Big Hill – Côte 50 – Mont Prévost

Cette station est l’exemple parfait d’une station qui a été très populaire pendant une longue période de temps, mais qui aujourd’hui est inconnue de la majorité de ceux qui skient dans les Laurentides. Au niveau de la ville de Prévost (résultat de la fusion des municipalités de Prévost, Shawbridge et Lesage), l’autoroute 15 passe sur la partie du bas de cette station, alors que le haut de la station est redevenu une forêt.

Au début des années 1900, les skieurs de Montréal, surtout des anglophones, pratiquaient leur sport sur le mont Royal et dans les environs. La création du Montréal Ski Club en 1904 a simplifié pour les skieurs l’organisation des voyages de ski dans les Laurentides en utilisant le train. Plusieurs skieurs demeuraient dans des hôtels situés près de la gare de Shawbridge, comme le Maple Leaf Inn dont le nom est indiqué sur la photo principale. D’autres skieurs se sont regroupés pour pouvoir posséder une propriété, tel le Laurentian Lodge Club qui a été fondé en 1923. Adjacent à ce bâtiment, le Shawbridge Golf & Country Inc. a été incorporé en 1927. L’endroit était donc utilisé en hiver par les skieurs et en été par les golfeurs. Le golf est aujourd’hui fermé, et le chalet est devenu une propriété privée. Ces 2 photos montrent que c’était un endroit chaleureux pour les membres.

De ces 2 emplacements situés à Shawbridge, on pouvait voir de l’autre côté de la rivière du Nord, à Prévost, les terres de Ménasippe Richer. Je ne sais pas s’il y avait une entente particulière, mais dans les années 1920, les skieurs venaient y faire du ski. Sur la photo, on peut voir M. Richer devant des chevaux, et à l’arrière, la pente qui était connue sur le nom de Big Hill. Le nom est simplement une description de l’endroit, cette pente étant plus imposante que celles que l’on retrouvait alors dans la région.

Avant les années 1930, il n’y avait pas de remontées mécaniques, et on devait consacrer beaucoup plus de temps à monter une pente qu’à la descendre. Les deux photos sont d’avant 1930, et le dessin montre l’endroit à la même période de temps.

Sur la première photo, l’aspect ondulé de la pente Big Hill est bien visible. La 2e photo est particulièrement intéressante, car on voit très bien l’emplacement des 2 ponts qui existaient à l’époque. Le pont dans le bas de la photo est pour les automobiles, et il existe encore aujourd’hui. L’autre pont était plus près de Big Hill, mais il était pour les trains. Malgré les risques, nombreux ont été les skieurs et les randonneurs qui l’ont utilisé. Voici le témoignage d’une telle personne : J’ai traversé maintes fois ce pont du chemin de fer. Il ne fallait pas avoir le vertige et heureusement, au centre du pont, il y avait un espace de survie si un train passait.

Dans les années 1920, et une bonne partie des années 1930, les journaux indiquaient les endroits où trouver des ‘champs de neige’ pour faire du ski. Le CNR a publié cette photo en 1930, faite dans la région de Big Hill. On voulait montrer que les champs de neige n’étaient pas loin de la voie ferrée.

Vers le tout début des années 1930, 2 hommes ont eu l’idée de construire dans les Laurentides une remontée mécanique pour aider les skieurs à se rendre au sommet d’une pente. L’un était Moïse Paquette à Sainte-Agathe, et l’autre Alex Foster à Big Hill. L’idée de base était d’avoir un câble sans fin qui était actionné par la roue d’une automobile. C’est ce qu’on appelle un fil-neige, ou à l’époque un ski-tow. Comme il était facile d’installer et d’enlever un tel fil-neige, à part les témoignages de skieurs de l’époque, les seules traces qui sont restées sont des photos. Heureusement, il existe des photos de ce que des sceptiques ont appelé Foster’s Folly. Qui voudra payer pour pouvoir remonter une pente en utilisant un câble ? Au début, le fil-neige a été installé sur le côté nord de la pente, puis il a été installé plus au sud et il était plus long. On peut déduire que dans les premières années, son fonctionnement était assez expérimental. À partir de l’hiver 1933-1934, on mentionne dans un journal l’existence d’un fil-neige à Big Hill.

Selon l’Index aux immeubles, en mars 1938, Ménasippe Richer a vendu à son fils Camille le terrain où la pente Big Hill était située. En 1940, celui-ci le loua 100 $ par année pour 5 ans, du 15 septembre au premier avril, afin d’y opérer une station de ski. Les locataires avaient l’option de prolonger le bail pour une période de 2 ans. Dès l’hiver 1940-1941, le Shawbridge Ski-to était en opération, ainsi qu’un chalet. Ces 2 documents, avec le ‘w’ en moins, coïncident parfaitement avec les informations trouvées dans un journal de janvier 1941.

Cet article de journal de 1940 montre que Moïse Paquette continuait d’améliorer le mécanisme de fonctionnement de son fil-neige. L’usage d’un fil-neige (ski-tow) était devenu populaire dans les Laurentides, cette liste de janvier 1942 le prouve. J’aime bien le début de l’article : ‘’ C’est peut-être une invention destinée à favoriser la paresse humaine’’.

Cette publicité sur les trains pour les skieurs explique pourquoi les articles dans les journaux associaient Big Hill avec Shawbridge et non avec Prévost. On débarquait à la gare de Shawbridge pour aller skier à Big Hill. La 2e photo est une publicité de 1941 pour un équipement complet pour un skieur, soit 6 morceaux pour 13,50 $. Skier avec cet équipement serait toute une expérience.

C’est dans un journal de janvier 1946 que j’ai vu pour la première fois le nom de Côte 50 associé au nom Big Hill. Plusieurs pistes dans les Laurentides étaient désignées par un chiffre. J’ai trouvé par pure chance cet important document publié en 1954 par l’Association du ski de la Zone Laurentienne, montrant les pistes de ski et les monte-pentes. Cet extrait permet de voir sous le mot ‘Prévost’ l’emplacement de la Côte 50, les cercles rouges représentent le fil-neige, et les lignes rouges en haut et en bas de la piste de ski sont les 2 embranchements de la célèbre piste Maple Leaf.

Il est logique de penser que suite à l’expiration du bail, Camille Richer a opéré lui-même la station de ski. L’utilisation du nom Côte 50 est devenue plus fréquente que le nom de Big Hill. Les 3 photos suivantes montrent le fil-neige dans les années 1950. Au haut de la pente à la fin du fil-neige, il y avait un fil caoutchouté qui pouvait arrêter à tout moment le fil-neige de fonctionner si le vêtement d’un skieur était pris dans le câble.

Sur la 1re photo, on voit le début du fil-neige, ainsi que le restaurant et le stationnement. Sur l’écriteau, on constate que le ‘w’ est de retour, le nom devenant Shawbridge Ski-tow. Cependant, on garde séparément le nom de la station, Côte 50, et le nom de l’entreprise exploitant la station de ski. Par la suite, comme le montre ces billets, le nom changera à Prévost Ski-tow. Considérant que les skieurs dans les années 1950 ont commencé à privilégier l’automobile aux dépens du train pour venir skier, il devenait important qu’il soit clair que la Côte 50 était située à Prévost.

Pour commémorer leurs 50 ans de partenariat, les petits-fils de John Labatt, John et Hugh Labatt, ont mis en vente la bière Labatt 50. Le représentant de la brasserie Labatt, Bruno Aubin, sauta sur l’occasion pour faire le lien entre la Côte 50 et la Labatt 50. Il créa le slogan publicitaire : ‘’Après la descente, une 50, ça vous remonte ! ‘’

Lors d’une compétition en janvier 1960 entre des clubs de ski, chez les femmes, c’est Aline Richer qui gagna la compétition. On voit celle-ci recevant le trophée de Bernard Trottier, le chef de course. Sur la 2e photo, au centre avec un chapeau, c’est Camille Richer, le propriétaire de la station. L’homme avec le trophée est Hubert Savignac.

Pour l’hiver 1959-1960, parallèlement et au sud du fil-neige, on installa une remontée de type poma. Cette remontée se terminait un peu plus haut que le fil-neige. Sur la 3e photo, c’est Germain Richer, fils de Camille.

On a donc changé le nom de Prévost Ski-tow à Prévost T-bar. En 60 ans, il n’y a pas que les prix qui ont augmenté, la longueur d’un numéro de téléphone a aussi allongé. À partir de l’hiver 1960-1961, les journaux ont commencé à utiliser le nom ‘Mont Prévost’ pour désigner la station de ski.

Peu de temps après avoir inauguré en 1959 l’autoroute des Laurentides jusqu’à Saint-Jérôme, on a réalisé l’importance de continuer celle-ci jusqu’à Sainte-Agathe. Dans le secteur de Prévost, on a exproprié des propriétés en 1961 et en 1962, dont le bas de la station de ski Mont Prévost. Les travaux ont commencé dans la région de Saint-Jérôme en juillet 1962, et à l’hiver, ils n’étaient forcément pas encore commencés dans le secteur de Prévost. Il y a certainement eu une entente entre Camille Richer et les responsables de la construction de l’autoroute, car les journaux de l’époque sont unanimes à indiquer qu’il y a eu du ski au Mont Prévost à l’hiver 1962-1963. On travaillait rapidement, la section de Saint-Jérôme à Saint-Sauveur ayant été inaugurée à la fin de décembre 1963.

La collaboration de Germain Richer a été essentielle à la réalisation de cet article, tout comme l’utilisation des documents et photos conservés par sa sœur Aline. Les recherches effectuées par Robert Miron dans l’Index aux immeubles ont aidé à bien situer dans le temps l’histoire de la station. Louis Véronneau m’a donné accès à des archives du Laurentian Lodge Club. Les 2 photos de Big Hill en été proviennent de Guy Thibeault. Les documents et les photos trouvés dans la section numérique de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) ont permis de vérifier et de mieux comprendre l’histoire de la station.

Cet article fait partie de la section sur les stations de ski du Québec qui sont aujourd’hui fermées. Comme la grande difficulté d’un tel travail est de trouver des photos et de l’information sur ces stations, si vous détenez des perles concernant une station oubliée ou fermée et que vous souhaitez les partager avec l’auteur, vous êtes invité à communiquer avec lui par courriel afin de lui permettre d’ajouter de l’information à un dossier existant, ou d’inclure une autre station à cette section à l’adresse suivante: stations.fermees.qc@gmail.com

Mont Grand-Fonds, 18 février, juste du bonbon !

