PLUS

    Découvrir le Chili par le ski

    Il y a deux façons de faire un voyage au Chili : le style « tout inclus » dans les grosses stations touristiques situées près de Santiago, ou le « road trip » qui garantit une expédition de ski inoubliable agrémentée d’une immersion totale dans la culture chilienne. Thomas et moi avons choisi la seconde option, soit de partir à la conquête de ce splendide pays à travers l’expérience du ski alpin. Douze jours de périple, plus de 2000 kilomètres de route, découverte de 5 stations de ski, ascension et descente de volcans, émerveillement devant les Andes, arrêts dans 4 villes et de nombreux petits villages, rencontres fortuites avec des Chiliens super sympas… Le moins que l’on puisse dire, c’est que de troquer le « tout fait » pour l’aventure offre ses récompenses! Récit et conseils pour ceux qui, comme nous, voudraient vivre le dépaysement tout en skiant des montagnes bien enneigées!

    Direction : al sur

    18 août 2014. Thomas et moi embarquons dans l’avion à Montréal avec nos skis, mais aussi avec une certaine appréhension : les échos de l’hiver 2014 en Amérique du Sud ne sont pas des plus favorables. « Le pire hiver depuis des décennies », « il n’y a pas de neige dans le coin de Santiago » et « les stations de ski en Argentine vont devoir fermer prématurément » sont des phrases qui résonnent à nos oreilles, nous faisant prévoir le pire.

    Malgré tout, nous avons bon espoir d’y trouver des conditions de glisse décentes étant donné nos destinations : les montagnes des régions du Bío-Bío et d’Araucanie ont été choyées cette année.

    Des régions bien enneigées

    Bon an mal an, il semble que les stations de ski situées dans ce qu’on appelle aussi la « région des volcans » reçoivent d’importantes quantités de neige. S’élevant là où la vallée fait place à la Cordillère des Andes, ces centres de ski sont frappés de plein fouet par les systèmes prenant naissance dans le Pacifique. Ainsi, quelques grosses tempêtes accompagnées de petites accumulations ici et là finissent par garantir un enneigement annuel stable permettant aux skieurs venus de loin de ne pas trop se stresser avec le manque de neige. La preuve : même lors d’une mauvaise saison comme celle de 2014, nous avons skié sans souci quatre de nos cinq destinations.

    Il convient néanmoins d’évoquer l’envers de la médaille. Bien qu’elles bénéficient d’un enneigement plus abondant que les destinations au nord, où la température est plus sèche, l’altitude généralement moins élevée à la base des stations de ski au Bío-Bío et en Araucanie augmente les possibilités de précipitations liquides et de redoux. Comme tout voyage de ski, il s’agit là d’un risque qu’il faut être prêt à assumer. Heureusement, étant donné les précipitations plus fréquentes dans ces régions, la situation se rétablit généralement assez rapidement.

    Peu importe l’endroit, il faut partir un brin philosophe en se disant que le skieur est l’otage de la nature et qu’il est impossible d’y changer quoi que ce soit. Et cela est d’autant plus vrai lorsqu’on se dirige vers l’Amérique du Sud, où la température est plutôt volatile. Notre expérience de glisse en témoigne : nous avons eu droit à du ski de printemps lors de nos trois premiers jours à Nevados de Chillán et Antuco, avant de faire nos traces dans la neige fraîche après une tempête à Corralco et Las Araucarias les quatre jours suivants, pour finir sur des conditions printanières à Pucón.

    Partir à l’aventure

    S’éloigner des centres touristiques, c’est par le fait même se lancer à l’aventure. À défaut de se faire organiser un voyage par une agence, il faut évidemment partir avec un minimum d’organisation : connaître les compagnies d’autobus (il y en a plusieurs au Chili) et les horaires, les routes, les distances, quelques hébergements, etc. Ensuite, toutes les possibilités s’ouvrent pour se créer un périple sur mesure. Cela est d’autant plus plaisant que le Chili est un pays stable et paisible, où les gens sont relaxes, sympathiques et accueillants. Mais attention! Ne vous attendez pas à ce qu’ils fassent des efforts pour parler anglais; si vous ne maîtrisez pas l’espagnol – c’est notre cas – vous devrez faire de gros efforts qui ne manqueront pas de faire sourire les Chiliens.

    Côté ski, il faut être prêt à tout! Bien malin celui qui pourra prévoir quels types de conditions il skiera, puisqu’aucun site météorologique ne donne l’heure juste sur les prévisions de neige, le vent, la température, etc. (quoique Snow Forecast reste relativement fiable). Le vent est d’ailleurs un facteur bien présent dans les Andes, et particulièrement dans la région des volcans. Ceux-ci trônent en effet parmi les montagnes environnantes, exposant leurs faces enneigées avec pour résultat des surfaces souvent wind packed. La conséquence : si la neige fraîche arrive en abondance, la poudreuse profonde devient une denrée rare! Et le bon côté? Le vent remplit les traces de la veille de neige fraîche, donc il est possible de tracer plusieurs jours après une tempête. De plus, cela minimise les risques d’avalanche pour ceux qui s’aventurent en hors-piste.

    Les stations du sud : une expérience unique

    C’est avec ce même « esprit philosophique » évoqué plus haut que doit être abordée l’expérience de glisse dans le sud du Chili; de fait, s’éloigner des destinations touristiques, c’est également entrer dans une culture du ski en développement, avec tout ce que cela comporte comme surprises. Le nouveau téléski usagé (style arbalète) de Corralco en est un exemple éloquent : perches manquantes, cordes usées, gare aval encore en construction, préposé au sommet s’abritant du vent dans un igloo de fortune… Bref, l’important c’est qu’il roule et qu’il permette d’atteindre le sommet! Loin des grosses stations près de Santiago prisées par les voyagistes pour leurs infrastructures modernes, les destinations du sud offrent ce caractère plus rustique et, disons-le, charmant, pour le skieur prêt à prendre les choses comme telles.

    Ces stations ont comme particularité d’être situées au pied de volcans, ce qui offre des possibilités d’ascension et de descente pour les plus téméraires. Bien que les remontées mécaniques permettent d’accéder à une certaine élévation, il faut faire le reste à pied (prévoir des crampons pour les bottes de ski). L’effort – souvent entre trois et cinq heures d’ascension – offre sa récompense : rien de tel comme la sensation de se trouver en haut d’un volcan enneigé, sur le bord de son cratère à observer le paysage, avant d’embarquer sur ses skis et descendre 1500 mètres de dénivelé sur de la neige non tracée.

    Un parcours à découvrir

    Située à environ 70 km de la ville de Chillán, la station Nevados de Chillán est la plus développée de nos cinq destinations, la plus connue et aussi celle qui a la réputation de recevoir le plus de neige. Le domaine skiable, qui s’étend sur 1 100 mètres de dénivelé, offre des pistes pour tous les goûts, dont la célèbre Tres Maria, une intermédiaire de 13 km de long. On y trouve aussi des bols, des demi-lunes naturelles moulées grâce aux coulées de lave et des possibilités de ski entre les arbres – ce qui est rare au Chili. Le terrain est bien desservi par de multiples remontées mécaniques (aucune n’est débrayable), qui permettent également d’accéder à du ski hors-piste de grande qualité en fonction des efforts physiques que le skieur désire investir. Sur le plan de l’hébergement, on compte trois hôtels au pied des pistes (très dispendieux), mais il y a aussi de nombreux endroits pour coucher dans la vallée Las Trancas – berceau de la culture ski bum au Chili – à seulement 10 km de la station. Par contre, le transport entre la vallée et la montagne reste encore à développer, alors à défaut d’avoir loué une voiture il faut utiliser son pouce…

    Notre seconde destination fut Antuco, une petite station d’environ 400 mètres de dénivelé située au pied du volcan du même nom, dans le Parque Nacional Laguna del Laja, à environ 90 minutes de voiture de la ville de Los Ángeles. Pour s’y rendre, il faut faire une trentaine de kilomètres sur une route de montagne en terre et roches dans un décor enchanteur; heureusement, nous avons loué un 4×4, ce qui est recommandé pour ce type de destination. Lors de notre passage, cette station très rustique, qui compte sur deux pomas pour desservir son domaine skiable, était fermée par manque de neige. Un gros redoux la semaine avant notre arrivée aura eu raison de ce domaine skiable à basse altitude orienté plein soleil. Cela ne nous a pas empêchés d’aller tester le terrain en montant à pied, le tout étant encore skiable du haut de la dernière remontée mécanique jusqu’à la base. La particularité de l’endroit se remarque par des pistes délimitées naturellement grâce aux nombreux sillons formés par les coulées de lave. La station est d’ailleurs un point d’accès pour prendre d’assaut le volcan Antuco. Côté infrastructures, l’hébergement (cabanes de bois) et la restauration sont à leur plus simple expression, malgré le fait qu’on y trouve un casino… tout aussi rustique que le reste!

