Certains noms s’imposent comme des institutions dans un contexte donné. Les noms de famille marquants sont nombreux au Québec, qu’ils soient de souche ou non. Fondateurs, bâtisseurs, investisseurs, créateurs et fonceurs, tous ont contribué à façonner le paysage de leur région, à plus ou moins grande échelle. La famille Setlakwe n’y fait pas exception! Bien campée sur la rue Notre-Dame Ouest à Thetford Mines, l’enseigne verticale est aussi emblématique que la boutique et la famille. Une rencontre avec Richard Setlakwe, c’est une occasion unique de parler à un enraciné du Québec, qui a sa région et le ski tatoués sur le coeur.

Pas besoin d’avoir un certificat en langues étrangères pour comprendre que le nom Setlakwe n’est pas d’origine québécoise. Richard est de descendance arménienne, mais le nom que sa famille porte n’est pas celui que les ancêtres portaient en Arménie; il est une traduction de l’arabe, signifiant « six frères ». Fuyant le climat toxique précédant le génocide arménien perpétré par les Turcs, le grand-père s’est installé à Disraeli et a changé son nom de Sarafian à Setlakwe. Richard a donc grandi dans une famille d’immigrants entrepreneurs: rapidement après l’arrivée de la famille au Québec, son père et son grand-père ont fondé le magasin qui porte encore fièrement leur nom. Un bel article du Journal de Québec retrace d’ailleurs les exploits de ce commerce.

Richard Setlakwe dans les pentes du Mont Adstock. Photo Jacques Boissinot

Rapprochons-nous du ski: la famille Setlakwe n’étant pas familière avec cette discipline, c’est Richard qui a fait office de découvreur dans ce domaine. À l’âge de 20 ans, il s’est frotté aux pistes de Tremblant avec des amis… après une descente qui lui a pris l’avant-midi, il a décrété qu’on ne l’aurait pas aussi facilement! Il s’est donc inscrit pour des cours au Mont Adstock, la station qui verra le nom Setlakwe skier pendant plusieurs décennies. De virage en virage, il a entrainé toute sa famille à découvrir les joies de la glisse et aujourd’hui, c’est la tête et le coeur remplis de fierté qu’il indique que toute sa descendance skie.

Jusqu’à ce jour, Richard Setlakwe enfile ses skis en moyenne trois jours par semaine, pour un total frôlant les 50 jours de ski par saison. Ajoutons un voyage en Europe par année -son coup de coeur: Les Trois Vallées- et une tournée des stations de la région immédiate, et vous avez des statistiques que plusieurs skieurs trentenaires envient! Soufflant fièrement ses 85 bougies, le skieur vibre toujours autant lorsqu’il regarde ses Rossignol Hero Master. Sa boutique est d’ailleurs le plus vieux revendeur de la marque au coq français dans toute l’Amérique du Nord!

Son implication dans le monde du ski s’est également traduite par un passage en tant que membre du CA du Mont Adstock dans les années 1970. De ses propres dires, Richard Setlakwe mange du ski à l’année longue: il s’implique encore auprès de la station en s’occupant du bazar; il a également mis sur pied un service de location saisonnière d’équipement junior en boutique: tout pour la relève! Il considère d’ailleurs qu’il faut en faire davantage pour amener les écoles à la montagne: même si de tels programmes existent déjà, ils sont à son avis sous-développés et mériteraient bien plus de considération sociale et politique.

En accord avec son temps, « Pépère » Setlakwe voit les avancées technologiques dans le monde du ski d’un bon oeil. Celui qui a vu passer à peu près toutes les sortes de ski se réjouit de la possibilité d’avoir une paire de skis appropriée pour chaque type de conditions. L’arrivée du snowboard a selon lui poussé les fabricants de matériel alpin à se dépasser et à innover pour sortir d’un contexte répétitif. Malgré l’offre touristique plus variée, la « compétition » entre les différentes sphères et les changements climatiques, Richard est optimiste: on ne déracinera pas le ski de si tôt, parole de Setlakwe!