Après quelques saisons moins fructueuses que d’autres au chapitre météorologique, le questionnement de la prospérité d’une station revient souvent « sur le tapis ». Au grand dam de leurs administrateurs, un bon nombre de stations de ski du Québec a bu le bouillon en 2011-2012 en lien avec un début tardif, des précipitations aléatoires et une fin abrupte. Certaines stations, malgré leur taille moyenne, s’en sont tiré mieux que d’autres… Leur secret? Le passage, longuement médité et planifié, à l’exploitation «4 saisons». Portrait de ces stations, dont l’administration regarde l’arrivée du soleil sans grincer des dents!

En Mauricie

Pour Alain Beauparlant, directeur général de la station mauricienne Vallée-du-Parc, l’orientation de la station vers 365 jours d’opération se fait surtout pour répondre à une demande relativement importante venant de la clientèle déjà établie de la station. Cependant, l’argument financier le plus important reste bien sûr la possibilité d’amortir la saison de ski sur 12 mois, plutôt que sur 4 ou 5. De plus, l’opération d’une station sur quatre saisons permet bien sûr de conserver les emplois, ce qui n’est pas pour déplaire aux différents employés de Vallée-du-Parc!

Puisque la demande vient de la clientèle régulière, la direction de la station a choisi de conserver la même approche que lors de l’hiver lors de son choix des activités estivales. L’idée est donc d’offrir des activités abordables, accessibles à la famille moyenne, sans jamais tomber dans l’excès d’adrénaline et le risque moins calculé. Les activités sauront donc d’abord attirer la clientèle locale, puis rejoindre des gens de l’extérieur, on peut comprendre ici qu’il s’agit de gens qui ne viendraient pas nécessairement skier à Vallée-du-Parc en hiver mais qui passeraient dans la région pendant l’été.

Parmi les activités développées, la station a fait d’une pierre deux coups en développant des sentiers de raquette, qui seront exploités pour le vélo de montagne. L’idée n’est pas de chercher à compétitionner les services déjà existants dans les environs. Sachant que Vallée-du-Parc se situe à une vingtaine de kilomètres du Parc National de la Mauricie, difficile de vouloir y implanter un volet nautique complet… la direction de la station a donc décidé de se jumeler avec divers intervenants de la scène touristique régionale afin d’offrir l’accès à de l’hébergement et des activités variés, en partenariat avec les différentes entités touristiques déjà présentes. Le mot d’ordre: facile, et abordable!

Bien sûr, on n’attire pas les mouches avec du vinaigre et ça, Alain Beauparlant l’a compris depuis longtemps: lui-même père de famille, il a axé beaucoup des décisions prises pour le virage quatre saisons sur des discussions qu’il a eues avec son fils. Il a ainsi mis le doigt sur plusieurs points d’intérêt et sur les réels besoins de la clientèle familiale de sa région.

Au Saguenay-Lac-St-Jean

L’approche de la station saguenéenne Le Valinouët est relativement comparable: Roberto Tremblay, directeur général de la station, jongle depuis plusieurs années avec l’idée d’investir pour des sentiers de vélo de montagne (et de ski de fond), en partenariat avec le parc des Monts-Valins (SEPAQ). Partisan de la doctrine « l’union fait la force », Mr Tremblay pousse depuis plusieurs années pour réussir à réunir tous les intervenants du milieu touristique de la région de Saguenay -et il y en a plus d’un! Entre les ZEC, les pourvoiries, les parcs et les lacs, c’est un éventail très large d’activités qui s’offre à une clientèle de plus en plus diversifiée. Pêche, kayak, randonnée, vélo, camping, rien ne doit être laissé à l’écart. Les investissements porteront bientôt fruit et Roberto Tremblay est très optimiste à propos des résultats. De la même manière que pour la station de Vallée-du-Parc, la réduction du roulement de personnel ainsi que l’amortissement des coûts d’exploitation sur une plus longue période seront bien entendu des conséquences positives espérées.

Dans le Bas-St-Laurent

Du côté du Parc du Mont Saint-Mathieu, le son de la cloche financière n’est pas différent. Selon François April, directeur du Parc, la vocation quatre saisons d’une station comme la sienne va de soi puisque les ressources naturelles ne manquent pas avec la proximité du lac, de la montagne et des différents sentiers environnants. Cet amalgame permet de mettre en valeur les attraits naturels de la région, sans oublier encore une fois l’avantage monétaire… quoi de mieux que de rentabiliser les investissements, tout en augmentant l’offre d’activités faite à la clientèle? 

