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    Le 24h de Tremblant, vu de l’intérieur!

    Les grands événements caritatifs attirent souvent l’attention du public, et c’est tant mieux! Ici et là, on skie pour une bonne cause, on se dépasse dans un défi sportif et on sort de cette aventure avec des images et des souvenirs plein la tête! Deux participants ont accepté de nous livrer leurs impressions, soient Christian Falardeau, en tant que membre d’une équipe du défi, et Jean-Marie Zumstein, qui a agi à titre de bénévole pour l’organisation. Voici donc le 24h de Tremblant, vu de l’intérieur!

    Christian Falardeau, participant:

    En septembre dernier, mes amis et moi avons décidé de former une équipe de huit skieurs pour participer au 24h de Tremblant. Le nombre minimal de membres par équipe est de six, et chaque participant doit amasser au moins 300$. De notre côté, nous devions récolter au moins 2400$…  mais avec beaucoup de sollicitation, nous avons amassé plus de 10 000$ et nous en sommes très fiers!

    La prise en charge des participants est très bien rodée. À l’arrivée vendredi soir, les capitaines des équipes doivent prendre part à une réunion où les dossards, transpondeurs (c’est l’outil qui sert à enregistrer le cumul de descentes et du temps!) et billets de ski sont distribués. Durant la réunion, les consignes de sécurité sont émises: façon de procéder aux transitions entre les skieurs, position suggérée pour skier (pas de downhill/slalom géant, skieurs plus rapides à gauche et plus lents à droite), comment installer le transpondeur, et bien entendu, les règles de base du code de conduite en montagne, sans oublier l’obligation de porter casque et lunettes de ski. Les officiels, postés ici et là sur le parcours, n’hésiteront pas à donner des pénalités de temps à quiconque mettra la sécurité des autres skieurs en danger!

    Une fois la réunion terminée, les capitaines d’équipes retrouvent leurs collègues et transmettent les directives. Pour ma part, notre capitaine avait loué un condo sur place, ce qui nous a servi de « quartier général » pour se reposer, manger et discuter des derniers détails, comme par exemple, notre horaire de descente. Puisque nous étions huit skieurs, chaque membre devait skier trois séries d’une heure de ski, réparties sur les 24h de l’événement. On a pu profiter de la soirée un peu, si vous n’êtes jamais allé à Tremblant durant le 24h, l’ambiance est phénoménale, tout le monde est en mode célébration! Mais rassurez-vous, on n’a pas veillé trop tard…

    Samedi matin, l’événement fort avant le départ est le déjeuner des athlètes, et c’est un moment où un bon nombre des enfants parrainés sont présentés aux skieurs. L’émotion était très forte, c’est une belle façon de nous rappeler pourquoi on va travailler si fort durant la journée! À travers les descentes, il faut penser que ces enfants, ces jeunes héros, ce sont eux qui font la plus grande partie du travail contre leur maladie!

    Samedi midi, le départ est donné en avant des hôtels Holiday Inn et Marriott. Une course à pieds est nécessaire pour se rendre à la place Saint-Bernard, pour ensuite emprunter la télécabine Express. Une fois assis dans la télécabine, il est temps d’enfiler nos bottes de ski et de s’habiller. Chaque participant est équipé d’un dossard arborant le numéro de son équipe et du fameux transpondeur bien installé. Dès l’arrivé au sommet, la course est partie, il faut faire vite! On emprunte la Beauvallon Haut et on continue tout droit sur la Beauvallon Bas, en passant le TGV jusqu’au bas de la montagne, et retour à la télécabine. Évidemment, les participants ont un accès prioritaire à l’embarquement de manière à ce que tout soit fluide. Ainsi, un skieur rapide pouvait faire quatre montées et descentes à l’heure.

    Puisqu’il s’agit d’une course à relais, les transitions entre les skieurs sont critiques! C’est d’ailleurs le plus gros défi auquel on doit faire face. D’abord, seuls trois membres de chaque équipe sont autorisés dans la zone de transition. Étant donné qu’il y a 200 équipes, et que presque toutes les équipes effectuent des changements de joueurs toutes les heures, ça génère des périodes de pointe très intenses. D’abord, le skieur qui termine sa période de descente doit retirer son dossard et le transpondeur, pour les donner au skieur qui prendra le relais. Le troisième membre de l’équipe veille à ce que le changement se fasse de manière sécuritaire (tant pour son équipe que pour les autres skieurs), et doit aider aux manipulations (enlever un dossard avec un manteau de ski, c’est du défi!), puis s’assurer que le transpondeur soit correctement installé. Plus c’est fait rapidement, mieux c’est, puisque le temps de transition fait partie du temps total comptabilisé!

    Après chaque transition, le skieur qui vient de quitter peut aller se reposer, ou manger un peu… ou les deux! Certains membres de l’équipe on utilisé le houblon comme source première d’énergie, d’autres, de l’eau. Entre nous, on communiquait par message texte, c’est de cette manière qu’on savait que les transitions entre skieurs étaient complétées avec succès. Puisque nous avions accès aux statistiques en temps réel, on pouvait informer chaque membre de notre équipe par message texte. Certains ont passé plus de temps au condo, d’autres ont profité de l’ambiance et d’une partie du concert de Simple Plan!

    Au fil de la journée, les conditions de ski ont évolué! En début d’après-midi, après le départ, les conditions de neige étaient parfaites, du beau ski de printemps. D’ailleurs, un gros merci à l’équipe d’enneigement de Tremblant, qui a réussi à nous donner une superbe piste. Aucun doute qu’ils ont travaillés très fort! En fin de soirée de samedi les conditions se sont détériorées, la piste est devenue très glacé et bossée, et ça ne s’est pas amélioré durant la nuit! Heureusement, dimanche en matinée, la glace a fait place à des conditions printanières et les bosses sont restées.

    Bien sûr, faire du ski pendant 24h, ça ouvre la porte à plein d’anecdotes! Entre autres, des chevreuils ont traversé la piste à plusieurs reprises… de quoi réveiller un skieur qui somnole en descente! Nous avons aussi failli perdre un dossard car lors d’une transition survenue trop tôt, un des membres, très fatigué, a donné son dossard à la mauvaise personne! Heureusement, le nouveau skieur a réussi à retrouver le dossard (au sol!), et il l’a enfilé sans perdre trop de temps. Par chance, nous n’avons vécu aucun bris d’équipement! Car outre ce qu’on peut apporter comme matériel personnel, aucune ressource n’est disponible sur place, puisque les boutiques et ateliers de la station sont fermés pendant la majorité du déroulement de l’événement!

    À part quelques ecchymoses et des cuisses endolories il n’y a pas eu d’incidents majeures à reporter. Le tout s’est très bien déroulé. J’en profite pour dire un énorme merci aux organisateurs et aux bénévoles de l’événement! L’an prochain, nous apporterons un changement à notre équipe: nous passerons de 8 à 12 personnes, ce qui semble être un bon nombre autant pour l’horaire de la nuit que pour amasser plus de dons. Cette année, le 24h de Tremblant a permis d’amasser 2 639 374$  Nous pouvons en être fiers!  Pour une surdose de fierté personnelle, notre équipe a terminé à la 67eme place (sur 200 équipes). On remet ça l’an prochain, en espérant que Mère Nature nous donnera plus de neige!

    Jean-Marie Zumstein, bénévole:

    C’était ma deuxième année en tant que bénévole au 24h de Tremblant! Je connaissais donc déjà un peu les différentes tâches, le fonctionnement et certaines personnes de l’organisation. Cette année, j’étais présent en fin d’après-midi et en soirée. Voici le déroulement de ma journée!

    Le quartier général des bénévoles est à la base du Cabriolet. C’est l’endroit où on s’enregistre et où on reçoit nos assignations. Cette année, je suis assigné à la surveillance de la piste! Au total, c’est 13 équipes de deux personnes qui auront la grande responsabilité de veiller à l’état de la piste à travers le parcours. Les équipes sont réparties stratégiquement, surtout dans les courbes et les endroits les plus pentus. Équipés de râteaux, on reçoit une brève formation d’une dizaine de minutes, durant laquelle on nous explique comment entretenir la piste. L’atmosphère est très joyeuse! Tous les bénévoles sont heureux de contribuer au succès de l’événement.

    Un peu après 14h00, je suis en route vers le sommet par la télécabine. Je suis avec mon coéquipier des prochaines heures, Jean-François. Nous allons prendre le relais d’une équipe d’entretien déjà en place! On descend donc la piste jusqu’à notre point névralgique, qui est presque en bas! En fait, nous sommes à environ 100 mètres de la base de la télécabine, dans l’avant-dernière courbe… parfait pour profiter de l’ambiance des concerts!

