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    10 raisons d’essayer le télémark cet hiver

    Comment savoir si un télémarkeur est à l’après-ski? Il le dira bien assez vite! Et… il y a fort à parier qu’il vous incitera à essayer cette technique de glisse. Vous hésitez? Voici dix raisons, plus ou moins sérieuses mais toutes vraies, pour achever de vous convaincre!

    1. C’est beau à voir! L’humain aime le beau. Tout le monde se retourne en voyant un télémarkeur valser dans la neige et danser avec les bosses. Non, vous n’aurez pas l’air de ça dès le début… mais juste l’idée de vouloir essayer quelque chose de beau, c’est suffisant, non?
    2. Ça rallonge les pistes de ski! Si vous êtes de ceux qui ont peu ou plus de défis au quotidien, essayer le télémark vous fera aborder les pistes d’un angle différent. Plus longues, plus pentues, plus accidentées… si vous ne le percevez pas en descente, vos cuisses vous le diront à l’arrivée!
    3. C’est un sport sans impact! Tout est dans la glisse et les muscles. Vous avez les genoux finis? Mal au dos? Le télémark vaut la peine d’être considéré, avant le ski de chalet! Votre posture s’améliorera, et votre corps s’assouplira.
    4. Non, ce n’est pas difficile. Ce qui fait peur à chaque débutant, c’est le principe du virage, qui nécessite une légère profession de foi. Mais il faut avoir confiance… ce qui est difficile, ce n’est pas la technique, c’est simplement la répétition d’une posture qui sollicite plus de muscles!
    5. Vous serez l’excuse parfaite de vos amis qui trainent de la patte: « On t’attendait! ». Car oui, on ralentit, en télémark… surtout dans les débuts… et après, c’est parce qu’on redécouvre le plaisir des vitesses moins excessives!
    6. … mais parlant de ralentir: il y a moins de pertes de contrôle dues à la vitesse, donc moins de risques d’accidents ou de blessure! Bon, les langues sales diront que c’est toujours en descendant tu télésiège qu’on tombe… mais laissez-les parler… les télémarkeurs développent une carapace anti-railleries.
    7. C’est polyvalent! Si vous craignez la fatigue et que vous êtes un skieur alpin en voie de conversion, vous pouvez toujours vous remettre en position alpine. De plus, avoir le talon libre, ça permet de patiner sans effort jusqu’à cette piste un peu éloignée, vous savez, celle où les snowboardeurs doivent systématiquement marcher? Adieu faux-plats, au revoir foule, vous pouvez aller où bon vous semble, c’est à votre portée!
    8. C’est la porte d’entrée du ski de randonnée. Vous vous souvenez de ces sorties de ski de fond qui étaient, somme toute, agréables? Le télémark vous permet d’aborder le hors-piste sans avoir à tout modifier votre équipement.
    9. Vous voulez vous (re)mettre en forme? Cette technique de glisse étant légèrement plus exigeante physiquement que le ski alpin, votre corps travaillera différemment et votre cardio s’améliorera, même en descente!
    10. Votre socialisation se portera numéro un! On vous abordera avec mille et une questions… et vous vous surprendrez à vous prêter au jeu d’y répondre! Mesdames, messieurs… c’est encore mieux que du speed dating!

    Bonus: vous n’aurez plus jamais froid! Vos pieds étant plus mobiles dans vos bottes, la circulation sanguine se fera toujours bien et vous n’aurez plus à craindre les journées plus froides! Ce court palmarès aurait pu contenir bien plus de raisons… mais en s’arrêtant à dix, on vous donne l’occasion d’en découvrir d’autres par vous-même lors de votre initiation! Et si vous cherchez de la compagnie ou des conseils, voici d’abord un article avec quelques outils pour s’y mettre! Bonne glisse!

    Japon: les pieds dans la neige sous un cherryblossom!

    En avril 2015, nous sommes allés à Tokyo en voyage professionnel et nous avons réalisé que le ski y était encore possible. Après 5 jours, on s’est donc sauvé en Shinkansen, le train grande vitesse, vers Yuzawa dans la région de Niigata. Sa proximité avec la ville -on y est en deux heures- la rend accessible, même en voyage aller-retour d’une journée. Nous avons cependant préféré prévoir deux jours consécutifs sur les lieux pour bien apprivoiser le terrain et voir du pays.

    À proximité la gare de Gala-Yuzawa se trouve le mont Gala, un petit domaine skiable en plein cœur de la ville, ce qui est assez particulier. Bien que ce domaine ne semble pas dépourvu d’intérêt, il est tentant de s’éloigner davantage vers les montages plus imposantes. En effet, on peut accéder facilement aux Monts Naeba, Kagura et Mitsumata par autobus, trois stations reliées entre elles par des télécabines et remontées communes.

    De la route, en arrivant à la base du Mont Naeba, on contourne l’imposant Prince Hotel, pouvant loger 1242 personnes, ce qui démontre bien l’engouement que peut susciter le secteur à certaines périodes de l’année! Toutefois, rien ne vous oblige à choisir cette option un peu tape-à-l’oeil si vous vous rendez dans cette région. Il est probablement plus dépaysant, intéressant et moins cher d’aller dans un petit Riokan, ce genre d’ auberge typique du Japon possédant des chambre très zen où le sol est généralement couvert de tapis en paille de riz et où le soir venu, on déroule les futons pour la nuit.

    Pour ce qui est de la neige, le Japon en offre beaucoup, mais le pays ayant bénéficié d’un soleil abondant en avril, il ne restait que le Mont Kagura d’ouvert lors de notre passage. Sur le parcours en autobus nous menant vers cette montagne, quelques Tokioïtes fanatiques de snowboard étaient aussi à bord, ce qui nous indiquait que nous étions sur le bon trajet. Déjà le voyage en valait la peine, on pouvait contempler les cerisiers en fleurs et la végétation déjà très verdoyantes. Aux termes de tous les virages en épingles, on a pu apercevoir quelques pics enneigés, mais sans plus, ce qui nous faisait craindre un peu pour le ski. Toutefois, à voir le nombre de voitures garées dans le stationnement, on s’est dit qu’il devait probablement y avoir de quoi s’amuser tout là haut et on a repris confiance.

    Le secteur hors-piste était toujours ouvert, l’entrée surveillée par un gardien qui prenait les coordonnées et les décharges des randonneurs désirant se rendre tout en haut. Après évaluation et réflexion, nous avons conclu qu’avec les conditions de neige du moment, on y aurait perdu beaucoup de temps pour rien. Il était de toute façon possible de descendre dans les pistes juste à coté du domaine hors-piste, celles-ci étant presque identiques à la zone plus éloignée. Il y avait d’immenses trous à la base des arbres qui prouvaient l’épaisseur de la surface de neige, c’était impressionnant! Même si les dangers ne sont pas les mêmes qu’en plein hiver, il fallait éviter ces énormes trous en zig-zaguant prudemment entre les pins. Au détour des longs virages, en admirant les paysages majestueux, on réalise qu’on a tellement de la chance d’être là!

    Pour dîner nous avons, comme les gens de la place, mangé notre ramen dans un gobelet de styromousse en aspirant bruyamment les nouilles comme les locaux dans la roulotte-salle de lunch au milieu de la montagne. On s’est fait un ami japonais qui tenait vraiment à ce qu’on mange avec lui et ses amis septuagénaires. La journée a passé trop vite, si bien qu’à 16h00 lorsqu’on a entendu un message sur l’interphone de la montagne, nous n’en avons pas trop fait de cas, puisque nous savions que la montagne ne fermait qu’à 17h. Nous avons eu un doute lorsque nous avons vu des groupes d’adolescents sortir du snowpark pour se diriger vers les pistes en direction de la base. Alors nous sommes descendus, parfois en pédalant car la neige collait, et le paysage était tout aussi magnifique en descendant. Nous avons bien fait d’emboiter le pas aux jeunes car effectivement, la montagne fermait à 17h mais il fallait compter entre 45 et 60 minutes pour revenir au stationnement!

    Arrivés en bas, nous avions prévu un peu de temps pour l’après-ski avant que notre navette exclusive ne vienne nous chercher. Toutefois, mis à part quelques boutiques de location et des petites roulottes de chantier où l’on peut acheter bière et nourriture, les installations étaient minimales. Comme il n’y a pas vraiment de restaurants ou bars sur place, après avoir passé leurs équipements à la douche -oui, tout le monde s’empresse d’y faire la file- les japonais semblent prendre la direction stationnement pour prendre une bière sur une des chaises pliantes près de leurs voitures et nous avons fait comme eux.

    Après deux grandes journées de ski, nous avons eu un très bon aperçu de ce que doit être cette montagne en haute saison. L’équipement en location et en vente n’est que de l’équipement de poudreuse et les Japonais rencontrés sont unanimes, c’est une superbe station où l’on peut être assurés de quantité Incroyables de poudreuse avec une moyenne de 12 à 15 mètres par année. De plus, Kagura offre de tous les niveaux de pistes, elle est à proximité de Tokyo, les paysages sont magnifiques, il y a de la poudreuse et son ski de printemps s’étend jusqu’à la fin mai. Alors, qui est déjà en train de regarder les billets d’avion?

