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Une virée dans les Hautes-Andes (première partie)

6 octobre 2015 | Récit, par Pierre Pinsonnault
Skieur: Olivier Dion. Photo: Pierre Pinsonnault

Une semaine avant notre départ pour l’hiver austral, la fébrilité nous gagne ardemment. Les prévisions météorologiques pour les Hautes Andes – quadrilatère qui comprend les sommets de la région de Santiago au Chili et de la province de Mendoza en Argentine – montrent qu’une tempête d’une rare intensité se dirige tout droit vers les montagnes que Thomas, Olivier et moi convoitons. Et, comme prévu, le ciel andin livre son or blanc: c’est plus de trois mètres de neige en quatre jours qui tombent notamment sur l’axe Portillo – Los Penitentes, nos deux premières destinations.

Nous atterrissons au Chili très tôt le matin du 13 août 2015. Assez tôt pour espérer skier dès notre première journée à Portillo, une station de ski se trouvant à environ deux heures et demie de la capitale chilienne.

Il fait encore nuit lorsque nous sortons de l’aéroport. La brume enveloppe Santiago, plongée dans la noirceur, créant une atmosphère glauque qui a néanmoins quelque chose de réconfortant. L’air est humide et froid; l’odeur du bois de chauffage nous imprègne de nostalgie et stimule nos souvenirs. Qu’il est bon de se retrouver, encore une fois, dans ce beau pays qui nous offre l’hiver de juin à octobre. Au terminus d’Alameda, nous attendons patiemment notre autobus qui doit partir à 6h pour Los Andes, où nous avons choisi de loger pour les prochains jours.

Portillo, Chili

Il est 9h du matin. Nous guettons notre taxi sur le parquet de notre hôtel à Los Andes, une ville qui se situe à 60 km de la station de ski. C’est l’alternative abordable pour skier Portillo, qui a l’allure d’un club privé avec son hôtel onéreux au pied des pistes, planté sur la rive de la fameuse – et très photographiée – Laguna del Inca. Il faut aussi savoir que louer une voiture au Chili est très cher; l’idée de se faire conduire par un taxi, quand on réussit à bien négocier le prix, s’avère l’option idéale.

Quelques instants plus tard, nous prenons place dans le taxi de Vincente, notre sympathique chauffeur. Sur la route de Portillo – seul lien entre le Chili et l’Argentine dans cette région – les Andes dévoilent peu à peu leurs sommets enneigés à mesure que nous progressons vers la station.

À mi-chemin, nous arrivons au poste de contrôle des Carabineros, la police militaire du Chili. Il semble que la route vers la frontière de l’Argentine – et par conséquent vers Portillo – soit encore fermée, même quatre jours après l’imposante chute de neige. Le poste frontalier de Los Libertadores, à quelques kilomètres du Col de Portillo, s’élève à plus de 3000 mètres d’altitude. La tempête a frappé fort, et les autorités doivent sécuriser le passage (déblaiement de la route, avalanches, etc.). N’oublions pas que nous sommes en Amérique du Sud et que les choses avancent lentement… mais sûrement.

Il reste que Vincente, après avoir échangé quelques phrases avec les Carabineros, obtient l’autorisation de nous conduire à Portillo. Un privilège qui nous permettra de profiter d’une quantité phénoménale de poudreuse.

L’éloignement de Portillo, sa difficulté d’accès et le peu de logements sur place constituent des facteurs qui nous servent bien. Des couloirs et des champs complets de poudreuse profonde intracée nous attendent partout autour de cette station de ski à la morphologie particulière.

Le domaine skiable, enclavé dans le roc et s’étalant sur un dénivelé de 730 mètres, propose des pistes damées, des couloirs et des champs de neige. Mais c’est vraiment dans le sidecountry que nous trouvons notre compte. En faisant de la traverse et un peu de bootpack, nous enlignons les virages dans une neige poudreuse profonde légère alors que nous profitons d’un des plus purs plaisirs qu’offre le ski.

Le lendemain, nous répétons l’expérience dans les mêmes conditions: poudreuse profonde, premières traces, face shots… On peut dire que Portillo nous a donné deux journées de rêve dans un décor paradisiaque.