    Une fois en place, on doit s’assurer que tout se déroule bien au passage des skieurs. On doit les aider à se relever lorsqu’ils chutent, prévenir les collisions si d’autres skieurs arrivent plus vite… mais puisque nous sommes dans une pente assez faible, les pertes de contrôle sont rares! En cas d’incident, nous étions équipés de radios pour prévenir l’équipe de patrouille, mais durant toute notre présence, aucun pépin n’est survenu.

    Vers 16h30, le soleil étant couché, la température change et la neige se transforme en durcissant. C’est le moment où on se met à la travailler un peu plus avec nos râteaux! Puis, à l’heure du repas, d’autres bénévoles nous apportent notre souper directement à notre poste: c’est logique, ça aurait été beaucoup trop long de retourner au quartier général pour manger! Nous avons donc dégusté notre sous-marin entre deux passages de skieurs. Les bénévoles nous apportaient aussi régulièrement de l’eau, ainsi que des « hot-shots »… mais la température plutôt douce faisait qu’on n’en avait pas vraiment besoin!

    La soirée s’est déroulée sans anicroche: on a continué à entretenir régulièrement notre courbe pour assurer le confort et la sécurité des participants. En plus, on avait droit à la musique de la scène principale comme ambiance! Notre équipe a été relevée par l’équipe suivante vers 21h30, et nous sommes retournés au quartier général. Les bénévoles avaient droit à une bière ou une boisson chaude, puis pouvaient repartir chez eux… ou rester pour un autre quart de bénévolat! C’est une expérience que j’aime beaucoup vivre. Ça permet de voir l’événement sous un autre oeil, on se sent utile, c’est une excellente façon d’aider la cause et l’ambiance festive est vraiment extraordinaire! Si ça vous intrigue… il y a toujours les informations sur leur site internet!

    Parcs à neige: lettre d’un parent accompagnateur

    Je suis l’heureux paternel d’un héritier âgé de huit ans et de deux héritières âgées respectivement de neuf et treize ans. Ils skient tous depuis leur tendre enfance et c’est avec beaucoup de plaisir qu’ils arpentent les différentes stations de la province en compagnie de parents et amis. Depuis plusieurs années maintenant, ils sont attirés par les parcs à neige. Étant trop jeunes pour s’y aventurer seuls, par la force des choses, je suis devenu parent accompagnateur dans ce type d’installations. Ils adorent ça, ils s’y sentent libres.

    Puisque je suis d’une autre génération, et que mon passé de skieur se situe plus entre les « gates » et sur les surfaces damées qu’entre les modules, disons que pour moi la découverte des parcs à neige s’est faite avec la tribu. Au début je n’avais aucune idée des us et coutumes qui caractérisaient ces installations. C’est donc au fil de nos présences que nous avons développé nos repères et que nous avons appris à évoluer dans cet environnement. Ce ne fut toutefois pas très facile au début, je dois dire…

    Depuis quelques temps, je me demande pourquoi les différentes stations que nous visitons ne se sont pas intéressées à la dimension « accueil de nouveaux utilisateurs ». Je m’interroge sur le fait que rien ne semble être fait pour sensibiliser et intéresser les clients à emprunter ces installations. Comme si elles étaient réservées à une élite composée de jeunes étiquetés comme marginaux.

    Nos différentes visites des parcs à neige nous ont fait voir cette lacune qui, si elle était corrigée, aiderait certainement à démocratiser ce sport. Chaque fois que nous nous sommes présentés dans une nouvelle station, nous avons dû nous familiariser avec les différents parcours. Pourquoi n’y a-t-il pas une carte ou une affiche située à l’entrée du parc qui montre les différentes lignes, et qui identifie les points sécuritaires pour les spectateurs? Pourquoi est-ce impossible pour le commun des skieurs d’aller voir les meilleurs jeunes dans les parcs XL sans devoir se procurer une passe? Les jeunes qui y évoluent seraient certainement intéressés à avoir une foule pour les regarder et les encourager. Nous n’avons jamais été abordés par un responsable de parc qui nous a invités à le suivre pour nous faire découvrir les installations. Quelques fois même, il nous invitait plutôt à quitter l’endroit au plus vite. Pourtant, cette pratique aiderait les néophytes, parents accompagnateurs ou spectateurs à mieux se familiariser avec cet environnement en le rendant sécuritaire et invitant.

    Avec le temps, les filles ont quelques peu délaissé les parcs à neige pour le damé et les bosses. Fiston par contre ne voit que les modules, le damé étant « plate » et les bosses pas assez difficiles à son goût. Pour ma part, je respecte les choix des enfants. Cependant, comme je ne suis pas très à l’aise sur les modules, j’ai maintenant atteint le point où le petit rejeton aurait besoin de conseils que Papa, bien qu’il soit un excellent skieur, ne peut lui prodiguer. Certain diront que la solution est simple: « Il faut l’inscrire dans une équipe! ». Je ne crois pas que ce soit la solution. Je connais mon fils, il n’a aucune envie d’être encadré, il veut le faire seul, et il faut dire que sa demande est en lien avec la notion libre de ce sport. Aussi, le besoin n’est pas de le faire progresser à un niveau compétitif. Je ne veux pas le pousser et en faire un athlète, je veux simplement qu’il ait accès à une personne modèle qualifiée qui saurait lui montrer les rudiments du sport, tout en lui inculquant les bonnes pratiques.

    Je crois que les stations devraient introduire une personne mandatée d’accompagner les différents utilisateurs, un peu comme un guide de parc. Cette personne pourrait être active aux abords des modules afin de sensibiliser les clients aux bonnes pratiques. Elle pourrait également enseigner aux utilisateurs de tous âges la bonne méthode d’utilisation des différents modules, afin qu’ils s’y engagent de façon sécuritaire. Aussi, ce représentant de la station pourrait intervenir auprès de la clientèle afin de vérifier que tous respectent le code de conduite en montagne. Il pourrait par la même occasion informer les utilisateurs à propos des modules disponibles, en entretien ou fermés. Un tel employé aurait le loisir d’inviter la clientèle à visiter les différents modules, en donnant des notions de construction, d’entretien et d’utilisation de ces modules. Ce guide pourrait dispenser aux parents accompagnateurs des instructions concernant les points sécuritaires d’arrêt, afin qu’ils ne se placent pas dans les différentes lignes de parcours comme je l’ai malheureusement fait trop souvent à mes débuts. Puisque cette personne serait exclusivement dédiée au parc à neige, elle serait également en mesure de repérer et référer les jeunes qui ont un potentiel intéressant aux différents programmes offerts à la station.

    Après avoir discuté avec de nombreuses personnes de l’industrie, je crois qu’il n’est pas très loin le temps où tous seront informés, sensibilisés et éduqués aux différentes règles applicables dans l’environnement des parcs à neige. Bon nombre d’interlocuteurs m’ont signifié qu’ils tentent de trouver une solution afin de démocratiser ce sport. Je crois qu’ils sont sur la bonne voie et que d’ici quelques temps, tous, des plus jeunes aux plus vieux, trouveront leur compte dans les différents parcs à neige québécois.

    Entretemps, je continuerai d’arpenter ces magnifiques environnements avec ma tribu. Je continuerai d’être émerveillé par les prouesses de l’héritier et de ses frangines. Et je continuerai aussi d’espérer qu’un jour, je verrai un meilleur encadrement de la clientèle de la part des stations dans les parcs à neige, je crois que l’avenir s’y trouve!

    Histoires de patrouille: mal de tête suspect

    Photo Geneviève Larivière

    Ce récit s’ajoute à la collection de la série « Histoires de patrouille ». Ces histoires, rédigées ou racontées par des patrouilleurs de partout au Québec, qu’ils soient retraités ou encore actifs, ont pour but d’humaniser le titre qui fait souvent frémir les skieurs et planchistes en station. Être patrouilleur, c’est bien plus que porter un uniforme, une radio et une trousse de premiers soins… c’est une histoire de dévouement, de passion pour le ski, l’entraide, l’esprit d’équipe et le don de soi. Nous espérons qu’à travers ces récits, votre perception de ceux qui sillonnent les pistes pour assurer la sécurité des skieurs changera pour le mieux!

    Patrouilleur: Aline Préfontaine
    Station: Massif du Sud
    Années d’activité: 1999-…

    « Êtes vous intéressée à faire partie de notre équipe? » C’était à l’hiver 1998, une de mes filles s’était blessée et j’avais aidé les patrouilleurs à lui prodiguer les soins nécessaires. Oui j’étais intéressée! Déjà depuis quelques années je me portais volontaire à fermer les pistes avec les patrouilleurs et j’avais la conviction qu’avec ma formation d’infirmière je pourrais être utile à l’équipe. La saison suivante je faisais partie de l’équipe du Massif du Sud en ski alpin après avoir suivi la formation de secouriste. Moi qui était habituée à travailler dans des milieux où tout l’équipement d’urgence est disponible à portée de main, je me retrouvais avec une trousse de premiers soins à 77km de la salle d’urgence la plus proche. Heureusement, la débrouillardise et le travail d’équipe ont fait que je ne me suis jamais sentie démunie loin de ma salle d’urgence!