Comme je devais partir de La Baie au Sagnenay pour me rendre à la station, je me suis dit tiens, pourquoi ne pas commencer ma journée en passant par le « petit parc », c’est-à-dire la route 381, qui permet de traverser la Réserve Faunique des Laurentides et le parc national des Grands Jardins pour ensuite aboutir dans la région de Charlevoix. Cette portion du Québec est un joyau à regarder par ses montagnes immenses et ses paysages à tout casser, mais attention, l’hiver, la route est presque toujours glacée alors il faut s’armer de patience et user de prudence !

La douceur du « corduroy »

À ma première descente, j’ai été attirée comme un aimant vers la pente « Du Ruisseau », car le damé était d’une excellente qualité et très peu skié. Je vous décris mes sensations: du velours sous ma planche, suivi d’une légère vibration, accompagné du son exquis d’un « corduroy »: parfait pour commencer la journée en beauté et tout en douceur.

Découvrir le Versant du Lynx

Étant souvent en solo au télésiège lorsque je sors en montagne, je dois me jumeler avec d’autres skieurs et planchistes, ce qui me permet parfois de faire de belles rencontres. Je me suis retrouvée à faire quelques descentes avec Evelyne, qui m’a guidée à merveille au travers le versant du Lynx. J’ai donc découvert un tracé qui me permet de passer d’un sous-bois à l’autre sans être obligée de descendre les pentes à bosses. « Les Chevreux » avait très peu de traces et une poudreuse légère qui explosait sous ma planche.

Le Nid d’Aigle c’est du bonbon !

Lors de ma première descente dans le Versant du Lynx, je me suis jetée dans le sous-bois « Le Nid d’Aigle ». Loin de me douter que j’allais arriver face à un mur pentu qui me donnerait une petite frousse. Avec tout mon courage, je me suis lancée dans cette partie pentue du boisé sans m’imaginer l’épaisseur de la neige pour m’accueillir tout en bas. Littéralement, celui-ci m’a procuré un méchant plaisir, assez pour y retourner deux fois de suite !

Événement sportif « La Virée Nordique »

En ce 18 février se déroulait l’activité grand public, Km vertical Sprint & Enduro – ski de randonnée. Le sprint consiste à monter le plus rapidement possible au sommet de la montagne via la piste #11. Pour les athlètes plus aguerris, un tout nouveau volet enduro était offert, avec le cumul de trois ascensions par les pistes du Trappeur, Paddy et enfin la piste #11 !

Le Mont Grand-Fonds vaut le détour, car cette montagne est à découvrir. Les gens sont sympathiques et les pistes exquises. Profitez de la saison qui bat son plein pour aller visiter ce domaine skiable!

Le ski dans tous ses états à Bariloche (Argentine)

En ce mois d’août 2022, une tempête de neige nous donne du fil à retordre pour traverser la frontière entre le Chili et l’Argentine, notre destination de ski pour les semaines à venir. Un intense système frontal a frappé les Andes durant cinq jours, laissant jusqu’à trois mètres de neige par endroit. Les routes de montagne sont impraticables, les postes frontaliers fermés, les stations de ski inopérables et les équipes de déneigement y vont à un rythme qui feraient perdre la tête à n’importe quel Québécois anxieux de faire ses premières traces. Bienvenue en Amérique du Sud, où les saisons et le rythme de ski sont à l’opposé de notre hémisphère.

Alors il faut voir le bon côté des choses : les montagnes se sont remplies de neige, de beaucoup de neige. Et cela, c’est une bonne nouvelle pour deux skieurs qui entament un road trip à travers le nord de la Patagonie argentine, une région souffrant souvent d’un mince manteau neigeux. De fait, la majorité des systèmes arrive par le Pacifique, frappe les Andes qui agissent comme une barrière, et laisse souvent le double, sinon le triple de neige du côté chilien de la cordillère par rapport au voisin argentin, qui se contente des miettes. Mais cette fois-ci, les choses se passent autrement vu l’ampleur du système, et le côté argentin a reçu sa part du pactole neigeux.

Lorsque les routes finissent par ouvrir, mon ami chilien Filipo Castillo Fuentes et moi-même sommes prêts à traverser du Chili à l’Argentine par le col frontalier international Cardinal Antonio Samorè pour rejoindre notre destination de ski principale : San Carlos de Bariloche, où se trouve notamment Catedral Alta Patagonia, le plus gros centre de ski d’Amérique du Sud.

En station: Catedral Alta Patagonia

Vue sur le terrain alpin de la station Catedral alta Patagonia.

À une quinzaine de kilomètre du centre-ville de Bariloche, une bourgade très touristique d’environ 130 000 habitants, se trouve la station de ski Catedral Alta Patagonia. Avec ses 1150 mètres de dénivelé, 28 remontées mécaniques et plus de 50 pistes balisées, il s’agit d’une destination majeure du ski en Amérique du Sud. Le centre de ski, dont les pistes débutent sous la limite des arbres pour s’étendre ensuite sur plusieurs sommets alpins, offre un terrain de jeu majoritairement intermédiaire et avancé. C’est la seule station dans l’hémisphère sud qui compte sur un téléphérique et un télésiège sextuple, en plus d’avoir une télécabine et plusieurs télésièges débrayables.

Le téléphérique sort des nuages à Catedral Alta Patagonia.

C’est donc une station avec beaucoup de capacité de remontée et du défi en masse, mais c’est aussi très certainement une des plus achalandées. Selon les locaux, nous y sommes lors d’une journée peu achalandée en pleine semaine, et pourtant à certains télésièges principaux l’attente peut atteindre une dizaine de minutes. Mais en choisissant bien ses montées et ses moments, il est aussi possible d’éviter les foules, notamment en skiant aux extrémités de la station, par exemple dans les secteurs d’El Bosque ou des Condors.

En après-midi, la neige prend une texture printanière à Catedral Alta Patagonia.

Côté pistes, il y a de tout pour plaire à tous : des bols ouverts, de larges pistes de carving, d’autres plus étroites serpentant dans la forêt, des options boisées qui ressemblent beaucoup aux sous-bois du Québec, et même des descentes de bosses ponctuées de bambous.

Skier entre les bambous avec vue sur la ville de San Carlos de Bariloche.

Étant une station majeure, Catedral Alta Patagonia compte plusieurs petits restos à travers son domaine skiable et un village alpin de luxe avec des hébergements hors prix. Avec la ville de Bariloche à portée de main, il est facile de se dénicher de l’hébergement beaucoup moins cher, surtout en échangeant ses dollars américains pour des pesos argentins (on conseille de se familiariser avec le concept du dollar blue avant de partir pour couper le coût de son voyage de moitié). À preuve, le billet journalier nous a coûté l’équivalent de 35$US… pour skier la plus grosse station latine!

En ski de rando: Filo de las Cabras (Cerro López)

Les options pour le ski de randonnée d’une journée dans la région de Bariloche sont relativement limitées et il faut monter plusieurs centaines de mètres en bottes avant d’atteindre la neige et de pouvoir mettre les peaux d’ascension. Le Cerro López est un classique du coin; il s’agit d’un large massif montagneux permettant plusieurs options d’ascension et de descentes. Celle présentée ici se nomme le Filo de las Cabras et constitue une ascension d’environ 900 mètres de dénivelé, et davantage si l’on choisit de descendre aussi sur l’autre versant – ce que nous avons fait pour une journée comprenant deux descentes.

Filipo entame la rando skis sur le dos.

Le début du sentier se trouve à l’intersection des Routes 77 et 79 à environ 45 minutes du centre-ville de Bariloche. La première partie se fait en bottes de rando et avec les skis sur le dos, alors le sentier nous mène, 400 mètres de dénivelé plus tard, au refuge Roca Negra où il est possible d’effectuer la transition vers le ski.

Magui, une amie argentine, nous fait découvrir son coin de pays en ski de rando.
Filipo avec en arrière-plan le Cerro López et le lac Nahuel Huapi.

On suit alors le sentier jusqu’à 1400 mètres, où deux options s’offrent : aller à droite vers le refuge López qui se trouve au pied d’un énorme bol, ou continuer à travers la forêt pour atteindre le terrain alpin du Pico de las Cabras où l’on peut descendre sur les deux versants, avec options de couloirs, champs de neige, ski en sous-bois…

En vidéo: descente d’un couloir sur le versant opposé à l’ascension du Pico de las Cabras.

Magui descend dans les boisés sur le chemin du retour.

Cette option de rando d’une journée est vraiment esthétique et les paysages sont à couper le souffle, avec les pics blancs qui s’élèvent du lac Nahuel Huapi, et la descente qui se fait en terrain alpin et ensuite en sous-bois.

Au refuge Roca Negra, où il faut refaire la transition en bottes de rando pour terminer la journée.

Pousser plus loin la découverte : Perito Moreno et La Hoya

À une distance raisonnable de Bariloche, en descendant vers le Sud, se trouvent deux centres de ski aux antipodes de la méga-station Catedral Alta Patagonia : le Cerro Perito Moreno situé à El Bolson (2h de Bariloche) et La Hoya située à Esquel (4h de Bariloche). Il s’agit de deux petites stations authentiques à découvrir pour sortir des sentiers battus.

Sur la route vers El Bolsón.

Le Cerro Perito Moreno (à ne pas confondre avec le célèbre glacier du même nom) est une station qui vaut la peine de s’y arrêter une journée, pour le plaisir, sur le chemin de La Hoya. Elle compte sur un dénivelé d’environ 800 mètres, avec 16 pistes balisées entre lesquelles se trouvent de larges boisés ouverts et cinq remontées mécaniques principales. La majorité du ski se fait dans des pistes coupées à travers la forêt, alors que le terrain alpin est limité avec les remontées mécaniques. Il est toutefois possible d’explorer un large cirque en ski de randonnée et de gagner ainsi quelques centaines de mètres de plus en dénivelé.

Conditions hivernales au Cerro Perito Moreno.
Belle poudreuse damée, ce qui est assez rare ici.
La simplicité de l’endroit se ressent à travers les pomas débrayables.
À l’arrière-plan, le sommet du Perito Moreno.
Au sommet, on entame une descente de 800 mètres de dénivelé jusqu’à la base.
Filipo arrive à la base de la station Cerro Perito Moreno.