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La route vers Portillo est encore fermée à la suite de la grosse tempête de neige, mais les Carabineros nous laissent tout de même passer pour aller skier. Elle ouvrira officiellement le lendemain. Photo: Pierre Pinsonnault

Penitentes, Argentine

Entre-temps, la frontière ouvre entre le Chili et l’Argentine. Dès lors, nous pouvons aller à Los Penitentes, un très petit village alpin construit autour de la station du même nom. Pour s’y rendre, nous choisissons l’autobus à partir de Los Andes, un trajet d’environ 90 kilomètres… qui durera 6h30. L’affluence à la frontière, fermée pendant une semaine, y est très certainement pour quelque chose, tout comme le rythme sud-américain auquel il faut inévitablement s’habituer.

Photo: Pierre Pinsonnault

Photo: Pierre Pinsonnault

À 30 kilomètres de la frontière, la station de ski Penitentes est à l’antipode de Portillo. Le style «club privé» de notre première destination laisse place à une ambiance familiale très décontractée. Mais ne vous laissez pas berner par cette caractéristique: Penitentes a beaucoup à offrir, surtout en sidecountry et en ski de randonnée; et comble du bonheur, en plus d’être abordable, cette station escarpée de l’Argentine est délaissée par les touristes internationaux.

Ici, le WiFi n’existe pas, le réseau cellulaire ne permet même pas de charger son profil Facebook, et aucun établissement de l’endroit n’accepte la carte de crédit – hormis l’hôtel Ayelen et la billetterie de la station. Il est donc conseillé de se traîner assez d’argent, d’autant que le plus proche village est Uspallata, à 70 kilomètres, où rien ne garantit que le guichet automatique accepte votre carte de crédit (un problème chronique en Argentine, mais pas au Chili).

Vous l’aurez deviné: c’est l’endroit parfait pour se déconnecter de la civilisation!

Penitentes s’étale sur 615 mètres de dénivelé et dispose de deux télésièges permettant d’accéder à l’ensemble du domaine skiable. La station est plaisante à skier, mais c’est vraiment tout ce qu’on peut y faire autour qui tape dans l’œil. Certaines parties accessibles par traverses sont tout simplement vertigineuses! Et même une semaine après la tempête, le sidecountry offre de nombreuses options – champs de neige et couloirs – pour celui qui consent à l’effort d’aller chercher la poudreuse.

Skieur: Pierre Pinsonnault. Photo: Thomas Thiery

Skieur: Pierre Pinsonnault. Photo: Thomas Thiery

De plus, le ski de randonnée y est tout simplement fantastique. Par exemple, un des itinéraires que nous avons choisis, qui se nomme La Playa de Los Penitentes (réf.: Frédéric Lena, Topo de ski andinisme, Belupresse, 2007), consiste en une ascension de 1300 mètres de dénivelé, débutant à 2600 mètres pour atteindre une altitude de 3900 mètres, avec une inclinaison moyenne oscillant entre 35 et 40 degrés. Malheureusement, nous ne parvenons pas au sommet puisque les températures augmentent pour dépasser le point de congélation, avec l’effet d’affaiblir l’épais manteau neigeux laissé par la dernière tempête. Nous réussissons tout de même à effectuer une randonnée de 1000 mètres de dénivelé dans un décor tout simplement hallucinant, avant de faire la descente sur une succulente neige printanière.

Perdu au milieu des Hautes Andes, à quelques pas de l’Aconcagua, Los Penitentes est un point d’accès privilégié pour le ski de randonnée. Les possibilités d’itinéraires sont infinies, peu importe dans quelle direction se porte le regard. Toutefois, il faut être autonome et instruit, puisqu’aucun service de guides n’est offert sur place et le terrain est engageant.

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Une traverse permettant d’aller rejoindre des pistes damées. En arrière-plan, tout ce terrain est facilement accessible en peaux d’ascension à partir du centre de ski. Photo: Pierre Pinsonnault.

Lisez la suite de notre périple dans un prochain article! Nous avons exploré Las Lenas (Argentine) et Valle Nevado (Chili).

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Pierre Pinsonnault
Son intérêt pour la nature et le grand air se décline en deux principales activités : le ski alpin (sa grande passion) et la randonnée en montagne. Rédacteur professionnel dans la vie de tous les jours, et prenant un malin plaisir à photographier les paysages d’hiver et les skieurs lorsqu'il pratique son sport de prédilection, Pierre aime écrire sur le ski et partager ses expériences, photos à l’appui.