    J’en ai vu de toutes sortes, des « cas », comme on dit. De l’appel pour une cliente avec le visage en sang alors qu’en s’essuyant la coquette avait généreusement étalé son rouge à lèvres, jusqu’au polytraumatisé en état critique, tout peut se présenter… mais une chose est certaine : toutes les histoires qu’on vous raconte dans cette série protègent l’anonymat des blessés ou des personnes citées. La confidentialité fait partie de notre travail! C’est d’ailleurs un de ces cas où la confidentialité était particulièrement importante que je vous raconte aujourd’hui.

    Il est un peu après 8h00, un dimanche matin. La station ouvre à 8h30, l’équipe de patrouille est en train de se préparer pour aller ouvrir les pistes une à une, avant l’arrivée des premiers clients. On frappe à la porte du local de patrouille alors que je suis à m’habiller. Je réponds à la porte et devant moi se tiennent une mère au faciès inquiet, avec sa fille postée en retrait. La mère me dit directement: « Je pense que ma fille fait une méningite! Elle a très mal à la tête, pouvez-vous l’examiner? » Voyant l’expression du genre « ado frue » de la demoiselle, j’ai traité le dossier en deux parties. L’achalandage de début de journée avec l’équipe qui se prépare dans le local de patrouille m’a fourni le prétexte nécessaire pour faire attendre la mère dans le corridor, près de la porte du local.

    J’ai donc fait entrer la jeune fille, qui marchait sans trop d’énergie, de mon regard, elle manquait de tonus! Elle n’avait pas l’air de filer, en bon québécois. Elle avait aussi une haleine particulière… pour ne pas dire de lendemain de veille… J’entame le questionnaire. Comment te sens-tu? As-tu dormi? As-tu mangé ce matin? Réponses: Bof, pas beaucoup, non. Es-tu sortie hier? Oui… Ok, as-tu le goût de déjeuner? Oui, j’ai faim…

    Je suis donc allée voir sa mère pour lui dire que sa fille avait faim, et qu’il serait préférable qu’elle mange quelque chose de soutenant avant de se présenter sur les pistes, si elle en avait vraiment l’intention! Étonnée, la mère me demande « Et pour la méningite?? »  Je lui ai répondu que sa fille ne semblait pas présenter de symptômes de cette maladie, mais qu’il valait mieux surveiller son état et revenir nous voir si ça se détériorait au cours de la journée.

    J’ai poursuivi ma journée de ski en devoir de patrouille, et j’ai revu la jeune fille en après-midi alors qu’elle descendait du télésiège au sommet de la montagne… les jeunes sont faits forts! Rassurez-vous: je ne l’ai pas trahie! Même si mon coeur de mère avait bien envie… car après tout, elle n’avait pas l’âge requis pour fréquenter les bars! Mais au-delà de ça, la confidentialité et la confiance étaient des principes que je me devais de préserver, en plus d’éviter d’intervenir dans une situation familiale. Je parie que ces histoires de maux de tête ou de coeur trop léger  ont dû arriver à bien d’autres patrouilleurs! Car voyez-vous, on ne traite pas que des blessures en ski…

    Chronique d’un retour sur les planches

    Photos Alexandre Beaumont

    Il y a plus d’une vingtaine d’années, j’étais un jeune qui adorait faire du ski. Descendre les pentes à vive allure en faisant quelques folies au passage me permettait de m’évader. J’en mangeais, du ski. Même si la station que je fréquentais était de taille plutôt modeste, j’y trouvais amplement mon compte. J’y avais appris les bases et je m’étais amélioré très vite. Le plaisir dura quelques années, puis sont venues les douleurs aux pieds et au dos. Une poussée de croissance irrésistible débutait, et mon corps me criait AÏE à chaque virage. J’étais très triste, mais je n’y pouvais rien. Malgré de multiples essais de bottes, il n’y avait rien à faire. J’ai alors dû me résigner, et arrêter complètement le ski à l’âge de 13 ans. Je ne le réalisais pas encore, mais ce sport d’hiver occupait une place importante dans ma vie. 

    Le vide

    Les années ont passé, et voilà que je me retrouve chaque hiver à regarder la neige tomber, avec la même pensée qui me traverse l’esprit… serais-je encore capable? Les sensations de glisse semblent bien ancrées dans mon esprit, et j’ai l’impression que je retomberais sur mes skis sans le moindre effort. Chaque année, le même manège se répète, mais je trouve toujours une bonne raison pour remettre le projet à plus tard.

    L’éveil

    C’est après une quinzaine d’années que finalement je me décide: ça passe ou ça casse. Je me dis que je devrais probablement commencer petit, histoire de tester mes capacités. Maintenant c’est décidé, le samedi suivant, je file vers une station familiale pour tester mes capacités. Mon choix s’arrête sur le Mont Rigaud. Comme je sors d’un état d’hibernation prolongé, je réalise qu’il me manque quelques éléments essentiels: des vêtements pour aller dans la neige… Quelques dépenses plus tard, me voilà prêt pour la sortie.

    Le déclic

    Au réveil, un peu fébrile, je saute dans la voiture et je prends la route vers Rigaud.  À l’arrivée, je me dirige vers le comptoir de location. Après avoir réglé les détails administratifs, un préposé me présente une paire de bottes. Premier constat : enfiler des bottes de ski requiert un certain effort, j’avais oublié cela! Deuxième constat : marcher avec ces bottes demande aussi un certain ajustement! Une fois ces détails passés je me retrouve à l’extérieur, mes deux skis bien à plat au sol. Je crois que c’est à ce moment que le déclic s’est effectué. Dans les deux sens du terme. Dès que mes pieds sont attachés aux skis, je me sens tout de suite dans mon élément. Je ne descends pas encore de pente, mais je connais ces sensations! J’embarque dans une chaise de façon toute naturelle, autant que j’en descends une fois au sommet. C’est maintenant le moment de vérité : dévaler une pente, pour la première fois en plus de 15 ans.

    La renaissance

    Alors, nous y voilà. C’est le moment de vérité. Je dois choisir une pente. Elles sont toutes relativement modestes, mais la logique me dicte de débuter par une verte. Quelques mouvements de jambes, deux ou trois piqués de bâtons et la gravité fait son œuvre. Ça y est, je glisse! J’amorce les virages aussi naturellement que dans mes souvenirs, et c’est toute une sensation. Je me sens tout de suite en terrain connu et c’est dans un état d’exaltation évident que je me retrouve au pied du télésiège, prêt à reprendre le manège. À partir de ce moment les descentes s’enfilent durant quatre heures. Je me risque même dans un coin plus pentu qui me semble un peu hasardeux. Je m’en sors sans mal, avec une petite poussée d’adrénaline en prime. C’est déjà l’heure de rapporter l’équipement de location et de rentrer à la maison…

    Le constat

    Sur le chemin du retour, j’ai un grand sourire accroché aux lèvres, et je suis songeur. Pourquoi ai-je attendu si longtemps? Était-ce par peur? Par paresse? Par crainte de je ne sais quoi? Sans trouver la réponse exacte, c’était probablement un peu de tout ça. Maintenant tous mes doutes sont dissipés, je suis de retour en ski! Dès la semaine suivante, je me lance dans l’achat d’un équipement complet. Skis, bottes, bâtons et casque, tout y passe. La facture est salée car l’achat est un peu impulsif, mais il n’y a pas de place pour les regrets.

    Conclusion

    Les différentes avancées technologiques dans l’équipement a fait de ce retour sur les planches un pur plaisir. Les virages s’enchaînent sans effort ou presque, alors il n’y a pas de crainte à avoir sur vos capacités. J’ai vite retrouvé l’instinct du skieur. Si vous avez déjà une bonne base et que vous rêvez d’un retour sur les pentes, allez-y sans hésiter. Vous ne le regretterez pas! L’expression est cliché mais si elle s’applique au vélo, elle convient tout aussi bien au ski : la glisse, ça ne se perd pas!

    Moniteur de ski: pédagogie de la glisse

    Lorsqu’on désire entamer un apprentissage ou même perfectionner une habileté déjà acquise, on a immédiatement le réflexe de se tourner vers « un pro ». Pour apprendre à skier ou pour améliorer notre technique de glisse, la personne toute indiquée est donc un moniteur de ski. Le Mag a déjà publié un petit palmarès des raisons pour devenir moniteur; le présent texte se concentrera cependant plutôt sur les avantages de se payer ne serait-ce qu’une seule séance avec un de ces pédagogues des neiges.