La station de ski La Hoya est plus large que la précédente et son environnement est quelque peu atypique. Il s’agit d’un massif qui s’élève au milieu de la pampa patagonienne à quelques kilomètres de la ville d’Esquel (où, fait inusité, il n’y a aucun feu de circulation bien qu’il y ait plus de 30 000 habitants). Le domaine skiable, d’un dénivelé de 650 mètres, prend la forme d’un gros bol dans lequel on compte 30 pistes balisées (il est évidemment possible de skier entre celles-ci) et neuf remontées mécaniques. À la sortie du télésiège Del Filo, on peut grimper quelques dizaines de mètres pour se rendre au sommet du Cerro La Hoya en tant que tel, et admirer un panorama patagonien de montagnes et de plaines infinies à couper le souffle. Le ski de randonnée est plutôt limité à La Hoya, quoiqu’il y a quelques options de descentes supplémentaires en utilisant sa propre volonté.

Froide matinée à La Hoya qui m’a rappelé le climat hivernal québécois… dans un paysage patagonien.
Une partie du terrain de jeu de La Hoya.
Au sommet du télésiège Del Filo, on prend l’ampleur du massif montagneux de La Hoya qui s’élève au milieu de la plaine.
L’auteur de l’article au sommet du Cerro La Hoya.
La ville d’Esquel

Seulement une parcelle de la Patagonie Nord argentine

Le territoire à découvrir est trop large pour en rendre justice en seulement un article. Il existe quelques autres stations, notamment le Cerro Bayo à Villa La Angostura et Chapelco à San Martin de los Andes, ainsi que certaines options de ski de randonnée, par exemple le célèbre Refugio Frei à Bariloche ou le Cerro Piltriquitron à El Bolsón.

Cerro Bayo

De plus, les étendues infinies de la Patagonie ponctuées de nombreux lacs, avec des parcs nationaux aux paysages simplement magnifiques, méritent de prendre le temps d’explorer et de troquer quelques jours de ski pour de la rando en montagne. Le territoire sauvage, vaste et rempli d’animaux invite tout simplement à la contemplation.

Sur la route de Los Siete Lagos entre Villa La Angostura et San Martin de los Andes.

Castle Mountain Resort (Alberta), La communauté de la montagne

À l’extrême sud-ouest de l’Alberta, une petite communauté éloignée du grand public gère un énorme terrain de jeu alpin, soit le 2e plus grand de la province, devant une certaine montagne très bien connue. Situé à 30 minutes de Pincher Creek, 2h30 de Calgary ou 1h30 de Fernie, Castle Mountain Resort est passionnément géré par une corporation de plus ou moins 200 propriétaires. En 1996, la collectivité du groupe s’est unie afin de reprendre le contrôle de son joyau et d’y maintenir l’authenticité. Lorsque Sunshine Village s’est débarrassé d’une remontée, cette chaise rouge a été rapatrié à Castle afin d’ouvrir le secteur Tamarack. Vous comprendrez à partir de maintenant pourquoi les efforts sont mis sur le terrain et non les infrastructures tel que restaurant haut de gamme ou chalet dernier cri.

La vue méconnue

Le but premier d’un voyage dans les Rocheuses est d’y skier la neige parfaite. Théoriquement, le paysage vient en deuxième. Castle offre d’incroyables vues différentes depuis plusieurs pistes. Ce n’est pas le premier argument de vente de la station et rarement va-t-on entendre parler de cet aspect. Les décors variables entre conifères et pic de roc n’ont rien à envier aux stations plus connues. Ceux-ci n’ont parfois même pas l’air vrais.

4 secteurs différents avec beaucoup de défis

Castle n’est pas réputée pour être une montagne facile. C’est effectivement bien le cas. Évidemment, il y a plusieurs belles pistes pour les débutants et intermédiaires, mais il faut aimer les défis pour bien profiter de la montagne et y passer quelques jours.

Le secteur Huckleberry offrant 330 mètres de dénivelé comble les débutants. Il s’y cache par contre 2 terrains subtils où plusieurs experts lèveront le nez. Les Ghost Rider et Ambush Glades sont de superbes sous-bois parfaits pour un skieur avancé qui n’aime pas les inclinaisons sévères.

Le haut de la montagne offre plusieurs options de bol. Nous n’avons malheureusement pas pu y accéder lors de notre passage, voir conseils plus bas. On peut apercevoir sur la prochaine photo en toile de fond le terrain The Chutes, où il n’y a que des pistes noires. Tout près du sommet, on remarque la Skyline Traverse permettant de se rendre… où on trouve que c’est assez loin ! Les possibilités de lignes y sont infinies.

La remontée Sundance permet de faire de longues descentes variées d’une verte panoramique à une noire intense qui vous rappellera l’altitude à laquelle on se situe : 1900 mètres. La piste noire The Burn est incroyablement vaste. C’est un bel exemple de type de piste auquel nous ne sommes pas habitués. On peut la descendre 3 fois sans avoir l’impression d’y être déjà passé.

2 conseils très importants lors de la planification d’une visite

La région est réputée pour être venteuse. La chaise rouge qui donne accès au sommet et aux bols pourrait fermer abruptement comme lors de notre passage, alors que le ciel était parfaitement dégagé. Lorsqu’elle est ouverte, jetez-vous dessus comme s’il n’y avait pas de lendemain. Le bas de la montagne n’est jamais affecté par le vent car il y a dans le pire des cas un T-Bar pour remplacer la remontée bleue. Le secteur Huckleberry est bien protégé et ne monte pas assez haut, donc aucune crainte de ce côté.

Castle offre du cat ski en station, ce qui lui permet d’avoir un des prix le plus bas pour ce genre d’activité. Les quantités par jour sont très limitées. Chaque descente nous ramenant à la base, son attraction est d’autant plus intéressante pour plusieurs raisons (pause, accès au chalet). C’est d’ailleurs la seule station au Canada à offrir ce concept unique. Il vaut mieux le prévoir d’avance si on se pointe le bout du nez en février.

Bien enfouie à la limite de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, la gestion à l’ancienne existe encore. Il faut vouloir sortir des sentiers battus pour s’y aventurer, mais le résultat pourrait être mémorable. La passion, l’amour du ski et de la poudreuse sont les motivations premières de l’endroit, le profit vient en dernier. Parions que cette philosophie en fait rêver plus d’un.

Fernie Alpine Resort (Colombie-Britannique), Repousser ses limites

L’ambiance décontractée de Fernie est contagieuse. Étant la seule ville du Canada complètement entourée des Rocheuses, il est facile de lâcher prise. La vue panoramique à 360 degrés des montagnes au sud-est de la Colombie-Britannique est époustouflante, inspirante et vivante. Dans l’ouest, on ne se prend pas trop au sérieux. La fameuse règle des commerces en ville concernant les heures d’ouverture en témoigne : « 15 cm et +, nous sommes fermés jusqu’à midi ». Voilà qui résume bien l’essence de la mentalité.

La plus grande superficie skiable de bols au Canada

Fernie est reconnu depuis longtemps pour ses 5 bols gigantesques. Chacun offre sa propre particularité selon la thématique du secteur et ses options sont infinies. On doit prévoir au minimum 3 jours pour se familiariser avec les secteurs, comprendre ce qu’on aime et profiter des meilleures conditions selon le moment. Afin de vivre l’expérience totale, il est préférable d’y passer une semaine complète. Les infrastructures sont en très bon état, le personnel est agréable à discuter et très serviable. Lorsque les préposés au stationnement s’amusent, c’est bon signe.

Sous-bois et poudreuse : un intermédiaire timide va s’y plaire

Pour un skieur débutant, s’aventurer sur un terrain de jeu aussi impressionnant peut nous rendre craintif. Selon les chiffres, 50% du domaine serait de type « facile » ou « intermédiaire ». À Fernie, certaines pistes bleues sont plutôt l’équivalentes des noires du Québec. La grande différence se situe au niveau de la texture de la surface. On oublie le durci et la nécessité d’avoir des skis extras aiguisés pour survivre aux pistes damées après 11h. Les endroits sont tellement vastes qu’il est facile de faire sa propre ligne sur une belle neige ni trop compacte, ni trop légère, même après plusieurs jours sans précipitations.

Au-delà des pistes entretenues, la vraie aventure d’un skieur intermédiaire se déroule dans le Lizard Bowl et le Cedar Bowl. Le Lizard Bowl offre une superbe introduction au concept de bol afin de comprendre ce que vous aimez et comment les attaquer. Car oui, offensive il y aura, ça reste du sport.

Une fois l’initiation terminée, vous êtes prêt pour le Cedar Bowl qui offrira un peu plus de défi, mais encore très accessible pour un skieur timide ayant soif de neige fraîche. On a parfois l’impression d’être dans un secteur hors-piste, mais pourtant nous sommes bel et bien en station, balisé et sécurisé. L’équipe de patrouilleurs gère très efficacement les conditions. On les voit constamment à l’œuvre.

L’expérience d’une vie : le sommet du Polar Peak

Inauguré en 2011, le Polar Peak est une attraction en soi. C’est un terrain hostile où il faut être un skieur avancé pour s’y pointer le bout des palettes. Comme le sommet culmine à 2134 mètres d’altitude, celui-ci doit être dégagé et sans apparence de nuage pour une longue durée afin d’être accessible. Bon an mal an, on parle d’une dizaine d’ouverture par saison. Il faut donc être chanceux et à l’affût lorsque l’occasion se présente. N’hésitez pas à vérifier le rapport des conditions, il est constamment mis à jour.

Le sommet enfin atteint après 3 remontées (!!!), même un skieur expert recevra une dose d’adrénaline nerveuse. Les couloirs sont étroits. Les chutes inclinées semblent surréelles. Une fois qu’on a profité du paysage, il vient le moment de se lancer. Il faut garder en tête l’aspect sécuritaire. Un mauvais virage peut être désastreux. Les pistes, si on peut utiliser ce terme, varient de bleues à doubles noires, mais c’est probablement la bleue la plus difficile que vous aurez eu à affronter.

Pour en rajouter une couche, vous pourriez également descendre le Currie Headwall, accessible depuis le haut du sommet, offrant une descente vertigineuse pour se terminer au sommet officiel du bol du Currie. À Fernie, quelques options extrêmes ne figurent pas sur la carte de la station ni de façon claire et précise sur le site web. Il faut s’informer sur le terrain. Les locaux connaissent très bien les petites astuces. Les portes d’accès sont gérées par l’équipe de patrouille.