    Le prochain arrêt, Corralco, se trouve dans la Reserva Nacional Malalcahuello à environ 125 km de la ville de Temuco. Cette station de ski, qui prend forme au pied du volcan Lonquimay, est en plein développement. La preuve : le tout nouvel hôtel 5 étoiles au pied des pistes ouvert en 2013, ainsi que l’ajout pour l’hiver 2014 du téléski Cumbre ayant permis de doubler le dénivelé de la station, qui s’étend maintenant sur près de 900 mètres. Le domaine skiable offre du ski pour tous les goûts et les niveaux, et c’est sans compter les multiples possibilités de descentes pour ceux qui veulent faire de la traverse ou monter à pied jusqu’au sommet du volcan. En plus des deux télésièges, les quatre remontées en surface permettent d’accéder à la montagne même les jours de grands vents. À la fin de la journée, il est possible de se laisser glisser jusqu’à la porte de l’hôtel, où piscine, séances de massage et bonne cuisine vous attendent pour la soirée. Outre cet hôtel, il y a plusieurs possibilités d’hébergement à plus ou moins 15 km des pistes, sans service de navettes toutefois.

    Non loin de là se trouve la petite station Las Araucarias, située au pied du volcan Llaima dans le Parque Nacional Conguillio. Arrêt non planifié à l’origine, Las Araucarias s’est avéré pour nous un coup de cœur, surtout après avoir pris connaissance du terrain hors-piste intéressant auquel on peut facilement accéder à partir du domaine skiable. Parfait pour y passer une journée, cette station d’environ 400 mètres de dénivelé au caractère très rustique compte un télésiège et 2 téléskis, un chalet et un petit hôtel. L’accès s’y fait grâce à une route de terre d’environ 20 km qui sillonne à travers une végétation luxuriante, parmi laquelle on remarque des araucarias, un type d’arbres auxquels on doit le nom de la station. Toutefois, outre l’hôtel au pied des pistes, il n’y a pas d’hébergement à proximité.

    La dernière étape de notre voyage se trouve à 800 kilomètres au sud de Santiago : il s’agit du centre de ski Pucón, célèbre parce qu’il se trouve au pied du volcan Villarrica, considéré comme l’un des plus actifs au Chili. La ville de Pucón, à quelques kilomètres de la montagne, est très différente par rapport à tout ce que nous avons vu en milieu urbain au Chili. On pourrait dire que c’est un Mont Tremblant chilien : une bourgade propre, riche, luxueuse et axée sur le tourisme. Malheureusement, on ne peut pas en dire autant de la station de ski, pourtant gérée par la municipalité. Si un passage dans le coin vaut le coup pour le superbe panorama, il ne faut pas s’attendre à grand-chose du centre de ski à moins que l’objectif soit de descendre bien relax sur des pistes faciles et intermédiaires, ou bien de carrément faire l’ascension du volcan. De fait, les deux télésièges permettant d’accéder au terrain expert sont fermés depuis plusieurs années alors que la station a orienté ses activités sur l’initiation au ski pour les jeunes chiliens.

    Dépaysement et émerveillement

    Malgré les aléas de Dame Nature avant notre départ, les conditions de ski furent satisfaisantes à toutes nos destinations. Loin des modèles de développement touristique, les stations visitées ont leur personnalité et leurs particularités, ce qui garantit des expériences de glisse unique à chaque endroit.

    Mais au-delà du ski, le Chili a su nous surprendre, nous émerveiller, nous déstabiliser; que ce soit en empruntant une route de terre de 100 km perdue dans les Andes, en arrêtant acheter de délicieuses oranges dans une fruiterie à Antuco, en découvrant des bières de microbrasserie dans un petit bar de Los Ángeles, en arpentant les rues de Chillán peuplées de chiens errants, en voyant des cyclistes à contresens sur l’autoroute, en embarquant dans un bus rural bondé d’écoliers qui s’amusent de la présence de deux gringos, ou en ne sachant pas ce qu’on commandait au restaurant… Avoir vécu tout cela autour de notre passion pour le ski est sans contredit une richesse inestimable!

    L’éternel dilemme de fin de saison

    Après avoir essuyé (voire pelleté) un revers du printemps, nous y voici: le mercure se rapproche à nouveau des températures positives, le soleil est de plus en plus présent, la neige a cessé de s’accumuler, les journées allongent, et, signe annonciateur irréfutable, les stations de ski préparent leur traversée annuelle d’un lac/étang/mare aux canards. Oui: le printemps est arrivé!

    Pauvre hirondelle, qui doit en prendre pour son rhume depuis plusieurs années déjà… car elle ne fait plus le printemps depuis bien longtemps! Non, ce qui fait le printemps, c’est: les circulaires bourrées de pneus d’été (en pleine tempête de la Saint-Patrick), les promotions sur les tondeuses (j’ai encore un mètre de neige dans ma cour), les appels pour les ouvertures de piscine (non, je ne l’ai pas dégelée au chalumeau), les maillots de bain placardés partout (quand on a justement besoin… d’une paire de mitaines!), bref, ce qui fait le printemps… c’est la société de consommation. (Aïe, vous ne l’attendiez pas celle-là, hein? Pardon, je sais, ça fait mal.)

    L’hiver souffre d’un décalage « consommatware ». On magasine des habits de neige en plein mois de juin (vécu chez Costco!) et quand on réalise en novembre que le pantalon de ski de la plus grande est devenu trop petit, il n’y en a plus un seul de la bonne taille en magasin. On achète Halloween en septembre, la rentrée scolaire le 15 juillet, les bikinis en février, la Saint-Jean après Pâques, et Noël toute l’année, parce qu’on fait semblant de ne pas vouloir coller aux dates obligatoires d’une fête commercialisée. Pardon?

    L’hypocrisie de la consommation a changé énormément nos habitudes. Il est presque impossible d’acheter quelque chose au moment où on en a réellement besoin. Soit parce que c’est bien évidemment pas disponible à un prix abordable, quand ce n’est pas carrément introuvable, rupture de stock mon pauvre monsieur. Il faut tout prévoir d’avance, au cas où. Prévoir la poussée de croissance, prévoir la tendance, prévoir le besoin qui n’arrivera peut-être même pas! C’est-y pas formidable, ça, on réussit à prévoir qu’on se créera un besoin, dans six mois! Mais on oublie une chose… tout change. Rien n’est permanent. Surtout pas l’hiver, surtout pas le printemps.

    Pour la grande majorité de la clientèle des skieurs et planchistes, la fin de la saison de ski, c’est après la relâche. Dans leur esprit, les vacances d’hiver sont terminées, les chances d’aller faire du ski sont presque réduites au néant et quand Madame entreprend son ménage du printemps, hop, les affaires de ski prennent la direction du grenier.
    – Au diable les journées de bosses juteuses, c’est pour les maniaques.
    – Oui mais il fait beau et chaud!
    – Ah mais non, le ski, c’est l’hiver, avec les flocons, et le chocolat chaud!
    – Ah bon? Je croyais que vous détestiez avoir froid, et que vous en aviez marre de geler des pieds, et que vous aviez hâte qu’il fasse plus chaud?
    – Euh…

    Quand en plus on est bombardés de BBQ en spécial-ajoutez-un-ensemble-en-osier-et-payez-dans-six-mois, difficile de garder en tête qu’il y a encore des mètres cube de neige à skier en montagne! Exception faite d’il y a deux ans, où le printemps s’est fini en trois heures bien comptées, les stations font toujours face au même dilemme: étirer ou ne pas étirer l’ouverture. Les skieurs fidèles regrettent les fermetures qu’ils considèrent comme prématurées, mais le fait est là, implacable: malgré toute la neige, la grande majorité des skieurs désertent les stations.

    Qui, parmi les skieurs plus passionnés, n’a pas fait face au regard médusé de son voisin tondeuse à la main, alors qu’il chargeait sa voiture de ses skis? « Quoi, c’est pas fini encore, ça!? » On se fait traiter d’irréductibles, on se fait gentiment taquiner « Heille, j’ai sorti mon vélo, tsé! », la ville nous rappelle que les pistes cyclables seront balayées et ouvertes le 1er mai, et quand on croise des voitures avec des kayaks sur le toit, effectivement, on se sent un peu décalés. Mais c’est le décalage dans le bon sens!