    L’initiation

    Bien que la plupart des parents s’occupent eux-mêmes des premiers « pas » de leurs tout-petits en ski, la patience et la capacité à transmettre les notions est relativement limitée lorsqu’il s’agit de notre progéniture. Une petite heure en compagnie d’une personne d’autorité autre que les parents fait bien souvent une grande différence pour le jeune skieur. De plus, le moniteur est formé pour prendre en charge tous les groupes d’âge et les techniques pédagogiques passent presque systématiquement par le jeu pour les plus jeunes. Lorsqu’il s’agit d’un débutant plus âgé, le moniteur a une priorité: la confiance. D’emblée, il doit donner au futur-skieur la possibilité de croire en lui et en ses capacités. C’est bien souvent le premier frein au progrès et un bon moniteur travaillera toujours sur la confiance en soi du débutant.

    Le vocabulaire

    Trouver les bons mots pour décortiquer une posture ou une action est parfois ardu. Il faut verbaliser avec les termes adéquats et s’assurer que le débutant comprenne bien les mots employés. Le moniteur est bien entendu formé pour ça! Le niveau de vocabulaire est adapté en fonction de l’âge et du niveau de langage du débutant. Quand bien des gens ressentent les choses de manière intuitive lors d’un virage, le travail du moniteur est d’expliquer cette mécanique et de la transmettre au débutant!

    Le petit « détail qui tue »

    Chaque skieur l’a déjà expérimenté à au moins une reprise: stagner dans son niveau d’habileté. On plafonne, on a quand même un peu de plaisir mais les défis demeurent les mêmes, faute de capacité à les surmonter. En nous observant skier, un moniteur à l’oeil aiguisé saura repérer le petit défaut de posture, ou parfois identifier une pièce d’équipement inappropriée! Bien souvent, un simple petit détail qu’on corrige suffit à augmenter notre niveau technique de manière à redémarrer notre progression. L’appui insuffisant sur le ski extérieur, une botte trop molle, une posture trop à l’arrière… le moniteur le voit, et aide à le corriger!

    Les différentes méthodes

    Nous avons déjà publié un article sur les avantages et inconvénients des cours de groupe et individuels; attardons-nous ici aux deux différentes méthodes d’apprentissage qui sont utilisées à travers le Québec. Il y a d’abord la méthode classique, où le moniteur emmène les nouveaux skieurs sur une pente très douce et leur apprend par explications et démonstrations les rudiments de l’équilibre et des différentes manoeuvres avec les skis aux pieds. C’est probablement la méthode à laquelle vous-même avez eu droit! Généralement, au bout d’un peu plus d’une heure, les débutants sont en mesure de traverser un petit parcours d’obstacles installés ici et là dans la pente école: cônes, cerceaux, piquets et fanions créent un circuit dans lequel le jeune skieur apprend à se diriger et contrôler sa vitesse. Bien que cette technique soit utilisée depuis des décennies dans la vaste majorité des écoles de glisse, elle comporte deux gros défauts: le débutant doit être en mesure de comprendre les sensations qu’il vivra et de les associer à la bonne ou mauvaise pratique d’un mouvement, ce qui constitue en soi un obstacle pour les plus jeunes; et la peur est présente très souvent lorsque le débutant voit la piste de haut en bas pour la première fois. La première heure de cours d’un jeune se conclut bien souvent par des pieds gelés pour cause d’immobilité, et par une impatience grandissante face à la frustration de ne pas pouvoir réaliser les opérations demandées par le moniteur.

    La nouvelle méthode, dont le principe est de sculpter le terrain de la pente école avec différents modules de neige pour favoriser l’apprentissage par la découverte intuitive des sensations, est inspirée d’une approche créée par une firme américaine, Snow Operating. Cette technique, appelée « Terrain Based Learning Program™ », redéfinit complètement la manière dont l’apprentissage des techniques de glisse se fait. Bien entendu, comme toute nouvelle méthode qu’on cherche à implanter, celle-ci a reçu un accueil plutôt tiède chez la plupart des moniteurs. L’un d’eux a toutefois été totalement converti après quelques séances!

    Mario Daniel, moniteur à Bromont, était d’abord très sceptique. Il explique: « En tant que moniteur, la première chose qu’on doit enseigner aux débutants, c’est à contrôler leur vitesse et à s’arrêter. En regardant les modules je ne comprenais pas comment les formes allaient permettre non seulement d’apprendre ça, mais en plus, de simplifier tout le processus d’apprentissage, de l’équilibre jusqu’aux changements de direction! » C’est donc un moniteur complètement conquis qui vante les qualités de la nouvelle méthode, qui fait graduellement son apparition dans les pentes écoles du Québec. « Auparavant, on devait expliquer la mécanique du ski avec beaucoup de mots, de descriptions et d’exemples. Mais en réalité, il n’y a rien comme d’expérimenter les sensations! Les virages s’apprennent presque tout seuls. C’est vraiment un bel outil! »

    Bien sûr, les modules d’apprentissage ne rendent pas les moniteurs obsolètes. Ils sont encore bien nécessaires pour aider les skieurs à corriger leur posture, effacer leurs inquiétudes et travailler sur la confiance des apprentis. D’ailleurs, Bromont poste des moniteurs dans les différents modules de la SAM (Station d’Apprentissage Modulaire), afin d’assurer une présence pour les débutants qui voudraient se lancer par eux-mêmes dans l’apprentissage du ski. Ces moniteurs sont disponibles pour tous les skieurs, gratuitement. Un bel incitatif! Mario Daniel ne tarit pas d’éloges après sa première année d’expérience avec les modules de la SAM: « Les progrès sont vraiment plus rapides. La motivation des skieurs est boostée parce qu’ils sont conscients de la rapidité de leurs progrès! Et ça, c’est la clé pour faire revenir un skieur sur les pentes pour une deuxième visite. »

    En somme, si vous désirez apprendre (ou faire apprendre) une nouvelle technique de glisse, vous aurez toujours la possibilité d’y aller par vous-même… mais ne perdez jamais de vue que les moniteurs connaissent les outils et les techniques pédagogiques pour vous faire progresser plus rapidement, de manière à éviter les frustrations et les craintes reliées à la découverte d’une nouvelle expérience. Et si vous avez peur d’avoir l’air ridicule… dites-vous que nous sommes tous passés par là un jour!

    Apprendre le ski sans stress; le Terrain Based Learning s’installe

    Photo gracieuseté Bromont

    Qu’ils soient jeunes ou vieux, les apprenti-skieurs ont une chose en commun: ils se lancent dans l’inconnu physique et intellectuel lorsqu’on leur met des bottes de ski aux pieds. La découverte de nouveaux termes, de nouvelles sensations et d’un univers qui semble bien complexe vu de l’extérieur est source d’un stress légitime. C’est d’ailleurs ce stress, annulant souvent le facteur « plaisir », qui est à l’origine du faible taux de conversion enregistré dans les écoles de glisse. En clair: moins de 20% des skieurs qui vivent une première initiation y retournent pour une deuxième visite  (source: NSAA Data). C’est donc un taux d’échec de 80%! Comment expliquer ce chiffre? Après cette analyse, que peut-on changer pour faire en sorte que les nouveaux skieurs se convertissent en skieurs réguliers?

    Apprendre le plaisir

    Comme toute activité principalement récréative, le ski alpin (de même que les autres techniques de glisse) est pratiqué pour le plaisir. On cherche à bouger, prendre l’air, passer du bon temps en famille ou entre amis, bref, il s’agit d’un loisir. Mais à partir de quand en est-ce bien un? L’ensemble des sports de glisse requiert certaines habiletés, de même qu’un équipement composé de plusieurs éléments. La familiarisation avec cet équipement, ainsi que l’apprentissage des techniques de glisse représentent un processus crucial pendant lequel on peut décider d’abandonner, faute d’encadrement et de motivation. C’est qu’il en faut du temps pour cueillir ce fameux plaisir qu’on nous promet alors que nos orteils souffrent dans nos bottes, et qu’on expérimente la démarche « astronaute en déséquilibre » sur un plancher trop dur et glissant!

    Même un skieur aguerri est d’accord: faire du ski, c’est parfois douloureux, frustrant, et surtout, il fait froid la majorité tu temps. En résumé: ce n’est pas agréable! « L’absence de plaisir » est la première raison donnée par les skieurs qui indiquent qu’ils ne réitèreront pas leur expérience pour une deuxième visite sur les pentes (source: NSAA Data). Lorsqu’on leur demande de développer, les skieurs insatisfaits indiquent qu’ils n’ont pas eu de plaisir à cause du froid, des douleurs causées soit par l’équipement ou par les chutes, et qu’ils se sont sentis frustrés de ne pas progresser plus rapidement. Ouf! Tout un constat. Bien entendu, à part encourager les gens à bien s’habiller, le froid ne peut être enrayé… mais pour les douleurs et la frustration, il y a certainement moyen de faire quelque chose, non?