Reprendre des forces en ski de fond, vélo à pneus surdimensionnés, raquette ou randonnée

Le corps étant meurtri des longues descentes, la récupération active pourrait s’avérer plutôt sportive et faire passer votre condition physique à un autre niveau.

La communauté de Fernie est (sans surprise) très active. Étant une ville de nature, les options autres que le ski alpin sont diversifiées. La saison de vélo fonctionne à l’année. La boutique sur la 2e avenue ne ferme même pas durant l’hiver.

4 centres de ski de fond très différents, les uns des autres, sont tous près de la ville. Lui de la montagne de ski alpin est carrément sur le site, accessible gratuitement depuis le stationnement #4. On peut apercevoir les pistes depuis la fameuse descente Falling Star #1. Le Elk Valley Centre est l’endroit officiellement utilisé par le club. Le golf est également géré par la même organisation au coût de 15$ pour un accès quotidien. Le site Montane offre plutôt du ski de type randonnée et demeure plus rustique.

L’hébergement en montagne ou en ville est vaste et il y a en a pour tous les goûts. Si vous êtes du type chambre / cuisine complète, vaut mieux réserver tôt. L’atmosphère festif des bars saura combler facilement l’après-ski assoiffé en vous.

La vue sur les Rocheuses dans ce coin de pays est imprenable, peu importe où l’on se trouve. Il ne reste plus qu’à prendre le temps de l’apprécier entre 2 virages ou 2 pintes. Par chance, le calendrier semble s’arrêter. Chaque journée devient un moment en piste qu’on répète encore et encore charmé d’une vue différente, d’une neige différente.

Qu’est-ce qu’on fait à Fernie demain ? C’est jour de ski, encore !

Suivez le guide à Kicking Horse, Colombie-Britannique

Abrupte. Intimidante. Éprouvante. Discutez avec quiconque a visité la station de Kicking Horse en Colombie-Britannique et ce sont trois qualificatifs qui vont certainement ressortir dans les commentaires. Milieu hostile? Pas nécessairement, mais si on cherche à relever des défis ou même se donner quelques frousses, il ne manque pas de possibilités ici! Mais n’ayez crainte, il y a du terrain pour tous les goûts ici, et je vais vous guider pour tirer le maximum de plaisir lors de votre passage à cette montagne, peu importe vos désirs ou habiletés.

Vue sur la télécabine près du sommet avec la ville de Golden au bas de la vallée

La station, en quelques chiffres

Ce centre offre 1315 mètres de dénivelé, dont 1260 mètres accessible par remontée mécanique. La télécabine principale vous fait découvrir la grande majorité de ce terrain de jeu, donc vous dévalerez régulièrement de très longues descentes sur plus de 1000 mètres, une sorte d’usine de fabrication d’acide lactique pour vos cuisses! Pour naviguer à travers les 3486 acres skiables, 4 autres remontées sont également à votre disposition. Le convoyeur Jelly Bean sera idéal pour une première initiation au sport. Ensuite, le secteur de la remontée Catamount sera le terrain de choix pour les néophytes de la glisse ou pour ceux qui veulent de larges pistes sans trop de complications. Vers le sommet, la chaise Stairway to Heaven porte très bien son nom et dessert un secteur de calibre avancé avec des pistes à bosses, de superbes lignes de sous-bois qui passent sous la chaise, ainsi que les célèbres Feuz Bowl et Whitewall pour des pentes abruptes et de la neige de grande qualité! Finalement, l’ancienne chaise Pioneer ne fonctionne que la fin de semaine et offre la possibilité de skier des pistes et sous-bois plus traditionnels, celle que j’aime surtout utiliser pour m’éloigner des lignes d’attentes potentielles aux autres remontées.

La remontée Stairway to Heaven
Un grand sourire de plaisir dans les arbres de Bowl Over sous la télécabine

En chasse pour la poudreuse

Si vous avez la chance d’y être lors d’une journée de poudreuse fraîche, je vous conseille d’arriver tôt à la montagne car vos premières descentes seront mémorables. Par contre, il est important de savoir que suite à une chute de neige appréciable, la majorité des bols au sommet seront fermés jusqu’à ce que l’équipe de patrouille ait sécurisé les pistes et limite les risques d’avalanches. Vous pourrez débuter votre journée en vous faufilant entre les arbres de Bowl Over, ou un peu plus relaxe dans le milieu du Crystal Bowl

De la neige de qualité dans Bowl Over

Pendant ce temps, la chaise Stairway to Heaven devrait être en fonction mais ne desservira que les pistes et sous-bois qui mènent vers le sud; le côté nord vers Feuz Bowl n’ouvre pas immédiatement. À ce moment, entre deux explosions de dynamite, gardez l’œil sur CPR Ridge du côté nord: avec ses multiples chutes et couloirs, c’est le prochain secteur à ouvrir, s’il ne l’est pas déjà. Ensuite viendra le Feuz Bowl, et ce sera de l’extase garantie si la visibilité est bonne. Pour les autres secteurs plus extrêmes, il est peu probable qu’ils ouvrent la journée même d’une tempête et peuvent parfois prendre quelques jours avant d’être sécuritaires. Généralement, l’ordre observé des prochains secteurs à ouvrir est: T1 sud (Super Bowl), T2 nord, Middle Ridge sud et nord, Whitewall, T1 nord et finalement Ozone.

CPR Ridge dans toute sa splendeur

En cas de disette de neige

S’il n’a pas neigé depuis plusieurs jours et que vous cherchez des cachettes qui offrent encore un peu de poudreuse, il en existe, foi d’un local! À partir du sommet de la télécabine, j’aime bien  traverser longtemps sur l’arrête du CPR Ridge et aller presque au bout de celle-ci. Plus je vais loin, plus il reste de la neige vierge… Donc si vous allez jusqu’à une chute très intimidante du côté nord ayant la forme d’un sablier dont le goulot est plus étroit qu’une longueur de skis (piste 51 : Tie One On), continuez encore légèrement la traverse et vous aurez de superbes sous-bois assez pentus du côté sud, et d’autres peu tracés et plus abruptes du côté nord. Soyez avertis: c’est pour skieurs ou planchistes confirmés. Dans un autre secteur, le même principe de longue traverse se trouve sur le Redemption Ridge, sur lequel vous pourrez aller aussi loin que les Coffin Trees, mais vous aurez besoin de demander à un local pour vous y mener… En poursuivant l’exploration vers l’ouest (ou la droite sur la carte des pistes), une fois vers la sortie du Feuz Bowl, vous verrez une traverse assez haute sur votre droite. Prenez cette traverse qui entre dans le bois et ça ouvrira ensuite sur plusieurs courtes pistes peu fréquentées qui vous ramèneront directement sur la piste damée It’s a Ten. Ensuite, pour d’autre poudreuse, il faudra monter à pieds sur Whitewall, Super Bowl ou autre secteur accessible uniquement à la marche.

Vue sur Terminator Peak (T1), côté nord

Découvrir autre chose que les bowls

Pour les amateurs de sous-bois, vous serez comblés, même si on en voit peu sur la carte des pistes. Comme vous remarquerez en montant au sommet, les arbres de Bowl Over sous la télécabine et ceux de Redemption Ridge sous la chaise Stairway to Heaven sont magnifiques. Des centaines de lignes exaltantes à descendre pour chaque secteur. Par la suite, plus bas sur la montagne, j’adore sillonner entre les arbres de chaque côté de la chaise Pioneer, et ce, presque jusqu’à la base de cette remontée. Juste à côté, des arbres assez espacés se trouvent entre la Porcupine et Grizzly Paw.  La piste Show-Off offre également des arbres espacés du côté gauche en descente. Mes pupilles se dilatent toujours dans la ligne d’arbres entre la piste Liberty et Blow Down, naviguer à travers les obstacles ne me laisse jamais indifférent! Pour le reste, gardez l’œil ouvert, il y a abondamment d’autres traces à suivre ou à créer entre les pistes…

Des sous-bois accessibles sur Redemption Ridge, dans le secteur de la remontée Stairway to Heaven

Si toutefois vous êtes du niveau et vous souhaitez faire monter l’adrénaline et vous dépayser, le ski dans les chutes et couloirs fait partie de la marque de commerce à cette station. Pour commencer la découverte, directement en sortant de la télécabine (après avoir observé la vue imprenable!) vous trouverez les Dumpster Chutes droit devant vous du côté nord.  Avec 4-5 entrées différentes, ça donne le ton pour ce qui suit!  

En direct de Dumpster Chutes

Ensuite, la première piste sur le CPR Ridge se nomme Tunnel Vision et porte très bien son nom, un vrai tunnel étroit et escarpé. Dans Feuz Bowl, ne manquez pas d’aller faire un tour le secteur des Steps avec ses trois couloirs spectaculaires et vraiment esthétiques à voir (piste Stampede entre autres). Ce secteur est définitivement parmi mes préférés. Pour couronner le tout, je vous conseille de monter à pieds en haut de T1 pour y descendre Truth, Dare ou Consequence. Vous pourrez les observer à votre gauche sur Terminator Peak (T1) en montant la télécabine.  J’ai d’excellents souvenirs dans ces couloirs très engagés et je suis persuadé que vous vous en souviendrez longtemps, si le cœur vous en dit!

L’accueil étroit de Tunnel Vision

Au niveau des pistes à bosses, il y en a simplement trop pour les nommer, on en trouve partout! Que l’on parle des grosses bosses de Double Header ou Liberty, ou des bosses plaisantes et plus accessibles de Big Ol’ Bear ou Got Your Goat, vous ne manquerez pas de choix dans cette catégorie.

Crystal Bowl avec la remontée Stairway to Heaven au loin, et une des entrées des Dumpster Chutes en avant-plan

Besoin de reposer vos genoux dans les pistes damées? Au sommet, lorsque Silver Lining ou My Blue Heaven sont travaillées mécaniquement, ça vaut vraiment le détour pour le degré de pente et la qualité de la neige è dévaler.  Sinon, plus bas, Wiley Coyote est la piste damée classique de la station.

Votre guide qui prend l’air vers la fin de Feuz Bowl

En terminant, vous allez remarquer sur place qu’il est difficile de vous repérer précisément dans les bols du sommet par rapport à la carte des pistes. C’est simple, il n’y aucune indication des noms de pistes au sommet, seulement rendu à mi-montagne…  De plus, les locaux ont des noms spécifiques pour plusieurs secteurs et ne se rapportent pas toujours aux vrais noms de pistes indiqués sur la carte. C’est un peu ce qui rend l’expérience plus trippante, l’impression de l’inconnu et de l’exploration continuelle. Si vous êtes de type techno, une application sur votre téléphone comme FATMAP peut vous aider énormément à vous orienter. Sinon, vous avez tout de même ce guide qui j’espère vous aidera à passer un excellent séjour à Kicking Horse!