    Le ski hors-piste sous la loupe: qu’en est-il exactement?

    Cette discipline n’a rien de nouveau en soi, disons-le d’emblée. Elle est, depuis les deux ou trois dernières années, de plus en plus à l’avant-plan dans les commerces, dans l’esprit des skieurs et dans les discussions qu’entretiennent les différents acteurs de l’industrie du ski. C’est néanmoins une discipline fort ancienne, qui existait bien avant l’avènement des premières remontées mécaniques. À l’époque, les ingrédients étaient simples: avoir un esprit aventurier, grimper un versant enneigé, et descendre. Du hors-piste sans tracas, puisque le concept « en piste » n’existait pas non plus!

    L’évolution

    Inutile de dire à quel point les choses ont changé depuis ce temps. Le matériel à lui seul porte tous les signes de la modernisation: matériaux légers, fixations et bottes polyvalentes, brevets ici et là… même les peaux de phoque n’ont plus raison d’être puisque plus aucun phoque n’est utilisé pour grimper une montagne! La pratique du ski hors-piste est désormais bien plus accessible par le biais d’un équipement simple d’utilisation et à portée de tous. De plus, la tendance étant à l’ouverture et à la communication facile et rapide des domaines hors-piste par l’intermédiaire des réseaux sociaux, cette discipline gagne des adeptes de saison en saison, et tous ont une idée en tête: la liberté.

    Dressé de cette manière, le portrait semble plus que positif. Mais puisqu’aucune médaille n’est assez mince pour n’avoir qu’un seul côté, allons voir ce qui se cache du côté « obscur » du hors-piste… Car la grande problématique du lieu demeure le nerf de la guerre pour les skieurs; certains allant jusqu’à dire que le « vrai » hors-piste n’existe tout simplement pas. Mythe ou réalité? Et d’abord, qu’est-ce que c’est, le « vrai » ski hors-piste?

    Les débats

    L’appellation en soi rencontre des opposants de tous les horizons. Puisque le terme « hors-piste » vient de ceux qui ont démonisé les skieurs qui skiaient entre les pistes en station, la discipline est en quête d’identité à travers le terme qui la représente. Plusieurs variantes existent: ski de haute-route, ski de randonnée, remontée alpine, ski de montagne, backcountry, sidecountry, bref, il y en a pour tous les goûts et il est presque impossible de s’y retrouver réellement lorsqu’on se met à comparer les différents secteurs et offres de services.

    La Fédération Québécoise de la Montagne et de l’Escalade, qui développe depuis peu un volet « ski de montagne » s’est offert dernièrement à mettre sur pied un comité composé de diverses entreprises bien présentes dans le milieu afin d’éclaircir entre autres la question de l’appellation. Même en passant par-dessus le débat sémantique, un autre problème demeure: l’accessibilité aux différents domaines skiables. Tel qu’évoqué un peu plus tôt, la rapidité de transmission des informations sur les réseaux sociaux fait en sorte qu’il est relativement facile de s’intégrer à un groupe de discussion dont les passionnés défrichent leur secteur privé bien à eux, faisant abstraction des lois, des bonnes pratiques, des protocoles de sécurité et de la préservation de l’environnement. Le mot d’ordre: le silence, et la gratuité.

    Devant ce manque de structure, certains acteurs ont ressenti le besoin d’encadrer la pratique du ski hors-piste. De là, deux grandes tendances se sont dégagées: d’une part, on veut conserver l’idée de liberté, et d’autre part, on veut « jouer le jeu », être « légal » et faire les choses « bien » de manière à avoir un maximum d’appui de la part des instances gouvernementales et des assureurs.

    Le paradoxe

    Malheureusement, la pratique du ski hors-piste entre en conflit avec bons nombres de lois et de préceptes auxquels les assureurs et les hommes de loi tiennent très fort. Au Québec, la loi prévoit que les propriétaires d’un terrain sont responsables de ce que les visiteurs y font. Une autre loi stipule que le ski alpin doit être encadré par le code de conduite en montagne et ce dernier est clair: le ski en dehors des pistes balisées est interdit. D’autres lois touchent à divers aspects ayant un impact sur la pratique du ski hors-piste, mais globalement, la structure légale en place barre le chemin à bien des projets depuis les dernières années puisque, disons-le clairement, le ski hors-piste est illégal au Québec.

    En deuxième lieu, un autre frein majeur -et sans doute la motivation derrière les lois- est mis par les assurances et les programmes gouvernementaux. La solution, pour les bureaucrates, est de chercher à encadrer le sport, de normaliser le terrain, les pratiques, le matériel… Bien entendu, cette solution est décriée haut et fort par les adeptes et les puristes, qui désirent avant tout… la liberté. Avec le temps, les skieurs sont devenus maitres dans le défi de l’interdit, exploitant ici et là plusieurs terres de la couronne et autres versants privés mais ô combien skiables, et au diable les préoccupations administratives!

    Les tentatives

    Depuis quelques années, certains joueurs dans le milieu ont entrepris de se battre pour faire évoluer la question de l’accessibilité aux secteurs hors-piste. On se rappellera des débuts de la Zone Blanche dans le Parc régional de Val d’Irène, qui fut l’un des premiers secteurs hors-piste privés au Québec. Avec la collaboration de l’Association des Stations de ski du Québec, des assureurs, du ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (anciennement le ministère de l’Éducation, des Loisirs et des Sports) ainsi que de certains patrouilleurs de Val d’Irène, un protocole de sécurité a été mis au point et les paramètres nécessaires au développement d’un endroit skiable et non-patrouillé ont été mis sur pied en projet pilote. Cependant, bien qu’annexer un secteur hors-piste à une station de ski en opération semble être une partie facile, lorsqu’il s’agit de prendre un endroit complètement nouveau et de le rendre accessible en ski hors-piste uniquement, ça devient une toute autre histoire.

    La Fédération Québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME) propose depuis peu de légaliser des terrains pour le ski de montagne détenus par des organismes sans but lucratif (OSBL). Le concept est fort simple: d’abord, une entente est conclue avec les propriétaires ou l’OSBL pour assurer gratuitement le terrain en responsabilité civile. Puis, les droits d’accès, obligatoirement assumés par le visiteur, doivent englober un montant de 10$ par jour ou 32$ par année, qui couvrira le visiteur (preneur du contrat pour la durée déterminée) en cas d’accident. Aucun patrouilleur n’est alors requis, ni d’infrastructure (salle de patrouille, etc.). Les exploitants de terrains doivent toutefois établir un protocole de base pour la sécurité mais c’est là la seule obligation. En cas de besoin, le sauvetage d’un client se fera par les les organismes de secours déjà en place, et les frais appliqués seront facturés aux assurances. Ce modèle est déjà bien en place pour les murs d’escalade un peu partout au Québec, dont l’accès posait la même problématique que les domaines hors-piste. Cependant, le programme n’est offert qu’aux OSBL, ce qui en limite énormément l’accès pour les entreprises incorporées ou enregistrées.

    La complexité du dossier fera probablement en sorte que bon nombre des exploitants rebrousseront chemin devant l’ampleur du travail à accomplir: plus facile de défricher un sous-bois que des procédures administratives… Mais la solution pour que se rejoignent l’offre et la demande devra obligatoirement passer par un assouplissement des règles et des compromis seront nécessaires, tant du côté des adeptes et des exploitants que du côté des assureurs et législateurs. Il n’y a qu’à penser au grand nombre d’anciennes stations de ski, dont les pistes sont encore allègrement entretenues, défrichées et skiées (illégalement!); une entente et des procédures permettant l’accès aux lieux convoités dans un contexte ouvert et sécuritaire est le voeu de Noël de l’ensemble des propriétaires et skieurs buissonniers.

    Le besoin est criant: il faut trouver une solution viable pour les entreprises qui souhaitent laisser leur terrain accessible à la population et les prochains mois risquent d’être fort riches en terme de dialogues entre les divers organismes, qui tenteront tous de tirer leur épingle du jeu le mieux possible. Reste à espérer que ça se fasse rapidement, et qu’il y ait assez de neige pour que tous puissent assouvir leur besoin de poudreuse et de liberté…

    Histoires de patrouille: au mauvais endroit, au bon moment?

    Photo Geneviève Larivière

    Ce récit s’ajoute à la collection de la série « Histoires de patrouille ». Ces histoires, rédigées ou racontées par des patrouilleurs de partout au Québec, qu’ils soient retraités ou encore actifs, ont pour but d’humaniser le titre qui fait souvent frémir les skieurs et planchistes en station. Être patrouilleur, c’est bien plus que porter un uniforme, une radio et une trousse de premiers soins… c’est une histoire de dévouement, de passion pour le ski, l’entraide, l’esprit d’équipe et le don de soi. Nous espérons qu’à travers ces récits, votre perception de ceux qui sillonnent les pistes pour assurer la sécurité des skieurs changera pour le mieux!