    J’ai une suggestion pour vous, skieurs et planchistes… Au lieu de chialer en décembre que la neige n’est pas au rendez-vous « comme dans le temps », il faudrait peut-être penser à aller skier quand elle est là, au sol!? Ne cherchez pas plus loin. Les stations de ski cessent leurs opérations car elles roulent à perte, au printemps. L’électricité, le personnel, les pistes… ça coûte des gros sous tout ça. Et si les skieurs ne se présentent pas au rendez-vous que la neige leur donne, le livre comptable est formel, on doit fermer. Car ce qui fait défaut dans cette industrie, depuis plus longtemps que le réchauffement climatique, ce n’est pas la neige: c’est l’argent. Il fond plus vite que les glaciers et se renouvelle tout aussi difficilement!

    Donc, soyez des consommateurs rebelles! Résistez à l’appel de la tondeuse, ne rangez pas vos skis, et faites mentir les stations: répondez « Présents! » quand elles demanderont « Mais où sont les skieurs? »

    « It ain’t over until it’s over! » … C’est pas fini, tant que c’est pas fini ;)

    Bon ski de printemps!! (Et n’oubliez pas la crème solaire sur les genoux, si vous skiez en shorts…)

    Du ski pas commun: les stations intérieures

    Où aller skier 365 jours par année ? Quelle station de ski est ouverte 12 mois sur 12 ? Il y a bien quelques endroits comme ça sur des glaciers éloignées à Timberline ou Hintertux, mais y a-t-il une solution de simplicité à proximité des villes ? Oui: il s’agit des stations de ski d’intérieur et ce concept existe depuis le début des années 1980, avec une première station de ce type créé dans la banlieue de Tokyo au Japon.

    Aujourd’hui, on dénombre une vingtaine de stations de ski d’intérieur à travers le monde. La majorité est située en Europe (Allemagne, Belgique, Pays-Bas…), mais on en trouve également en Asie et au Moyen-Orient, dont la plus célèbre, Ski-Dubaï. Il est donc très facile d’aller skier, n’importe quel jour de l’année, lors d’un séjour à Amsterdam, Hambourg, ou Bruxelles !

    En plus des centres déjà existants, des projets et des constructions de nouvelles structures existent, par exemple au New Jersey, à Las Vegas, en région parisienne, ou encore dans une ancienne carrière du sud de la Belgique. Certains centres de ski ont fait faillite et ont cessé leurs opérations: Tokyo, Adelaïde (Australie), Neuss (Allemagne); tandis que d’autres se développent et s’agrandissent.

    Ce type de station de ski nécessite de lourds investissements financiers et le pari peut être risqué. En fait, il faut voir la station de ski d’intérieur comme un parc touristique à thème, ici celui du ski et de la glisse. Pour que cette entreprise de loisir fonctionne, il est préférable qu’elle soit située dans une agglomération d’importance, où l’on peu trouver une clientèle au pouvoir d’achat suffisant, et localisée à une distance assez lointaine des montagnes où l’on retrouve la neige naturelle.

    Également, il faut en faire une attraction non isolée, accolée à un centre commerciale ou une zone marchande, où l’on retrouve restaurants, cinémas, et même hôtels. D’ailleurs, pour se diversifier, il n’est pas rare de voir le centre de ski proposer d’autres activités comme de l’escalade extérieure, les murs des infrastructures s’y prêtent à perfection. Pour compléter le portrait, une station de ski intérieure a tout intérêt à conclure un partenariat avec une grande station de ski très connue ! Ainsi Sölden est présente à Landgraff (Pays-Bas); la région des Pyrénées française au Snowzone de Madrid, et le Lander de Salzburg à Neuss (Allemagne). Le but clair de cette action est d’orienter les skieurs de la station d’intérieur vers la grande station de ski.

    Bien que l’objectif soit de proposer un ski à l’année, il est étonnant de constater que les stations de ski d’intérieur connaissent des pics de fréquentation semblable aux stations de ski traditionnelles, soit durant l’hiver. Les étés sont relativement calmes, même si les ski-clubs des montagnes viennent s’entrainer aux slaloms et permettent aux stations intérieures de fonctionner. Ceci amène les stations à adapter leurs tarifs en fonction de l’affluence afin de maximiser les revenus et de proposer des rabais important lors des périodes creuses.

    Le fonctionnement d’une station de ski d’intérieur est similaire à celui d’une patinoire. Les clients arrivent dans une zone d’accueil où l’on trouve généralement quelques boutiques, la billetterie et l’école de ski, puis ils se dirigent dans une salle pour se changer et s’équiper. Ici, on retrouve des casiers individuel, habituellement payants, des salles de bains (utile pour l’après-ski!), et un magasin de location de matériel mais également de vêtements et accessoires de ski: chaussettes, bottes, skis et planches à neige, manteaux, pantalons, casques, gants… Une fois la location du matériel réglée, les skieurs ont accès vers un sas où l’on retrouve en général les bâtons en libre service, puis à l’entrée dans le « frigo » ! (Des membres de l’équipe ZS ont visité Dubaï, lisez le récit ici!)

    Toutes les stations de ski d’intérieur proposent un tarif basé sur le temps d’utilisation. Il est intéressant de savoir que les heures d’ouverture des stations sont très larges, elles sont parfois même ouvertes 24/24 certains jours. Le visiteur d’un jour a souvent le choix entre des billets pour des blocs de deux ou quatre heures. Les abonnés (clients réguliers) peuvent acheter des heures de temps à utiliser durant un mois, ou bien à l’année. Pour ce faire, les forfaits de ski sont proposés sous la forme de cartes magnétiques, dont le temps est décompté soit au passage du sas, et systématiquement au départ des lifts. Bien sûr, des combos existent, proposant la location du matériel, le repas au restaurant, etc. Comme le ski est facile dans une station de ski d’intérieur, il est intéressant d’en profiter pour y tester de nouvelles formes de glisse. À titre personnel, j’en profite pour m’entrainer au snowboard. Le client qui loue son matériel peut passer, durant son temps de forfait, du ski au snowboard sans que cela ne pose de problème.

    L’intérieur du dôme de ski est généralement organisé en deux sections, une dans laquelle on retrouve un espace de première glisse avec la présence de tapis magiques ou parfois simplement un espace de glissade et de découverte de la neige, la seconde, évidemment plus grande et plus large, est la zone de ski. Il y a quasiment obligatoirement deux remontées mécaniques pour monter au sommet, pour des raisons essentiellement techniques: si l’un des deux appareils tombe en panne ou nécessite un travail de maintenance, la station reste ouverte en utilisant la deuxième remontée. Aussi, lors des horaires de faible affluence, l’exploitant peut faire fonctionner l’appareil le mieux adapté à la demande. Dans les grandes stations intérieures on verra des télésièges mais l’appareil le plus présent dans ce type de station demeure le t-bar. On n’a en général pas la place physique pour installer des pylônes, donc les balanciers sont fixés aux murs ou au plafond de la structure. L’air et froid et sec : la température est généralement entre -2°C et -4°C ; évidement, aucun rayon du soleil pour vous réchauffer, donc au bout de 2 heures, la sensation du froid est bien réelle!

    Malgré leur taille, il est possible d’y faire du bon ski carving et aussi de la petite godille. Pour le fan de ski qui habite à proximité, évidemment la question ne se pose pas, plusieurs gens qui viennent faire du ski une fois ou deux par semaine pour quelques heures. Bien sûr, ce type de station est idéal pour les personnes souhaitant débuter ou qui désirent  apprendre une nouvelle forme de glisse. Ainsi, avant d’aller faire un séjour en montagne et d’enchainer des heures d’apprentissage à l’école de ski, parfois assez dispendieuses, si le skieur débutant peut bénéficier de la proximité d’une station d’intérieur, il arrivera en montagne disposant des bases du ski et sera déjà autonome. Ainsi, il pourra profiter à 100% de ces congés d’hiver. Quoi qu’il en soit, les stations de ski d’intérieur, c’est à essayer au moins une fois!

    Kicking Horse (C-B), la bête!

    La réputation de Kicking Horse n’est plus à faire. La station s’est créé une niche attrayante avec son terrain à faire saliver les experts en quête de défis et de sensations fortes. Bien sûr, toute la famille pourra y trouver son compte, mais attendez-vous à voir du terrain intimidant en débarquant de la télécabine qui mène au sommet…

    D’abord, les statistiques de Kicking Horse ne nous laissent pas indifférent.  Un sommet à 2450 mètres d’altitude. Un dénivelé réel de 1260 mètres, 3e en importance au Canada, derrière Revelstoke et Whistler respectivement. Plus de 2800 âcres skiables à l’intérieur des limites de la station, sans compter l’un des meilleurs accès de hors-piste au pays. Plus de 85 chutes et couloirs abrupts répartis à travers 4 bols différents pour tester et repousser nos limites. Plus de 120 pistes nommées sur la carte, dont 60% sont cotées avancées ou expertes. Commencez-vous à avoir l’eau à la bouche?