Superbe vue dans les arbres enneigés après avoir descendu le Whitewall

Ski de soirée à « Cypress Mountain », Colombie-Britannique

[NDLR: Cet article a été rédigé en janvier 2020 mais les informations et faits qu’il relate sont toujours d’actualité]

À un peu plus de 30 minutes de voiture du centre-ville de Vancouver se trouve la station de ski de Cypress Mountain, située dans les montagnes du « North Shore ». C’est le plus important centre de ski à proximité de la ville de Vancouver, offrant un dénivelé skiable d’environ 525 mètres. On y a tenu entre autres les compétitions de ski de bosses lors des Jeux Olympiques d’hiver de 2010. 

Dès ma journée de travail au centre-ville de Vancouver terminée, je prends ma voiture et je file en direction de Cypress Mountain pour une soirée de ski sous les projecteurs. Ma voiture n’est pas munie de pneus d’hiver mais je n’ai aucun problème à parcourir les 30 kilomètres qui me séparent de la base du centre de ski, tout de même située à environ 900 mètres d’altitude. À titre de comparaison, un trajet semblable en termes de temps, de distances et d’altitudes serait de partir du village de Petite-Rivière Saint-François et de remonter par la rue Principale et la route 138 jusqu’au sommet du Massif de Charlevoix. 

J’ai rarement parcouru une si courte distance me faisant passer de deux mondes tellement opposés et différents… au départ, un centre-ville, une température de 9°C, des espaces verts, etc., et à l’arrivée, une station de ski en pleine montagne et une température de 0°C. C’est impressionnant!

Vue de la zone appelée « Mid-Mountain » du secteur « Mt. Strachan », à partir de la piste « Panorama » sur « Black Mountain ». Apparent grâce aux lumières, remarquez le brouillard venant du Pacifique qui couvre la partie supérieure de ce secteur.

La montagne offre du terrain très varié réparti sur deux secteurs principaux, « Black Mountain » et « Mt. Strachan » qui se font face l’un et l’autre. Le chalet principal est bien situé, juste au milieu, au pied de ces deux secteurs.

Le « Main lodge » de la station

Pour le ski de soirée, le territoire skiable est évidemment un peu plus limité, en fonction du nombre de pistes éclairées. Les pistes plus faciles se retrouvent dans le secteur de « Black Mountain » (pistes « Panorama » et « Windjammer ») tandis que les plus difficiles dans le secteur de « Mt. Strachan » (pistes « T-33 » et « Horizon »).

Secteur « Mt. Strachan ». Du débarcadère du télésiège quadruple « Lions Express », il suffit d’une toute petite descente pour rejoindre la base du télésiège double « Sky Chair » pour continuer la montée vers le point culminant de la station.
Secteur « Mt. Strachan ». L’embarquement du télésiège double « Sky Chair ».
Dernier segment de la piste « T-33 », qui retourne à la base de « Sky Chair ».

Il y avait beaucoup de skieurs à la station en ce mercredi soir de janvier… le stationnement se remplissait de voitures à un bon rythme dès mon arrivée et j’ai même été obligé de me stationner relativement loin du chalet, vis-à-vis la piste « Alexandre Bilodeau’s Gold ». Heureusement, en fin de soirée, le retour à la voiture fut effectué presqu’entièrement avec les skis, en descendant une petite piste de type « ski out » qui longe la bordure ouest du stationnement. 

Dès ma première descente, j’ai vite compris que la température douce de l’après-midi, combinée avec l’affluence des skieurs de la journée et avec la baisse subite des températures sous le point de congélation, allaient être des facteurs qui allaient rendre les pistes très difficiles à skier ce soir. Celles du secteur de « Black Mountain », incluant même les pistes « vertes » telles que la « Panorama » et la « Windjammer »  étaient pénibles à skier : surfaces dures, glacées, balles de golf, etc. bref la totale! Il faut donc comprendre que même en janvier, l’altitude de la station n’est pas toujours suffisante pour garantir des conditions hivernales constantes sur les pistes. (On en avait eu un aperçu lors des Olympiques…)

Secteur « Mt. Strachan ». Départ de la piste « T-33 » à partir du plus haut point de la station, soit à 1440 mètres d’altitude.

Dans le secteur de « Mt. Strachan », plus précisément dans la zone de la remontée « Sky Chair », les conditions étaient meilleures, probablement à cause de l’altitude plus élevée de ce sommet (1440 mètres) et du fait que le flot de skieurs y est réduit puisqu’il n’est desservi que par un télésiège double fixe.

Secteur « Mt. Strachan ». Vue amont sur la piste T-33

Au sommet, il est étonnant de constater que les conditions météorologiques peuvent changer en seulement quelques secondes. Imaginez passer d’un ciel complètement dégagé à un épais brouillard, et ce en moins de temps qu’il ne le faut pour sortir sa caméra de sa poche de manteau… les photos attendront! 

De ce sommet, j’ai préféré la piste intermédiaire et très sinueuse « T-33 ». Chaque courbe décrite par la piste « T-33 » est une raison de plus pour prendre une pause et admirer les magnifiques et nombreux points de vue sur les lumières de la ville de Vancouver, juste à nos pieds. 

Secteur « Mt. Strachan ». Vue aval sur la piste « T-33 » et les lumières de Vancouver au loin.

Je ne pourrais dire si j’ai joué de malchance en cette soirée, mais j’ai trouvé qu’il y avait un trop grand nombre de skieurs répartis sur un nombre limité de pistes éclairées. Le problème était surtout apparent sur les pistes faciles dans le secteur de « Black Mountain ». En revanche, les points de vue sont magnifiques sur la ville de Vancouver et ces panoramas à eux seuls méritent la visite en soirée. Cependant, pour éviter de mauvaises surprises et les chutes de température en soirée, je vous recommande une visite de jour. Non seulement vous aurez accès à la totalité du domaine skiable, mais en plus vous aurez droit à une vue majestueuse supplémentaire… celle sur l’océan Pacifique (« Howe Sound »).

Vue du sommet « Black Mountain », à partir de la piste « Horizon ».

En conclusion, les skieurs de la région de Vancouver ont tout de même beaucoup de chance de pouvoir skier une station de cette taille en soirée, même si pour eux, c’est une « petite » station. L’endroit est également prisé pour ses sentiers de ski de fond (classique et pas de patin), qu’on imagine assez techniques et exigeants!

Découverte de Mammoth Mountain (Californie)

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[NDLR: Cet article a été rédigé en janvier 2020 mais les informations et faits qu’il relate sont toujours d’actualité]

Mammoth Mountain est située dans la petite ville de Mammoth Lakes. Bien qu’axée principalement sur le tourisme, avec une panoplie d’hébergement allant du Motel 6 jusqu’à l’hôtel Westin, cette petite ville revêt plutôt des allures authentiques surprenantes dues à la présence de services habituels tels que des écoles, un hôpital, une bibliothèque, etc. Ajoutez à cela l’ombre des gros pins ponderosa et de Jeffrey qui sont omniprésents en ville, et vous venez d’atténuer considérablement son côté touristique dans lequel elle aurait pu verser avec excès. Voici un récit de ma petite visite!

Notre arrivée dans la petite ville de Mammoth Lakes. Les pins ponderosa et de Jeffrey font aussitôt leur apparition.

Les débuts de saison à Mammoth

Lors de mon séjour, nous sommes début décembre, la station de Mammoth Mountain nous en met déjà plein la vue avec plus d’un mètre d’accumulation de neige au sol. À ce moment, environ 75% du domaine skiable est ouvert. Ma première journée d’exploration sur la montagne fut au gros soleil alors que le lendemain ce fut la tempête de neige. Non seulement les conditions météo changent du tout au tout en quelques heures, mais j’ai été aussi en mesure de constater que d’un endroit à l’autre sur la montagne elles varient énormément. Par exemple, pendant la tempête de neige, tout le versant faisant face au « Main Lodge » présentait de belles conditions de neige poudreuse alors que tout le versant faisant face au Canyon Lodge nous surprenait avec des conditions de ski de printemps avec neige mouillée et plutôt collante.

Montée à bord des télécabines « Panorama Express », véritable colonne vertébrale de la montagne.

L’exploration graduelle

Une première montée à bord des télécabines « Panorama Express », me permet non seulement de bien repérer le domaine skiable de part et d’autre de la remontée, mais aussi de localiser un phénomène naturel étrange et particulier, près de la piste « China Bowl ». À cet endroit, sur le bord de la piste, des cordes délimitent un endroit dangereux. Il s’agit d’un trou (« fumaroles ») dans la neige (et dans la montagne!) par lequel un gaz toxique (essentiellement une grande concentration de CO2) s’échappe en permanence. Juste en s’y approchant un peu, on remarque immédiatement l’odeur étrange. Ce gaz provient du magma localisé sous la montagne.

Attention aux « fumaroles », comme celui-ci indiqué par la flèche rouge.
Des avertissements de ce genre se trouvent le long de certaines pistes.

Une autre caractéristique de la montagne est que presque chaque télésiège se termine sur son propre sommet secondaire de moindre altitude que la cime principale de la montagne. Seules les télécabines « Panorama Express » et le télésiège #23 permettent aux skieurs de rejoindre le véritable sommet et l’arête principale de la montagne. La deuxième section des télécabines « Panorama Express » est d’ailleurs impressionnante de par la longue portée de câble entre l’un de ces sommets secondaires et le véritable sommet.

Une descente typique à partir du sommet de la montagne vous amènera jusqu’à la base dans le secteur du Main Lodge, soit un dénivelé équivalent aux versants Sud de Tremblant ou du Mont Sainte-Anne. L’avenue royale de cette longue descente est la piste « Road Runner », qui débute en suivant l’arête de la montagne, serpente sur le côté arrière de la montagne, puis revient jusqu’à la base des télécabines « Panorama Express ». (En image d’entête, le terminus amont des télécabines « Panorama Express », à plus de 3300 mètres. Remarquez les nuages qui recouvrent la ville de Mammoth Lakes, ainsi que tout le reste de la vallée. La seule façon d’avoir du soleil aujourd’hui, c’était d’être à la montagne.)