    Patrouilleur: Patrick Teasdale
    Stations: Mont Rigaud, Olympia, Morin Heights
    Années d’activité: 1993-2012

    Tuckerman Ravine (Mont Washington), mai 1995

    Ce pèlerinage annuel à Tuck aurait dû se dérouler comme tous les autres auxquels j’ai participé depuis dix ans. C’était sans compter les bourrasques de vent de 100 km/h, la présence d’un nombre très restreint de joyeux aventuriers et les excès d’un skieur téméraire…

    De loin, j’ai vu le gars débouler la pente telle une poupée de chiffon. Il tombait et culbutait sans fin. J’ai gravi la pente longue et raide en sa direction. C’est sûr que ce skieur aurait besoin d’assistance. Je venais tout juste d’arriver à la base du bol et je n’avais pas encore skié. J’étais loin de me douter que je n’enfilerais aucun virage télémark cette fin de semaine-là.

    Quand je me suis penché par-dessus le gars, son teint était pâle. Il criait comme un damné et je voyais clairement la luette au fond de sa gorge. Ses cris me défonçaient les tympans. J’étais le premier arrivé sur le site de sa très longue chute: une centaine de mètres clairsemés de neige, de glace et de parois rocheuses. Bien en haut de nous, sous The Icefall, éparpillés sur la paroi abrupte, ses skis, ses goggles, ses gants… Du sang s’écoulait à travers son pantalon de neige. La neige rosissait lentement. Un coup d’oeil rapide sur le gars révéla un enjeu dramatique et urgent:  son fémur droit présentait un angle potentiellement létal de 90 degrés. Son fémur était plié en deux! Cassé, fracturé, kaput. J’avais déjà vu ça: dans le manuel et dans les simulations de la patrouille. Mais en vrai, jamais. Pas joli…

    Dire que je “capotais” serait inexact. Je n’éprouvais aucune panique; je savais quoi faire et comment le faire. La patrouille m’avait bien préparé. J’avais “déjà” deux saisons d’expérience…  La situation pressait. Ce type devait être évacué au plus vite. Dans mon esprit, le temps s’était arrêté. Les cris, le sang, l’angle du fémur et l’extrême intensité du moment m’hypnotisaient. Allais-je devoir évacuer le gars par mes propres moyens? Impossible! Par bonheur, un ranger s’est pointé après quelques minutes seulement. Du bas de la paroi, il avait tout vu. Il tirait derrière lui une lourde civière de haute montagne. Quand il a vu l’état de la victime, son visage s’est crispé. Lui et moi en étions venus à la même conclusion: ce gars-là voyait probablement tomber ses derniers flocons de neige…

    Un appel à la base sur la radio vhf du ranger avait tôt fait d’établir le reste des opérations. Pas d’évacuation possible en hélico: trop de vent, visibilité réduite. C’était à pied qu’on allait sortir le blessé d’ici. Alors que j’avais déjà endigué l’hémorragie du mieux que je pouvais et que j’avais contrôlé les signes vitaux (état de choc bien établi), il restait à réduire la fracture du fémur. C’est à ce moment que le ranger a demandé à la victime:

    “Do you believe in God? If so, now is the time to pray.” J’étais situé à la gauche du gars pour immobiliser la partie supérieure de son fémur pendant que la fracture était réduite par le ranger. L’atroce cri de douleur que cette pauvre âme a rendu était à glacer d’émoi. Cette opération m’a chaviré les tripes. J’ai vomi plus tard en y repensant. Nous avons ensuite installé une éclisse en acier le long de sa jambe, avant de le rouler sur une planche dorsale. Le ranger était nerveux mais en contrôle de la situation. Moi, j’opérais “sur le pilote automatique”. La victime était devenue inconsciente. Un soulagement pour tous.

    S’est alors déployée l’oeuvre caritative la plus formidable à laquelle j’ai jamais participé: on s’est mis à 6-7 bons samaritains et on a sorti le gars en civière jusqu’à l’ambulance qui nous attendait en bas, à Pinkham Notch. Cinq (je le jure sur la tête de son fémur: 5!!) heures de marche pénible à descendre dans la trail rocheuse et enneigée, à porter un combo victime-civière de plus de 250 lbs. On l’a fait à bout de bras et, quand il y avait assez de neige sur le sentier, en tirant la civière. La victime avait de brefs moments de lucidité durant lesquels elle gémissait. Ce gars-là, si jamais il a survécu à son accident, il nous doit sa vie. Rien de moins. En effet, avec aussi peu de skieurs présents ce jour-là, les probabilités de trouver deux secouristes sur la montagne étaient minces.  Je me souviens du nom du gars, qu’il réussissait à balbutier quand il sortait du coma avant d’y replonger rapidement: Bob.

    Une fois arrivés au centre d’accueil de Pinkham Notch, nous avons délégué les soins de Bob aux ambulanciers. Oxygène, prise des signes vitaux et départ ultra rapide vers un centre hospitalier. Avant que la civière soit montée à bord de l’ambulance, Bob m’a serré la main faiblement et m’a remercié. Durant toute cette longue opération de sauvetage je suis le seul qui ait été en contact visuel constant avec lui. Mon visage comme un filigrane sur le fond flou de sa conscience. Fin de mon intervention. Je n’ai plus jamais entendu parler de Bob. Le souvenir qu’il a laissé en moi demeure, à ce jour, très puissant.

    ***

    S’aventurer hors piste, même dans un lieu aussi achalandé que Tuckerman Ravine au printemps, comporte sa part de risques. La tentation est grande de repousser ses limites et de chercher à augmenter le niveau d’adrénaline qui coule dans nos veines. Bob a payé cher (peut-être même très cher) son saut au dessus de The Icefall. En vérité, sauter n’est pas si difficile. C’est le landing qui pose problème. Si Bob avait mieux évalué les conséquences d’un accident à Tuck, il n’aurait peut-être pas sauté…

    L’évaluation relative, et même objective, des risques s’apprend. Il existe des méthodes et des protocoles simples afin d’estimer les risques encourus dans l’arrière-pays. Une fois déterminés, les risques doivent être considérés en regard des bénéfices. Le jeu en vaut-il la chandelle? Les réponses sont personnelles et elles orientent nos choix.

    Il ne faut pas oublier que nos décisions ont souvent un impact sur autrui. L’accident de Bob a certainement eu des répercussions sur sa famille, son emploi, sa vie. Que dire des impacts que cet accident a eu (ou aurait pu avoir) sur nous, les sauveteurs? En demeurant longtemps sous The Icefall pour le secourir, nous nous sommes exposés à de très grands risques d’avalanches de débris rocheux. Les intempéries nous exposaient à l’hypothermie. Par ailleurs, nous aurions pu empirer son état (causer sa mort?) si nous n’avions pas su comment intervenir. Le choix de Bob de sauter à cet endroit a marqué de façon indélébile la vie de plusieurs personnes. En y pensant de plus près, je constate que Bob était seul. Seul…

    A ce chapitre, je crois que notre mentalité de skieurs/riders a évoluée. En 1995, on ne parlait que très peu d’avalanche. La notion de risque était absente de la planification de nos aventures. Mais encore aujourd’hui, il me semble que nombreux sont les aventuriers qui n’ont pas de plan de contingence, pas de back-up plan.

    Et vous, où vous situez-vous dans l’appréciation du danger lors de vos sorties hors piste? Et si votre aventure tournait mal, quelles seraient vos options?

    ***

    Quand je me remémore ce sauvetage in extremis sur les flancs de Tuck, je n’ai plus envie de vomir. La nuit, je ne revois plus l’image d’une luette qui m’assourdit. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que sans ma formation de patrouilleur je n’aurais jamais pu porter assistance à Bob. Aujourd’hui, je suis plutôt fier d’avoir été un patrouilleur au mauvais endroit au bon moment. Ou serait-ce plutôt le contraire?

    La chasse aux tempêtes de Mathieu Bordage

    En parcourant ZoneSki, on constate un grand engouement des skieurs pour la météo et le climat. Que ce soit pour chasser la neige poudreuse ou fuir les redoux, il faut se tenir bien au fait des tendances météorologiques à moyen et court terme. Certains membres de notre forum en ont même fait leur spécialité. En attendant le froid, on vous propose un voyage mouvementé dans l’univers de Mathieu Bordage, chasseur de tempêtes!

    Xtreme Chase Québec

    Mathieu Bordage est l’un des membres fondateurs de Xtreme Chase Québec, une équipe québécoise de chasseurs de tempêtes fondée en 2012 et qui compte plus de 6000 adeptes sur leur page Facebook. Les six membres du groupe parcourent chaque année des dizaines de milliers de kilomètres pour assister à des phénomènes météos extrêmes ou inusités à l’aide de leurs véhicules personnels truffés d’instruments spécialisés. Ils publient, souvent en temps réel, photos, vidéos et analyses météos de leurs aventures afin de partager leur passion et du même coup informer la population des dangers reliés aux intempéries.