    Si le qualificatif «extrême» n’est pas celui dont vous préférez utiliser lorsque vous décrivez vos pistes de ski favorites, n’ayez crainte, le plaisir sera de la partie pour vous aussi!  D’abord, pour les novices, le secteur de la chaise « Catamount » est tout indiqué. Cette chaise possède une mi-station pour aider à progresser tranquillement vers les pentes légèrement plus inclinées, et offre une belle variété de pistes pour les débutants. Au sommet de la montagne, vous pourrez glisser longtemps sur «  It’s a Ten », piste qui traverse la montagne du sommet à la base sur une distance de 10 kilomètres…

    Vous êtes amateur de longues pistes damées à la perfection? Kicking Horse ne vous oublie pas. Complètement au sommet près de la chaise « Stairway to Heaven », les pistes « Silver Lining » et « My Blue Heaven » vous offriront de la poudreuse damée comme vous en rêvez!  Plus bas dans la montagne, ne manquez surtout pas les pistes « Wiley Coyote » avec ses multiples valons, et bien sûr, la « Kicking Horse ». Pour des pistes damées plus abruptes, la « Show-off », « Bubbly » et « Euphoria » vous en mettront plein la vue. À noter que ces dernières ne sont pas toujours damées, mais lorsqu’elles le sont, vos palpitations cardiaques vont s’accélérer instantanément!

    Les pistes à bosses sont votre dada? Il n’en manque pas ici. D’abord, au bas de la montagne, un secteur vraiment amusant pour finir n’importe quelle descente est le secteur composé des pistes « Big Ol’ Bear », « Got Your Goat » et « Wapiti ».  Trois pistes sauvages avec beaucoup de relief, des bosses, des sauts à faire un peu partout, un régal pour les intermédiaires comme pour les experts. Ensuite, pour les bosses qui vous donneront envi de trouver le chiropraticien le plus proche, on pense à « Double Header », « Blow Down » et « Race Place ».

    Vous rêvez de descentes poudreuses dans les bois? Aucun sous-bois n’est indiqué sur la carte des pistes de la station, mais vous trouverez de belles cachettes ou des sous-bois dégagés entre pratiquement toutes les pistes de la montagne.  Ne manquez pas les sous-bois de chaque côté de la chaise « Pioneer », du plaisir garanti. Vous ferez également de superbes descentes à travers les conifères en descendant du côté sud des deux crêtes principales de la station, soit « CPR Ridge » et « Redemption Ridge ».

    Aller dans l’ouest signifie pour vous de skier des zones alpines, des bols, des couloirs entourés de rochers, des descentes sauvages, abruptes et accidentées?  Kicking Horse vous souhaite la bienvenue! Avec ses 4 bols à l’intérieur de la limite du domaine skiable de la station, vous ne pourrez pas vous ennuyer ici. Inutile ici que je vous parle de noms de pistes car rien n’est indiqué physiquement en haut des pistes, il n’y a aucune pancarte… Vous pouvez toujours demander conseil aux locaux ou à la patrouille, mais il est possible qu’ils ne sauront pas de quelle piste vous parlez puisqu’ils les appellent différemment des noms donnés par la station! Mais si vous demandez gentiment, les « powder fields » offrent de la poudreuse sécuritaire légèrement hors-piste, le « red light district » vous amène sur des descentes abruptes avec quelques options d’envol pour les intéressés, et les « fingers » offre une série de couloirs vertigineux qui vous sortiront de votre zone de confort. 

    En règle générale, la poudreuse se conserve plus longtemps dans « Superbowl » ainsi que dans « Feuz bowl », tandis que « Bowl Over » et « Crystal Bowl » sont plus faciles et plus rapide d’accès, donc plus tracés. Pour vous assurer encore moins de neige tracée ainsi que des défis de taille, préparez-vous à monter à pieds vers le sommet de « Terminator 1 ou 2 », ou vers « Whitewall ».  Des descentes qui resteront gravées longtemps dans votre mémoire!

    Vous préférez explorer le hors-piste pour de longues descentes dans la neige vierge? Ayez d’abord les connaissances et l’équipement de sécurité requis pour vous y aventurer. Il y a d’excellentes possibilités de hors-piste de chaque côté de la station, mais de grâce, ne suivez pas n’importe quelles traces dans la neige au risque de vous retrouver dans un terrain extrêmement dangereux, ou encore de vous perdre et de passer la nuit à l’extérieur, ou pire encore…

    Outre le domaine skiable, l’offre gastronomique est également digne de mention, que ce soit au pied des pentes ou en ville à Golden, à quelques kilomètres des pistes. Il y en a pour tous les budgets, mais si vous aimez les bonnes tables, je vous conseille de visiter The Cedar House, The Wolf’s Den, Eleven 22, ou encore Cork’s.  Et bien sûr, pour une expérience hors de l’ordinaire, allez souper au Eagle’s Eye, le restaurant au sommet de la station de ski, lequel vous montrez et redescendrez bien repus avec la télécabine de la station de ski sous la lueur des étoiles!

    L’après-ski se passe principalement au Peaks, le resto-bar situé au pied de la télécabine. Si vous descendez à Golden, vous pourrez continuer à fêter au Riverhouse, au Golden Taps ou au Omega Lounge, pour ne nommer que ceux-là. Une fois la soirée terminée, Golden offre de multiples options d’hébergement; vous pouvez également dormir dans le luxe et le confort au pied des pentes de la station.  Visitez www.kickinghorseresort.com pour plus de détails.

    En partant du Québec, le choix le plus simple pour vous rendre à Golden est de prendre un vol vers Calgary.  De là, vous pourrez organiser un transfert en autobus, ou pour plus de flexibilité, louer une voiture et franchir les rocheuses à votre propre rythme! La route entre Calgary et Golden est d’environ 3 heures, avec la ville de Banff et tous ses attraits à mi-chemin entre les deux, incluant les stations renommées de Sunshine Village, Lake Louise et Mt Norquay. À l’ouest de Golden, à près de 2 heures de route, se trouve Revelstoke qui vaut amplement le détour. Vous avez donc quelques options de taille autour de Golden pour combiner plus d’une station de ski dans votre périple dans l’ouest.  Peu importe comment vous allez vous y prendre, votre séjour à Kicking Horse se promet d’être inoubliable!

    Vail, si l’opulence était une montagne

    Ayant entendu à répétition qu’il fallait aller à Vail pour goûter aux bowls, nous avons orienté nos planches vers cette station mythique du Colorado. Deux sorties étaient prévues: une pour s’acclimater à la montagne et faire du repérage, l’autre pour en profiter pleinement. Comme dans la plupart des environnements montagneux, la météo change rapidement et nous avons eu deux jours de glisse exceptionnelle aux conditions bien différentes. Ce texte est le résumé de nos découvertes!

    Jour 1

    Quiconque empruntera la route vers Vail roulera dans un décor bucolique, entouré de montagnes, longeant des falaises et des lacs. Un petit bémol: à l’arrivée dans le village, la signalisation est un peu manquante et les touristes (nous en sommes!) ont tôt fait de se perdre à travers les méandres du village, qui est bien joli soit dit en passant. Une autre note moins positive: seul un stationnement payant intérieur de 25$ est à la disposition des skieurs. Il y a bien un autre stationnement, gratuit celui-là, dans le village de Vail-Ouest, mais pour s’y rendre, il faut prendre un autobus municipal qui prend plus de 20 minutes de route. Nous avons payé. À notre arrivée, la montagne s’offre à nous, imposante… Première réflexion: c’est gigantesque… comme en témoignent ses 195 pistes, ses 2141 hectares de terrain skiable et son dénivelé de 1052 mètres. Il n’en fallait pas plus pour que l’excitation commence à se manifester à travers notre corps et qu’on ressente cet empressement d’être sur les pistes.

    Tous les employés de la montagne, du guichet de billets aux préposées des remonte-pentes sont d’une gentillesse exemplaire, toujours accueillants et souriants, souhaitant la bienvenue sans cesse. Lors de la première remontée, dans le remonte-pente Riva-Bahn Express, un habitué de la place nous informe que cela faisait des semaines qu’ils n’ont pas reçu de bordée de neige comme cette journée-là (20-30cm). Une fois arrivés au sommet de par le remonte-pentes Northwood Express, nous faisions face pour la première fois à ce que tous décrivent unanimement de Vail: des bowls remplis de poudreuse avec sous-bois par-ci par-là, des rochers à sauter pour les plus téméraires, un immense terrain de plus de 3000 hectares pour les amateurs de glisse et de sensations fortes. En fait, il y avait tellement de neige qu’il suffisait de choisir un endroit où dévaler et peu importe l’endroit choisi, vous étiez assuré d’avoir de la neige jusqu’aux genoux!