Les skieurs débarquent au sommet  des télécabines « Panorama Express » et se préparent à dévaler les pistes.

À noter que même de retour à la base au « Main Lodge », on perçoit toujours les effets de l’altitude (par exemple, le souffle court), puisque la base de la montagne se situe à plus de 2400 mètres d’altitude. C’est d’ailleurs pour cette raison que la montagne reçoit autant de neige, car pour s’en convaincre, il suffit de redescendre davantage en voiture vers la ville de Bishop (altitude 1200 mètres) pour se trouver rapidement dans un climat déjà beaucoup plus chaud.

À gauche, la zone un peu plus touristique de Mammoth Lakes, soit celle située au bas des télécabines du village (« Village Gondola »). Il est possible de skier jusqu’à ce point en empruntant l’unique piste appelée « Ski Back Trail ». Nous sommes à l’altitude 2400 mètres.

Mes impressions personnelles

Lors de mes deux journées de ski, j’ai pu constater que le grand nombre de remontées mécaniques suffisait parfaitement à répondre à la demande. Bref, oui, il y a du monde sur la montagne et les stationnements biens remplis qui débordent même le long de la route le prouvent, mais en montagne, on ne le ressent pas du tout. Le volume de skieurs est très bien distribué sur les pistes… si bien qu’aucun secteur n’était plus achalandé qu’un autre. 

Du sommet principal, en suivant la piste « Road Runner », on accède au secteur « Backside of the Mountain »
La piste « Lower Arriba » dans le secteur « Backside of the Mountain »

Le seul secteur qui n’était pas encore ouvert en ce début décembre était celui du télésiège « Cloud Nine Express », situé à l’extrême est de la montagne. D’ailleurs, encore un peu plus à l’est de ce secteur, il existe une descente hors piste unique à cette montagne, mais qui ne doit surtout pas être tentée sans être accompagné par quelqu’un qui connait bien le chemin pour s’y rendre. Un planchiste a perdu la vie lors d’une descente à cet endroit en mars 2019. Il s’agit de « Hole in the Wall » qui se présente littéralement comme un trou dans la paroi rocheuse. C’est un ancien tube de lave et l’érosion naturelle y a créé une descente spectaculaire à travers, d’un coté à l’autre. 

Dans la piste « Center Bowl », directement sous les télécabines « Panorama Express ». La remontée « Facelift Express » est à gauche, et droit devant, la mi-station (« McCoy Station ») des télécabines. 

Pour mes deux premières journées à vie en ski à Mammoth Mountain, il s’est avéré difficile d’avoir et encore moins de suivre un plan de match pour planifier mes descentes d’avance. À plusieurs reprises j’ai emprunté des pistes sans savoir exactement dans quel secteur mes descentes allaient se terminer. On n’est jamais vraiment perdu, mais on peut rester surpris par la distance parcourue en une seule descente, qui nous mène beaucoup plus loin qu’on pensait. C’est vraiment une montagne qu’il faut découvrir une descente à la fois. Autre découverte et fait cocasse… quelques télésièges ne sont mêmes pas munis de barre de sécurité… on reste surpris la première fois!

Début d’une descente, en haut de la remontée « Facelift Express »
À partir du haut de la piste « Critters », nous avons une belle perspective avec un angle différent sur toute la face principale de la montagne.

Quelques conseils

Je recommande fortement de séjourner au « Mammoth Mountain Inn », situé à seulement 45 secondes de marche des télécabines « Panorama Express ». Son stationnement lui est situé directement le long des pistes. Bien que l’auberge ait été construite à la fin des années 1950, ses chambres ont été rénovées et offrent tout le confort nécessaire, sans tomber dans le luxe. À mon avis, c’est l’endroit idéal pour être un peu en retrait du reste de la ville de Mammoth Lakes et pour accéder au  meilleur secteur skiable de la montagne rapidement dès l’ouverture des remontées.

Vue de la montagne, depuis le stationnement du « Mammoth Mountain Inn » (à l’extrême droite sur la photo) situé à 2700 mètres d’altitude.

Pour terminer votre séjour dans la région, je m’en voudrais de ne pas mentionner un autre phénomène naturel intéressant à ne pas manquer: des sources d’eau chaude naturelles! En effet,  non loin de Mammoth Lakes, le long de la route « Benton Crossing », à seulement quelques minutes au nord de la route 395, se trouvent plusieurs de ces spas naturels. Faites vos recherches d’avance, car ces endroits sont peu ou pas indiqués. Apportez (ou non) votre maillot de bain!

Non loin de Mammoth Lakes, une source d’eau chaude naturelle est captée et dirigée vers un petit bassin dans lequel on peut se baigner. Celle-ci porte le nom de « Pulkey’s pool hot springs ». Remarquez les nuages présents ici à basse altitude… alors qu’au même moment, il faisait plein soleil sur les pistes de Mammoth Mountain.

En voiture: de Las Vegas (Nevada) à Mammoth Mountain (Californie)

La route de Las Vegas vers Mammoth Mountain, c’est un peu comme le chemin de Compostelle des skieurs… il y en a plusieurs, et il peut y avoir toutes sortes de difficultés rencontrées.  De plus, lorsqu’on le fait seul, c’est un bon moment pour s’accorder une parenthèse et réfléchir. 

Quiconque a déjà visité Las Vegas la connait comme une ville de démesure et d’excès. Mammoth Mountain l’est tout autant! Son nom nous le laissait déjà présager. Cette station se présente aux allures gigantesques et démesurées et ce à plusieurs points de vue : L’importante altitude, tant au sommet (plus de 3300 mètres) qu’à la base (2700 mètres au Main Lodge), l’ampleur de son domaine skiable (3 500 acres) réparti à 180 degrés sur un dôme volcanique (toujours actif!), le nombre de remontées mécaniques (25 télésièges), la longueur de sa saison de ski (qui s’étend souvent jusqu’au 4 juillet), la quantité de neige qu’elle reçoit annuellement (environ 10 mètres), etc. Bref, la table est mise pour qu’un séjour à Mammoth Mountain en mette plein la vue… mais encore faut-il être capable de s’y rendre. 

En effet, de par sa situation géographique sur le versant est de la chaîne des montagnes Sierra, l’accès à la montagne est un défi en soi. En plus d’être située à un minimum de 5 heures de route de Las Vegas ou de Los Angeles, certaines routes sont fermées en permanence pendant l’hiver  alors que les autres peuvent l’être à tout moment lors d’une tempête de neige. Ajoutez à cela le fait que la plupart des voitures en Californie ou au Nevada ne sont pas équipées de pneus d’hiver, et vous aurez compris que le voyage peut s’avérer être une vraie aventure pleine d’imprévus, à moins d’être bien préparé. 

Dans mon cas, mon point de départ est Las Vegas et je compte au moins trois trajets principaux possibles pour me rendre à Mammoth Mountain. Le plus court des trajets n’est pas nécessairement le mieux car tout dépend de la météo. Pour l’aller, puisque la météo était favorable, je choisirai un des trajets les plus courts et rapides. À mon retour, ce fut une tout autre histoire. Puisqu’une tempête de neige était déjà bien installée sur la montagne, je choisirai un trajet un peu plus long mais qui offrira moins de courbes sinueuses en altitude. De plus, pour prévenir les imprévus, j’avais pris soin de louer un gros VUS de type  « all-wheel drive », pour compenser le fait qu’aucun véhicule de location n’est équipé de pneus d’hiver, au cœur du désert à Las Vegas.

À retenir :

– La route est inévitablement longue et bien que vous serez la plupart du temps seul sur celle-ci, la beauté et la variété des paysages nous garde bien alerte et éveillé tout le long du trajet.

Les routes sont tellement isolées et peu passantes que ce genre de photo est la norme, et non l’exception.

– Vous devrez faire nécessairement un plein d’essence en chemin… dans une direction ou l’autre, la petite localité de Beatty, située à environ 1h45 au nord de Las Vegas est un bon endroit pour se ravitailler.

De nombreux panneaux de ce genre sont affichés tout au long de la route. Prévoyez le coup et ne manquez pas la chance de faire le plein quand l’occasion se présente.

– En cas de beau temps, un trajet plus court entre Las Vegas et Mammoth Mountain courcircuite complètement les petites villes de Tonopah, NV et de Bishop, CA. De Las Vegas, empruntez la route 95, la route 266, la route 264, la route 6, la route 120, la route « Benton Crossing » et la route 395 vers Mammoth Lakes. Ce fut mon trajet pour l’aller.  

De Las Vegas, vous empruntez obligatoirement la route 95 qui longe la zone communément appelée « Area 51 ». Cette proximité donne lieu à des arrêts plutôt cocasses!

– En cas de mauvais temps, le trajet le plus sécuritaire entre Las Vegas et Mammoth Mountain passe plus au nord par Tonopah, NV (qui est un autre bon point de ravitaillement). De Las Vegas, empruntez la route 95, la route 6 jusqu’à Bishop et la route 395 vers Mammoth Lakes. Ce fut mon trajet de retour.

Remarquez les nuages à basse altitude occasionnés par le relief montagneux. Lorsque la route passe par de hauts cols, vous êtes momentanément dans les nuages et la visibilité se détériore rapidement.
L’un de ces cols de haute montagne, avec la visibilité réduite.
Le soleil et le ciel bleu refont leur apparition lors de la descente du col.

– Non seulement prévoyez votre trajet en fonction de la météo, mais prévoyez aussi arriver à destination avant la noirceur, surtout en direction de Mammoth Mountain.  

On se rapproche de Mammoth Mountain.

Andorre la méconnue: skier dans cette principauté des Pyrénées

Je fais partie de ces gens choyés qui sont appelés à voyager pour leur travail. Certains se souviendront de ma série d’articles sur le ski en Écosse que j’ai eu l’occasion de réaliser en joignant l’utile à l’agréable. Ce fut à nouveau le cas au printemps 2022, alors que j’ai été invité à assister à une conférence sur le développement des destinations de montagne. L’événement m’a amené dans la Principauté d’Andorre, une région du monde qui semble être plus connue par les Québécois pour le vélo de montagne et la randonnée pédestre que pour le ski. Mais évidemment que j’en ai profité pour y skier, car oui, il y a des stations de ski à Andorre!

