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Telemark skiing is dead: logique d’efficience ou déficiente?

11 décembre 2017 | Chronique, par Rodrigue Bélanger
Photo Chamonix - St. Anton, Austria, Albona

En réponse à l’article publié dans Powder Magazine par Hans Ludwig, éditeur, le 8 mai 2017

D’emblée, j’avoue que l’article mentionné m’a choqué et nécessitait une réponse de ma part. Pas parce que je m’en fais pour la survie du sport—le télémark vivra pour moi (et pour bien d’autres) tant que je skierai (nous skierons)—, mais plutôt parce que plusieurs des arguments invoqués ne tiennent pas vraiment la route ou sont tendancieux… Voici ce que j’en pense….

Realized by a Norwegian farmer named Sondre Norheim in 1868, killed by Hannes Schneider’s more practical Austrian parallel turn in the 1930s, and then revived by a coterie of American hippies in the ’70s, telemark skiing appears to have expired again.

Les connotations qui se dégagent de l’expression «coterie of American hippies» me semblent réductrices et trop associées à «marginalité», «exclusivité» ou pire encore, «inanité». Le terme «coterie» est aussi synonyme de «secte»; son emploi est injuste et discrédite l’article à mon avis… Quand on campe cette expression dans le cadre d’un article sur la «mort» du télémark, on prophétise (a posteriori) que la fin était déjà programmée—due à la soi-disante nature ésotérique et fermée du sport. Par ailleurs, je ne doute pas qu’à l’époque certains skieurs se soient sentis exclus; la discipline nécessaire à son apprentissage est effectivement exigeante…

A decade or so later, sales have dropped, growth has stalled, there is no new gear of note…

Dans l’article, à plusieurs reprise, les collaborateurs font preuve d’impatience et de grandes attentes envers l’industrie. Mais en réalité, la plupart du temps, ce sont les utilisateurs qui poussent et motivent les entreprises à développer de nouveaux produits… Il me semble donc vain et naïf d’abandonner le sport sous prétexte que l’industrie ne propose pas assez d’innovations… C’est faire fi de notre véritable influence…

De plus, l’article passe sous silence la recherche & développement des dernières années en télémark; il aurait fallu parler des technologies NTN (et sa suite de raffinements), NTN/Tech et Télémark Tech… Il y a là différents axes de développement qui méritent notre attention.

There’s no tele-specific ski manufacturing…

En ce qui a trait à l’absence de skis dédiés au sport, bien… ce n’est pas un problème; ce n’est ni un besoin, ni une nécessité… L’étiquette «telemark» accolée à certains skis alpins dans le passé ne relevait finalement que du marketing. On se satisfait amplement de ce qui est disponible…

…and most tele skiers consider the available gear flawed—heavy, not as practical as AT gear for touring, and prone to breakage, among other complaints.

Cox: The only thing dependable about all that shit is that you will break something.

En ce qui concerne les bris, il est un peu simpliste de les attribuer uniquement aux équipements de télémark, même s’il semble que certains skieurs plus lourds, plus agressifs rencontrent davantage d’avaries… un skieur lourd et agressif ne va certainement pas que briser les fixations de télémark! Certaines d’entre elles s’en tirent très bien en regard de la durabilité (22 Design Axl ou Voile Switchback par exemple). Mais qu’en est-il des fixations de type alpine touring? Sont-elles indestructibles? Il semble que non… même si elles s’avèrent assez fiables, mécaniquement parlant. Certains skieurs parlent de problèmes de glaçage avec les fix low tech, ou encore de problème d’ajustement des inserts dans les mâchoires de la fixation… ou encore de problème de décrochage impromptu (pre-release)… Certaines fix à plaque aussi s’avèrent aussi moins sûres que l’on croit… (on parle de difficulté à enclencher le mécanisme pour la descente à cause de la glace notamment… ou carrément de problème de solidité et de fiabilité, cf Wildsnow.com).

There was a weird ‘I’m better than you because I’m different’ attitude that went along with the sport, and that definitely turned me off.

Quant à la détestable attitude «I am better than you», elle n’est pas propre au télémark et aux télémarkeurs — je l’ai vue à plusieurs reprises chez certains skieurs alpins; ce caractère, que l’on le retrouve dans plusieurs activités humaines, est attribuable aux caractères immatures, peu importe le contexte… il ne faut pas, par ailleurs, prendre l’enthousiasme sympatique, contagieux et un peu bruyant des télémarkeurs pour une prétention du type «m’as-tu-vu» (même si elle existe aussi)… Nobody cares that you telemark? Nobody cares that you parallel as well…

L’efficacité des uns est souvent l’inefficacité des autres… Ainsi, on a déjà vu un patrouilleur en station passer au télémark en vue d’augmenter son efficience (moins nécessaire d’enlever les skis pour opérer), alors que c’est exactement l’inverse pour le guide de montagne qui désire un équipement plus léger, plus facile à skier en toutes conditions… De toute façon, de quoi est faite cette efficacité dont on parle lorsque l’on s’intéresse au sport? Les cyclistes devraient-ils dorénavant se mettre à la moto? J’exagère un peu, bien sûr…

En fait, en ce qui a trait à cet article de Hans Ludwig, c’est en partie au niveau de la logique que ça ne passe pas. Va falloir trouver d’autres arguments, plus solides, plus rigoureux, pour me convaincre… Les photos illustrant cet article proviennent de télémarkeurs qui ont énormément de plaisir à skier; ce genre de témoignage est davantage éloquent, en ce qui me concerne.

Arc on! comme dirait ce vieil old schooler connu dans le milieu…

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Rodrigue Bélanger
Rodrigue vit à Québec et enseigne les arts. Skieur passionné, en station comme en hors-piste, il est toujours à la cherche de la petite planque qui lui permettra de goûter la substantifique poudreuse. Il est fou de télémark. En 3 pins, ou en fix à plaque, il est heureusement souvent à côté de la track.