    C’est la grande question sur laquelle Snow Operating s’est penché dans les dernières années. Fondée en 2012, cette firme américaine s’est donné le mandat plus qu’ambitieux de redéfinir la façon dont le ski est enseigné à travers les stations de ski nord-américaines. Le mot-clé que l’entreprise a décidé d’intégrer et de marteler: FUN. Car oui, si le plaisir s’apprend, il s’agit toutefois d’une science particulière dont il fallait décortiquer les caractéristiques! À quel moment exactement peut-on dire qu’on a du plaisir à faire quelque chose, et qu’est-ce qui fait que ça peut changer, entre l’ennui ou le défi trop grand?

    L’idée du Terrain Based Learning

    En identifiant les différents facteurs de stress présents lors de l’apprentissage, Snow Operating a imaginé un environnement offrant aux débutants de tout âge la possibilité de découvrir les sports de glisse avec plus de plaisir que d’inquiétudes. C’est la sculpture du terrain sur lequel les skieurs glissent qui leur fait expérimenter les sensations de la glisse. À travers trois types de « modules », le futur-nouveau-skieur découvre les différents principes d’équilibre, de freinage, de direction, du contrôle de la vitesse et du transfert de poids, le tout de manière instinctive, ce qui réduit le temps qu’un moniteur pouvait passer à essayer de verbaliser les techniques, de même que les risques d’incompréhension des termes.

    Les ingrédients sont simples: après avoir été pris en charge de la manière la plus rapide et fluide possible à l’étape de la location de matériel, le débutant rencontre son moniteur, qui lui explique brièvement ce qu’ils feront à l’extérieur. Il est invité à regarder son matériel, le manipuler, puis la séance se déplace vers le tapis convoyeur de la pente école. Snow Operating recommande d’installer un mur ou une coquille protectrice autour du tapis pour minimiser les effets « météo » et donner un répit aux débutants.

    1. Après quelques mouvements de réchauffement au sommet de la pente école, le processus s’enclenche dans le premier module: la mini-demi-lune. Cette structure, dont le nom indique la forme, est creuse d’environ 18 pouces (45 cm) et permet au débutant d’effectuer de courtes glissades avant-arrière pour développer son équilibre et se familiariser avec la sensation de la glisse, incluant prise et perte de vitesse.
    2. Une fois que le moniteur sent son élève prêt, ils se dirigent vers le deuxième module, les rouleaux. Ceux-ci ont pour objectif de faire prendre conscience au débutant du mouvement à la base des virages, le fameux « flexion-extension ».
    3. La troisième étape constitue un parcours d’une série de virages inclinés qui ont pour but de permettre au débutant de développer sa capacité à se diriger par transfert de poids et à contrôler sa vitesse.
    4. L’étape finale est la piste parfaite, qui reprend un peu de tous les éléments précédents mais sur une plus longue distance. Le temps à allouer à chaque module dépend de chaque skieur, celui-ci pouvant revenir à tout moment aux modules précédents. La durée d’un cours de ski n’est pas différente de la méthode classique.

    Cette manière de redéfinir l’apprentissage exige un engagement très concret de la part des stations de ski: il faut produire davantage de neige et solliciter les opérateurs de dameuse pour sculpter les différents modules, ce qui en soi représente un grand investissement en énergie, en temps et en argent. De plus, la sculpture des modules se fait parfois par essai-erreur. Une courbe trop prononcée ou une pente trop raide devront être retravaillées en gardant en tête l’objectif initial de la mise sur pied de ces infrastructures: l’apprentissage doit être le plus dénué de stress, pour garantir un maximum de plaisir!

    Dans une pente école près de chez vous

    Plusieurs stations du Québec ont adopté cette nouvelle méthode d’apprentissage. L’appellation « Terrain Based Learning Program™ » étant une marque déposée, l’acquisition des droits représente un certain investissement. Les six stations du groupe Les Sommets offrent des pentes écoles conçues directement avec la collaboration de Snow Operating; d’autres écoles de glisse québécoises s’en sont largement inspirées mais utilisent différents noms et acronymes pour désigner leur zone d’apprentissage. Notons que dans les dernières années, Burton a aussi créé au même moment une technique d’apprentissage orientée sur le plaisir, dessinant un parc (Riglet park) ainsi qu’une gamme de snowboard spécialement modifiés pour permettre aux jeunes planchistes et aux moniteurs de se familiariser avec la technique de glisse. Ainsi, on retrouvera des modules d’apprentissage par le terrain dans les stations suivantes: Bromont, Mont Gleason, toutes les stations des Sommets, Ski Saint-Bruno, Val Saint-Côme, et plusieurs autres qui ont créé quelques variantes pour répondre à la demande. 

    Si vous songez à vous mettre au ski alpin cet hiver, le choix d’une de ces stations pourrait vous aider à réaliser votre souhait. Et lorsqu’on demande aux moniteurs si cette méthode est efficace, la réponse est unanime: oui! La progression des débutants s’effectue presque deux fois plus rapidement (selon les skieurs) et tous les apprenti-glisseurs à qui on a demandé s’ils avaient eu du plaisir ont répondu par la positive avec un grand sourire. Aurait-on trouvé la solution pour augmenter le nombre de skieurs sur les pentes? Espérons-le!

    Cet article a été initialement publié en décembre 2015 mais il a été mis à jour sporadiquement afin de demeurer d’actualité!

    Initiation au ski: 10 conseils pour l’initiateur

    Photo Geneviève Larivière

    Dans un éditorial de l’an dernier, j’exhortais les skieurs actifs à « parrainer » un nouveau skieur, soit par l’initiation ou la ré-initiation. Certains l’ont fait (bravo!) et m’ont même raconté leur expérience, tant pour le positif que pour le négatif. Ces derniers points ainsi que les questions de mon entourage m’ont donc guidée vers la liste suivante, qui vise à maximiser l’expérience des protagonistes, tant du côté du parrain que de l’invité! Certains des conseils vous paraitront peut-être « bébé » mais n’oubliez pas que votre routine est déjà rodée… celle de votre invité, non.

    1) Si votre cible n’est pas déjà convaincue, travaillez pour la convaincre… mais pas trop. Certaines personnes deviennent de plus en plus réfractaires à une idée à force de s’en faire parler. Personnellement, je fais partie de cette catégorie: plus on me casse les pieds à propos de quelque chose, moins grandes sont les chances que je m’y intéresse ou que je m’exécute. Donc, laissez mijoter l’idée dans l’esprit de votre cible… et fiez-vous à votre instinct: si vous sentez que vous êtes près du but, prenez les devants et lancez une invitation avec une date précise. Ne donnez jamais dans le flou « un jour cet hiver », « un bon moment donné », « dans les prochaines semaines »… la semaine des quatre jeudis, ça laisse trop de place à l’évasion! Bien entendu tout ceci convient s’il s’agit d’une cible adulte. Si la cible est votre enfant… vous pouvez toujours user de votre autorité parentale!

    2) Lorsque la cible a accepté, le doigt pris dans l’engrenage avec la date entendue: le poisson a mordu… mais il faut garder la tension dans la ligne pour ne pas l’échapper. Rassurez votre cible en lui disant que vous vous occupez de tout: vous avez votre routine, votre cible n’en n’a pas! Aidez-la à prévoir ses vêtements, à penser à son lunch (ou offrez-lui!), et proposez-lui de covoiturer si c’est possible. Votre déplacement sera plus agréable, vous réduirez les frais d’essence et minimiserez les chances de vous faire poser un lapin le matin donné (ou de ne jamais vous retrouver dans le bon stationnement!).

    3) Le choix de destination VS le choix du moment: si vous devez absolument skier un jour de fin de semaine, privilégiez les stations de taille moyenne. Évitez les endroits trop achalandés: vous êtes le premier à pester intérieurement (ou pas) contre la surpopulation momentanée d’une station trop populaire, pourquoi le faire subir à votre invité? Si vous avez le loisir de skier un jour de semaine… faites-le sans hésiter!

    4) Un petit rappel: si votre cible n’a pas d’équipement… ne l’abandonnez pas lâchement pour aller aux toilettes pendant qu’elle passe à la location. Les stations sont outillées pour tous les skieurs mais c’est un peu bête de vous être donné tout ce mal pour laisser votre cible toute seule devant des questions du genre « c’est quoi votre niveau de ski? » ou « c’est quoi votre grandeur de bottes? ».

    5) Pour l’achat du billet journalier: pensez à acheter une demi-journée ou un bloc de 4 heures… surtout si votre cible est à un retour sur les planches! « Don’t bite off more than you can chew »: si vous êtes trop ambitieux vous risquez de surestimer le courage et l’endurance de votre cible, résultat, vous aurez un humain désabusé, fatigué et plus prompt à la perdre patience, ce qui amènera inexorablement une perte de confiance et fera chuter non seulement le skieur mais aussi son envie de réitérer l’expérience.