Brève présentation de la Principauté

La création de la Principauté d’Andorre (l’appellation officielle) remonterait à 788 sous le règne de Charlemagne. La Principauté compte plus de 78 000 résidents et couvre une superficie 468 km2 (l’Île de Montréal : 482 km2). De cela, seulement 8 % seraient propices pour l’habitation et l’agriculture; le reste étant occupé par les montagnes. La Principauté utilise la montagne, tant en hiver qu’en été, pour son développement économique ainsi que le magasinage (hors taxes) et le secteur bancaire. L’industrie touristique accueillait plus de trois millions de visiteurs annuellement avant la COVID. Les chiffres récents démontrent une reprise graduelle, comme dans beaucoup d’autres secteurs européens.

Le ski (et la planche) alors?

Les Pyrénées compteraient plus d’une quarantaine de stations de ski dont trois en Andorre, huit en Espagne et le reste sur le territoire français. Il serait tentant de faire la comparaison avec les Alpes ou l’Ouest canadien ou américain mais cet exercice est un peu inutile parce que les Pyrénées, bien de moindre envergure que les massifs montagneux sus-nommés, sont tout aussi dignes de la découverte. Les trois stations d’Andorre sont: Grandvalira, Pal Arinsal et Ordino-Arcalis.

Soure: https://www.skiresorts.net/ski-resorts-andorra/

Si vous faites comme nous et que vous vous installez à Andorre-la-Vieille, les trois stations de ski de la Principauté se situent à environ 30 minutes de route dans une direction ou l’autre. Si vous ne voulez pas conduire (donc louer une voiture) pour vous rendre à la montagne, il existe un service d’autobus (payant, évidemment) qui vous amène de l’hôtel à la station de votre choix et vous ramène. Vérifiez avec la réception de votre hôtel pour l’horaire. Lors de notre séjour, nous avons visité deux des trois stations, un tour du chapeau étant impossible à cause d’une question d’horaire. Nous avons donc évalué les stations à visiter simplement en fonction des chiffres les plus élevés, soient la taille du domaine skiable et le dénivelé: Grandvalira et Pal Arinsal furent nos choix.

Si vous avez à louer des équipements, faites-le directement à la montagne, car en réservant en ligne, il est difficile de retrouver dans quelle boutique récupérer son équipement et la boutique n’est peut-être pas la mieux placée par rapport au stationnement en choisi. Cela coûte sensiblement la même chose en ligne ou sur place. Rappelez-vous que la boutique n’appartient pas à la montagne; c’est un indépendant! Pour les billets de ski, explorez les forfaits disponibles dans les billetteries en ligne des sites des stations afin de faire des économies si vous skiez plusieurs jours. Dernière chose: vérifiez les dates des congés fériés/scolaires, qui ont un grand impact sur les prix et l’achalandage!

Grandvalira

En chiffres
Sommet : 2 640m
Dénivelé : 930 m
210 km de pistes
Carte des pistes (pdf)
139 pistes : 24 pistes vertes, 54 pistes bleues, 42 pistes rouges et 19 pistes noires
66 % du domaine est couvert par un système d’enneigement
Domaine skiable : 1 926 HA
7 secteurs
76 remontées : télésièges à 6, à 4 à 2, tapis, etc.
3 parcs à neige
6 secteurs pour enfants
60 restaurants situés dans la montagne

C’est cette station que nous avons visité en premier. Les statistiques ci-haut ainsi que la carte des pistes vous donnent un aperçu de la station, qui s’affiche comme le plus grand domaine skiable des Pyrénées. En empruntant le chemin qui arrive par le côté ouest, nous avons été privé de l’aperçu du domaine skiable… en plus d’être à l’opposé du versant qui offre tous les services dont nous avions besoin. Nous en avons pris conscience lors de la première montée, alors que le territoire se développait devant nos yeux: ça s’annonçait quand même intéressant comme journée! (L’image d’entête de cet article représente bien Grandvalira.)

Une première constatation dès la première descente: la largeur et la longueur des pistes sont vertigineuses, on n’est plus dans une station de l’Est du Canada ou de la Nouvelle-Angleterre! Comme nous ne savons pas comment Grandvalira classe ses pistes, nous nous sommes limités à des pistes vertes et des pistes bleues. Je n’ose imager à quoi ressemble une piste noire (double losange ici); sans doute une piste de type coupe du monde! 

Compte tenu de la taille du domaine skiable et des nombreuses pistes et des nombreux sommets, prenez le temps de bien comprendre l’aménagement des pistes la veille, car il est facile de tourner en rond et de revenir au point de départ sans s’en rendre compte – ce fut notre cas!.

Comme l’encadré le mentionne, la restauration est présente partout sur le domaine que cela soit aux pieds, au milieu des pistes ou au sommet des différents pics. Vous avez le choix des cafétérias, des casse-croûtes ou des restaurants avec service selon l’endroit où vous vous trouvez. Prévoyez au moins deux jours chargés ou trois jours plus relax pour faire le tour de cet immense domaine skiable qui vous est offert.

Pal Arinsal

En chiffres
Sommet : 2 560m
Dénivellation : 1 010 m
63 km de pistes
Carte des pistes (pdf)
45 pistes : 7 vertes, 17 pistes bleues, 17 pistes rouges et 4 pistes noires
68 % du domaine est couvert par un système d’enneigement
Domaine skiable : 707 HA
2 domaines distincts
32 remontées : téléphérique, télécabine, télésièges, etc.
1 parc à neige
2 secteurs pour enfants
21 restaurants situés dans la montagne

Vallnord – Pal Arinsal est la deuxième station que nous avons visitée. Cette station est l’union de deux domaines connectés par téléphérique, soient Pal et Arinsal. Contrairement à Grandvalira, nous avons pu nous stationner aux pieds du domaine skiable, nous évitant le problème que nous avons connu précédemment (trouver un stationnement, la location des équipements, la billetterie et la remontée vers le sommet avec skis et planche).

Attention, Pal et Arinsal ne sont pas reliés entre eux par des pistes. Il faut prendre le téléphérique pour passer d’un domaine à l’autre (avec le bon type de billet évidemment!). Étrangement, contrairement à la première station, nous avons trouvé qu’il était plus facile de s’y orienter, même avec deux domaines distincts. Peut-être que notre niveau de fatigue et le décalage horaire y étaient pour quelque chose!

Bien que le temps était plutôt nuageux, nous avons pu apprécier pleinement le paysage  grâce à quelques éclaircies en fin d’avant-midi. C’est là qu’on prend conscience de l’étendue des environs! Les conditions de ski étaient était bonnes, mais printanières: selon l’orientation des pistes et l’altitude, nous passions de la neige sèche à la neige mouillée.

À Pal Arinsal, le domaine skiable est légèrement plus petit (on devrait dire « moins étendu ») que la première station que nous avons visitée, les pistes sont longues, un peu plus étroites et bien travaillées. Le seul bémol pour cette station est que les prix pour la restauration et la location d’équipement semblent être plus élevés qu’à Grandvalira. Dans le cas de ce double domaine skiable, prévoyez deux journées pour une bonne exploration.

À savoir avant de partir pour Andorre

La langue parlée est le catalan, suivi de l’espagnol et ensuite du français ou de l’anglais, selon les personnes. Vous apprenez rapidement à vous présenter en disant « francès » (français) ou « inglés » (anglais). Il y a presque toujours quelqu’un qui parle français ou anglais, sinon on improvise! Rappelez-vous qu’il y a beaucoup de mots en catalan qui ressemble au français soit dans la prononciation ou dans l’écriture. Dans les restaurants, on retrouve très souvent des menus en français. Chose certaine, l’affichage est multilingue!

Si vous louez une voiture, nous vous recommandons d’avoir au préalable pris votre permis de conduire international… car en cas de pépins, en plus de la contravention, les autorités saisissent la voiture! Autre suggestion, prenez votre assurance auto (tous risques) au point de location; cela est plus simple et évite des problèmes en cas de réclamations.

Comme dans l’ensemble des destinations européennes, tous les paiements peuvent se faire par carte de crédit sur place; vous pouvez toutefois vous garder quelques Euros en poche au cas où. Avant de partir en voyage, passez à votre institution financière à l’avance, car elles n’en ont pas toujours en succursale.

Le carnet de voyage

Afin de profiter de votre séjour, essayez d’arriver tôt dans la journée. Cela n’a pas été notre cas… nous sommes partis avec une voiture louée de Barcelone en fin d’après-midi, pour parcourir les trois heures de route qui séparent la Catalogne d’Andorre-la-Vieille. Donc, malheureusement, pas vraiment le temps d’admirer le paysage, la topographie et l’architecture avant le coucher du soleil en route!

Une fois sur place, gardez-vous un petit moment pour prendre le temps de marcher dans la ville. Vous constaterez une ville dynamique et un développement urbain assez spécial; dans le milieu d’une profonde vallée. De l’hébergement, il y en a de tous les goûts – naviguez sur le web avant de faire une réservation via des plateformes de réservation en ligne. Si vous avez loué une voiture, assurez-vous surtout qu’il y a du stationnement disponible sur place (il est souvent payant).

Un point de vue pittoresque malgré la grisaille à Andorre-la-Vieille

Autre pays, autres mœurs, les restaurants n’ouvrent qu’à partir de 20 h. C’est un peu tard pour les Nord-américains que nous sommes, après une journée de ski… mais il y a plusieurs petites épiceries pour vous dépanner en attendant le repas du soir! Également, typique des pays latins, plusieurs commerces ferment entre 14h00 et 16h00…

Je tiens à remercier Thomas et Charles (mes enfants et délégués volontaires pour la prise des photos), ainsi que madame Meritxell Duró Trouillet de Mountain Likers pour les billets de ski et madame Montse Guerrero de Ski Andorre pour des informations sur Andorre comme destination. J’espère avoir couvert suffisamment le sujet pour vous inciter à explorer cette destination! Ens veiem bé a les pistes! (On se voit sur les pistes bientôt! [en catalan])

Post-scriptum :

Comme j’ai abordé vaguement le sujet de Nessie, le monstre du Loch Ness dans mes textes sur le ski en Écosse, vous devinez que j’étais intrigué par les personnages imaginaires d’Andorre. Ils se présentent sous plusieurs variantes, plus ou moins régionales. 

Il y a d’abord le Dahu, qui selon Wipipédia est « … un quadrupède dont les seules caractéristiques connues sont d’avoir deux pattes plus courtes d’un côté que de l’autre, ce qui lui permet de se déplacer facilement sur le flanc des montagnes, mais dans un seul sens. » Cet animal imaginaire figure dans les mythologies rurales et montagnardes de plusieurs régions françaises ou espagnoles. 