    Mathieu se définit comme un touche à tout. Il a un travail de jour en plus d’être photographe météo pigiste pour le Journal de Québec entre autres. Possédant une solide base en météorologie et une formation en premiers soins, il s’intéresse à tous les types de phénomènes naturels incluant les orages, les éclairs, la grêle, les tornades, les inondations, les aurores boréales et… les tempêtes de neige! Lorsqu’il n’est pas au travail, il est à l’affut et prêt à partir à la moindre alerte météo.

    La chasse aux tornades

    Il s’agit certainement de l’activité fétiche des chasseurs de tempêtes. Comme au Québec on enregistre généralement que cinq ou six tornades par année, il faut aller dans les grandes plaines américaines pour vivre l’expérience à fond. Chaque printemps, Mathieu et ses acolytes se rendent dans la Tornado Alley, un corridor s’étendant du Dakota du Sud jusqu’au Texas, site réputé pour ses très nombreuses tornades. J’anticipe la question qui brule vos lèvres : mais comment une chasse aux tornades peut-elle bien se dérouler et terminer?

    Attention, la chasse aux tornades est une activité complexe et potentiellement mortelle qui ne devrait être pratiquée que par des gens qualifiés pour le faire!

    Étape 1 : faire des prévisions météo

    La veille et le matin du départ, on fait des prévisions météos afin de tenter de déterminer quel est le secteur présentant les conditions les plus favorables à la formation de tornades. Pour ce faire, il faut un peu de chance, pas mal de flair, et surtout une excellente compréhension des données météos fournies entre autres par les radars américains accessibles via internet.

    Étape 2 : se rendre dans la zone à risque

    Très tôt le matin, c’est le départ! On se rend dans la région choisie tout en surveillant l’évolutions de la météo en temps réel. Il faut parfois parcourir plusieurs centaines de kilomètres afin d’arriver à destination. Les tornades peuvent survenir à n’importe quelle heure mais sont plus fréquentes en fin de journée. Les véhicules des chasseurs, arborant souvent les marquescausées par la grêle et les débris transportés par le vent, sont équipés de webcams permettant aux internautes de suivre la chasse en temps réel.

    Étape 3 : suivre les orages

    Comme les systèmes météos se déplacent presque toujours vers le nord, leur trajectoire est plutôt prévisible. Le plus souvent, on se positionne au sud-est de l’orage afin d’avoir un bon point de vue, sans toutefois se trouver dans sa trajectoire. On surveille particulièrement la formation de nuages murs en rotation, desquels naissent les tornades. Il faut également prendre connaissance de l’emplacement des routes environnantes afin d’être en mesure de s’éloigner rapidement en cas de danger.

    Étape 4 : observer une tornade

    C’est notre jour de chance, une tornade se forme! L’adrénaline est à son comble! On espère toujours qu’elle survienne dans un champ afin qu’il n’y ait pas de dégâts. Des vents variant généralement entre 100 et 300 km/h soufflent à proximité. On alerte les autorités tout en filmant et photographiant la spectaculaire scène. En tout temps, on tient compte de l’évolution de la trajectoire de la tornade afin de demeurer à une distance sécuritaire. Si les vents sont trop violents et que des débris volent à proximité de la voiture, il faut s’éloigner.

    Bien que généralement les tornades suivent une trajectoire rectiligne, il peut arriver qu’elles bifurquent soudainement dans une autre direction. Cela a d’ailleurs coûté la vie d’une équipe constituée de trois chasseurs professionnels pourtant très expérimentés en Oklahoma en 2013. La configuration du terrain ne leur a donné aucune chance de pouvoir se sauver avant d’être emporté par les vents très violents.

    Lorsqu’on demande à Mathieu Bordage quel est le plus grand fait d’arme de son équipe, il répond sans hésiter l’interception de la tornade de Baxter Springs le 27 avril 2014. Classée de force 2 sur une échelle de 5 avec des vents de 200 à 215 km/h, cette tornade est passée en plein milieu de la petite ville et a fait une vingtaine de blessés.

    Étape 5 : venir en aide aux sinistrés… ou continuer la chasse!

    Si la tornade observée a touché la population, on arrête tout afin de venir en aide aux sinistrés. Si elle n’a fait aucun dégâts humains et que la météo est favorable, on peut poursuivre la chasse. Dans des conditions idéales, une même tempête peut engendrer jusqu’à une trentaine de tornades.

    La tempête de neige de janvier 2015 dans le Maine

    La tempête de neige majeure des 26 et 27 janvier 2015 a fait plusieurs envieux parmi les skieurs québécois. Mathieu et l’un de ses coéquipier se sont rendus dans la région de Portland (Maine) afin d’assister aux fortes chutes de neige annoncées. À leur arrivée vers minuit, les vents étaient forts et atteignaient 70 km/h. Peu après, une vingtaine de centimètres de neige sont tombés en à peine deux heures. Sur la pointe d’une île située un peu plus au sud, ils ont eu droit à des vents violents pouvant atteindre 130 km/h ainsi que des vagues de deux à trois mètres de hauteur. Au total, cette tempête a laissé 91 cm de neige sur la région. Le lendemain matin, ils ont repris la route vers le Québec. Il leur a fallu plus de dix heures pour se rendre à Montréal en raison des mauvaises conditions routières. Toutes ces aventures démontrent à quel point Mathieu Bordage et son équipe de maniaques météos sont passionnés par leur… art!

    10 raisons qui poussent à devenir moniteur de ski!

    Photos Harold Gigière

    Devenir moniteur de ski ! Eh bien oui… Pourquoi pas?! J’ai toujours aimé le ski, et ce, malgré un arrêt de quelques années. Alors pourquoi devenir moniteur de ski ? La neige, le soleil, les vacances, des décors à couper le souffle, voilà l’environnement quotidien des moniteurs de ski. Le moniteur de ski est avant tout un pédagogue en contact avec les personnes qu’il encadre et à qui il enseigne. Il faut savoir aussi bien animer un groupe d’adultes que d’enfants. Il faut être motivé et dynamique. En général, les pistes destinées aux débutants, les vertes et bleues sont un terrain de prédilection, donc attention ! Voici les raisons qui m’ont amené à devenir moniteur de ski.

    1. Transmettre ma passion pour le ski.
    Le ski est une passion pour moi et probablement pour tous les moniteurs de ski. En tant que moniteur, il m’est ainsi possible de partager directement cette passion avec une clientèle de tous les âges.

    2. Faire la promotion de mon sport favori.
    En étant moniteur, je fais continuellement la promotion du ski au quotidien en favorisant la pratique de ce sport. Il est important de voir à la valorisation des sports de glisse et le moniteur de ski en est un acteur de premier plan.

    3. Profiter d’un développement continu avec des pros et selon notre niveau.
    Être moniteur de ski, c’est avoir accès à différentes formations offertes par les associations. Que se soit au niveau de la technique, de l’enseignement personnalisé, le moniteur bénéficie d’un encadrement privilégié par des collègues expérimentés et professionnels

    4. Développer le sentiment d’appartenance à un groupe et avoir une reconnaissance professionnelle.
    Le moniteur fait partie d’un groupe au niveau national, provincial et régional par son adhésion à une école de ski. Le fait d’avoir cette reconnaissance partout au pays est un gage d’excellence et d’accomplissement. Il faut noter que la collaboration avec d’autres associations amène différents avantages.

    5. Enseigner la méthode et les techniques de l’AMSC ou du PESA dans un contexte où la sécurité est primordiale.
    Le ski est un sport où la technique et la sécurité sur les pentes vont de pair. Tous les skieurs et skieuses se devraient de connaître les techniques de base afin de développer leurs propres aptitudes dans un environnement sécuritaire.

    6. Voir et être témoin de l’évolution d’un apprenant suite à notre enseignement est très valorisant.
    Rien de plus valorisant que de voir un jeune apprendre et se développer par lui-même selon notre enseignement. Être témoin de la réussite d’un enfant ou d’un adulte en direct nous amène une grande satisfaction et un sentiment d’accomplissement.

    7. Travailler avec le public et surtout les jeunes.
    Enseigner le ski c’est aussi une question de relation humaine, d’écoute et de prise en charge d’une ou d’un groupe de personnes. Il faut avoir une ouverture vis-à-vis les commentaires ou les demandes aux commentaires.Ce contact est enrichissant en tout temps!

    8. Faire partie d’une école de ski peut diminuer le coût d’un billet de saison !
    Effectivement… c’est un point intéressant à signaler, profiter d’un accès gratuit aux pentes de la station de notre école de ski est un avantage indéniable.

    9. Pour profiter de plusieurs avantages (mise à jour et perfectionnement, rabais sur l’équipement de ski).
    Évidemment le fait d’être membre d’une association de moniteur de ski nous donne certains avantages quant au perfectionnement par des professionnels, des rabais sur l’équipement, les vêtements et accessoires. Certaines stations offrent des rabais sur les billets de ski. Il est aussi possible de participer à des camps d’entraînement, bénéficier d’une assurance, etc.