    6) Parlant de patience: est-ce bien pertinent de vous suggérer d’en prendre un bon stock dans vos poches? Qu’il s’agisse de vos enfants ou d’un ami, de votre blonde, de votre père… évitez les signes d’exaspération. Je vous jure, ça tue toute bonne intention, toute motivation. On se sent vite incapable, et on prend presque immédiatement pour acquis qu’on ne satisfera jamais les attentes de notre parrain.

    7) Parlant d’attentes: ne vous en fixez pas. Et soyez honnête, vous aurez le réflexe de vous en fixer! Vous allez vouloir arriver tôt pour avoir une bonne place de stationnement, éviter les files à la billetterie et à la location, profiter des meilleures conditions, avoir la plus belle journée… oubliez ça. Vous arriverez quand vous arriverez! Et vous skierez quand vous skierez! Si vous commencez votre journée avec du stress et de la pression… la première descente se fera avec les dents encore serrées d’avoir accumulé pendant toutes les étapes précédentes.

    8) En piste, travaillez sur la confiance. C’est le premier outil pour lutter contre les peurs. La peur de tomber, la peur de se faire mal, la peur de perdre le contrôle, la peur de ne pas être capable, la peur des collisions, la peur d’avoir peur… Si votre enfant tombe, plutôt que d’accourir pour le relever vous-même, s’il a assez de force bien entendu, aidez-le avec des mots, pour qu’il arrive à se relever de lui-même: il n’aura plus jamais peur de tomber et sera plus solide sur ses skis, prêt à progresser! Si votre cible adulte vous semble réticente, questionnez-la sur ses peurs. En parler sera déjà une thérapie, et vous serez mieux placé pour l’encadrer et la rassurer. Les meilleurs profs de ski ne sont pas les plus techniques, les meilleurs sont ceux qui renforcent votre confiance.

    9) Ne faites pas l’erreur de croire que vous pouvez tout montrer à votre invité. Peu importe son âge, et peu importe votre niveau de ski et vos talents de pédagogue, un cours privé une fois de temps en temps replace bien des choses et permet une progression notable. De plus, les enfants et les conjoints sont les pires récepteurs de votre enseignement: quand c’est papa, on s’écrase plus vite au sol en pleurant qu’on n’y arrive pas, quand c’est le chum on boude plus vite en direction du chalet « J’pas bonne! ».

    10) Une fois la journée terminée, pensez « service à la clientèle ». Pour comprendre, quelques exemples: un serveur repasse à votre table pour vous demander si votre repas est à votre goût, un conseiller à la SAQ vous propose un accord mets et vins en vous enjoignant à lui en donner des nouvelles, un concessionnaire automobile vous rappelle un mois après votre achat pour sonder votre satisfaction quant à votre nouvelle voiture… Faites votre boulot jusqu’au bout! Vous avez travaillé super fort pour arriver à convaincre votre invité, l’amener en ski, passer une journée… vous mourez d’envie de savoir s’il a apprécié l’expérience! Et vous voulez bien entendu secrètement connaitre les choses qui lui ont moins plu… pour corriger le tir et marquer encore plus de points la prochaine fois!

    Bien sûr, si vous avez d’autres trucs et tactiques, ne vous gênez pas pour les appliquer et/ou les suggérer dans les commentaires! En attendant… avez-vous votre cible? Oui? Alors bon ski!

    Cet article a été originalement publié le 2 décembre 2013 mais les conseils qui sont exposés sont toujours d’actualité! 

    Lettre que j’aurais aimé ne pas avoir à écrire

    Cher Gestionnaire de page Facebook de TVA nouvelles,

    On ne se connait pas. Du moins, je l’espère. Je me permets quand même de t’adresser ces quelques mots, à toi, qui adresse quotidiennement des mots à plus de 600 000 personnes. C’est gros, quand même! Ça ne te fait pas peur? Prendre la parole devant un aussi vaste auditoire, y’a de quoi avoir le vertige et perdre le contrôle de ses patins! Quoi qu’il en soit, j’ignore si ce dont je vais te parler a été provoqué par un court-circuit de tes neurones, ou si ça figure dans la liste de tâches que tu dois accomplir, mais je ne peux passer sous silence cette boutade que tu as lancée candidement samedi le 21 novembre vers 10h00. Voici, en capture d’écran:

    En bonne communicatrice que je crois être, je vais adopter la méthode sandwich. Un point positif, un point négatif, un point positif.

    Donc, premier point positif, je te félicite pour la qualité du français dont tu fais preuve la majorité du temps. Ce qui me porte à croire que tu partages peut-être ce travail, et peut-être quelque-uns de tes collègues ont-ils moins de rigueur que toi, mais bref, un morceau de robot pour le fait que mes yeux ne saignent pas trop lorsque je tombe malencontreusement sur la page que tu animes.

    En revanche, je ne puis qu’être outrée du commentaire suivant, purement gratuit, d’un mauvais choix éditorial, que je cite: « Mauvaise nouvelle… La neige s’amène cette fin de semaine et elle fera une entrée remarquée! »

    Ahem.

    Comme je disais dans mon introduction, on ne se connait pas. En tout cas, c’est flagrant que tu ne me connais pas. Mais cette phrase me donne franchement envie d’extrapoler sur ta personnalité: tu dois être un de ces grincheux à qui la vue de flocons fait péter des plombages, qui voudrait faire disparaitre l’hiver, qui célèbre le réchauffement climatique, qui magasine des voyages dans le sud de novembre à avril, qui râle dès qu’il faut faire sortir le chien à plus froid que 10°C, qui pose ses décorations de Noël le 1er novembre pour ne pas avoir à le faire quand il aura neigé/gelé, qui appelle la neige « marde blanche »… et tu n’es certainement pas un skieur. Facebook ne me suggèrera probablement jamais qu’on soit amis -et c’est tant mieux!

    Ah, je saute aux conclusions?

    Excuse-moi alors. C’est donc un ordre de ton patron? Que tu suis bêtement? En ce qui me concerne, tu devrais quand même avoir la latitude d’user d’un peu de discernement dans l’accomplissement de tes tâches quotidiennes, ce qui me porte à te susurrer tendrement à l’oreille d’aller porter ton CV ailleurs, histoire de chercher un travail un brin plus stimulant. Cela dit, s’il s’agit d’une ligne directrice imposée par ton employeur, permets-moi de prendre trois grandes inspirations-expirations.

    Ce n’est certes pas la première fois que je constate la discutable qualité d’un commentaire éditorial provenant de cette source de « nouvelles », mais… il n’est même pas question de politique, de vedettariat, de sensationnalisme, de corruption, d’immigration, de meurtre, de sexe, d’homophobie, ou de quelque chien écrasé que ce soit. Ton commentaire, qu’il soit le tien ou celui de ton patron, s’attaque à une chose parfaitement impuissante, et ô combien indéfendable: la météo. Qui plus est, la météo caractéristique d’un endroit où on vit, et à laquelle on s’adapte quotidiennement, tant bien que mal. Et tu as le front d’enfourner dans la gorge de ton lectorat à coups d’entonnoir que c’est une mauvaise nouvelle.

    J’en ai une pour toi, une mauvaise nouvelle.

    C’est un mauvais commentaire, tu as fait un mauvais travail.

    C’est à cause de commentaires comme le tien que les gens n’ont pas envie de sortir l’hiver. C’est à cause de commentaires comme le tien que la morosité saisonnière et le dédain de la neige envahissent les chaumières des villes et villages. C’est à cause de commentaires comme le tien que les gens s’enfoncent dans le négativisme et le pessimisme hivernal. C’est à cause de commentaires comme le tien, et comme ceux de tous les météorologues/animateurs de radio/télé qui toussent et grognent dès qu’il est question de gel au sol ou de précipitations solides qu’on a collectivement appris à désaimer l’hiver.

    Et pour ça, pas-merci. Je vais m’arrêter là parce que je suis plutôt intarissable quand il s’agit de taper sur ceux qui tapent sur l’hiver.

    Je termine cependant mon sandwich avec le dernier point positif: j’espère que la flopée de réponses que ta publication a générée t’a remis à ta place. Je suis heureuse de constater qu’il y a plus d’une centaine de personnes qui a pris la peine de répondre que t’étais à côté de la plaque, que c’était une bonne nouvelle, et que t’aurais mieux fait de garder ton commentaire pour toi. Merci à tous ces gens, qui ont encore un bon sens critique.

    J’espère que tu en tireras un léger enseignement… j’ai cette indécrottable naiveté qui me permet encore de me coucher le soir en espérant un monde meilleur pour le lendemain. Un monde meilleur dans lequel les gestionnaires de page Facebook et tous ceux qui ont la possibilité de prendre la parole en public se responsabilisent un tantinet et apprennent à faire la différence entre « Poser une question qui provoque un débat intelligent » et « Faire un commentaire gratuit, déplacé, négatif et inutile ». Mais j’ai aussi un côté sceptique, qui me fait t’imaginer regarder des vidéos de chats entre deux publications, sans te poser la moindre question. Fais en sorte que j’aie tort, s’il te plait.