Puis, il y a les Tamarros, au nombre de sept. Ce sont les protecteurs de la nature et des forêts d’Andorre. Ces êtres espiègles issus des légendes et de l’imagination populaire vivent dans un monde singulier. Ils sont très difficiles à voir, car non seulement ils bougent beaucoup et très vite, mais ils savent le faire sans se faire remarquer du tout. Ajoutons à ces difficultés qu’ils sortent de leur monde uniquement s’ils en ont besoin.

Chacun des sept Tamarros est chargé de protéger le milieu naturel des paroisses d’Andorre. Pour mener à bien cette tâche, ils disposent d’une porte magique cachée dans les bois qu’ils protègent de leur ennemi juré, le Détritus, un méchant troll qui fait tout ce qu’il peut pour abîmer et détruire la beauté des montagnes, des lacs et des forêts d’Andorre. (Source: https://visitandorra.com/fr/nature/trouvez-le-tamarro/ )

À propos de l’auteur

Sylvain Audet à La Grave (France)

Je skie principalement dans Nord-est de l’Amérique du Nord. Je suis un skieur de niveau intermédiaire et pour ce voyage, j’étais accompagné de deux adolescents au même niveau de ski que moi, un était en planche à neige. Nous étions tous les trois en « mode découverte »! Comme je suis consultant et enseignant en récréotourisme, je suis un skieur qui regarde tout des stations que je visite, du dessin des pistes jusqu’à l’orientation du chalet en passant par les services offerts. Ma passion pour le développement des entreprises touristiques m’a poussé à entreprendre un doctorat… entre deux descentes en ski!

L’évolution du village de Jean Vuarnet : Morzine-Avoriaz, Haute-Savoie (France)

[NDLR: Cet article a été rédigé en mars 2020 mais les informations et faits qu’il relate sont toujours d’actualité]

À une heure de Genève et à un peu plus de deux heures de Lyon, la commune de Morzine-Avoriaz est une station de ski qui fait partie du domaine des Portes-du-Soleil à cheval sur la France et la Suisse, reliant ainsi 12 stations sur un domaine skiable de 650 km, soit 306 pistes au total.

Première télébenne de Super-Morzine (hauts de Morzine)
Domaine des Portes du Soleil
Les Dents du Midi (Suisse)

Le village de Morzine

Morzine est un village authentique de Haute-Savoie à 1000 mètres d’altitude, niché au creux des Alpes, et qui, malgré le développement de la station, n’a rien perdu de son charme. Traditionnellement agriculteurs, éleveurs et ardoisiers, on peut voir les premiers balbutiements du tourisme dans les années 1930 et certains paysans accueillent quelques vacanciers en quête de bon air des montagnes dans une partie de leur maison qu’ils appellent « pension ». Cette activité naissante subit une interruption pendant la Seconde guerre mondiale et reprend de plus belle dans les années 1950. C’est ainsi que notre famille, une des « vieilles » familles morzinoises, s’est lancée dans l’hôtellerie alors que nos grands-pères s’occupaient encore de leurs troupeaux en pâturage en montagne et avaient des chalets d’alpage.

Bourg du village de Morzine
Hôtel familial aujourd’hui
Pension familiale en 1960

Morzine se situe au pied du Pléney, la station de Morzine-Nyon-Les Gets, une des stations de moyenne montagne qui fait partie des Portes du Soleil qui s’étire entre 1550 et 2019 mètres d’altitude. Son téléphérique est inauguré en 1934 et son domaine se déploie autour de 48 remontées mécaniques, 69 pistes de tous les niveaux, le bleu prédominant. C’est le secteur familial par excellence, à sa base, les cours de l’école du ski français (ESF) fourmillent d’enfants qui apprennent à skier. 

Début du développement d’Avoréa, aujourd’hui Avoriaz

Le village d’Avoriaz

Avoriaz est la station de haute-montagne qui s’est développée en 1960. Cette année-là, Jean Vuarnet devient champion olympique à Squaw Valley (devenu Palisades Tahoe) et prend également la direction de la station souhaitant en faire « un petit Colorado savoyard et ouvrir les champs de neige à tous; pour les Morzinois, c’était presque l’Alaska », se souvient-il. Il travaille avec une équipe de jeunes architectes, dont Jacques Labro, sur une structure mimétique; à Avoriaz, les gens seront dépaysés dans un décor original rappelant celui des falaises sur lesquelles la station est érigée. Les voitures n’y auront pas leur place; les vacanciers se stationnent dans les grands parkings à l’arrivée et rejoignent leurs locations en traineaux, d’abord tirés par des rennes puis par des chevaux.

Village d’Avoriaz aujourd’hui à 1800 mètres avec les calèches pour se déplacer

D’hier à aujourd’hui

Aujourd’hui, le visage des vacanciers qui fréquentent l’ensemble du domaine des Portes du soleil change. La nouvelle génération d’hôteliers (qui reprennent l’affaire familiale dans bien des cas) a fait des études supérieures en hôtellerie, a voyagé, est bilingue et profite de la manne de touristes européens qui arrivent à Genève par des vols charter pour venir passer parfois ne serait-ce qu’un weekend en montagne. Beaucoup de Britanniques se sont établis à Morzine, retapant de vieux chalets ou en construisant des nouveaux afin d’accueillir des groupes auxquels ils offrent même parfois des cours de ski avec leur équipe de moniteurs.

Dans le village, à l’heure du 5 à 7, on entend autant d’anglais que de français, on se croirait presque à Montréal! Pleins de nouveaux commerces ont vu le jour dans les 10 dernières années, snowshops, pubs, snackbars pour répondre aux besoins de cette clientèle nantie qui mange sur le pouce, qui glisse l’hiver et pédale l’été. Le Brexit assène un coup à ces vacanciers « citoyens du monde » qui se déplaçaient jusqu’ici sans passeport ni permis de travail en Europe, mais étant donné que beaucoup de Français travaillent également en Angleterre, des accords verront assurément le jour.

À l’heure du 5 à 7 et plus sur les pistes

Les stations de ski à travers le monde font face à des enjeux climatiques qui contribuent aussi à métamorphoser un peu le visage des stations. Haute-Savoie, Pyrénées, Alpes du Sud, aujourd’hui, les stations de ski offrent des vacances à la montagne, et plus seulement du ski. Le ski demeure la locomotive, mais de nombreuses activités sont proposées aux vacanciers : luge, yooner (sorte de luge), ski joëring, ski de fond, ski de randonnée, randonnée en raquettes, parapente, héliski, patin, moto neige, marche nordique, natation, yoga, escape games… Et surtout, la restauration a pris un essor considérable avec le « snacking » qui cohabite avec la gastronomie, même sur les pistes. Les restaurants d’altitude restent ouverts tard le soir, les remontées mécaniques ne ferment plus à 17h00.

L’été, l’ambiance est tout aussi vivante et vibrante! Randonnées, VTT (vélo de montagne), escalade, rafting, golf, parcours aventure, fitness, etc. Les activités estivales attirent aussi les vacanciers en montagne; il y fait moins chaud, ce qui rend le séjour agréable. Amateurs de sensations fortes ou de simplement de beaux paysages, toute la famille ou la bande d’amis peut y trouver son compte. De très bonnes tables du terroir accueillent les randonneurs en montagne ou dans le village. On peut se régaler partout et il est parfois difficile de redémarrer après le digestif offert par la maison!

Les défis actuels et les perspectives

Outre la diversification d’activités sur 4 saisons, un autre défi de taille anime les municipalités : connecter les stations pour pouvoir monter plus haut et diminuer les coûts d’exploitation. Cette actualité est brûlante à Morzine-Avoriaz et les élections municipales du 15 mars 2020 opposent férocement deux camps : l’un, plus traditionnaliste, souhaite arrêter le développement à tous crins, conserver l’âme du vieux village, et l’autre camp, l’équipe en place, qui bâtit un projet de liaison plus direct entre Morzine village et Avoriaz 1800, arguant que le village ne sera pas dénaturé pour autant et que la station de moyenne altitude assure ainsi sa pérennité. Il s’agit de l’EMA, l’Express Morzine-Avoriaz, qui remplacerait une liaison complexe (prendre 3 remontées successives) par les hauts de Morzine (Super-Morzine) ou le réseau de navettes actuel pour atteindre le 3S, une remontée de 12 cabines avec un débit de 2000 personnes à l’heure relativement récent (2013).

En 2016, après avoir étudié 11 stations entre 1139 et 2540 mètres d’altitude, une étude suisse (Changement Climatic), tire la conclusion qu’aujourd’hui « l’enneigement semble intervenir douze jours plus tard et disparaître 25 jours plus tôt qu’en 1970 ». Son manteau neigeux aurait diminué sur l’année de 25%. Les chercheurs du GIEC ont donc calculé sur trente ans les évolutions de ces deux indices que sont la météo et le climat. La pire évolution envisagée s’incarnerait dans des températures beaucoup plus élevées qu’aujourd’hui, une neige rare et une pluie abondante, c’est-à-dire des saisons asymétriques : les hivers se raccourciront et seront moins froids alors que les étés s’allongeront et seront plus chauds.

Un séjour épique en mars 2020

Les précipitations ont été nombreuses durant notre séjour entre le 28 février et le 9 mars et la limite pluie-neige a oscillé autour des 1400 mètres d’altitude nous permettant ainsi de faire du ski dans des conditions féériques à Avoriaz entre 1800 et 2300 mètres d’altitude : 120 cm de neige en 4 jours et du soleil de mars sur plusieurs journées. Nous avons donc pu faire un ski de rêve à Avoriaz. L’envers du décor a bien sûr été des pluies torrentielles à plus basse altitude et dans la vallée. On a vu plusieurs cours d’eau anormalement haut en allant se promener à Annecy (le Lac, le Thiou, le Giffre en remontant vers Morzine). On observe donc que tout comme au Québec, les phénomènes sont plus « intenses »; les fortes précipitations sont souvent accompagnées de très forts vents (100 km/h et qui contraignent la station à fermer certains secteurs), ce qu’on ne connaissait pas il y a quelques années.

Les temps changent et les phénomènes météorologiques confrontent les municipalités et les directions de station à des choix. Aller boire le café au village permet d’écouter tous les avis, souvent divergents, sur la question de ces changements d’envergure. Toutefois, ce qui rassemble ces citoyens, c’est l’amour de leur village et de leurs montagnes. Ils sauront le transmettre à leur manière. 

Lectures complémentaires