D’emblée, François April affirme qu’il est hors de question d’entrer en compétition contre les formules clubs et les grands «resorts». Ceux-ci ont des frais d’opération beaucoup trop gros pour la capacité des stations de moyenne envergure et le développement des projets se fait avec les attraits déjà en place, sans chercher à les fabriquer. Certains diront qu’il s’agit de mettre les boeufs au bon endroit, c’est à dire devant la charrue!

Un sentier de randonnée au Massif du Sud

Il y a fort à parier que la clientèle estivale du Parc du Mont Saint-Mathieu sera légèrement plus touristique en été, et restera plus régionale en hiver. L’été amenant son lot de voyageurs vers l’est, la station pourra bénéficier de ce flot grâce à une mise en marché intelligente. Le Parc offre déjà à ses visiteurs une grande variété d’activités dont des sentiers pédestres, une plage des sentiers de vélo de montagne, et peut-être même un petit circuit d’escalade, et quelques surprises seront au menu pour l’été qui arrive! Le développement de ces activités se poursuivra sur les prochaines années.

Le nouveau volet hébergement du Parc offre des possibilités de location de grandes salles de réception de même que des formules hôtelières plus intime. Jusqu’à maintenant, la direction se dit très heureuse de la réponse positive de la clientèle environnante. De plus, le désir du Parc de s’associer avec les promoteurs privés de la région porte fruits et permet d’ajouter à l’offre de service déjà présente, de manière à rassembler la clientèle familiale, qu’elle provienne de la région ou de l’extérieur.

Ces trois projets (Vallée-du-Parc, Le Valinouët et le Parc du Mont-St-Mathieu) sont évidemment porteurs d’espoir pour les stations qui les développent. Si on se fie à l’expérience de certaines stations de ski qui ont déjà fait le saut, le résultat ne peut être que favorable. Par exemple, Burke Mountain, qui offre des sentiers de vélos de montagne reliés à la Kingdom Trail Association depuis l’été 2011, a suivi un chemin bien tracé, sans faire de jeux de mots. D’après la responsable du marketing et des évènements de la station vermontoise, Hannah Collins, la demande était forte et la station de ski avait tout intérêt à y répondre: les dernières années ont vu une augmentation marquée de la fréquentation des sentiers de la Kingdom Trail et il était tout naturel pour Burke de s’y associer. À la question de l’impact financier, Mme Collins répond par la positive en affirmant que l’importance de conserver les emplois, d’en créer des nouveaux et de générer des retombées économiques faisait partie des facteurs qui ont grandement pesé dans la balance.

Plus près de chez nous, d’autres stations ont aussi développé des produits d’été il y a de cela plusieurs années: on pense à Ski Bromont et au Mont St-Sauveur, au Mont-Ste-Anne, au Mont Tremblant… D’après Lisa-Marie Lacasse, chef de service des communications du Mont-Ste-Anne, le développement d’activités estivales était un impératif: la station aux multiples facettes accueille une épreuve de la Coupe du monde de vélo de montagne depuis plus de 20 ans et le MSA bénéficie d’une clientèle déjà bien établie. En effet, les habitués savent qu’ils y trouveront nombre de sentiers et de pistes variés, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle la station développe constamment de nouveaux segments. De plus, elle ajoute de nouvelles activités à son éventail, comme un terrain de disc golf de 12 paniers (été dernier) ainsi qu’une piste de modules d’hébertisme à la base de la montagne. Bien que le Mont-Ste-Anne tire la majorité de ses revenus de son exploitation hivernale, le développement des produits d’été comporte un avantage marqué concernant le maintien des emplois et la stabilité du personnel… les employés de la station ont leur montagne à coeur!

En somme, les virages vers une exploitation quatre saisons que prennent les stations ne sont pas qu’une question de mode puisqu’il y a, bien au-delà du potentiel naturel à exploiter, un impératif financier à ne pas renier. Bien sages sont ceux qui y ont pensé dans les dernières années, bien fous seraient ceux qui repousseraient cette idée du revers de la main sans y penser à deux fois!