    10. Mais surtout… Devenir un meilleur skieur !
    Puisque c’est en forgeant qu’on devient forgeron, il n’y a rien comme la pratique pour devenir un meilleur skieur! Les moniteurs passent plus d’heures sur les pistes que la moyenne des skieurs, ce qui leur donne des occasions en or de devenir meilleurs dans toutes les conditions qu’une station de ski peut offrir! Et bien sûr, il ne faut pas oublier de mentionner l’apport des collègues moniteurs!

    Mais n’oubliez pas, les jours de mauvais temps, sous la neige ou la pluie, les moniteurs continuent à enseigner. L’altitude, alliée au froid et aux vents peuvent rendre les journées différentes sans être une contrainte au plaisir de skier! Bref, devenir moniteur de ski nous permet de transmettre notre passion et nos compétences à d’autre en créant une expérience enrichissante dans un contexte sécuritaire et amusant. Mais la technique ne suffit pas ! Le moniteur est avant tout un pédagogue et la relation humaine est importante : il sait expliquer, décomposer un mouvement, corriger les erreurs de ses élèves, élaborer une progression individualisée et adapter son enseignement.

    Mais avant tout il ne faut pas oublier… le plus important… c’est de s’amuser !

    Bon ski !

    La plage ou la montagne?

    D’emblée, on pourrait penser que le dilemme ne se pose même pas pour un skieur, tant l’hiver se fait attendre depuis les derniers mois. Pourtant, ils seront nombreux encore cette année à migrer vers le Sud pour une ou deux semaines, en quête de soleil grâce à des forfaits soi-disant bon marché, au lieu d’encourager une industrie locale créatrice d’emplois et de richesse collective. Mais qu’ont donc les Québécois à s’exiler dans les pays «à rabais»?

    Évidemment, le portefeuille parle pour plusieurs. C’est un truisme de dire qu’un voyage tout inclus à Cuba ou en République Dominicaine coûte moins cher pour une famille moyenne (par exemple, deux adultes avec deux enfants de 5 et 9 ans) qu’une fin de semaine de ski à Tremblant. Comparons d’ailleurs, pour s’en donner une idée, les prix pour cette famille moyenne qui doit choisir entre se prélasser sur une plage au Sud ou skier dans la belle province entre le 27 décembre 2012 et le 3 janvier 2013.

    À Varadero, à Cuba, il en coûtera 4150$ durant cette période pour vivre dans un tout inclus quatre étoiles (bouffe, boisson, loisirs…), avion et transferts compris. Évidemment, les prix fluctuent et il est possible de trouver moins cher, alors on aura compris qu’il s’agit ici d’une estimation.

    À Tremblant, durant la même semaine, il en coutera à notre petite famille environ 4400$ pour skier (notons que l’enfant de cinq ans ski gratuitement) et dormir (déjeuner compris seulement) dans une chambre d’hôtel quatre étoiles équipée d’une cuisine, ce qui diminuera les coûts de repas (environ 60$ pour le dîner et 150$ pour le souper par jour, soit environ 1500$ de bouffe pour la semaine). Mais comme on ne veut pas cuisiner, quel sera le total avec le dodo, le ski et les repas? Près de 6000$.

    D’accord, Tremblant constitue au Québec le paroxysme de l’opulence, avec son casino ainsi que ses restaurants, condos et hôtels haut de gamme. Alors, descendons dans l’opulence (mais pas dans la qualité du ski) et transportons-nous, par exemple, à la montagne de L’Anse-Saint-Jean. Il devient intéressant de constater que le prix de la semaine de ski au Mont Édouard devient compétitif avec le tout inclus dans le Sud.

    En effet, au Mont Édouard, durant la même semaine, il en coutera à notre petite famille approximativement 2000$ pour skier (l’enfant de cinq ans ski gratuitement ici aussi) et dormir dans l’équivalent d’une chambre d’hôtel trois étoiles équipée d’une cuisine. Comme à L’Anse Saint-Jean on peut s’en tirer à moindre coût pour les repas comparativement à Tremblant, disons que notre petite famille investira environ 40$ pour le dîner et 100$ pour le souper par jour, soit environ 1000$ pour la semaine. Total avec le dodo, le ski et les repas? Près de 3000$, soit la moitié du prix de Tremblant et même moins cher que des vacances à Varadero.

    Inévitablement, il faut aborder la question de la qualité du produit, ou à tout le moins la qualité de ce qu’on trouve sur le produit : la neige. Alors que dans le Sud, il fait toujours beau (ou presque), au Québec on n’est jamais certain de ce que la température nous réserve : peu de neige, froid et pluie sont devenus des aléas presque inévitables du temps des Fêtes… Bref, skier au Québec durant la période des Fêtes constitue vraisemblablement un risque avec lequel on doit jongler.

    Consommer local

    Alors, aller ou ne pas aller dans le Sud? L’objectif de cet article n’est pas de répondre à la question, mais plutôt d’apporter une réflexion sur nos choix. Il s’agit donc ici de faire prendre conscience à la population de skieurs qui se reconnaissent dans ce texte qu’il n’en coûte pas nécessairement plus cher de prendre ses vacances au Québec et surtout qu’il existe, dans diverses régions québécoises, des alternatives aux gros resorts coûteux comme Tremblant, le Mont Sainte-Anne et le Massif de Charlevoix.

    Pour ma part, je suis de ceux qui croient que le consommateur détient le pouvoir d’investir dans les produits régionaux, comme l’industrie du ski, pour en soutenir le développement et la pérennité. Consommer localement constitue un enrichissement pour la collectivité, cela va de soi.

    En effet, pourquoi dépenser son argent dans les pays «à rabais» lorsqu’on peut encourager des entreprises locales, en plus de choisir de vivre en harmonie avec notre climat? Vous me direz : besoin de soleil, de contrer la déprime, de faire le plein d’énergie, de n’avoir rien à penser… Mais nos ancêtres n’y allaient pas, dans le Sud; ils s’appropriaient l’hiver, savaient l’apprécier et en tiraient profit pour s’amuser et se détendre…

    Et puis, si skier au Québec durant la période des Fêtes constitue un risque, il faut aussi considérer que tout risque se calcule. Il s’agit seulement de lire les reportages sur ZoneSki pour choisir une montagne, certes plus éloignée, mais où bon an mal an la neige aura neigé (le Valinouët, le Mont Édouard, le Mont Grand-Fonds, le Mont Comi, Val d’Irène, par exemple) et où il est possible de faire plusieurs autres activités hivernales. 

    Bref, ce ne sont pas les options qui manquent pour profiter de l’hiver québécois et il y a toujours moyen de trouver de belles conditions pour qui les cherche. Pourquoi, alors, ne pas troquer la plage pour la montagne?

    Cet article a été originalement publié le 4 janvier 2013 mais les réflexions qui sont exposées sont toujours d’actualité! 

    Le bootfitting: sans les mains!

    Photo Geneviève Larivière

    Pour certains, trouver la bonne chaussure peut paraître anodin… en ce qui me concerne, lorsque vient le moment de chercher de quoi me chausser, l’activité tourne vite au cauchemar: même en excluant le look, j’arrive très rarement à trouver LA chaussure de randonnée, LA botte de marche… et pire, LA chaussure de ski qui m’ira comme un gant -mais au pied. Bien évidemment (et Dieu merci !), il existe des spécialistes pour nous conseiller lors de l’achat de ce type de matériel. C’est la raison pour laquelle j’ai communiqué avec un expert en ajustement de chaussures de ski, saturée que j’étais du manque de repères sur lesquels baser mon choix…

    L’expert en question s’appelle Dan Renauld. Instructeur de ski (Niveau 4 AMSC) au Mont-Sainte-Anne, Dan a commencé à s’intéresser à l’ajustement des bottes de ski lorsqu’il s’est mis à porter attention aux défauts du ski de sa clientèle: pieds mal soutenus, courbure des jambes non-compensée, bottes mal attachées, taille inappropriée… c’est ainsi que Dan est devenu, au fil du temps, un spécialiste du «bootfitting», art qui consiste à conseiller un skieur dans le choix d’une chaussure de ski afin que celle-ci soit conforme aux besoins de l’individu -car c’est le matériel qu’on doit adapter au skieur, et non l’inverse !

    D’emblée, cassons un mythe: souffrir pour être beau n’est pas un adage que l’on peut associer au ski alpin. Inutile d’être trop à l’étroit dans votre chaussure, vous ne gagnerez ni en style, ni en performance -exclusion faite des athlètes et compétiteurs, qui ont assurément des besoins différents du skieur que l’on identifie «récréatif». Ainsi, une botte de course n’est pas forcément ce qu’il faut pour un skieur de niveau avancé ! Donc, oui, la performance peut être atteinte par le confort: en retirant les facteurs de stress involontaire imprimés à votre corps, vous constaterez que le contrôle de vos muscles n’est que meilleur…

    Tous les experts vous le diront: trop de gens font l’erreur de sous-estimer l’importance des chaussures de ski lors de l’achat d’un équipement. Comparez les bottes de ski à la direction d’une voiture: si vous avez une botte mal ajustée, la communication entre vous et vos skis sera faussée et vous perdez en fiabilité, en stabilité et en précision. Mais assez palabré, venons au vif du sujet !

