Les derniers souffles…

Malgré des soupirs inquiétants, le patient neigeux n’est pas encore mort. En fait, il a encore beaucoup de vigueur. En effet, aujourd’hui le ski est absolument délectable. La texture de la neige est juste assez humide et granuleuse pour être qualifiée de printanière, sans toutefois devenir détrempée et lourde. Nous skions donc dans des conditions de mars idéales. Quelques plaques dures parsèment ici et là les pistes, mais dans l’ensemble c’est rien de moins qu’une journée de Spring Fest parfaite. Toutefois, en tant que festival on a vu plus festif et excitant; nous sommes tout juste une poignée d’irréductibles à honorer les pistes. Elles ne sont pas toutes ouvertes, mais celles qui le sont permettent à tous les calibres de skieurs de jouir des derniers moments d’une saison spéciale. Les nuages demeurent bien campés juste au-dessus de nos têtes et je me surprends à rêver de soleil…

Un bouillard matinal qui s’installe pour toute la journée.
Oui, la fonte des neiges bouscule mes espoirs printaniers.
Côté achalandage, b’en, y’a rien là!
Les mares d’eau s’élargissent et se multiplient.

Qui veut skier quand on peut aller à bicyclette?

Moi! Et quelques autres insoumis de type « skieur libre sur la montagne » (aucun complot ici!). Depuis deux semaines déjà, j’anticipe la fin accélérée de la saison de glisse. Ma nostalgie est à son comble ce matin; tout au long de la route, même au nord de St-Jérôme, la neige au sol est aussi rare qu’un vaccin anti-COVID-19 en janvier dernier. Ceux et celles qui sont sur les pistes ont le coeur en demi-teinte de joie mêlée à de la tristesse. Le temps est aux skis larges, l’esprit à l’éternité. L’affûtage devient facultatif. Penser accrocher ses skis pour de bon est pour nous aussi douloureux que de se revoir en novembre dernier, alors que la neige paresseuse refusait de quitter les limbes d’un automne qui s’annonçait sans fin. M’imaginer commettre le sacrilège d’enfourcher ma bicyclette me torture autant que l’inquisiteur au chevet d’un supplicié hérétique. Ma foi en la neige éternelle a certes ses limites, mais je refuse de reconnaître la fin de l’hiver. Pour quelque temps, en tout cas. En fait, mon espérance de skier après Pâques rétrécit au même rythme que la fonte accélérée des derniers jours.

Le stationnement n’est même plus boueux. On y trouve à peine quelques petites flaques pas même amusantes pour les enfants!
Pas de danger de se tromper de direction : en dehors des pistes, la verdure (brune) domine.
Il y a à peine quelques mois, ces tuyaux amenaient l’eau vers le haut. Maintenant, ils dorment et lui permettent de retourner dans son lit.
Joe se gâte en enfilant de beaux arcs en télémark sur une base crémeuse. Dans les remontées, on évite de parler de la fin de la saison; on est trop orgueilleux pour pleurer l’un devant l’autre!

Et si cette saison était à refaire…

On ne peut pas revenir en arrière. De toute façon, ce n’est pas encore fini. Cependant, ça achève résolument. Alors, s’il fallait retourner en novembre dernier? Il ne faudrait rien changer. Point final! Du port du masque, auquel la très vaste majorité des skieurs ont fidèlement adhéré, à la vente de passes de saison, cette saison est un succès qui a fait mentir les mauvaises langues et les pessimistes. Entre la volonté inébranlable des skieurs de dévaler les pentes et le désir de rester ouvert des propriétaires de stations, la collaboration a été totale. C’est main dans la main qu’usagers et opérateurs mènent cette saison à une ligne d’arrivée qui s’est jouée des risques de fermeture précoce. Mars 2020 ne s’est pas répété! Suivez la progression des fermetures des stations sur Zone.Ski et ne proclamez pas le chant du cygne comme ayant été entendu. Pas encore!

À la cantine, personne. Pourtant, ça sent bon.
Pour plusieurs stations, la saison se prolongera jusqu’au week-end prochain. D’autres, iront plus loin encore.
Quand les bases deviennent grises et que le noir disparaît, c’est que la neige granuleuse fait son oeuvre abrasive.
Par moments, le brouillard se lève. On voit alors… les nuages!