    Ah pis… Aime donc ton hiver. Il n’en reste pas pour très longtemps, y parait.

    Histoires le patrouille: skieur en zone trouble

    Photo Geneviève Pilotto

    Ce récit s’ajoute à la collection de la série « Histoires de patrouille ». Ces histoires, rédigées ou racontées par des patrouilleurs de partout au Québec, qu’ils soient retraités ou encore actifs, ont pour but d’humaniser le titre qui fait souvent frémir les skieurs et planchistes en station. Être patrouilleur, c’est bien plus que porter un uniforme, une radio et une trousse de premiers soins… c’est une histoire de dévouement, de passion pour le ski, l’entraide, l’esprit d’équipe et le don de soi. Nous espérons qu’à travers ces récits, votre perception de ceux qui sillonnent les pistes pour assurer la sécurité des skieurs changera pour le mieux!

    Patrouilleur: François Truchon
    Station: Parc régional de Val-d’Irène
    Années d’activité: 2012-…

    Nous sommes le dimanche 22 décembre 2014. La météo du moment: Ta -8°C, vent modéré du NE, précipitations reçues dans les dernières 24h: 26cm, 59 cm dans les 7 derniers jours et 178cm au total de saison. Une dépression nous fait espérer entre 40 et 50 cm au cours des prochaines 48 heures. C’est la magie des Monts Notre-Dame, où se trouve en fait le Massif de la Montagne St-Pierre, au sein duquel on retrouve, à l’extrémité est, le Parc régional de Val-d’Irène. Les trajectoires de tempête au Québec aboutissent pour la majorité en Gaspésie, avec une tendance NE. Des quatre trajectoires typiques, les Nor’Easters, ou dépression du Cap Hatteras, sont les plus courues, et pour de bonnes raisons: ces systèmes peuvent générer des précipitations majeures de l’ordre des 1 à 1,5 mètre sur 3 à 4 jours consécutifs! Certaines légendes en donnent bien plus évidemment… Bref, ce préambule servait à mettre la table pour les conditions de ski. Et puisqu’une image vaut mille mots : la suivante fut prise immédiatement après la tempête dont notre histoire relate les moments mémorables…

    Photo Parc régional de Val-d’Irène

    14h15 – L’appel

    Il est un peu après 14h00, je suis confortablement installé en compagnie d’autres secouristes dans notre remontée quadruple. La météo fait sourire tous le monde! Un appel entre  par radio: un groupe de trois skieurs seraient perdus dans la Zone Blanche! Une brève description des lieux où ils sont nous est donnée. Le groupe n’a pas les équipements appropriés: skis hors-piste et peaux d’ascension, vêtements en extra, etc. Un membre du groupe est épuisé, incapable de marcher davantage! À ce moment de la saison, le secteur de la Zone Blanche est fermé… ou plutôt, il n’est pas encore ouvert au public! C’est la première année d’opération, la signalisation n’est pas tout à fait complétée et les formations spécifiques sur le nouveau plan d’urgence pour les secouristes ne sont pas complétées! Cette tempête hâtive en saison jumelée aux conditions d’enneigement déjà supérieures à la normale a bousculé bien des préparatifs en station.

    L’appel est donc entré à 14h15, un transfert de prise en charge est immédiatement effectué à l’un de nos chefs d’équipe pour les opérations régulières de la station. Je prends contact avec la direction. Il est convenu, considérant la situation particulière -nous disposons d’une fenêtre de plus ou moins une heure avant que la noirceur ne s’installe- qu’une équipe très limitée de deux individus sera dépêchée sur place le plus rapidement possible, sous ma responsabilité. Une équipe légère est plus efficace pour une intervention initiale lorsque l’on dispose de peu d’information! L’objectif: vérifier la position décrite. Si la chance accompagne le groupe, ils seront à l’endroit que j’ai en tête. Sinon, ils passeront fort probablement la nuit dehors.

    Et parlant de nuit, elle risque de ne pas être de tout repos puisque le plus gros des précipitations s’en vient, que les vents souffleront fort et que la visibilité sera nulle sur le sommet partiellement dégagé de la Zone Blanche culminant au dessus de 700m d’altitude. Les Nor’Easters génèrent régulièrement des vents dépassants les 100km/h sur ces sommets! Qui plus est, avec toutes les précipitations déjà accumulés, nous nous enfonçons à mi-cuisse en marchant avec nos bottes près du sommet de la Zone Blanche! La neige au sol est non consolidée en ce début de saison, les motoneiges portent très difficilement. Il est donc hors de question de mobiliser davantage de secouristes dans ses conditions difficiles alors que notre plan d’urgence n’est pas parfaitement maîtrisé et que les membres de l’équipe de secouristes n’ont pas tous reçu la formation appropriée.

    14h30 – Prise en charge de la situation

    Deux motoneiges se rendent au sommet de la Zone Blanche. De là, je me dirige seul sur un sentier en direction ouest et selon la description fournie par nos aventuriers du dimanche (oui, on est dimanche!) ils ne devraient pas être trop loin… Coup de chance, ils sont précisément là où je m’attendais à les trouver! Un à un, ils sont récupérés et déplacés en motoneige jusqu’au point de rendez-vous au sommet de la Zone Blanche. De là, ils sont transportés jusqu’à la station, au chaud, en sécurité.

    Concrètement, la situation n’aurait pas dû nécessiter notre intervention! Nos aventuriers se sont lancés dans le projet sans aucune planification de sortie, un véritable fiasco en termes d’organisation et de gestion de groupe! Revisitons certains points clé:

    1. Aucune recherche d’information ne fut réalisée par nos aventuriers sur le secteur concernant les caractéristiques de bases telles que la position de la montagne, les détails sur l’approche, la sortie, les conditions météos actuelles et à venir, etc.
    2. Les membres du groupe ne possédaient aucun équipement spécialisé pour une sortie hors-piste, c’est-à-dire: ski avec fixation de randonnée, peaux d’ascension, des vêtements adaptés et de rechange, du matériel d’urgence, etc.
    3. La capacité physique des membres du groupe n’étaient pas suffisante. Un groupe tout aussi mal préparé mais en plus grande forme se serait sorti de là « sur la tête », avec une bonne histoire à fanfaronner au bar en soirée! Le retour consistait à marcher avec de la neige à mi-cuisse sur environ 2 -2.5km pour revenir en station… Un bon effort certes pour une fin de journée de ski en début de saison, mais réalisable pour un individu habitué et en forme…
    4. Le groupe en soi ne possédait aucune expérience en hors-piste. Ce point est majeur considérant les facteurs précédents puisqu’un groupe avec un minimum de compétence aurait pris les bonnes décisions au bon moment et s’en serait sorti sans plus d’émoi! Il faut quand même souligner que le secteur est facile d’accès, que le choix d’itinéraire ne représente pas un défi. C’est un terrain qui n’offre pas de difficultés techniques importantes si on le compare à la majorité des itinéraires des Chic-Chocs ou encore, évidemment, aux Rocheuses!
    5. Le secteur était clairement fermé, il y avait une bonne raison pour cela, la signalisation était encore incomplète!
    6. Enfin, le point le moins reluisant probablement! Deux des trois membres de cette désormais fameuse équipe d’aventuriers étaient… des patrouilleurs d’une station extérieure.

    Dans le monde de la sécurité avalanche, plusieurs points de cette aventure nous renvoient à ce que l’on appelle le « facteur humain ». Ce facteur de risque regroupe en fait la partie la moins tangible du processus de prise de décision que l’on associe à l’Homme. Ce sont typiquement des erreurs sommes toutes « banales » aux conséquences parfois tragiques. Pour un pratiquant aguerri, voire même un guide ou encore un spécialiste de la nivologie (étude de la neige), de la planification et de la prise en charge d’un groupe, le facteur humain sera souvent l’ennemi #1 au sein du groupe. Dans le présent cas, après avoir fait lumière sur les circonstances, la première question qui nous vient tous à l’esprit est: « Mais à quoi ont ils pensé!? » Réfléchissons ensemble… début de saison, conditions de neige extraordinaires, appel de la neige fraîche, premières traces… ajoutons un peu de naïveté, un membre influent aux idées douteuses, un manque de compétences initiales et bingo, la recette est complète! Plusieurs d’entre nous auraient pris le même risque…

    15h30 – La conclusion

    L’aventure s’est terminée dans le bureau de la direction avec un bon discours punch. Et malgré le fait que l’un des aventuriers présentait les signes précurseurs du premier stade d’hypothermie, classique des tempêtes hivernales chaudes, le tout s’est bien heureusement terminé avec plus de peur que de mal!

    Le télémark: quelques outils pour s’y mettre!