    Par quoi commencer ?

    Il faut bien évidemment choisir la bonne boutique ! De préférence, éviter les grandes surfaces trop généralistes où le vendeur sera peut-être bien mal outillé pour vous conseiller… Mieux vaut se tourner vers les boutiques spécialisées, possédant un large inventaire et capables d’effectuer les ajustements et l’entretien de votre matériel de ski ! (Région de Québec: Performance Bégin, Vie Sportive; région de Montréal: Oberson Brossard et Laval.)

    Une fois en boutique, Dan Renauld est formel: avant même de parler de notre pointure habituelle et de notre budget, il faut d’abord montrer notre pied au conseiller. Chaque personne a un pied unique et la grande variété de marques et de modèles disponibles sur le marché permet de trouver la chaussure qui se rapprochera le plus des besoins de notre pied… car la qualité de la chaussure et du «fit» n’a aucun lien avec le prix qu’on aura à débourser ! Brisons un autre mythe: il est inutile de payer 450$ pour avoir une chaussure confortable et performante !

    Donc, les conseils du pro: un skieur en quête d’une bonne chaussure ne doit pas avoir de marque de prédilection ni de budget fixé, pas plus qu’il ne doit mentionner sa pointure… il doit d’abord montrer son pied au conseiller ! … N’oubliez pas d’apporter une paire de vos chaussettes de ski.

    Les repères à l’essayage

    Une fois le pied inséré dans la chaussure, que l’on se rassure: l’inconfort est NORMAL… surtout si on se tient debout, droit comme un piquet ! Pour apprécier le véritable confort d’une chaussure, il est indispensable d’adopter une position de ski: genoux légèrement fléchis, poids positionné un peu vers l’avant. Cette simple flexion des genoux fera dégager les orteils de l’avant du chausson, sans toutefois amener le talon à toucher complètement l’arrière du chausson. Si vous pouvez bouger vos orteils sans trop de gêne, vous êtes sur la bonne voie !

    Selon Dan, l’erreur quasi-universelle commise par les skieurs est d’acheter des chaussures de ski trop grandes. Après une dizaine de sorties, le chausson s’est tassé, la coquille a travaillé et malgré les attaches que l’on serre d’un cran de plus, le pied n’est plus soutenu adéquatement dans la chaussure. Il en résulte une perte de contrôle et de confort, sans oublier les risques de blessure…

    Une fois la chaussure essayée, il ne suffit pas de la garder aux pieds quelques minutes: un bon essayage doit durer au moins une demi-heure. C’est le meilleur moyen de s’assurer que la chaussure de ski ne coupe pas la circulation sanguine, qu’elle est confortable au mollet et qu’elle s’ajuste bien aux différents points de pression… Concernant les petites imperfections, la très grande majorité des chaussures de ski devront subir un léger ajustement après l’achat. Tout est faisable: dégagement du mollet, resserrement aux chevilles, «punch» sur les côtés de la coquille de plastique pour gagner en largeur, ajout de «canting» pour régler l’angle du tibia par rapport aux skis, semelles de renfort plantaire… encore une fois, c’est le matériel que l’on adapte au skieur !

    Les semelles, accessoires ?

    Au contraire ! C’est la touche finale qui fera le confort d’une chaussure de ski. En effet, les semelles dont sont équipées la plupart des bottes au moment de la vente font très rarement l’affaire: trop minces, pas assez coussinées, pas assez isolantes, pas renforcées… il faut investir ! Sur le montant total de votre acquisition, la différence de prix vaudra assurément le confort que vous gagnerez.

    Une petite note sur les semelles chauffantes: si vous souffrez des «pieds gelés chroniques», les semelles chauffantes peuvent être un excellent complément. L’élément chauffant n’est nullement dommageable pour la coquille et assure un confort supplémentaire par temps plus froid ou pour les pieds plus sensibles… Notre spécialiste Dan recommande cette acquisition pour réduire les facteurs de stress reliés à des pieds gelés -incluant les engelures- et augmenter le plaisir de la glisse.

    Le jargon

    Qu’est-ce que l’indice de «flex» ? C’est le chiffre qui décrit la rigidité de la coquille d’une botte de ski. L’indice s’étend de 60 à 150, le plus mou étant associé à un skieur novice qui a besoin d’une grande flexibilité; l’opposé correspond évidemment à une botte à raideur maximale, conçue pour les coureurs.

    La majorité des skieurs de niveau intermédiaire-avancé vont privilégier un indice de flexibilité se situant entre 85 et 110, selon le ski de prédilection: mieux vaut plus raide pour le damé, et plus mou pour la bosse et le sous-bois… Notez bien que cette flexibilité et la performance globale de la botte sont mesurées pour des conditions d’environ -10°C. Vous devinerez que par temps très froid, le plastique de la botte gagnera en rigidité, et qu’à l’inverse, en ski de printemps, la chaussure deviendra plus molle.

    Les pointures: comment s’y retrouver ? La pointure (exemple: 25) d’une chaussure de ski correspond à la longueur de votre pied, en millimètres. Le demi-point (25.5) indique une largeur supérieure, pour la même longueur de semelle. Ainsi, à l’essai, vous verrez une différence de longueur entre 24.5 et 25.5, mais pas entre 25 et 25.5. Attention cependant, certaines marques sont plus «généreuses» que d’autres -tout comme pour les vêtements ! Bien que ce type de pointure se veut universel, quelques nuances sont perceptibles d’une marque à l’autre.

    Un dernier conseil

    Toutes ces recommandations sont valables lorsque l’acquisition d’une chaussure neuve est nécessaire. Cependant, Dan Renauld rappelle que lorsqu’un skieur pense à changer ses bottes de ski, il doit également envisager la possibilité de changer son chausson avant de jeter toute la chaussure ! Plusieurs boutiques spécialisées offrent le moulage de chaussons sur mesure, de même que des semelles conformables. Ainsi, un skieur qui a déjà investi 600$ sur une paire de chaussures de ski peut préférer conserver la coquille et y insérer un chausson neuf -ce qui représente une économie par rapport au prix initial de la botte !

    Retenez cependant qu’à l’acquisition d’une botte neuve, le chausson devra travailler et se mouler à votre pied: le confort ne sera évidemment pas optimal avant les 10 premières sorties. Sachant que la durée de vie moyenne d’une chaussure de ski dépasse les 100 jours, l’inconfort relatif des premières sorties est temporaire et minime !

    Cet article a été originalement publié le 15 octobre 2010 mais les conseils qui sont exposés sont toujours d’actualité! 

    Histoires de patrouille: le genou de Hulk

    Photo Jean-Philippe Neault

    Ce récit s’ajoute à la collection de la série « Histoires de patrouille ». Ces histoires, rédigées ou racontées par des patrouilleurs de partout au Québec, qu’ils soient retraités ou encore actifs, ont pour but d’humaniser le titre qui fait souvent frémir les skieurs et planchistes en station. Être patrouilleur, c’est bien plus que porter un uniforme, une radio et une trousse de premiers soins… c’est une histoire de dévouement, de passion pour le ski, l’entraide, l’esprit d’équipe et le don de soi. Nous espérons qu’à travers ces récits, votre perception de ceux qui sillonnent les pistes pour assurer la sécurité des skieurs changera pour le mieux!

    Patrouilleur: Geneviève Larivière
    Stations: Le Relais, Massif du Sud, CPA Lévis, Mont Alta
    Années d’activité: 2006-…

    Ce récit est tiré de ma première année officielle de patrouille dans une station de ski. Je précise « officielle » car j’ai déjà prêté main-forte à l’équipe qui assurait la sécurité des pistes à la station où j’ai appris à skier, à La Tuque. C’était de manière informelle, mais mon intérêt pour les premiers soins et la sécurité a grandi alors que je progressais en ski alpin, c’était donc bien naturel pour moi d’offrir mon aide lorsque j’étais témoin d’un incident. Ce n’est cependant qu’en 2006 que j’ai eu l’occasion d’intégrer pour la première fois une équipe de patrouille. Depuis, j’ai bien sûr été témoin de bon nombres d’accidents, incidents, anecdotes, aventures et autres péripéties, balayant le large spectre de la gravité, du béké-bobo au transport ambulancier avec point d’interrogation sur l’état de la victime à son arrivée en centre hospitalier. Rassurez-vous, l’anecdote qui suit n’est pas sanguinolente, ni paniquante. Vous pouvez continuer à lire!

    Il est 18h45, un soir de semaine. L’équipe de patrouilleurs bénévoles est en place un peu partout en montagne après avoir couvert la fameuse « valse des BR » qui assure l’entretien des pistes pour la soirée; il fait un temps relativement doux, assez pour qu’on aie envie de skier sans porter les lunettes. On a eu droit à un coucher de soleil avec lueurs de la ville, c’est d’ailleurs un fort joli spectacle à observer à partir du versant ouest. Je me trouve au sommet lorsqu’un appel survient: « On a besoin d’un traineau dans la 11, pour un genou! ». Je suis juste à côté du traineau, je fais signe au répartiteur et je pars au pas de patin, tirant mon traineau rempli d’attelles et autres dispositifs à velcro.

