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Visage du Ski: Johanne La Roche

3 février 2014 | Portrait, par Geneviève Larivière
Photo Christophe Deschamps

Dans quelques jours, comme bien des skieurs (et non-skieurs) du pays, vous aurez les yeux rivés aux écrans qui vous entourent: télé, ordinateur, tablette et téléphone intelligent se relaieront pour vous transmettre les plus récentes nouvelles à propos des athlètes qui représenteront le Canada aux Jeux d’hiver de Sotchi. Pour Johanne La Roche, les Jeux représentent un tout-petit-mini-détail supplémentaire: l’occasion de se dire, avec une fierté nullement déplacée: « Hey! C’est moi qui l’ai recruté, lui! » Portrait d’une petite abeille de l’ombre au visage lumineux.

Tombée dans la potion magique quand elle était petite, Johanne a fait ses premières armes en ski alpin au Manoir Saint-Castin, au nord de Québec. Son père, Gérard, pratiquait le saut à ski, et toute la famille se rendait religieusement au lac Beauport pour skier chaque jour de la fin de semaine. Le patronyme La Roche est sûrement familier à plus d’un lecteur; Johanne est effectivement la cousine d’Yves La Roche et plusieurs autres membres de la famille ont laissé leur marque dans le ski acrobatique. Cela n’a par contre pas poussé Johanne dans les rangs compétitifs, elle préférait les sports d’équipe pour le dépassement et s’adonnait au ski par plaisir.

Johanne avait presque atteint l’âge de la majorité lorsqu’elle a touché pour la première fois au volet compétitif du ski acrobatique, sur insistance d’une amie de la famille. Ce n’est cependant pas sa performance en piste qui fut déterminante… dotée d’un talent certain, elle brillait lors des entrainements mais n’offrait pas le meilleur de ses capacités en pleine course. Elle était par contre plutôt attirée par l’aspect organisationnel de chacune des compétitions auxquelles elle a pris part avec un dossard numéroté. Sans tarder, elle est devenue responsable du Club SkiBec Acrobatique, qui regroupait les athlètes du Mont-Sainte-Anne et de Stoneham. C’est alors qu’elle commence à s’impliquer dans l’organisation des diverses courses et compétitions, la piqure la prend et l’abeille s’active de plus en plus!

Déterminée à poursuivre cette carrière en parallèle avec ses études en génie civil, Johanne décide de devenir déléguée technique. Armée de l’expérience acquise au fil des années alors qu’elle trime autant du stylo que de la pelle, l’énergique jeune femme frappe à la porte de SkiCanada et réussit l’exploit de devenir la première femme déléguée technique* sur le circuit géré par la FIS. Elle est encore d’ailleurs à ce jour la seule femme à avoir ce titre dans ce monde d’homme! 

* Le rôle d’un délégué technique sur le site d’une compétition est de représenter les règlements mais surtout de s’assurer de la bonne mise en oeuvre de la compétition, ainsi que de la qualité des sites. La FIS gère les règlements de base, le délégué veille au respect de ceux-ci, en plus d’édicter les règlements propres à chaque compétition en lien avec l’endroit et la discipline. Ce rôle nécessite une impartialité à toute épreuve, de grandes connaissances techniques autant en ce qui concerne la neige que l’organisation et le déroulement d’une compétition, la conception des sauts (oui, incluant la conduite des dameuses), sans oublier une certaine capacité à grimper des montagnes à pattes, pelle à la main…

Plusieurs chapeaux, une seule tête

Dès les années 1990, Johanne La Roche organise des Coupes du Monde à la station de ski Le Relais, dont l’objectif est de tester les sites en vue de l’obtention des Jeux d’hiver de 2002, que Québec perdra aux mains de Salt Lake City. Le chapeau de déléguée technique tient en équilibre à côté de celui de bénévole pour SkiBec, de même qu’un rôle au sein de l’Association Canadienne de Ski Acrobatique, ainsi que pour le CA de la Fédération Québécoise de Ski Acrobatique, qu’elle occupera jusqu’en 2008. Pour terminer le partage de chapeaux, Johanne est également, depuis une vingtaine d’années, en charge du programme de développement des officiels au Québec. Elle forme les parents et bénévoles impliqués à devenir des officiels ayant la capacité et les connaissances requises dans le but d’organiser des compétitions… l’abeille se crée une relève!

Bien entendu, ses multiples fonctions lui donnent la chance d’être sur le terrain, mais Johanne s’attriste d’avoir vu le sport amateur et son organisation changer au fil du temps. Par exemple, la recherche de commanditaires, beaucoup plus aisée dans les années 1980 (« Un coup de fil à la Caisse et c’était réglé! »), représente près du tiers de son temps d’organisatrice maintenant. De plus, chaque club de compétition, bien que doté d’une structure de base, est constitué par les parents des athlètes… et bien souvent, Johanne se retrouve entre l’arbre et l’écorce, dépitée de voir que les adultes impliqués ont parfois l’intérêt des athlètes bien loin dans leurs priorités… Heureusement, depuis le nouveau millénaire, la tendance s’est tranquillement inversée et aujourd’hui, les parents d’une nouvelle génération sont de plus en plus conscientisés et présents pour leurs enfants et les autres athlètes. SkiBec Acrobatique a poursuivi son développement et chapeaute maintenant les quatre clubs de compétition de la région de Québec: Le Relais, Stoneham, le Mont-Sainte-Anne et Le Massif, dernier venu dans la course.

Bien sûr, des gens comme Johanne préfèrent l’ombre. Notre abeille se sent à l’aise quand les athlètes sont heureux, que les choses roulent rondement et qu’elle est occupée. Prendre les pauses, c’est superflu! Mais mettons un peu de lumière sur la travailleuse acharnée: Johanne, c’est celle qui, au fil des années, a pu recruter quelques noms connus: Dominic Gauthier, Ann-Marie Pelchat, Christian Marcoux, Caroline Olivier, PA Rousseau, JP Auclair, les frère Marquis… pour chacun d’eux, elle a une anecdote. Pour chacun d’eux, les voir en action au petit écran, c’est aussi une occasion de voir un peu de La Roche dans l’équation!

Freestyle course chief Johanne LaRoche, left, of Lac Beauport Que. and chief timer Kieran Rousseau of Corner Brook Nfld. enjoy the sun during a break at the aerial venue at the Canada Winter Games in Atholville N.B., Thursday Feb. 27, 2003. (CP PHOTO/Jacques Boissinot)

Dans les accomplissements les plus fous de Johanne, celle-ci se souvient d’avoir usé d’ingéniosité lors des Jeux du Canada en 2002, organisés dans les Maritimes. Cette saison, la neige se faisait plus que rare… à un point où la construction des sauts en secteur urbain était presque impensable. L’idée de Johanne: dévier les camions de déneigement municipaux, qui déverseraient leur chargement au bon endroit. Pour la finition? On ramasse la neige propre sur les pistes d’un aéroport désaffecté. Et voilà le travail! Ce n’est qu’un des innombrables tours de force réalisés par Johanne. Et gageons qu’il y en a encore bien d’autres à venir… Soyez à l’affut, si un jour vous êtes sur un site de compétition de ski acrobatique et que vous voyez une petite abeille blonde, sourire aux lèvres, pelle à la main… c’est Johanne!

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Geneviève Larivière
Diplômée en communications et en géographie (Université Laval), Geneviève est avant tout photographe. Sa facilité pour la rédaction de textes l'a menée directement au photojournalisme. Sur les pistes de ski, elle conjugue ses passions pour la photo et les sports de glisse, toujours en quête du cliché du jour.