    Aussi bien dire que la sensation est exceptionnelle, de la poudreuse dans tout ce qu’il y a de plus pur, de type champagne. C’est ainsi que nous avons décidé de passer la journée dans les bowls de Vail, qui en contient 7 en tout, aux noms tous plus exotiques les uns que les autres: le Sun Down Bowl, le Sun Up Bowl, le China Bowl, le Siberia Bowl, le Mongolia Bowl et le secteur Blue Sky Basin qui contient le Pete’s Bowl et le Earl’s Bowl. Plusieurs remonte-pentes desservent les bowls pour faciliter leur exploration. Les télésièges les plus modernes sont dotés d’une carte des pistes insérée dans une fenêtre de plastique à même la barre de sécurité… très utile pour s’orienter entre deux descentes!

    À travers toute cette poudreuse, entre quelques virages, en tendant l’oreille on entendait les « yahoooooo » et « hihaaaaaaaa » qui faisaient écho dans la montagne: la joie de skier dans pareille conditions de neige était bien réelle et tous les skieurs avaient l’immense sourire derrière les cache-cous. Désireux d’explorer, nous avons changé de secteur et après une quinzaine de minutes de « catwalk » (quelle horreur pour les planchistes!), nous avons pu accéder au Mongolia Bowl, offrant un bon dénivelé et permettant de prendre beaucoup de vitesse… la grande quantité de neige nous permettait aussi de tomber sans se faire mal mais surtout, de passer de longues minutes à descendre en improvisant des « S » dans un terrain vierge.

    Cherchant encore l’exploration, nous sommes allés goûter au China Bowl, accessible par le remonte-pentes Orient Express. Dans ce secteur se trouve une énorme portion de sous-bois s’étalant à perte de vue et qui malgré la densité des arbres est somme toute facile à dévaler. Ce qui frappe dans ces sous-bois est que les gens utilisent souvent une ligne de descente déjà utilisée par quelqu’un d’autre, ce qui laisse plusieurs endroits de poudreuse non-touchée pour ceux osant s’aventurer dans des espaces un peu plus étroits.

    Après plusieurs heures de descentes dans ces conditions de rêves, une pause pour se ressourcer en énergie était nécessaire. Le sommet de la station est garni de trois chalets avec service complet de restauration et de toilettes. Les skieurs ayant un bon budget peuvent profiter du menu complet incluant une section BBQ extérieure qui laisse échapper une odeur fumée plus qu’alléchante. Malgré ce titillement des papilles olfactives, le prix demandé peut en décourager plus d’un: entre de 12 à 14$ pour un hamburger (normal, au fromage, portobello), sans accompagnement ni boisson désaltérante -un must pendant une journée de ski!

    Jour 2

    Contrairement à notre première journée, la température était beaucoup plus froide, oscillant entre -16°C et -7°C, avec un soleil plombant les montagnes. Certaines parties du terrain ont été damées pour tracer une « route » du sommet à la base. Cette journée sera parfaite pour explorer le reste de la montagne, c’est-à-dire le « Front Side », contenant plus de pistes faciles et intermédiaires que de difficiles. De plus, on y retrouve quatre parcs à neige contenant des sauts et des « rails » de divers calibre, des pistes style « boarder/ski-cross » ainsi qu’une demi-lune et une super demi-lune, travaillées à la perfection.

    À la sortie de tous les remonte-pentes du sommet, d’immenses panneaux indiquent quelles pistes ont été travaillées mécaniquement; l’entrée des pistes affiche également cette information. C’est ainsi qu’à travers les pistes damées, nous avons pu explorer la montagne de fond en comble, en visitant chaque section comme il se doit. La qualité de la neige damée était exceptionnelle, aucune glace n’était présente si ce n’est qu’à la toute fin de la journée dans les sections un peu plus abruptes. Le front side de Vail offre une expérience de descente aussi agréable que les back bowls. Les paysages sont à couper le souffle peu importe où on se trouve, de plus, on peut parcourir la montagne de long en large en seulement une ou deux descentes puisque beaucoup de pistes s’entrecoupent et que les remonte-pentes à mi-montagne sont très bien situés.

    Toutes les pistes offrent un défi différent de par leur configuration et leur largeur; tout le monde peut y trouver son compte. Je dois avouer que j’ai particulièrement aimé la combinaison des pistes Eagle’s Nest Bridge (facile) et de la Simba (intermédiaire) qui va du haut de la montagne jusqu’à la base du Lionshead Village en offrant une descente parsemée de lignes droites ponctuées de vallons, d’énormes virages pour changer de direction, le tout bordé d’une majestueuse forêt. De plus, une fois rendu à la base, on peut se reposer en empruntant la télécabine Eagle Bahn, question de récupérer un peu d’énergie et de chaleur. Aussi, peu importe la piste que nous choisissons, les possibilités de sous-bois sont presque infinies pour ceux qui affectionnent ce genre de descente. On retrouve des sous-bois remplis de poudreuse, peu ou pas explorés, et ce, à tous les niveaux de la montagne. Pour les planchistes (surtout!), l’avantage des sous-bois est qu’ils nous permettent généralement d’éviter les « catwalks », un peu plus nombreux sur ce côté de la montagne. Pour ceux que les faux-plats inquiètent, sachez qu’ils sont tous bien identifiés sur la carte de la montagne; cette carte est d’ailleurs très détaillée et facilite grandement l’identification des remonte-pentes et des pistes ainsi que des points de repos, de  premiers soins, etc.

    Nous avons croisé énormément d’enfants pas plus haut que trois pommes qui apprenaient les rudiments du ski avec les instructeurs de Vail; la station offre plusieurs zones d’apprentissage facilement identifiables tout au long de la montagne. Ce constat nous porte à croire que la montagne peut autant combler les skieurs/planchistes avides de sensations fortes et de terrains extrêmes que la petite famille! Fait intéressant à noter, la sécurité sur la pentes est quelque chose que Vail prend énormément à cœur et qui est omniprésente: plusieurs zones de basses vitesses et de « no jumping » sont affichées tout au long de la montagne et les patrouilleurs ont une approche « tolérance zéro » pour les contrevenants. À certains endroits, des employés se tiennent à l’entrée des zones de glisse à basse vitesse pour s’assurer de faire respecter les consignes et demander de ralentir.

    En terminant, c’est avec le sentiment d’avoir exploré suffisamment la station, fatigués certes, mais comblés par ce que nous avons vu et vécu. Il serait prétentieux de dire que nous avons pu explorer la montagne dans ses moindres détails en si peu de temps étant donné l’immensité du territoire. Toutefois, en ayant choisi des pistes damées tout au long de la journée, cela nous a permis d’économiser nos jambes et d’avoir un bon rythme de descente, faisant en sorte que nous avons sillonné la montagne de long en large.

    J’aurais tendance à conclure que peu importe la distance, le prix du stationnement et du billet de remontée, le jeu en vaut grandement la chandelle pour avoir une neige de qualité, un paysage incroyable, une expérience de glisse exceptionnelle, un environnement impeccable et des employés accueillants et chaleureux. Si vous êtes dans la région de Denver, n’hésitez surtout pas à visiter Vail… car c’est bien beau de lire notre résumé, mais il n’y a rien comme le découvrir vous-même!

    Sortie de fin de semaine, thématique « hiver »

    En tant que skieur converti, on est souvent happé par nos habitudes et nos valeurs sures. Ce n’est bien entendu pas un défaut mais parfois, un peu de variété agrémente l’expérience et apporte une nouvelle dynamique à un simple « weekend de ski ». Motivés d’abord par le désir de découvrir, et ensuite par l’envie de faire quelque chose de différent du ski, nous avons tourné le volant vers la région de l’Outaouais. Au menu: deux stations de ski, un musée et une patinoire à ciel ouvert!

    Disons-le tout de suite: notre position géographique (rive-sud de Montréal) facilite l’accès à la vallée de la rivière Outaouais. Ce voyage n’est donc certes pas temporellement accessible à quelqu’un habitant plus près de Québec mais l’idée globale est là: mélanger les activités pour continuer à bouger, en profitant de l’hiver! Nous avons donc entamé notre périple en gardant en tête la possibilité, dès le vendredi soir, de skier au Mont Cascades: la station offre du ski de soirée jusqu’à minuit! (Le vendredi seulement!) Nous avons par contre choisi de relaxer le vendredi soir, mais l’idée de skier en Cendrillon était bien intéressante et offre une possibilité supplémentaire pour la découverte d’une station de ski.

