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Ski freestyle: mais où sont les filles?

20 décembre 2016 | Chronique, par Christian Dumas
Photo Christian Dumas

Le ski freestyle, cette discipline associée à la liberté de skier, est très populaire auprès des garçons, mais qu’en est-il des filles? Je suis l’heureux papa de deux magnifiques jeunes filles qui aiment le ski freestyle et les parcs à neige. Cependant, au fil des ans, elles ont beaucoup de difficulté à rester accrochées à cette discipline. Comme nous faisons plusieurs sorties avec elles l’hiver, je me suis également aperçu qu’en comparaison avec les garçons, les filles sont bien peu présentes dans les parcs à neige. D’où mon questionnement: pourquoi n’y a-t-il pas plus de filles dans les parcs à neige?

Mes filles, c’est d’abord l’ainée, qui a 14 ans, puis sa cadette, âgée de 10 ans. Elles ont débuté le ski en très bas âge et sont maintenant des skieuses aguerries. Elles sont suivies dans la famille par leur petit frère, âgé de 9 ans. L’ainée, bien qu’elle y skie encore, ne s’engage presque plus sur les modules dans les parcs à neige. Elle s’y présente plutôt pour encourager sa sœur et/ou son frère, ou encore pour accompagner quelques amis ados qui rident les parcs en permanence. À noter ici le genre masculin.

Sa sœur cadette par contre aime encore beaucoup s’y aventurer. Elle aime tenter sa chance sur les différents modules, affectionnant particulièrement les box et les sauts, les rails étant encore un peu trop intimidants pour elle. Au cours des dernières années, la cadette et son frangin ont eu la chance de participer à de nombreuses compétitions amateures dans plus d’une trentaine de stations de ski différentes. Ils ont également participé à quelques circuits plus compétitifs. À chaque fois, j’ai fait le même constat, où sont les filles?

Dans sa catégorie, l’héritier peut compter sur plusieurs adversaires, alors qu’elle, elle est souvent la seule représentante des filles de moins de 11 ans. Dans les faits, elle est pratiquement toujours la seule en ski, qu’importe le groupe d’âge de la catégorie féminine. Quelques fois même, elle est jumelée avec des filles plus âgées qu’elle, ski et planche à neige confondu. À l’œil, le ratio atteint facilement une (1) fille pour 35 à 40 garçons. Aussi, plus la catégorie d’âge est jeune, moins la gent féminine est représentée.

C’est donc suite à ces nombreuses visites dans les parcs à neige du Québec que j’ai entrepris ma petite enquête. J’ai d’abord contacté les quelques rares filles que je croisais ici et là. Questionnées aux abords des pistes et remontées mécaniques, je constate qu’elles adorent rider les parcs, et qu’elles se foutent complètement d’être une fille dans un territoire majoritairement masculin. Pour elle, l’important, c’est de s’amuser. Cependant, lorsque je les invite à me contacter par écrit, la version change un peu. « À ma première année dans les parcs, j’attendais que personne ne soit devant un module avant de l’essayer » affirme Anouk.

La grande majorité des filles qui m’ont écrit parlent de la pression d’être une fille. Le commentaire « c’est très intimidant de commencer le Slopestyle en étant une fille, car tous les yeux sont rivés sur nous dû au peu de filles pratiquant ce sport. » revient, à quelques mots près, presque systématiquement.

Certaines me mentionnent également que « les filles trouvent l’idée de tomber gênante et/ou dangereuse, elles sont souvent affectées par les commentaires des garçons, donc, elles abandonnent par peur d’être ridiculisées.». De ce fait, je dirais que ces réponses sont effectivement en lien avec les commentaires entendus de la part de mes propres filles. « Mais papa, si je tombe, tout le monde va rire de moi! » me disent-elles. Et si j’ose questionner, « Pourquoi le monde rirait de toi? » elles me répondent : « Bin papa! J’suis une fille! ». Cette réponse m’étonne à chaque fois puisque nous enseignons et répétons à nos filles que ce sport n’a pas de sexe, et nous croyons que c’est ce qui en fait la beauté.

Je sais, par défaut les sports sont généralement catégorisés, les garçons contre les garçons, et les filles contre les filles. Cela dit, selon moi, tous peuvent pratiquer n’importe quel sport. Je comprends donc encore moins l’idée qu’ont les filles d’avoir peur d’être ridiculisées. J’ai donc demandé à plusieurs garçons de m’éclairer.

