En ce 29 décembre 2015, il fait un 35 degrés Celsius cuisant mais sec. Je me trouve au beau milieu du désert d’Ica au Pérou, au sommet d’une dune, les skis aux pieds, prêt à descendre. Je regarde le paysage qui se dévoile à mes yeux; bien que celui-ci soit composé de formes rappelant l’environnement montagneux, le sable remplace la neige et la chaleur substitue le froid. L’inversion est totale, le dépaysement aussi. Il y a quelque chose d’un peu irréel dans ce que je m’apprête à faire.

Alejandro Veliz, un sandboarder qui travaille pour l’organisation SandSnow School, m’encourage à me lancer : « Allez! Vas-y mon chum! » Outre sa langue natale qu’est l’espagnol, ce Péruvien parle bien l’anglais et balbutie quelques mots français grâce aux nombreux skieurs et planchistes qui, comme moi, passent par l’Oasis de Huacachina pour vivre l’expérience du ski ou de la planche sur le sable durant un voyage au Pérou.

Je m’élance donc sur la pente raide de la dune. Mes virages s’enlignent à merveille sur une surface soyeuse: la base compacte est recouverte de quelques millimètres de sable fin et léger, voire même poudreux. La sensation de glisse est très similaire à celle du ski sur une piste fraîchement damée, sans glace, recouverte d’un peu de neige. Malgré le fait que je sente une petite résistance qu’on ne retrouve pas sur la neige, je suis en mesure de bien descendre, de faire du grand ou du court rayon et de prendre de la vitesse.

L’expérience Huacachina

Quelques heures auparavant, je me trouvais dans l’autobus qui me transporte de Lima, la capitale du Pérou, jusqu’à la ville d’Ica. Sur le chemin, deux paysages s’offrent aux yeux: d’un côté le désert, aride, et ses dunes; de l’autre, la côte qui se noie dans l’océan Pacifique.

Du terminus d’autobus d’Ica, en plein milieu du typique chaos urbain péruvien, il faut prendre un taxi qui nous amène à l’Oasis de Huacachina, situé à seulement 10 km de la ville. Cet endroit, construit autour du petit lac entouré de dunes, est constitué principalement d’hôtels et de restaurants. C’est un arrêt reposant pour le touriste qui découvre le Pérou, tout comme pour le Péruvien qui désire se la couler douce pour une fin de semaine.

C’est à l’Oasis que sont situés les bureaux de la SandSnow School, où m’accueillent Alejandro et sa collègue Rossana Rodriguez. Ceux-ci m’y attendent afin de me fournir les skis et les bottes; puis, à 15h, une fois les ajustements effectués, Alejandro et moi nous dirigeons vers une des dunes qui s’élèvent où la rue de l’Oasis se termine. Nous montons un peu à pied, question d’essayer la sensation de glisse sur le sable.

Après m’avoir prodigué ses conseils, Alejandro me laisse tester le sable. La sensation est un peu différente comparativement à la glisse sur la neige, mais je m’y habitue très vite. En fait, n’importe quel skieur, peu importe son habileté, sera capable d’adapter sa technique.

Après deux petites descentes «test», nous embarquons dans un buggy qui nous transporte à plusieurs kilomètres, vers les hautes dunes de cette partie du désert. Il est environ 16h, et le soleil se couche vers 18h30. Nous avons le temps d’enchaîner plusieurs descentes sur différentes dunes, dont le dénivelé se situe autour de 150 mètres, avant d’assister à un superbe coucher de soleil.

À la sueur

Comme j’aime bien aussi «gagner» mes virages, je me lève vers 6h le lendemain matin. Mon idée est de skier quelques fois une dune d’environ 200 mètres de dénivelé qui surplombe l’Oasis. Celle-là n’est pas accessible en buggy, puisque son sommet prend la forme d’une longue et mince crête. Je passe donc aux locaux de SandSnow School pour reprendre les skis, que je place sur mon sac à dos, et par le fait même saluer Alejandro et Rossana qui attendent un groupe de planchistes pour 7h. C’est que les journées de ski se déroulent en deux temps, soit entre 7h et 10h et entre 15h et 18h. Entre cela, il fait trop chaud.

Je prends donc d’assaut la dune avant que le soleil ne se fasse trop insistant. L’ascension me donne le temps de contempler le paysage, d’apprécier l’endroit et de profiter de ce moment où tout semble s’être arrêté. Rien ne bouge ici, pas un son ne vient briser le silence. L’horizon composé de courbes montagneuses brunes, qui s’étendent à perte de vue, représente quelque chose de déroutant pour l’esprit. Et on en vient à s’émerveiller de cet environnement qui n’est pas a priori naturel pour le skieur.

Du haut de la dune, j’ai une vue sur l’Oasis, certes, mais aussi à l’opposé sur ce que les gens du coin appellent «la terre promise»: une route bordée d’habitations de fortune, qui s’enfonce à perte de vue dans le désert.

Prenant mon temps, je m’applique au rituel d’étendre la cire de chandelle sur la base du ski avant la descente. Je pose ensuite les skis sur le sable, insère les bottes dans les fixations et m’élance pour la descente. Les conditions du champ de sable sont parfaites. À chaque virage, le son des skis qui glissent délicatement ne cesse de me fasciner, alors que mes traces s’imprègnent sur le sable. Je recommence l’ascension et la descente une seconde fois. Si la substance est différente, le plaisir de skier, lui, ne s’est pas perdu.

Voici une courte vidéo pour vivre un peu plus la sensation de glisse sur sable, au chaud!