    Le samedi, nous avons choisi de skier au Mont Sainte-Marie, à un peu plus d’une heure de route de Gatineau. La route se fait bien (avec en prime des toponymes fort divertissants) et la station offre assez de défi pour qu’on n’aie pas envie d’écourter le séjour. On y skie donc toute la journée, en sachant que le retour ne sera pas non plus trop long: sur le chemin, le Mont Cascades nous attendait! Cette sortie allait forcément être moins longue que la découverte de Sainte-Marie mais nous en avons profité jusqu’à ce que nos estomacs nous demandent le souper. Si nous avions skié Cascades la veille, notre destination aurait été Camp Fortune (visible sur la photo d’entête de l’article!). Nous avions choisi de séjourner dans un hôtel central et facile d’accès, cette stratégie nous a permis d’aller casser rapidement la croute et de pouvoir faire la grasse matinée le dimanche…

    Après une nuit de repos bien méritée, la journée du dimanche a été occupée à patiner, et à visiter le musée. J’étais très curieuse de tester la plus grande patinoire à ciel ouvert au monde, soit le circuit mis en place chaque année sur le Canal Rideau. L’accès y est gratuit, le parcours est parsemé d’entrées piétonnes, de petite haltes avec toilettes, restaurants, service de premiers soins… tout au long, la vue est bien agréable. En famille, jouez à compter le nombre de ponts sous lesquels vous passerez! La qualité de la glace était très bonne lors de notre passage et la température très clémente nous a encouragés à faire le trajet complet (aller-retour): c’est donc avec plus de 15km de patin dans les mollets que nous avons attaqué le diner.

    L’après-midi s’est quant à lui déroulé au Musée Canadien de l’Histoire (Gatineau), où nous avons entre autres visité l’exposition « Neige » (présentée jusqu’au 28 septembre). Un billet donne accès à toutes les expositions du Musée, sauf aux projections IMAX. La conclusion de notre petit périple thématique « hiver » s’est donc faite dans un musée, chose pourtant à première vue un peu impensable pour des amateurs de sports extérieurs! L’exposition « Neige » ne touche pas seulement au ski, elle s’intéresse également à la météo, aux inventions et prouesses technologiques… avec de beaux artéfacts de chez nous! Pour récompenser les enfants d’avoir bien fait le tour, terminez votre visite dans la section du Musée des Enfants… encore beaucoup de plaisir en vue pour les plus jeunes, pendant que les plus vieux peuvent s’attabler au café du coin!

    Éloge du ski en solo

    Faites-vous partie de ceux qui ne skient jamais seuls? Si tel est le cas, je vous invite à essayer le ski en solitaire. Vous vivrez alors une expérience différente qui vaut la peine d’être vécue au moins une fois. Vous n’êtes pas convaincus? Lisez ce qui suit!

    Bien que skier seul puisse être le résultat d’une suite d’invitations refusées ou de désistements, il faut y aller avec une attitude positive. Après tout, cela n’est pas honteux ni gênant et ça peut être le présage d’une superbe rencontre avec d’autres skieurs ou… avec vous-même!

    Une grande liberté

    Le fait de ne pas être accompagné permet de choisir son rythme. Nul besoin d’attendre après des skieurs plus lents ou plus rapides que nous! Pour les uns : moins de stress et de pression, pour les autres : moins d’attente au bas des pistes. Si vos partenaires habituels privilégient un type de terrain en particulier, voilà le temps de sortir de votre routine. Vous avez envie de descendre votre piste préférée cinq fois de suite? Aucun problème! Prendre une pause aux quatre minutes pour contempler le paysage? Avec plaisir! Une photo avec ça?

    Une occasion d’améliorer votre ski

    Il peut s’agir d’un moment parfait afin de prendre le temps de travailler une facette de votre ski que vous désirez améliorer. Après tout, plusieurs exercices de ski doivent être exécutés à une vitesse plus lente pour être efficaces. Et tant qu’à y être, pourquoi ne pas en profiter pour prendre un cours de ski? Pour ma part, les sorties en solo m’ont permis d’apprivoiser les sous-bois à mon rythme. Je connais peu de skieurs qui auraient accepté de m’accompagner pendant que je descendais encore et encore le haut de la 8, Cathédrale, au Massif du Sud!

    Prendre un peu de recul

    Les remontées seuls (ou avec des gens peu loquaces!) donnent l’occasion de se reposer, de réfléchir et parfois même de prendre un peu de recul sur sa vie. Si comme moi l’air pur vous aide à mieux penser, vous apprécierez ces remontées. Il y naitra peut-être de bonnes idées, une décision éclairée ou même un nouveau projet!

    C’est également l’occasion d’observer la nature qui nous entoure : les arbres, les animaux, les sculptures naturelles de glace, le ciel bleu, la forme des montagnes au loin. Lorsque l’achalandage est plus faible, on peut écouter attentivement et entendre les bruits que font la remontée, le vent et les skieurs qui passent en dessous.

    Mais ce que je préfère par dessus tout, c’est observer les gens. Lorsque je regarde un skieur passer, je m’amuse parfois à essayer de deviner de quel genre de personne il s’agit : un sportif? un professionnel? un père de famille? un artiste écolo? Toutes ces réponses? Hé bien quoi, on a tous quelques habitudes étranges…

    Des rencontres fortuites

    Que ce soit au chalet ou dans la remontée mécanique, il arrive que l’on fasse des rencontres qui mènent à une intéressante conversation et parfois même quelques descentes partagées. Je me souviens avoir rencontré un télémarkeur à Stoneham qui m’aies raconté, les yeux brillants, l’origine de son sport. Également une mère de famille qui me parlait de son plaisir à skier avec ses enfants. À plusieurs reprises j’ai croisé des gens que j’ai connu dans d’autres contextes : une ancienne collègues de travail, un ex beau-frère et la serveuse d’un restaurant où j’allais souvent.

    Certains trouvent même l’amour sur les pentes de ski! J’aurais d’ailleurs un concept d’émission à suggérer à V-télé. Ça pourrait s’appeler : l’amour est dans le remonte-pentes!

    L’autre côté de la médaille

    Soyons honnête, il n’y pas que des avantages à skier seul. Le principal inconvénient à mon avis est que cela puisse donner l’occasion d’écouter un peu trop son corps. Un peu froid? Légère fatigue? Et hop, on écourte notre journée car il n’y a personne pour nous motiver à faire encore 1 ou 2 descentes dont nous serions tout-à-fait capables. Et puis lorsqu’il n’y a personne à nos côtés pour nous pousser à dépasser nos limites, on est plus prudents, parfois même trop!

    La fréquentation des sous-bois peu achalandés ou des secteurs hors-pistes en solo représente un plus grand risque en cas d’accident. Dans certains secteurs, cela est même interdit. Personne ne voudrait se blesser et perdre conscience dans le milieu de la forêt sans que quelqu’un puisse lui porter secours.

    En conclusion de cet éloge au ski en solitaire, je tiens à préciser que malgré le grand plaisir que j’éprouve à skier seul plusieurs fois par hiver, il n’y a rien comme skier en bonne compagnie! L’être humain est une bibitte sociale, c’est dans nos gênes! On aime tous être bien entourés et avoir du plaisir en gang. Cela dit, ne dédaignez pas une sortie en solitaire une fois de temps en temps, vous pourrez certainement en tirer une grande satisfaction!

    Couper son moteur, une initiative louable

    Comme vous le savez tous, les gaz à effet de serre (GES) produits par les voitures causent, à la longue, un réchauffement climatique. Les stations de ski ne seraient rien sans notre climat, puisque réchauffement signifie moins de neige, et moins de neige signifie moins de journées de ski. Si nous voulons que nos enfants puissent connaître les joies de ce sport, il est important de faire aujourd’hui quelques gestes simples pour le protéger. De nombreux efforts sont faits en matière de développement durable dans les stations de ski du Québec, cependant, ce ne sont pas les activités de la station qui causent le plus d’émission de gaz à effet de serre, mais le transport des skieurs vers la station. Il existe quelques gestes simples à faire pour réduire les émissions de GES, comme par exemple éviter la marche au ralenti et pratiquer le covoiturage. 

    Combien de fois avons-nous laissé tourner le moteur de la voiture pour déposer les skis dans un support, aller chercher les billets de ski et revenir dans un véhicule chaud? Cette pratique produit énormément de CO2 inutile. En plus d’être mauvaise pour l’environnement, elle est également néfaste pour la santé et pour la mécanique de la voiture. En effet, la marche au ralenti peut endommager le moteur parce que la combustion est incomplète et que cela laisse des résidus. Il vous en coûtera non seulement plus cher d’essence, mais, vous devrez aussi payer plus cher en réparations sur votre voiture! Couper son moteur est donc aussi bénéfique pour votre portefeuille. 