    D’entrée de jeu, il faut le dire: le télémark n’a pas la cote. C’est un sport de glisse menacé, juste à faire un tour à votre boutique de ski préférée pour vous rendre compte que son inventaire en équipement du genre est comme une peau de chagrin -même les boutiques qui étaient réputées pour l’ampleur de leur arsenal n’ont souvent pas maintenu leur engagement. Heureusement, quelques détaillants résistent; et le télémark exerce encore beaucoup d’attrait auprès de plusieurs skieurs qui cherchent de nouveaux défis…

    En ce qui a trait aux stations, seules quelques-unes ont l’air de pouvoir rassembler systématiquement le clan. On pense à Ski La Réserve, au Mont Comi et au Mont Édouard… Sinon, on rencontre parfois ici et là ces génuflecteurs from hell. En guise d’anecdote, je dirais qu’il m’est arrivé de skier dans de petites stations où des employés éberlués m’ont avoué ne pas avoir vu de télémarkeur depuis dix ans.

    Ainsi, le télémark est devenu un sport qui fait la part belle aux anarchistes de toute tendance, aux débrouillards, aux adeptes du bricolage « quick & dirty » et autres maniaques du « duck tape » ainsi qu’aux amateurs d’aubaines (Kijiji, eBay, etc). Bien sûr, il y a les chics partisans de la norme NTN (voir plus bas) qui passent quand même assez inaperçus dans les stations du Québec. Rien à voir avec le partisan barbu en bottes de cuir, tuque et sweater en laine d’alpaga… Bon, laissons tomber les préjugés pour l’instant!

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    Pourquoi donc cette chronique? Dans le but de faire ressortir le choix de matériel et les différentes ressources à la disposition du télémarkeur débutant ou confirmé, « old school » ou « new school ».

    Les skis

    Pour les skis, nous avons l’embarras du choix: n’importe quel ski alpin peut faire l’affaire. Il faut donc s’en remettre à nos propres préférences… Certaines règles de base peuvent éclairer nos choix: un ski court et souple pour le débutant, plus long pour le skieur confirmé. Plus large pour le hors-piste et plus étroit pour la piste. Plus rigide pour la glace et plus souple pour la poudreuse. Un ski «rocker» pour la neige molle et un ski à cambrure classique pour la neige dure. J’insiste: ce ne sont là que des considérations très, très générales.

    Par ailleurs, il est tout à fait raisonnable et conseillé de faire l’essai de plusieurs skis dans le but de se faire sa propre idée. Par exemple, on peut être néophyte et tout de même préférer un ski long pour sa plus grande stabilité à vitesse rapide… Pour s’aider dans cette tâche, on peut se prévaloir de ce que certaines montagnes, boutiques ou écoles offrent en location de matériel de télémark. On peut aussi profiter de journées démo. Des heures de plaisir en perspective!

    Les bottes et les fixations

    Premier conseil: il est préférable de trouver chaussure à son pied en premier… C’est probablement ce qui dictera le choix de la fixation.

    Malgré cela, on doit quand même se questionner: 75 mm ou NTN? Ce sont, pour résumer, les deux standards qu’on retrouve aujourd’hui dans le monde du télémark. On pourrait penser que la norme NTN est l’aboutissement technologique, la finalité en ce qui a trait aux fixations télé… Mais quand on y regarde de plus près, on se rend compte que sa suprématie n’est pas consensuelle; beaucoup de skieurs expérimentés préfèrent la norme 75 mm, pour toutes sortes de raisons, en fonction du type de glisse pratiquée… On est quand même capable de dégager une forte tendance: les skieurs adeptes du hors-piste préfèrent le vieux « duckbill » de 75 mm (souvent conjugué à la Axl de 22 Design ou à la Switchback de Voilé) et les skieurs en piste optent plus facilement pour la norme NTN, qui offre de nets avantages en « carving » et sur surface glacée, avec une grande précision au niveau de la prise des carres.

    Par ailleurs, nous voyons actuellement d’intéressants développements dans la foulée de l’invention de la fixation NTN par Rottefella; plusieurs autres fabricants se sont mis récemment à élaborer leur propre version NTN. On parle de la Outlaw de 22 Design (toute fraîche sortie), de la Spike NT de chez Burnt Mountain Design, et d’un fascinant concept hybride: la Meidjo de M Equipement, qui est une hybride entre Dynafit et NTN. Avec son poids plume, l’amplitude de son mouvement en montée et sa souplesse en hors-piste, elle risque sincèrement de changer la donne. Pour la plupart de ces nouveaux modèles, on est en plein rodage; nous verrons cette année où nous en sommes avec ces avancées technologiques.

    En ce qui a trait aux fixations de la norme 75 mm, nous avons encore suffisamment de matériel à notre disposition, avec ou sans le mode randonnée qui facilite la montée. On pense à la O1 (avec mode rando) et O2 de Black Diamond; La Axl (avec mode rando) et la Vice de 22 Design; la Spike de Burnt Mountain Design, avec ses différentes configurations, toutes avec mode rando; la 3 pin Cable, la Hardwire, la Switchback et la Switchback X2 de Voilé (ces 2 dernières possédant le mode randonnée); la Enzo R, La Targa et la Targa Ascent de G3 (cette dernière disposant aussi du mode rando).

    Si vous prévoyez faire davantage de ski hors-piste et grimper par vos propres moyens (peaux d’ascension), le mode rando presque incontournable; ce type de fixation permet de relaxer la tension sur le talon afin de vous permettre une foulée plus aisée, un peu comme en ski de fond.

    Détaillants

    Il n’y a que très peu de boutiques qui gardent encore du matériel de télémark en inventaire. En voici quelques-unes:

    Location

    Ces stations et détaillants offrent de l’équipement en location:

    Écoles

    Elles nous proposent des moniteurs qualifiés, soit pour nous introduire au télémark, ou encore pour nous offrir de la formation continue sur mesure:

    Festivals de télémark

    Les téléfestivals nous offrent l’occasion de rencontrer des skieurs passionnés, d’essayer du matériel à la fine pointe de la technologie et/ou de suivre des ateliers de perfectionnement. Par ailleurs, les après-skis ont la réputation d’être assez festifs…

    Il n’y a que 3 stations de ski au Québec qui ont un téléfestival récurrent: il s’agit du Téléfestival du Parc du Mont Comi près de Rimouski, du Festi-Télémark au Mont Édouard (Bas-Saquenay) et le Festival du Talon libre de Ski La Réserve à Saint-Donat. Notez dans votre agenda: le Mont Comi et La Réserve ont confirmé leur date pour l’événement à venir, soit le 13 février 2016.

    DVD, livres et autres

    Pour ceux et celles qui carburent à l’éthique « do it yourself » voici ce que vous avez à votre disposition pour faire l’apprentissage des techniques, que ce soit en mode vidéo ou en lecture. La très grande majorité de ces sources est en anglais, bien peu de documentation existe dans la langue de Molière -serait-ce une invitation pour certains mordus?

    • The Telemark Movie, Revenge of the Telemarkers, Telemark Workshop, The Joy of Telemark Skiing, tous produits et réalisés par la North American Telemark Organisation, sous l’égide du célèbre Dickie Hall. Les 3 premiers sont « old school »; le dernier traite des techniques récentes
    • Unparalleled: A Journey From the Roots of Telemark Skiing, réalisé par Josh Murphy
    • Free Time: Techniques for Modern Freeheel Skiing, produit par Unparalleled Productions
    • Modern Telemark: Art and Technique, de Urmas Franosch, le plus récent et complet
    • Absolute Telemark.com offre aussi des capsule techniques videos abordables sur son site
    • Youtube et Vimeo regorgent également d’informations visuelles sur le télémark

    En ce qui a trait aux livres, j’en dénombre trois importants:

    J’ajouterais que les magazines en lignes Off-Piste et Couloir (essentiellement à titre d’archive) regorgent d’informations pertinentes relatives au télémark.

    Site web d’intérêt

    On y retrouve de tout: des conseils, des récits d’expédition, des débats pimentés, des capsules vidéos, de l’équipement usagé, etc:

    • Absolute Telemark.com, un site québécois axé sur la pédagogie. Ses «podcasts» sont particulièrement intéressants, même si tout le contenu est en anglais
    • earnyourturns.com, un site américain très axé hors-piste et télémark avec un intérêt quand même marqué pour la randonnée alpine (AT pour alpine touring)
    • telemarcoeur.com, site conçu par un passionné français du talon libre
    • telemarkeast.com, un site dédié au télémark en Nouvelle-Angleterre
    • telemarktalk.com, site ravivé et remis sur pieds avec amour par un célèbre télémarkeur Québécois, le bien nommé JohnnyLove Dauphin

    Voilà! Maintenant vous avez -presque- tout ce qu’il faut pour vous y mettre! Et si vous hésitez encore… voici Dix raisons d’essayer le télémark cet hiver! Bonne glisse, bon talon libre!

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