « Présentement, on a encore deux postes à combler pour la cuisine, et autant pour les remontées mécaniques. L’embauche devrait être complétée bientôt mais c’est plus difficile du côté des remontées mécaniques… »

Si l’embauche dans les stations plus éloignées des grands centres urbains semble plus problématique que près des villes, c’est surtout à cause de la grande offre d’emplois disponibles. Les stations de ski se voient en compétition avec d’autres employeurs du secteur de la restauration, de l’hôtellerie et du tourisme en général, ce qui fait que le bassin de travailleurs disponibles a le beau jeu de choisir un emploi à sa convenance.

Pour l’Association des Stations de Ski du Québec, cette situation, bien que déjà connue, a atteint un seuil critique cette année. À lui seul, un chiffre révélé par le président-directeur général, Yves Juneau, indique le manque criant: l’organisme a dénombré 4259 postes de moniteurs niveau 1 à pourvoir. Dans un mot adressé aux stations membres de l’Association, M. Juneau se veut rassurant malgré la situation préoccupante; l’organisme travaille depuis plus d’un an de concert avec le Conseil québécois des ressources humaines en tourisme pour trouver des solutions.

Des emplois méconnus

Lorsqu’on questionne un skieur sur les emplois générés par sa station de ski préférée, il pense immédiatement au personnel qu’il rencontre tout au long de sa journée: dans le stationnement, à la billetterie ou au service à la clientèle, à la cafétéria, aux remontées mécaniques, au bar… puis, en y pensant bien et en regardant davantage autour de lui, il verra les moniteurs, les patrouilleurs, les opérateurs de dameuse… Ces employés, évidemment nécessaires à l’opération d’une montagne, représentent environ la moitié des postes qui existent au sein d’une station de ski. Ajoutez tout le personnel de la direction, côté administratif et opérationnel, la comptabilité, la boutique, l’atelier, les cuisines, la mécanique, la maintenance… et il manque encore une chose: la neige!

Pour Réal Lapointe, conseiller en ressources humaines et santé-sécurité pour le compte de l’ASSQ, le métier le plus méconnu de tous est celui de neigiste. « Ils travaillent de nuit, dans l’ombre, pour produire l’objet numéro un nécessaire aux plaisirs de la glisse: la neige! Ils sont là, mais personne ne les voit puisqu’ils s’activent lorsque les skieurs se reposent. Et ce n’est pas évident comme métier! C’est physique, c’est dans des conditions pas toujours agréables, et ça devrait tellement être plus valorisé! »

Vous l’aurez deviné, sans ces valeureux magiciens du flocon, aucun canon ne produirait l’or blanc tant nécessaire à la glisse: exception faite des canons positionnés en permanence en bordure des pistes, tous les canons à neige doivent être déplacés, installés, branchés au système de pompage d’eau, orientés et activés pour maximiser la production de neige. La science a permis de perfectionner les machines mais l’humain est quand même encore au coeur de l’enneigement puisqu’il appartient à chaque équipe de déterminer l’ordre d’enneigement des pistes afin de profiter au maximum des fenêtres de froid nécessaires à la formation des flocons.

Des emplois stimulants

La nature saisonnière des emplois en station de ski est souvent considérée comme un défaut;  l’emploi traditionnel étant permanent dans l’esprit des travailleurs. Or, bon nombre d’employés des stations bénéficient de ce statut: ouvriers de la construction, en agriculture ou dans le domaine forestier profitent des changements de saison pour changer de métier. Le type d’emploi disponible dans les stations de ski correspond également facilement aux jeunes retraités qui cherchent à demeurer actifs, sans s’impliquer à nouveau dans un emploi à temps plein!

Pour Suzanne Gagnon, présidente du comité de concertation emploi et milieu de vie au travail pour l’Association de villégiature de Tremblant, les différents acteurs et employeurs ont tout intérêt à s’asseoir et dialoguer afin d’offrir aux travailleurs des possibilités de développement au sein de plusieurs entreprises plutôt qu’un seul et même employeur. Par le partage d’employés et de talents, plusieurs employeurs qui n’auraient pas la possibilité d’offrir un poste à temps plein peuvent permettre à un employé de cumuler des heures en plusieurs postes. Une solution parmi tant d’autres!

Malgré l’aspect « travail hivernal », les avantages de travailler dans une station de ski sont nombreux et les employeurs rivalisent d’originalité et de bonnes idées pour augmenter leur pouvoir d’attraction: qu’il s’agisse d’horaires flexibles, de rabais ou avantages sur les services offerts en station, de facilitation des transports ou de l’hébergement, tout est sur la table pour attirer les futurs employés… et les conserver! En plus de miser sur le développement de l’esprit d’équipe, la convivialité, l’écoute des besoins des employés est au coeur des préoccupations des dirigeants de stations de ski. Ceux-ci, bien conscients de l’importance de la satisfaction de leurs employés, jonglent également avec la satisfaction de la clientèle…

La pénurie de main d’oeuvre dans les stations de ski provoque des conséquences faciles à détecter pour le client: un service plus lent, moins de pentes accessibles, une offre moins variée à la cafétéria, diminution des plages de cours de glisse disponibles, etc. Les conséquences sont encore plus dramatiques pour les stations: des employés surchargés, épuisés, des clients frustrés, et inévitablement, une grande perte de revenus, puisque la clientèle est la première à envoyer un message financier. Malgré tous les efforts mis dans les campagnes de recrutement, journées portes ouvertes, foires aux emplois, affichages de postes et autres tactiques pour attirer des futurs employés, les milliers de postes à combler sont le reflet d’une situation répandue dans toute l’industrie touristique.

Les stations de ski du Québec ont un message pour vous: vous cherchez un emploi différent? Vous désirez vous impliquer au sein de l’économie locale de votre région? Vous aimez voir le bonheur des gens durant vos heures de travail? Que vous soyez étudiant, retraité, comptable, graphiste, rédacteur, enseignant, électricien, avocat, mécanicien, gestionnaire ou cuisinier, les stations de ski du Québec ont besoin de vous. L’ASSQ répertorie certains postes à combler, et les stations le font elles aussi par le biais de leur site web et de leurs réseaux sociaux. Et si vous n’êtes pas intéressé… passez tout de même le mot autour de vous: qui sait, peut-être réussirez-vous à faire des heureux en comblant des postes! 

Lecture complémentaire: Cher Père Noël (éditorial)

De nos archives: Les opérations en montagne au Mont SUTTON (film, 2012)

À offrir en cadeau: le livre « L’équipe derrière la montagne », un recueil de photographies de Mathieu Dupuis

Lecture complémentaire: Le travail d’opérateur de dameuse : parfait pour les mordus de machinerie!

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Geneviève Larivière
Diplômée en communications et en géographie (Université Laval), Geneviève est avant tout photographe. Sa facilité pour la rédaction de textes l'a menée directement au photojournalisme. Sur les pistes de ski, elle conjugue ses passions pour la photo et les sports de glisse, toujours en quête du cliché du jour.