    L’Association des stations de ski du Québec (ASSQ) a reçu 49 000 $ de la part du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs en janvier 2011 afin de mettre en branle un programme visant à réduire les GES. Selon la firme de développement durable Ellio, sollicitée par l’ASSQ pour mettre en œuvre ce projet, la marche au ralenti a fait une chute de 20 % déjà à la fin de 2011. D’après Jean-Sébastien Trudel, expert-conseil en développement durable chez Ellio, ces chiffres ont été calculés en envoyant des équipes sur les stationnements de 25 stations de ski avant et après la pose de pancartes « Ici, on coupe le moteur ». Les inspecteurs ont calculé le nombre de voitures et le nombre de minutes de marche au ralenti, de même que le type de voiture. Avant les démarches de sensibilisation, les équipes avaient vu des gens laisser leur voiture tourner pendant 40 minutes sans surveillance, situation qui n’a pas été revue depuis.

    Outre la pose de pancartes, les stations ont aussi investi sur des ambassadeurs qui ont pour mission d’intervenir positivement pour éviter la marche au ralenti. Entre autres, ils donnent des autocollants à poser sur les véhicules pour encourager les gens. Une autre démarche des stations de ski est de poser des pancartes dans les toilettes démentant des mythes sur la marche au ralenti. Par exemple, il ne coûte pas plus cher de redémarrer son moteur plutôt que de le laisser tourner 10 minutes. Aussi, il ne suffit que de 30 secondes pour que le moteur soit assez chaud pour partir, il va se réchauffer plus vite en roulant.

    Une autre option est de pratiquer le covoiturage. Il existe plusieurs de sites web de covoiturage général, mais il en existe un particulier au ski : skicovoiturage.ca. Sur ce site, il y a des annonces d’offre et de demande de covoiturage. De plus, plusieurs stations de ski offrent des babillards de covoiturage. C’est une manière économique et écologique de se déplacer aux stations qui sont souvent loin. Certaines stations proposent également un service de navette ou ont une entente avec le service de transport en commun de la région. Ce service est idéal pour ceux qui n’ont pas de voiture et permet l’accès aux stations à une nouvelle clientèle. 

    Bien sûr, le mauvais côté est de ne pas pouvoir aller en ski quand on veut, ni en revenir à l’heure voulue. Pour ceux qui ont leur propre voiture, cela ne semple pas très attirant. Alors, lors d’une journée de ski entre amis, plutôt que de se rencontrer à la station et de chacun utiliser sa voiture, pourquoi ne pas y aller ensemble? Le coût de l’essence sera alors divisé et vous pourrez utiliser ces économies pour une bière entre amis avant de terminer la journée de ski.

    Plusieurs autres initiatives sont mises en place par les stations de ski pour réduire leurs empreintes écologiques. Certaines projettent l’installation des bornes de recharges pour véhicules électriques, d’autres, comme le Massif de Charlevoix, offrent des places de stationnement réservées près du chalet pour les véhicules hybrides. Mais, selon M. Trudel, seulement en évitant la marche au ralenti, cela équivaudrait à ne pas entretenir les pistes pendant une année entière sur le plan environnemental. Un simple geste peut alors en faire beaucoup pour préserver le futur de notre fabuleux sport. Et vous, coupez-vous votre moteur?

    Sotchi, à quoi s’attendre réellement?

    Dès le 7 février prochain, les yeux qui n’étaient pas déjà tournés vers Sotchi le seront. Cette petite ville de Russie, située aux abords de la Mer Noire, n’avait jamais créé autant d’engouement que depuis que Staline avait décrété que l’endroit deviendrait le lieu prisé pour les vacances à la plage des Russes. Palmiers, climat subtropical, plages de galets, pêcheries, fruits frais… oui, c’est bien dans la pointe méridionale de la Russie que les prochains Jeux Olympiques d’Hiver se tiendront. Ceux qui pensaient que le choix de Vancouver était insensé en prendront pour leur rhume…

    Un peu de géographie

    Sotchi, ou Sochi, selon la translittération, est une station balnéaire accrochée à la portion est de la Mer Noire. En-dessous, la frontière avec la Géorgie. En face, sur l’autre rive de la mer, la Bulgarie. Il faut compter 1620 kilomètres entre Moscou et Sotchi, soit 20 heures de route ou… 24h de train. La température moyenne à la plage est de 23°C en juillet, et de 6°C en février. Les précipitations y sont abondantes, l’an dernier, la ville a enregistré 1644mm de pluie, tombés sur 154 jours. On parle bien d’un climat subtropical humide. Les montagnes avoisinantes appartiennent à la chaine du Caucase. Pour nous, nord-américains, voir les épreuves en direct sera bien difficile puisque les neuf heures de décalage feront en sorte que les résultats seront déjà publiés à notre réveil. Le contexte géopolitique toujours très tendu dans ce secteur de l’ex-URSS ajoute une dimension supplémentaire à l’attention qui sera portée à l’événement, chaque analyste ou reporter ayant en tête les attentats possibles. Les images des divers moyens employés pour sécuriser l’endroit (milice, patrouille, systèmes de surveillance, caméras, clôtures, détecteurs de mouvements, etc.) feront sans doute l’objet de plus d’un reportage!

    Les Jeux de Sotchi… pas à Sotchi

    En réalité, aucun événement olympique, si ce n’est que les atterrissages et les décollages des avions sur le tarmac de l’aéroport fraichement rénové, n’aura lieu à Sotchi directement. Les athlètes, médias et autres délégations devront d’abord parcourir 30 kilomètres vers le sud-est pour rejoindre Adler, une autre petite bourgade sur la Mer Noire. Puis, tous se dirigeront vers le village olympique approprié: trois villages ont été construits pour accommoder les visiteurs. La section côtière, « Coastal Cluster », accueillera les médias, ainsi que toutes les épreuves « glace » (patin, hockey, curling). La section montagne, « Mountain Cluster », est située à 45 kilomètres de Adler, accessible par une toute nouvelle autoroute, ainsi que par train. Le Mountain Cluster compte deux villages répartis entre Krasnaya Polyana et Rosa Khutor, les deux stations de ski recevant les épreuves « alpines ». Les deux villages accueilleront les skieurs, lugeurs, fondeurs et autres athlètes de la glisse. Les cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux se tiendront au Fisht Olympic Stadium, dans le Coastal Cluster.

    Inévitablement, les controverses et oppositions sont nombreuses devant la grandeur sans commune mesure des travaux à accomplir. Comme en fait état l’excellent documentaire de The Passionnate Eye, Putin’s Games (disponible sur le site de CBC, dépêchez-vous de le visionner avant qu’il soit retiré!) le coût des Jeux a atteint un sommet inégalé, non seulement en termes financiers mais aussi en défis techniques, technologiques, en main d’oeuvre, en impacts environnementaux… Les factures gonflées sont la norme et la corruption, la règle de base. La population locale (humaine, végétale, animale et minérale) a perdu tout son sens, son pouvoir et ses possessions. L’État russe a décrété que chaque parcelle de terrain qui était nécessaire à la construction d’une quelconque infrastructure reliée aux Olympiques était désormais propriété nationale, ce faisant, évinçant les habitants de leurs résidences. Le prix payé par les résidants du secteur va donc bien au-delà de la simple valeur de leurs possessions. Comment Vladimir Poutine s’y est-il pris pour l’emporter face à Salzbourg (Autriche) et Pyongcheang (Corée du Sud)? On ne le saura jamais réellement, mais les critères d’admissibilité du Comité International Olympique semblent avoir été gommés le temps de l’annonce du gagnant… 

    Des leçons de Vancouver

    L’une des préoccupations qui saute aux yeux lorsqu’on parle d’un climat subtropical humide, en se replaçant dans le contexte du fiasco neigeux des Jeux d’hiver précédents, c’est bien entendu la capacité de produire, entretenir, conserver, voire tout simplement accumuler la neige (naturelle ou fabriquée) sur les sites de compétition. Le climat montagneux étant quand même substantiellement plus rigoureux que celui de la plage, les montagnes où auront lieu les épreuves sont naturellement enneigées l’hiver. Les stations de ski ne sont cependant pas à l’abri des sautes d’humeur de plus en plus fréquentes de la météo, plaçant le déroulement des épreuves dans une situation à haut risque. (Pour suivre la météo, via Snow-Forecast: Krasnaya Polyana et Rosa Khutor.)

