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Les Olympiques, passionnément, à la folie, pas du tout?

3 février 2014 | Éditorial, par Geneviève Larivière

En préparant mon mini-dossier sur les Jeux de Sotchi, j’ai eu l’occasion de discuter avec diverses personnes ayant toutes une opinion relativement approfondie à propos de l’événement sportif du moment. Je me suis donc mis à réfléchir sur ce que je voyais de bon ou de moins bon à ces Jeux. Au risque de passer pour une impie, je me livre à vous, lecteurs impitoyables.

Les valeurs du sport

Bien sûr, on ne peut qu’encourager et admirer un athlète, qu’il parvienne ou non à se hisser sur une marche du podium. N’est pas grand celui qui ne tombe jamais, mais celui qui sait se relever… La force de caractère qui fait l’étoffe des athlètes est bien entendu leur meilleur atout. Viennent ensuite persévérance, discipline, capacité de recul et d’analyse, gestion de risque, capacité à atteindre et conserver une forme d’équilibre… et j’en passe. Ces athlètes de haut niveau parviennent à exploiter le corps humain et à l’élever à un stade de perfection en s’infligeant toutes sortes des souffrances physiques et psychiques dans le but du dépassement de soi. Passion, enthousiasme, masochisme, folie pure ou inconscience, je crois que le dosage parfait des ingrédients nécessaires à la fabrication d’un athlète olympique n’existe pas.

Je crois par contre qu’il existe quelque chose de plus « malsain » que les Jeux Olympiques en terme de défi personnel, tant pour le corps que l’esprit: les courses d’endurance infinies ou presque (type Ironman). Les études prouvant le côté néfaste des activités trop intenses et prolongées sont nombreuses et malgré toute l’admiration que je peux avoir pour les athlètes qui ont un corps en santé, je considère que la limite à ne pas dépasser est celle où on commence à se tuer à petit feu. Sachant que le sport génère une production d’endorphine dans le corps humain, cette drogue naturelle dont les propriétés rappellent celles de l’opium ou de la morphine, provoque aussi bien entendu son lot d’addiction et de dépendances un brin malsaines. Un athlète qui court à sa perte par sa dépendance à l’adrénaline de la performance et à l’endorphine n’est donc pas plus équilibré qu’un toxicomane, malgré toute cette culture du « sport c’est la santé ». Les Olympiques sont donc en ce sens moins intenses puisque la durée de performance d’un athlète pour la plupart des disciplines se chiffre en minutes… malgré les heures d’entrainement.

L’Olympisme et les valeurs

(Tiré du document sur le Mouvement Olympique)

« Prônée à l’origine par Pierre de Coubertin, l’Olympisme est une philosophie de vie fondée sur le corps, la volonté et l’esprit qui allie le sport à la culture et à l’éducation. Cette philosophie est un élément essentiel du Mouvement olympique et de la célébration des Jeux. »

Les trois valeurs sont l’excellence, l’amitié et le respect.

Je suis bien sûr fondamentalement en accord avec ces valeurs. Là où j’avale de travers… c’est quand je vois une organisation olympique bafouer à peu près tout ce qui existe comme convention des droits civils et de lois environnementales en plus d’encourager un marché souterrain aux profondeurs abyssales au nom d’une quête démesurée du succès. Pour moi, ce n’est pas un signe d’excellence, ni d’amitié, ni de respect. Et quand en plus on voit que les intérêts profonds des athlètes sont carrément relégués à l’arrière-plan pour laisser place à la démonstration suprême de pouvoir et de contrôle d’un mégalomane… je grince des dents à m’en péter les plombages.

Excès, aversion et mépris

Non seulement ces Jeux auront-ils coûté une somme ridiculement astronomique mais ils auront aussi l’effet dévastateur d’un tsunami sur une ile sans défense, brisant des écosystèmes et des vies humaines. Qu’adviendra-t-il de toutes ces infrastructures, une fois le dernier confetti de la cérémonie de clôture des Jeux Paralympiques tombé? Que feront-ils de tous ces condos, de tous ces hôtels, de tous ces stades, de toutes ces routes, de tous ces trains? De tous ces canons, de toutes ces télécabines, de toutes ces dameuses? Et d’abord, c’est qui ça, « ils »? Les habitants de Sotchi? J’en doute. Les discours (directs ou suggestifs) de Poutine ont fait plier bien des bailleurs de fonds: je ne crois pas une seule seconde à ses idées nobles et ses ambitions de ramener le tourisme des riches Russes dans leur pays.

Même si on oublie le côté « gaspillage et dilapidation de fonds », qui à mon sens constituerait un frein suffisant pour arrêter le cirque, le problème des lieux se pose quand même. Pourquoi ces Jeux coûtent-ils si cher? D’abord grâce à la corruption, ensuite, à cause de tous les moyens techniques déployés pour contrer le fait que les lieux géographiques hôtes se situent en climat subtropical humide. Pour accueillir des Jeux d’hiver. On a donc dépensé des millions de dollars pour s’assurer que la neige ne manquerait pas. Je n’entre même pas ici dans le débat environnemental… mais si l’organisation se préoccupait RÉELLEMENT des athlètes qui viennent donner leur meilleur, elle aurait réfléchi aux conséquences psychologiques pour un sportif de voir son épreuve annulée, sans préavis, pour cause d’incapacité à tenir l’événement.

Imaginez un peu: vous vous entrainez corps et âme, pendant quatre, voire huit ans ou plus de votre vie. Toute votre existence est codifiée en fonction de ce but ultime. Ce que vous mangez, buvez, vos entrainements, votre travail, vos études, votre famille, bref, tout ce qui constitue votre vie est adapté pour vous placer dans les meilleures conditions et augmenter vos chances de succès. Vous travaillez d’arrache-pied, vous prouvez vos capacités dans maintes compétitions, vous vous hissez dans les classements. Vous avez un entraineur, un nutritionniste, un physiothérapeute, un psychologue sportif, une maman… tous fondent leurs espoirs en vous. Vous vous qualifiez, vous obtenez votre visa, vous poursuivez l’entrainement, vous arrivez sur place. Vous êtes dans le cirque, ça y est, pour de vrai! Votre rêve. Puis, le matin de votre épreuve: annulée. Trop de neige, pas assez de neige, brouillard, bris dans une infrastructure, attentat, que sais-je encore. Certaines choses ne peuvent pas être prévues ni contrôlées, surtout pas dans un milieu au climat chaud et humide (6°C en février!), aux portes d’une poudrière caucasienne, dans un pays où malgré les belles promesses, on peut toujours douter un peu de la sincérité lorsqu’on jure le respect des droits de l’homme.

Si j’aime les Jeux Olympiques? Ceux de Pierre de Coubertin, oui. Le cirque médiatique et la démesure? Non. Si je vais regarder les épreuves à la télé? Probablement pas, pas juste à cause du décalage horaire mais aussi parce que je sais que je pourrai retrouver le meilleur de tout ça sur plusieurs médias internet. Est-ce que je m’intéresse aux performances des athlètes de chez nous? Bien sûr que oui. J’ai quand même un peu de fierté locale. Est-ce que je crois que les Jeux Olympiques sont un événement nécessaire? Non. Pas au prix qu’ils coûtent. Et encore moins pour ce qu’ils rapportent au pays ou à la ville hôte.

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Geneviève Larivière
Diplômée en communications et en géographie (Université Laval), Geneviève est avant tout photographe. Sa facilité pour la rédaction de textes l'a menée directement au photojournalisme. Sur les pistes de ski, elle conjugue ses passions pour la photo et les sports de glisse, toujours en quête du cliché du jour.