    J’arrive sur les lieux, et tout ce que j’entends, c’est une volée de mots de l’église, qui couvrent presque entièrement la voix de mon collègue. L’avantage, c’est que ça permet de constater que L’ABC* du blessé se porte TRÈS bien! Rejoints par un troisième patrouilleur, on entreprend d’immobiliser le skieur mal en point (et mal engueulé!), qui en a après tout: la piste, son matériel, les autres skieurs, les arbres, la direction de la station, l’éclairage, et nous-même on y goûte. Je suis un peu intimidée et je me tiens « en retrait »: étant arrivée en deuxième sur les lieux, je laisse mon collègue diriger les opérations, comme le veut le protocole. J’évite donc d’intervenir auprès du blessé, qui, je m’en doute bien, m’aurait servi le même traitement verbal.

    À ce stade, vous êtes à même de deviner que la douleur du blessé est immense: un « VINGT SUR DIX, T*******! » retentissant, ne laissant aucun doute sur la priorité à mettre sur l’évacuation par traineau. Cette évacuation est d’ailleurs un tantinet problématique, notre skieur ayant un gabarit s’apparentant à celui des joueurs de la ligne de défense du Rouge & Or. Ce type de corps n’étant pas particulièrement facile à caser dans un traineau de patrouille, disons-le franchement, on y va « au mieux », en comblant les creux anatomiques, une couverture sous le genou, on cale ici, on attache là… Je me souviens de m’être fait la réflexion « Tiens, y nous ont pas dit comment faire dans le manuel, pour les grands-grands monsieurs… » Notre blessé sonore, qui ponctue notre opération de mots-pas-catholiques et de « ayoye » bien sentis, finit tant bien que mal par être immobilisé, et prévenu que la descente ne sera pas de tout repos.

    Dès les premières minutes de l’évacuation par traineau, alors que mon collègue s’affaire à la collecte d’informations (qui consiste en une série de questions auxquelles quelqu’un qui a mal, et qui est impatient, n’a AUCUNE envie de répondre), le transport ambulancier est appelé, pour une seule raison: bien que la vie du blessé ne soit pas en danger, celui-ci est venu skier seul, et sera de toute évidence incapable de se rendre par lui-même à l’hôpital.

    Une fois arrivés au local de patrouille au pied des pistes, la routine se poursuit. On retire quelques couches de vêtement pour mettre le blessé plus à l’aise, et on poursuit l’examen physique entrepris sur les pistes. Y’a pas à dire: le genou est tordu, enflé, et j’ai l’impression que le simple poids de nos yeux sur l’articulation fait grimper l’indice de douleur. Les étapes du protocole s’enfilent: il faut suivre l’évolution du blessé, faire fi de ses gros mots, remplir le rapport d’accident, replacer le ziploc de neige-glace sur le genou, ignorer les insultes, et prier pour l’arrivée rapide du camion jaune à loupiotes! Étant recrue, j’ai hérité du plaisir de remplir le rapport -à l’époque, c’était une longue feuille 8 1/2 x 14, papier carbone, pèse fort, trois copies. J’entreprends donc d’essayer d’interrompre notre genou hurlant afin de procéder… Je ne suis pas très grosse dans mes pantalons de ski, et je me surprends d’être contente que le blessé soit légèrement immobilisé! Je vous épargne les soupirs et les phrases empathiques inutiles, mais j’ai quand même complété le rapport, sous l’oeil fort amusé de mes collègues plus expérimentés.

    L’ambulance arrive, enfin! Je me charge de transmettre le rapport à l’ambulancière, qui a vite fait de jauger notre blessé, dont les cris rustres s’échappaient de la salle. Elle entre et, aucunement intimidée par le vocabulaire du blessé, entreprend de faire son travail. Aidée de son collègue, elle transfère le blessé sur la civière, puis, avant de pousser celle-ci vers l’ambulance, pose quelques questions au blessé, tout en procédant à un examen sommaire. Elle s’adresse à moi: « Avez-vous essayé de retirer la botte pour vérifier la présence d’autres blessures potentielles? » « J’L’AI PAS LAISSÉ FAIRE! » de rugir notre skieur. L’ambulancière, sans broncher, entreprend de tâter, palper, défaire les attaches de la botte, l’ouvrir de quelques centimètres, glisser les mains gantées vers la cheville, puis… la respiration du blessé se coupe.

    Son visage affiche un large sourire, il a cessé toute émission de cris et de jurons. Prostré en direction de l’ambulancière, le skieur s’exclame: « HEILLE! VOUS L’AVEZ REPLACÉ! ». Ce sont cinq paires d’yeux et d’oreilles incrédules qui observent, du genou au visage, du visage au genou, le blessé soudainement calme et serein. Oui, le genou est effectivement redressé. Encore enflé, mais décidément, résolument, indubitablement redressé. Le blessé-prodige pousse même l’audace jusqu’à s’appuyer sur le côté pour retirer lui-même sa botte! Je suis estomaquée. Il est maintenant 19h50, et pour la première fois depuis près d’une heure, ce monsieur m’apparait comme un être sympathique. Je suis estomaquée, je viens de voir Hulk redevenir gentil. Je suis estomaquée, un genou, ça revient comme ça, toi-chose!?

    La seule conclusion possible, c’est que la micro-torsion (très involontaire) effectuée par l’ambulancière lors de la manipulation de la botte a suffi à replacer le genou dans un angle anatomiquement acceptable. L’histoire ne dit pas si notre skieur a consulté un professionnel de la santé pour son genou! Il a refusé le transport ambulancier, a quitté les lieux sur ses deux pieds, avec son ziploc de neige à moitié fondu, en claudiquant légèrement.

    Ce soir-là, j’ai appris beaucoup de choses… et même si je le « savais » déjà, il n’y a rien comme de le vivre! La douleur agit sur la personnalité des gens qui la subissent. Ça peut paraitre évident dit comme ça… mais ça influence beaucoup plus qu’on le pense! Si la personne qu’on tente d’aider nous répond de manière agressive, on ne doit pas la laisser seule, ni prendre ses paroles au premier degré. Vaut mieux demander des renforts, et vérifier régulièrement si on peut aider davantage. Voir quelqu’un souffrir en étant impuissant demande une énorme dose de patience, de même qu’un sacré don pour s’occuper/divertir. Beaucoup de gens ressentent un inconfort face à la souffrance d’autrui: ça aussi, c’est normal. On doit apprendre la différence entre « sympathie » et « empathie ». Et tout ça… ça ne se fait pas en claquant des doigts! C’est la beauté de la patrouille chaque cas est « nouveau », et chaque saison nous fait progresser en tant qu’humain!

    *L’ABC – Acronyme correspondant à l’examen primaire qui permet de vérifier l’état de conscience d’un blessé ainsi que la présence ou non de signes vitaux.

    Nouveautés en station pour 2015-2016: apprentissage et le hors-piste à l’honneur

    Pour cette saison, les investissements sont modérés dans les stations de ski. La tendance est à l’amélioration de l’expérience client avant d’arriver sur les pistes, trouver de nouveaux concepts d’avantages pour des passes de saisons, de nouveaux rabais, etc. Dans cette chronique, nous nous attarderons surtout aux changements touchant à l’offre du terrain skiable. Deux grandes clientèles seront favorisées par les nouveautés, qui cette année concernent l’amélioration de leurs zones d’apprentissage pour débutants et le développement  des secteurs de ski hors-piste et de remontée alpine.

    Cantons de l’Est

    Le Mont SUTTON entreprend la refonte du secteur d’apprentissage et touche au ski de randonnée du bout des doigts. D’une part, la piste pour débutants sera élargie pour y accueillir un tapis magique qui sera accessible gratuitement. L’école de ski proposera de nouveaux forfaits d’apprentissage innovateurs visant à répondre à certaines clientèles spécifiques. Par exemple, un forfait créé pour les adolescents sera axé davantage sur la pratique du ski avec un peu moins d’enseignement « technique ». Un autre forfait permettra aux parents dont les enfants sont en garde partagée de pouvoir venir en station une semaine sur deux, sans manquer une semaine de cours. De plus, un forfait triple (introduction, initiation et découverte) permettra à un débutant de conserver les skis qu’il aura loués lors de son apprentissage, ce qui constitue une belle occasion pour s’équiper en plus d’apprendre.

    Du côté du versant abritant la célèbre Fantaisie, un sentier sera disponible pour ceux qui souhaitent s’initier à la remontée avec des peaux d’ascension. Le coût d’accès au sentier de randonnée sera de 50$ (taxes en sus) pour la saison ou 10$ (taxes en sus) par jour. On nous confie que c’est un début, il n’est pas impossible qu’un terrain exclusif puisse êtres développé dans de prochaines saisons.