    Deux mesures spectaculaires ont donc été mises en place afin de pallier à tout manque éventuel d’or blanc: d’abord, à la fin de la saison hivernale l’an dernier, au printemps 2013, l’organisation olympique a rassemblé en plusieurs lieux 450 000 mètres cube de neige, protégés par des bâches isolantes. Les calculs ont été effectués en fonction d’un indice de fonte, et les prévisions donnaient une perte de 30% jusqu’à l’arrivée de l’hiver suivant. Ironiquement, cette prévoyance sera probablement inutile puisque l’hiver semble avoir été généreux en neige naturelle jusqu’à maintenant. Puis, un gigantesque système de fabrication de neige (document pdf) a été mis en place: stations de pompage, bassins de refroidissement, canons, compresseurs, le tout à la fine pointe de la dernière technologie (quoi d’autre!). Les rumeurs les plus folles faisaient même état d’une capacité de production jusqu’à des températures extérieures atteignant 15°C… ce qui s’avère être presque le cas, puisque l’air et l’eau utilisés sont refroidis à 0°C avant d’être pulvérisés, rendant le critère de température extérieure moins déterminant.

    Des Jeux de tous les records

    On est donc bien loin de l’essence originale des Jeux de Pierre de Coubertin. Célébrer l’athlète et l’homme dans sa persévérance et sa force (Citius, Altius, Fortius) prend un sens très différent lorsque les prouesse techniques et technologiques de même que les dépassements de coûts et autres controverses éclipsent les performances des athlètes.  Des records seront assurément enregistrés: attendons-nous à être bombardés de dates, de distances, de vitesses, de poids, de dollars, de dollars, de dollars… car le total de ceux-ci représente sans doute le chiffre le plus ahurissant d’entre tous: les Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi valent 50 milliards de dollars. Est-ce bien raisonnable? Certes, poser la question c’est y répondre. Mais tentons de nous concentrer sur ce qui est réellement important: la qualité des hommes et des femmes qui se sont entrainé de toutes leurs forces physiques et mentales au cours des quatre (voire huit ou plus) dernières années pour donner le meilleur d’eux-mêmes durant tout au plus quelques minutes. Savourons ces minutes en tant que spectateur, cela ne nous coûtera que du temps.

    *Pour les plus curieux, voici un lien pour visionner les webcams des différents lieux. Acceptez l’offre de traduction de votre navigateur!

    Je tiens à remercier Jean-Luc Brassard pour son temps et ses photos! Les images qui garnissent cette chronique ont été prises lors de sa visite sur les lieux en juin 2013, alors que les innombrables chantiers étaient en cours. 

    Visage du ski: Jean-Luc Brassard

    Lors de l’annonce de la nomination de Jean-Luc Brassard en tant que Chef de mission adjoint pour la délégation olympique canadienne, tous se sont accordé pour saluer le choix de l’ex-bosseur émérite. Énergique, souriant, passionné, communicateur, engageant et engagé, les qualités de Brassard ainsi que son expérience d’olympien rendaient sa désignation fort naturelle. À quelques jours du début des Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi, le spectateur moyen voit son intérêt pour les Jeux croitre graduellement; Jean-Luc quant à lui est déjà plongé dans le bain olympique depuis près d’un an! Portrait du rôle d’un skieur au grand coeur, dont les accomplissements dépassent le podium.

    Lorsqu’il a appris sa nomination, après bien sûr avoir remercié son interlocuteur et s’être senti flatté, Jean-Luc s’interroge: « Mais… ça fait quoi exactement, un chef de mission? » Très bonne question! Le rôle est très vaste. Même s’il avait une petite idée de ses tâches, Jean-Luc verra le portrait s’éclaircir grâce à plusieurs personnes au sein du Comité Olympique Canadien, mais aussi en discutant avec Sylvie Bernier, qui a été elle-même chef de mission à Londres, lors des derniers Jeux d’été. 

    L’évolution du rôle

    Le titre de Chef de mission a vraisemblablement toujours existé au sein du COC. Le rôle a cependant évolué avec le temps, prenant du gallon et revêtant une signification particulière. À l’époque où Jean-Luc Brassard était lui-même athlète et membre de l’équipe canadienne de ski acrobatique, les chefs de mission étaient plutôt des gens nommés par récompense politique et ne s’impliquaient pas directement auprès des athlètes. Les années passant, les nominations ont changé d’orientation et les chefs désignés occupaient une place de plus en plus importante dans l’organisation et la préparation des sportifs avant, pendant et après les Jeux. Pour résumer le rôle, Jean-Luc dira: « Il s’agit d’encadrer les athlètes par un soutien émotif, psychologique, temporel et logistique ».

    Bien que le rôle de Chef de mission soit totalement bénévole, il n’est évidemment pas à prendre à la légère: en cas de force majeure, Jean-Luc et les deux autres Chefs de mission, Steve Podborski et France St-Louis, ont l’autorisation ultime de retirer son accréditation à un athlète. Steve et France seront plutôt actifs avec les athlètes qui logeront au « Coastal Cluster », inscrits dans les disciplines « glace ». Jean-Luc quant à lui sera bien évidemment à la montagne, avec les athlètes de la glisse. Celui qui a été le porte-drapeau canadien aux Jeux de Nagano en 1998 sera donc dans son élément à travers les skieurs, lugeurs, fondeurs et autres glisseurs.

    Quelques exemples concrets

    Bien avant que les premiers athlètes ne s’envolent vers Sotchi, Jean-Luc est déjà impliqué auprès d’eux et de leur entourage. Pour les athlètes, il est question d’encadrement administratif (papiers officiels, inscriptions pour l’hébergement, les transports, etc.), émotif (rassurer les athlètes, les écouter et les conseiller), et un peu sportif aussi bien sûr! Le Chef de mission adjoint s’assure également que les gens qui accompagneront l’athlète trouveront hébergement, transport, auront leurs visas et autres papiers officiels bien remplis et en règle, et pourront trouver des points de repères à leur arrivée. Il est primordial que les accompagnateurs des athlètes soient un tant soit peu orientés lorsqu’ils débarqueront dans l’énorme cirque que sont les Jeux Olympiques. Comment se déplacer, quelle langue parler, quelle monnaie utiliser… « Cette partie de la tâche relève presque du guide touristique! »

    Une fois sur place, Jean-Luc sera présent mais pas insistant. Son rôle pendant les Jeux sera d’être prêt à parer tout débordement éventuel. Sachant très bien à quel point les JO sont médiatisés (on parle d’un ratio de 4 journalistes pour 1 athlète!), il aura la tâche d’être le porte-parole dans les situations plus critiques, de même que de guider les athlètes lorsque ceux-ci seront sollicités par les médias. Les performances olympiques sont inévitablement rattachées à de fortes émotions et la gestion de crise fera forcément partie du lot.

    Dans un monde idéal, le Boss des bosses n’aurait pas à intervenir autrement que pour féliciter les sportifs canadiens mais il a la conviction que pour les athlètes, qu’ils en soient à leurs toute première expérience olympique ou non, sa présence sera appréciée. Conscient que tous les jeunes athlètes ont besoin d’une ligne directrice, Jean-Luc de dit très heureux de pouvoir leur parler au nom du Comité Olympique Canadien, mais il sait aussi avoir le bagage requis pour écouter les membres de l’équipe canadienne avec empathie… après tout, il sait mieux que quiconque comment on se sent lors de ces moments si spéciaux! C’est donc la somme de toutes les parties qui confère à Jean-Luc cette aura de grand frère, sécurisant mais pas étouffant.

    Les motivations de Jean-Luc sont multiples, et son intérêt pour le sport n’est qu’une bonne raison parmi tant d’autres. « J’aurais tellement aimé avoir un Chef de mission quand j’étais athlète! L’encadrement aurait été bénéfique. J’ai même parfois cherché des chemins d’accès ou la bonne porte d’entrée pour une cérémonie de clôture… et je n’étais pas le seul athlète à chercher! » On devine donc qu’il tient à leur offrir quelque chose qu’il aurait apprécié avoir au moment où il était lui-même membre de l’équipe canadienne. 

    Chose certaine, le rôle d’un Chef de mission revêt une importance non-négligeable. Les athlètes sont constamment entourés des meilleurs entraineurs, spécialistes de la santé, psychologues, nutritionnistes… mais la présence d’un chef tel Jean-Luc contribuera certainement à mettre encore plus de lumière sur ce rôle de grand frère dont les athlètes peuvent bénéficier. Et avec un chef aussi à l’écoute et généreux, gageons que les futurs olympiens garderont un souvenir encore meilleur de leur expérience aux Jeux de Sotchi!

    ×