En octobre dernier (17 octobre 2013), Pascal Bérubé, ministre délégué au Tourisme, faisait une annonce mémorable en terme de chiffres pour l’industrie touristique québécoise. Fier des montants avancés et de l’orientation prise par son gouvernement, le ministre exposait avec joie que l’industrie du tourisme hivernal figurait comme secteur touristique retenu parmi les facteurs clés de la croissance économique de la province. Cette annonce s’inscrivait dans le cadre de la Politique économique Priorité emploi divulguée par la première ministre Pauline Marois au début du mois d’octobre. Bien que l’information ait été relayée en surface dans la plupart des médias de massetrès peu de détails ont circulé quant à la part qui serait éventuellement accordée au ski alpin. J’ai voulu en savoir un peu plus et sonder Monsieur le ministre à propos de sa vision et de ses préoccupations.

Regard sur le contexte alpin

D’emblée, M. Bérubé reconnait l’importance du ski alpin comme moteur économique pour la province: « On sait que c’est une activité majeure en hiver, on a 6,2 millions de jours-ski par année et de ce chiffre, 1 million vient d’une clientèle extérieure, donc les 5,2 millions qui complètent prouvent que les Québécois skient beaucoup chez eux. Nous avons une offre variée et il y en a pour toutes les expériences: ski de soirée, stations touristiques à grand terrain, stations plus locales, en plus du hors-piste qui est en expansion. » Éclairé, monsieur le ministre! Même s’il n’est pas lui-même un skieur, il est très à l’aise de s’aventurer sur le terrain des sports de glisse.

En date de notre entretien, il était trop tôt pour indiquer avec précision quelle proportion des 60,1M$ alloués à la « Mise en valeur du tourisme hivernal » irait directement à l’industrie du ski alpin, mais le ministre est fort conscient de la place qu’occupent les sports de glisse dans le tourisme hivernal. Ses connaissances du milieu sont attribuables à la présence de trois stations de ski sur le territoire de sa circonscription: Pascal Bérubé étant député de Matane-Matapédia, il compte dans son fief les stations Mont Castor, Mont-Comi et Val-d’Irène. Il peut également compter sur les judicieux conseils et nombreuses discussions alimentées par son chef de cabinet, Alexis Boyer-Lafontaine. Ce dernier est en effet l’ancien directeur des affaires publiques de l’ASSQ et son expertise tombe fort à propos lorsqu’il est question de l’industrie du ski alpin au Québec. 

Au sujet de la situation parfois précaire des stations de ski dites « régionales », M. Bérubé s’est posé en défenseur de la variété, tout en admettant que le support financier reçu par le passé avait parfois été inégalement distribué. Lorsque viendra le temps d’étudier les sommes à répartir parmi les demandes formulées par les divers organismes touristiques, un comité aviseur aura pour rôle de s’assurer de la légitimité et du réalisme des objectifs de chaque requête. De son côté, le PADAT (Programme d’appui au développement des attraits touristiques) a reçu comme directive de réduire au maximum les délais d’analyse et de rendre le tout plus accessible et moins laborieux pour les demandeurs qui déposent des requêtes auprès d’Investissement Québec.

Et la consommation d’électricité? 

On ne peut parler de soutien financier sans parler des dépenses auxquelles les stations de ski font face annuellement, à commencer par les frais engendrés par la consommation d’électricité. Le sujet est au coeur des préoccupations de l’industrie et Pascal Bérubé connait la chanson: « On s’en fait parler très souvent. La demande est très forte et on a un comité qui étudie les demandes car oui, il faut établir une collaboration inter-ministérielle à ce propos. C’est sûr que si on s’aventure de ce côté, le rendement sera la clé du succès. On cherchera une amélioration des produits offerts, un allongement de la saison skiable… » Se voulant rassurant, le ministre ajoute qu’à sa demande, une équipe a déjà été mandatée pour évaluer l’enjeu des tarifs d’Hydro-Québec en lien avec l’enneigement mécanique et que chaque demande formulée est documentée et donne du poids au dossier, preuve d’une oreille attentive au ministère du tourisme. L’histoire nous dira si les demandes feront écho jusque dans le pavillon de la société d’état…

Éviter les répétitions

Chose certaine, avec un ministre ouvert sur les réalités et les besoins concrets des stations de ski, l’espoir est permis: peut-être verra-t-on une structure d’aide réellement bâtie pour ses cibles. Certains se souviennent du faible taux de participation au programme mis en place par les libéraux en 2008, visant à favoriser la modernisation des infrastructures des stations de ski du Québec. En juin 2011, au terme du calendrier prévu pour la durée du programme, la conclusion se trouvait fort loin des chiffres anticipés puisque les conditions imposées par Investissement Québec étaient incompatibles avec les besoins réels et la situation des stations de ski. À ce moment, le portrait dressé par l’ASSQ faisait état des raisons: les prêts offerts par le programme n’étaient pas avantageux, les demandes de garanties de loin supérieures à la capacité des stations et au final, le faible nombre de projets soumis et acceptés par le programme révélait que la structure ne correspondait pas aux impératifs économiques des stations de ski. 

Un exemple dans sa cour

En tant que député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé suit de près le développement du Parc Régional de Val-d’Irène. Pour lui, il s’agit d’une station régionale modèle dont la progression doit servir d’exemple, tant pour les organismes ministériels que pour les autres acteurs de l’industrie du ski. Alors que plusieurs stations enregistrent des saisons « ordinaires » voire « décevantes », le choix d’investir peut paraître risqué pour un observateur frileux mais la solution semble être dans les gestes osés: combattre le froid par le froid! « On souhaite que les Québécois skient encore plus chez eux, et pour ça, il faut non seulement augmenter la qualité de notre produit mais aussi intensifier les actions promotionnelles pour mieux se faire connaitre, ici et ailleurs. »

Bien sûr, la plupart des analystes s’arrêteront aux chiffres, et arriveront à la conclusion que le ski alpin au Québec se porte mal, et qu’il faut pleurer en se comparant à nos voisins du sud ou de l’ouest. Être à la traine, c’est une chose… se retrousser les manches en est une autre. Le peuple québécois étant réputé pour sa créativité et sa débrouillardise, si le coup de main politique (et financier) tant attendu et espéré peut enfin se concrétiser, il y a fort à parier que les analystes changeront d’air… en allant en ski!