    Centre du Québec

    Le Mont Gleason investit plus de 200 000$ pour l’apprentissage cette saison avec l’ajout d’une nouvelle zone ZAG (Zone d’Apprentissage Gleason). Basé sur le concept de l’apprentissage par le terrain, vous retrouverez une nouvelle méthode qui a déjà fait ses preuves pour apprendre le ski via différents modules comme une mini-demi-lune, des virages inclinés, une pente douce sculptée, le tout pour favoriser la familiarisation avec les sensations de glisse en ski et en planche à neige. Ailleurs sur la montagne, le système d’enneigement a été amélioré et le télésiège quadruple principal, auquel un tapis d’embarquement a été installé l’an dernier, verra sa vitesse de roulement accélérée grâce à la finalisation de la mise à niveau de la remontée.

    La station de Tingwick plonge elle aussi dans la vague du hors-piste en offrant un nouveau sentier de randonnée alpine permettant d’accéder au sommet à l’aide de peaux d’ascension, pour ensuite descendre dans les pistes de la montagne. La boutique Reno Planète de Victoriaville proposera une journée d’essai gratuite durant la saison pour faire connaître cette nouvelle pratique aux curieux.

    Québec et Charlevoix

    Les planchistes seront comblés à Stoneham, où plusieurs ajouts seront effectués dans le parc à neige. Deux nouveaux sauts, quatre nouveaux modules, une zone d’initiation, le Burton Mountain Festival et bien sûr, la demi-lune olympique feront le bonheur des planchistes de la station. La station-soeur de la Côte-de-Beaupré, le Mont Sainte-Anne, célèbrera cette année ses 50 ans d’opération. Des activités festives sont au programme pour toute la saison mais du côté des nouveautés, c’est plutôt tranquille en piste; la station a cependant mis sur pied un ambitieux projet domiciliaire au pied des pentes.

    Le Mont Grand-Fonds continue dans sa lancée cette saison. Après la rénovation complète de l’extérieur de son chalet la saison dernière, c’est l’intérieur qui a été refait au complet au cours de l’été. Sur la montagne, nous aurons une nouvelle piste dans le versant du Lynx: Les Lions. Cette nouvelle forêt ouverte est en honneur du Club des Lions qui sont les fondateurs du Mont Grand-Fonds. Elle sera située entre la Fo2 et la Fo4, sont entrée sera accessible par la piste 12 et se divisera en deux couloirs. Une autre piste dont le nom n’est pas encore décidé se trouvera entre les pistes 9 et 10. La piste Nagano (11a) a été revue et corrigée pour en faire une nouvelle forêt ouverte.

    Le nombre total des pistes passera cette saison à 20, un chiffre rond qu’aime particulièrement le directeur général du Mont Grand-Fonds, Alain Goulet. Au total, c’est deux millions de dollars qui ont été investis dans la montagne cette saison et on nous promet que c’est loin d’être terminé! La station qui a le vent dans les voiles prévoit un hiver chargé en événements, dont une levée de fonds: inscrivez la date du 12 mars 2016, journée qui verra le premier Challenge Ski Charlevoix, dont les fonds amassés iront à la Fondation du Centre hospitalier Saint-Joseph de La Malbaie.

    Le Massif de Charlevoix revient petit à petit sur les décisions qui lui avaient valu les foudres des skieurs et planchistes de la région. Le télésiège Grande-Pointe Express ainsi que la télécabine seront en opération 7 jours sur 7. Le chalet du bas de la montagne reprendra du service durant les heures d’opération normales.

    Montérégie

    Ski Saint-Bruno investit plus d’un demi-million de dollars pour réaménager une bonne partie de la montagne. Les pistes du versant sud ont été élargies. Les plus observateurs remarqueront lors de leurs descentes en soirée que certaines pistes sont maintenant éclairées par des lumières à DEL, il s’agit cependant d’un test effectué par la station. La capacité d’enneigement a été doublée sur le versant au complet. Ces aménagements visent à rendre les pistes plus sécuritaires en lien avec l’augmentation du volume de skieurs.

    Le parc à neige sera désormais ouvert à tous, retirant ainsi l’obligation de détenir une passe spécifique pour y accéder. De plus, deux sections spéciales seront aménagées afin d’offrir aux débutants une zone de descente profilée.

    La piste 9A (Forêt enchantée) doublera de longueur en devenant accessible plus en amont. La célèbre piste aux toutous et aux éclairages féériques a fait l’objet d’une refonte par l’entremise d’une entreprise de paysagistes qui assurera un renouveau pour faire rêver les plus petits.

    Rumeur d’une nouvelle remontée: les gestionnaires de la station nous ont confirmé qu’il y avait des plans pour l’installation d’un télésiège quadruple usagé sur le versant sud, dont le tracé partirait de la base de l’actuel télésiège triple pour se rendre jusqu’en haut du télésiège A. Cependant, une telle installation ne se fera pas pour cette saison. L’achalandage sera évalué cette année afin de calculer si un telle installation en vaut la peine.

    Le Mont Rigaud investit plus de 400 000$ sur ses infrastructures. Le télésiège de la station sera modernisé, on y ajoutera un tapis d’embarquement et la vitesse de la remontée sera également augmentée. Du côté du domaine skiable, deux nouvelles pistes s’ajouteront l’hiver prochain; les skieurs auront droit à un nouveau sous-bois d’une longueur de 1,1 kilomètre, orienté sud-ouest et baptisé Pic-Bois, ainsi qu’à un prolongement de la piste Qui-sait-tout d’une longueur de 758m (par l’ancienne montée du t-bar).

    Laurentides

    Mont Alta quitte le monde du ski avec remontée pour se transformer en station de ski hors-piste. Le prix du billet sera de 12$ la journée et 50$ pour un abonnement de saison. La station prévoit l’ouverture dès que le couvert neigeux sera suffisant, et sera en opération les fins de semaine seulement. Côté infrastructure, le télésiège double sera démonté sous peu ainsi que le chalet de la station, qui sera remplacé temporairement par une unité mobile chauffée et dotée de toilettes.

    Ski Morin-Heights ouvrira 3 nouvelles pistes pour la saison prochaine. Leurs noms ne sont pas encore connus, mais nous savons qu’il y aura une piste pour les enfants (probablement décorée de toutous), un sous-bois entre la piste Terrasse et Soleil et un grand sous-bois direction Camping.

    Ski Mont Gabriel ouvrira un nouveau sous-bois double losange entre les pistes O’Connell et Tyrolienne. Ce nouveau sous-bois s’appellera la Grande Ourse. La pente école (la Gaby) a été profilée pour faciliter l’apprentissage des nouveaux skieurs et planchistes. La terrasse du chalet principal a été complètement refaite et agrandie cet automne et la station offrira désormais l’internet sans-fil (gratuitement).

    Le Mont Avila a bâti une nouvelle pente école accessible juste à côté de la remontée Babalou (vers le bas de la Pronto). Cette nouvelle piste sera aussi éclairée.

    Outaouais

    Le Mont Cascades est la seule station de ski à effectuer l’installation d’un nouveau télésiège pour la saison 2015-16. C’est grâce à un investissement de deux millions de dollars que le nouveau télésiège quadruple fixe sera installé, afin de remplacer le vétuste Poma double permettant l’accès au deuxième sommet à partir du versant principal. La gare de départ de la nouvelle remontée sera plus près du chalet, ce qui évitera aux skieurs d’avoir à patiner ou marcher pour se rendre à l’embarcadère. La station a également poursuivi l’installation d’éclairage dans ses pistes, de même que l’agrandissement du système d’enneigement. Le Mont Cascades a beaucoup travaillé sur l’offre marketing de ses abonnements de saison, il est désormais possible de “remplir sa chaise” pour économiser très gros.

    Saguenay-Lac-St-Jean

    Ça bouge au Mont Édouard avec un investissement de plus de 1,5 million de dollars cette année. Les pistes de la station de l’Anse-St-Jean ont subi plusieurs modifications. L’une d’elles fera l’objet d’une homologation par la FIS (la piste 4, pour du super géant); un tunnel a été aménagé pour permettre aux skieurs de traverser la piste afin de ne pas couper la montagne en deux lors des journées de course. Deux nouvelles pistes, dont une à bosses de calibre extrême sera aménagée, traversant le secteur Robin des bois, elle pourrait s’appeler la 6A “le Mur”.

    Un tapis d’embarquement sera aménagé sur le télésiège quadruple principal qui permettra d’augmenter la vitesse de la remontée et donc, de diminuer le temps assez long qui était requis pour aller au sommet. La capacité d’enneigement mécanique a aussi été doublé avec l’ajout d’une nouvelle pompe et de nouveaux canons. La station comptera également sur une nouvelle dameuse équipée d’un treuil.

    Côté hors-piste, on ouvrira un nouveau sommet, le secteur du Sacré-Cœur avec l’ajout de 25 hectares de terrain. L’an dernier, le Mont Édouard avait ouvert un nouveau secteur pour le hors-piste qui s’annonçait déjà pour être des plus intéressants dans la région.

    Voilà pour le tour d’horizon des nouveautés au Québec! Bien entendu, d’autres nouvelles pourraient s’ajouter à cette liste, de même que la confirmation de certaines rumeurs… ZoneSki vous recommande de suivre les développements sur le Forum, dans les discussions dédiée aux nouveautés!

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