Il semble, selon plusieurs jeunes hommes, que cette pensée féminine préconçue soit fausse. Un d’entre eux, Vincent, m’a d’ailleurs écrit « J’admire les filles qui viennent dans le parc pour s’initier, ou se pratiquer au freestyle, puisqu’elles font preuve de courage et de beaucoup de volonté. En plus, elles partagent la même passion que nous. Beaucoup d’entre elles n’osent même pas entrer dans le parc puisqu’elles pensent que nous (les garçons) allons les juger.»  Et il enchaîne plus tard : « Rare sont les gars qui jugent une fille qui entre dans le parc. Je peux vous affirmer que les commentaires sont normalement plutôt positifs.».

Serait-ce alors la question de la fameuse image féminine projetée?  Selon une des filles avec qui j’ai eu le privilège de correspondre, ce serait « à cause de l’image du rôle modèle féminin qui est présenté aux jeunes filles » et cette image serait, selon un des garçons interviewés, « conditionnée sur les jeunes filles par l’entremise des parents, de la télé, des journaux et des magazines, et elle serait rarement axée sur les sports extrêmes comme le freeski ou le ski freestyle. ». Je dois dire ici que cette piste fait partie de mes hypothèses depuis longtemps. Je crois en effet que la société n’aide en rien la démocratisation et l’émancipation sportive féminine.

Existerait-il alors une solution? Tous les jeunes à qui j’ai posé cette question sont unanimes: la solution réside dans le support. D’abord, le support des amis, mais aussi des parents et de l’industrie. Les amis sont en effet le centre d’amarrage, la pierre angulaire selon eux. Anouk écrit : « Tout le monde est dans le parc pour les mêmes raisons: skier avec ses ami(e)s et s’amuser. » Tous les jeunes avec qui j’ai discuté et correspondu, qu’ils soient garçons ou filles, amateurs ou professionnels, l’ont confirmé. Annabelle mentionne entre autres que selon elle, « il ne manque rien dans les parcs à neige si tu es entourée d’un bon cercle d’amis.»

Il y a aussi le support parental. Ce support peut sembler une évidence, mais il serait vraiment nécessaire. Quelques-uns, dont Laurence, m’en ont parlé : « Tout commence par le support parental, c’est aux parents en premier lieu de faire leur part en brisant la préconception de ce qu’une femme devrait être ». L’appui parental serait donc plus important qu’un simple apport financier…

Selon plusieurs, l’industrie dans son ensemble aurait, elle aussi, son importance. Sans l’implication constante des acteurs de l’industrie, bien peu d’athlètes auraient la chance de progresser vers les niveaux supérieurs. À ce sujet, deux pros, Maude et Phillip, m’ont indiqué que « Les édits (vidéos) sont de bons moyens pour progresser, c’est comme ça que tu trouves des sponsors qui peuvent t’aider financièrement en te fournissant de l’équipement ou en payant pour tes compétitions », et que « […] sans le soutien de mes commanditaires, qui sont essentiels, je ne pourrais me produire sur la scène mondiale comme je le fais présentement ».

Malheureusement, et je partage ici l’opinion d’Isabelle à ce sujet : « Le ski freestyle est un sport tellement privilégié et difficile d’accès, qu’il fait en sorte que c’est très rare que tous les éléments soient mis en place pour créer une freeskieuse, surtout si elle veut atteindre les plus hauts niveaux. » 

Sans prétendre détenir la solution, j’ai tout de même la conviction que tous les acteurs cités doivent s’affairer dès maintenant à mettre en place des incitatifs qui permettront aux filles, jeunes et moins jeunes, d’y trouver leur compte dans les différents environnements de ski freestyle.

Je souhaite, en terminant, que mes filles n’abandonnent pas complètement le ski freestyle, c’est tellement beau de les voir faire. Je dirais que ce sport, bien qu’il soit extrême, procure une gamme d’émotions qui s’apparente aux grâces des grands gymnastes. Que sa beauté selon moi, réside justement dans le fait que tous, peu importe le sexe, peuvent le pratiquer au même niveau et dans les mêmes environnements.

J’aimerais remercier tous les freestylers et freeriders qui ont échangé avec moi, ce fut très intéressant et surtout, enrichissant. Merci spécial à Annabelle, Anouk, Isabelle, Laurence, Maude, Phillip et Vincent, vos commentaires et surtout vos réflexions étaient honnêtes et remplis de vérités. Vous êtes beaux et belles à lire. Bon ski freestyle à tous!

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Christian Dumas
Adepte de ski depuis sa tendre enfance, Christian adore le pratiquer autant en famille qu'entre amis. Au fil des années, il a touché à la compétition, à l’enseignement, à la patrouille ainsi qu’au ski adapté. Habile communicateur, il sait imager ses expériences sur les pentes et les communique magnifiquement au travers de ses chroniques publiées sur ZoneSki.